CASERTE — CASIMIR
par son château royal, l’un des plus grands et des plus beaux qui existent en Europe. Cet édifice, qui forme un immense parallélogramme d’environ 250 mètres de long sur 192 de large, et d’une élévation d’à peu près 37 mètres, est surmonté d’une gracieuse coupole flanquée de pavillons. Les marbres ies plus précieux ont été employés avec une incroyable profusion à son ornementation. Un magnifique portique, soutenu par 98 colonnes de marbre, traverse, sur une longueur de 169 mètres, le palais entier, dont on admire surtout l'escalier d'honneur, la chapelle et le théâtre. Un magnifique pare, dessiné à l'anglaise, et orné de cascades et de jets d’eau , entoure la royale demeure; et un aqueduc y amène de six myriamètres de loin l’eau nécessaire pour en alimenter les diverses pièces d’eau. Cet aqueduc traverse la vallée de Maladoni, sur un pont hardiment jeté entre les deux hauteurs qui la forment; son prolongement est de 309 mètres, son élévation de 66 mètres, et il se compose de trois rangs d’arches superposées. Le rang supérieur en zompte quarante-trois. Un funnel, pratiqué dans les flancs du Garzano sur une étendue de mille mètres, lui ouvre passage à travers cette montagne. Cette splendide résidence ‘ut construite en 1752, sous le règne de Charles III.
Caserte, en y comprenant Caserta-Vecchia, située à peu de distance sur une élévation, compte (1861) 27,728 habitants. Elle est le siége d’un évèché , et l’une des stations principales du chemin de fer de Rome à Naples. 11 faut encore citer parmi les établissements qui se trouvent dans son voisinage la colonie de San-Leuccio, où se trouve une grande fabrique royale de soierie.
CASES (Las). Voyez Las Cases.
CASEUM. Ce qu'on nomme en langage vulgaire c ai Llebotte (masse de lait caillé) ou caitllé est appelé ‘en chimie caséum ou matière caséeuse. Jusqu'ici les chimistes, considérant le caséum comme l’un des principes médiats des corps organisés, l’ont classé parmi les substances organiques neutres. D’après l'analyse faite par Gay-Lussac el Thenard, il serait composé de : carbone, 59,78 ; oxygène, 11,41; hydrogène, 7,43; azote, 21,38.
Mélée à la chaux, la matière caséeuse humide se réduit en une pâle dont la propriété adhésive est si grande et si peu attaquable qu’on s’en sert pour coller les fragments de porcelaine. L’ammoniaque liquide dissout promptement le caséum, surtout lorsqu'il est frais et encore humide. Il est encore soluble, à l’aide de la chaleur, dans les acides concentrés, et insoluble dans les acides affaiblis. Les sels retardent la fermentation putride du caséum. L’'hydrochlorate de soude ou sel marin, qui favorise la fermentation acide de cette substance, est employé dans la fabrication des fromages, qui récemment fabriqués sont presque entièrement constitués par le caséum. Ce serait encore la matière caséeuse qui, d’après M. de Lens, formerait seule la pellicule qu'on observe à la surface du lait qu’on chauffe, et qui entre dans la composition de la frangipane. Il paraitrait, d’après les observations microscopiques faites par M. Raspail sur le lait, que la matière caséeuse pure, qu'il dit être un mélange assez compliqué, serait formée principalement par les globules albumineux du lait, qui, en raison de leur pesanteur spécifique, tendent à se précipiter lentement au fond du vase, tandis que les globules oléagineux se portent à la surface. Les observations de ce savant confirmeraient donc les prévisions de Scheele et de Fourcroy, qui regardaient le caséum comme identique avec l’albumine, ou blanc d'œuf. Le caséum est plus abondant dans les laits de chèvre, de brebis et de vache. L. LAURENT,
CASIERS JUDICIAIRES. Jusqu'en 1850 les antécédents judiciaires des individus poursuivis étaient trèsdifficilement constatés et la recherche en exigeait une grande perte de temps. Par une circulaire du 6 novembre 1850, M. Rouher, alors ministre de la justice, prescrivit l'établissement, dans les greffes civils de tous les chefs-
ARE ou is
lieux d’arrondissement, de casiers destinés à recevoir les bulletins de toutes les condamnations prononcées en ma tière criminelle ou correctionnelle depuis 1830 Chaque bulletin est.envoyé dans l'arrondissement d’où relève le lieu de naissance du condamné , et classé à son rang alphabétique. II suffit alors de connaître le lieu d’origine d’un individu pour obtenir aisément, à l’aide d’un extrait du casier, des renseignements exacts sur ses antécédents judiciaires, Un casier central est établi au ministère de la justice pour les condamnés étrangers et pour ceux dont l'origine n’est pas connue,
CASIMIR ( Technologie), étoffe croisée et légère qui ne se devrait fabriquer qu'avec les laines les plus fines et les plus moelleuses, mais dans la composition de laquelle on introduit trop souvent, du coton. Sedan avait autrefois en quelque sorte le monopole de la fabrication du casimir ; mais aujourd’hui Louviers et, Elbeuf rivalisent avantageusement avec cette ville. Les casimirs d’Aix-la-Chapelle, généralement moins larges, mais plus beaux en matière que ceux de Sedan, l’emportent sur ceux-ci pour le bas prix. Enfin les casimirs anglais sont réputés les plus parfaits, sous le rapport de la finesse de la filature ct de la régularité du tissu.
Cetarticle esttrès-recherché par la consommation, particulièrement en noir uni pour pantalon. Ce qui lui donne la préférence sur le drap, c’est qu’il est plus léger et infiniment plus solide, plus élastique ; ce qui résulte de la croisure de son tissu. a
Le casimir se prête à mille combinaisons diverses qui se reproduisent périodiquement en suivant les phases de la mode : ilest donc tantôt jaspé, rayé, à côtes, mélangé, canpelé, etc. On obtient ces divers résultats par de légères modifications dans les métiers.
CASIMIR, en polonais Kasimierz, nom qui a été porté par plusieurs princes et rois de Pologne.
CASIMIR 1°", dit Le Pacifique, était fils de Mietchislaf II. Sa mère Rixa, fille du comte palatin du Rhin, ayant été forcée par la noblesse à renoncer à la régence, qu’elle exerçait au nom du son fils mineur, et à s’enfuir en Allemagne, Casimir abandonna aussi son royaume, qui, désormais sans souverain, se trouva en proie à la plus effrayante anarchie, et que les Bohèmes, commandés par Brétislaf, ravagèrent jusqu’à Ginsen, d’où ils enlevèrent le corps de saint Adalbert. En l'an 1040, grâce aux secours que lui fournit l’empereur, Casimir 1e° réussit à rétablir son autorité en Pologne et à y consolider l'autorité royale ainsi que la religion chrétienne. I1 épousa Dobrognewa, sœur du puissant grand - prince Iaroslaf de Kief, soumit la Masovie à ses lois, et se fit restituer, en 1054, par les Bohëmes, Breslau et d’autres villes. IL mourut en 1058. Le récit qu’on trouve dans quelques chroniques, et suivant lequel Casimir If serait mort moine de l’abbaye de Cluny, est un conte inventé à plaisir et dont la critique historique a demontré la fausseté.
CASIMIR II, dit Le Juste, né en 1138, était fils de Boleslas ILI. Il dut livrer à l’empereur comme otage son frère Boleslas IV, vaincu en 1157 dans une guerre par l’empereur Frédéric Barberousse, qui prit parti pour Ladislas II, expulsé par Boleslas; il lui fit subir neuf années de captivité. En 1177, Mietchislaf III ayant été expulsé, Casimir fut élu luimême grand-prince de Pologne à sa place. Il s’efforça de protéger le peuple contre l'oppression de la noblesse, remporta des victoires en Volhynie et en Lithuanie contre les Jadzwinges, et mourut en 1094.
[CASIMIR IL, surnommé le Grand, roi de Pologne, succéda en 1333, à l’âge de vingt-trois ans, à Wladislas Loketek, son père. Il trouva le royaume épuisé par les invasions des Tatars, les discordes des princes , les guerres des voisins, notamment celles de l’ordre Teutonique; et son gouvernement habile répara, autant qu’on pouvait l’espérer de la barbarie du pays et de celle du temps, les maux de
| la Pologne. Spirituel et instruit, doux par caractère, et
quelquefois emporté par passion ou même cruel par politique , capab!: dans la guerre, plus capable dans la paix , amoureux des sciences et des lettres, plus amoureux des plaisirs, tel était ce prince, qui arrivé jeune au trône , avec une réputation de galanterie que des aventures funestes avaient propagée dans toute l'Europe, sut promptement se rendre respectable aux factions et à l'étranger. Des victoires signalèrent ses commencements, et il ne triompha que pour pacifier. Iltraita avec l’ordre Teutonique, au prix dela Poméranie. De la sorte, les Polonais, qui s'étaient déjà repliés des bords de l’Elbe et de la Sprée, perdaient encore la ligne de l’Oder ; et un grand royaume, voisin formidable, devait un jour s’élever sur ces débris. Mais on ne vit pas ces résultats, et d’autres frappèrent tous les regards. La Cujavie reconquise sur les chevaliers Teutons , le Brandebourg et la Bohême contraints de poser les armes , les Lithuaniens réprimés, la Wolhynie reprise sur les Tatars, ces farouches dominateurs rejetés derrière le Borysthène, qu’ils ne franchirent plus, c'étaient là des biens immenses; Casimir les assurait à la Pologne. Elle respira.
En même temps l'heureux Casimir remporta des victoires plus nouvelles et plus grandes. Il sut forcer la noblesse, épuisée par les invasions et les revers, à l’obéissance. Les lois du trône régnèrent. Leur niveau courba ces têtes indociles. D’un autre côté, la justice, sans cesser d’être mêlée à l'administration et au commandement militaire, dépouilla quelques-unes de ses formes barbares. On vit à la fois de sages règlements introduits dans l’État, des places fortes construites, des monuments élevés, une université fondée dans les murs de Cracovie. L'université nouvelle reçut et conserva le nom de Sorbonne,en mémoire de ce que des docteurs de la Sorbonne de France étaientvenus enrichir de cette institution la capitale que le Franc Samon avait bâtie.
Tels sont les caractères remarquables du règne de Casimir. Un autre fut son application à créer une bourgeoisie au sein de la Pologne. Soit humanité, soit plus vraisemblablement politique, il prit en pitié la servitude des classes inférieures, et nuls efforts ne coûtèrent ni à sa sagesse ni à son courage pour les relever de leur misère. Le siècle de défaites et de désolations qui venait de s’écouler avait commencé, par ses calamités mêmes, l'établissement d’une classe moyenne. Sous le poids de désastres sans cesse renaissants, comment ne pas enrégimenter les serfs pour avoir quelques forces à opposer au Tatar? Le métier des armes, les faveurs des rois, créèrent parmi eux quelques existences favorisées, La lente introduction des arts de l’Europe était parvenue à doter quelques cités d’une population libre, plus éclairée que l’ordre équestre, ‘enrichie par le travail, empressée à recueillir la dépouille des nobles que ruinaïit la guerre , et initiée par l’étude des lois à une foule de connaissances que dédaignait la noblesse, mais qu’appréciaient les rois.
Le quatorzième siècle est une des grandes époques de l'histoire, par ce travail universel de la société européenne, jusque dans les profondeurs de contrées encore barbares, pour former une classe moyenne. Déjà Lezko-le-Noir, l'un des prédécesseurs de Casimir et son oncle, avait introduit en Pologne ces libertés municipales qui, sous le nom de droit de Magdebourg, faisaient une révolution profonde en Allemagne. Casimir osa tenter plus. 11 consacra pour les paysans le droit de devenir soldats ; il décréta la peine d'une amende de plusieurs écus contre les nobles qui tueraient injustement un serf. Il accorda aux habitants des cités une juridiction particulière, leur fraya l'accès du sacerdoce , et alla jusqu’à permettre l'entrée des diètes aux représentants de quelques-unes des villes les plus considérables du royaume.
Son projet était d'élever les communes au rang d’un ordre dans l'État. Inquiet de leur faiblesse, il prit au dehors une bourgeoisie toute faite, pour la transplanter dans les déserts de la Pologne. Des ouvriers, des négociants , des profes-