‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 417 sur 556 · CASIMIR · texte numérisé non relu

CASIMIR

seurs, des jurisconsultes , accoururent en foule du sein de l'Allemagne, dans ses cités agrandies. La Pologne brilla de lueurs inusitées. Cracovie posséda dans ses murs au même moment les rois de Danemark, de Chypre, de Hongrie, l’empereur Charles IV, nombre de princes qui venaient assister au mariage d’une nièce de Casimir, et telle était la condition où les classes industrieuses s'étaient élevées à l’ombre de la protection royale, qu’un bourgeois opulent reçut un jour à sa table toutes ces têtes couronnées. C’était le temps des triomphes de la liberté helvétique, des tentatives de Wat- Tyler, de la domination de Rienzi, des querelles des Phalsburgers et de la rapide fortune d’Étienne Marcel, le temps enfin de la publication de la bulle d’or et des débnts de Charles le Sage. L’ébranlement semblait universel.

Cette révolution attaquait la vieille constitution sociale de la nation polonaise dans toute la puissance de ses maximes et de ses préjugés : elle devait finir par s’y briser, pour le malheur éternel de la Pologne. Cette révolution essayée valut à Casimir des résistances et des difficultés sans nombre. Là le clergé et la noblesse faisaient cause commune, parce que le premier de ces ordres ne se recrutait que dans le second. L’évêque de Cracovie était de règne en règne le chef de toutes les oppositions et de toutes les résistances de la noblesse. Le sceptre s’était plusieurs fois brisé au bâton pastoral. Casimir fut plus heureux. Il rencontra cette lutte sur sa route, et la soutint avec bonheur, quoique ses désordres multipliés ne donnassent que trop de prise aux censures du redoutable prélat. Contraint plus d’une fois de plier, il ne faihlit pas. Il sut conserver tous ses droits au titre de roi des paysans, que la vengeance de la noblesse lui avait infligé, et à la place duquel la postérité a mis le surnom de Grand.

Il faut dire que les historiens ont reproché à Casimir d'avoir introduit les juifs dans la Pologne, où ils se sont propagés comme une lèpre dévorante. On n’a pas manqué de l’accuser d’avoir cédé en cela à l'empire d’une fille de ces nomades du monde policé, alors usuriers partout, parce qu’ils étaient partout proscrits. Le vieil annaliste Cromer a même raconté qu’il avait laissé deux de ses enfants grandir dans la religion de leur mère. Nul chrétien au monde ne l’eût osé alors, et ce sage monarque moins qu’un autre. La vérité est sûrement qu'il ouvrit son royaume aux Israélites, comme il leût ouvert à l’industrie, au commerce, à la finance même. Mais il advint une chose singulière : c’est que de toutes les tentatives de Casimir pour donner une classe moyenne à la Pologne, la seule qui lui survécut fut l'établissement qu'il avait donné aux juifs, et c’est cet établissement qui a fait échouer tout le reste, En s’emparant de toutes les affaires des familles aisées, de toutes les relations pécuniaires avec les puissances voisines, de toutes les transactions des diverses classes entre elles, les juifs ont empêché le développement d'une véritable bourgeoisie, rendu l’ordre équestre plus étranger que jamais aux habitudes de la vie civile, marqué du préjugé de leur nom et de leur race le négoceet l’industrie, maintenu enfin l’état primitif, l'état sauvage en pleine civilisation, chez ce malheureux et vaillant peuple, et par là contribué beaucoup à sa ruine. Les actes de Casimir devaient tourner tous contre ses desseins et contre son pays!

En effet, la vie de ce grand prince eut un terme. Après s'être occupé cinquante ans de donner à la nation polonaise ce dont elle a manqué toujours et ce dont l'absence à fait sa perte, un corps de peuple et des institutions stables, il mourut en 1370. Mais il y a un esprit de corps qu ne meurt pas, qui renaît et se fortifie par les défaites, qui résiste à toutes les expériences et à toutes les secousses. L'ordre équestre se mit à détruire avec opiniâtreté les créations du grand roi. Le principe barbare reprit sa domination chez les fils des Slaves. Toutes les institutions civilisatrices furent abolies. On alla jusqu’à interdire aux bourgeois le droit de posséder des terres. D'un règne magnifique, presque le seul où il y eût gloire au dehors et paix au dedans,

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