CASIMIR — CASOAR
paree qu’une autorité puissante veilla sur la patrie, il ne resta que ce fléau d’une population étrangère appelée pour hâter les progrès de la civilisation avec ceux de la richesse publique, et qui ne fit que les corrompre et les étouffer. Les juifs, fournissant à la noblesse toutes les ressources d’une société plus avancée, sans prétendre à une existence politique, sans éveiller chez elle la crainte d’une concurrence importune, conservèrent en Pologne tous leurs priviléges, tandis que la bourgeoisie polonaise perdit ses droits. De la sorte, ce qui, dans la pensée de Casimir, devait propager les arts utiles, les perdit sans retour. Les nobles eurent plus que jamais horreur et mépris pour les professions libérales. Ces professions suffirent pour ravir au sang sa vertu. La richesse fruit du travail déshérita les familles nobles ellesmêmes des prérogatives qu’elle aurait dû conférer.
Dieu permit que cet esprit funeste se perpétuât par une autre fatalité : c’est qu'avec Casimir III s’éteignit, après cinq cents ans de durée, la maison de Piast. Ce monarque ne laissa point d’héritiers directs. Quoique des princes du vieux sang royal fussent loin de manquer à la Pologne, puisqu'ils la désolèrent pendant deux cents ans de leurs prétentions armées, les diètes appelèrent au trône le roi de Hongrie, Louis, de la maison de France, neveu de Casimir par les femmes. Après ce prince, sa fille, la célèbre Hedwidge appela par son mariage, la race des Jagellons, qui apporta en dot la Lithuanie, mais dont le long règne fut le triomphe de tous les principes barbares sur la civilisation naissante et combattue de la Pologne. On ne pourrait dire si par là l'union des deux peuples ne fut pas plus pernicieuse qu'utile à cette belle et noble nation. Elle a péri par tant de causes qu'on éprouve quelque embarras à rechercher Jaquelle a le plus fait pour sa ruine, dans la longue instabilité de ses lois et de ses frontières, dans la croissante faiblesse de son gouvernement, dans la perpétuelle exigence de sa folle liberté, dans son oubli constant des deux principes qui font la force des États : la fixité du pouvoir et le bien-être des peuples.
N.-A. DE SALYANDY, de l’Académie Francaise. ]
CASIMIR IV, second fils de Jagellon, né en 1427, prit les rênes du gouvernement dans le duché de Lithuanie du vivant même de son frère Ladislas IIT. Au grand mécontentement des Polonais, il conserva toujours, même après son avénement au trône de Pologne en 1447, une grande prédilection pour son pays natal, et s’efforça d'empêcher qu’on lincorporât complétement à la Pologne. Quand les villes de Prusse se soulevèrent contre l’ordre Teutonique et se soumirent à Pautorité de Casimir, ce prince engagea contre cet ordre redoutable une lutte qui dura près de vingt ans; et en 1466 les chevaliers de l’ordre Teutonique furent contraints de lui abandonner, aux termes du traité de paix de Thorn, toute la Prusse occidentale.
En 1468, Casimir IV convoqua à Piorkrowo la première diète des nobles à l'effet de délibérer sur les revenus publies. C’est de la réunion de cette diète que date, à proprement parler, le développement successif des usages et des institutions qu'on avait coutume de désigner sous le nom
de constitution de la Pologne. Casimir IV mourut en 14992,
à Grodno.
CASIMIR V, deuxième fils de Sigismond III, est plus connu sous le nom de Jean-Casimir.
CASINO, mot italien qui désigne à la fois et le lieu où se rassemble une société particulière pour se livrer au plaisir de la conversation et du jeu, et cette société même.
C’est bien à tort que quelques personnes veulent faire dériver ce terme du nom de la montagne que nous appelons Mont-Cassin, dénomination dérivée de l'italien Monte Casino. Sans doute l’abbaye célèbre qui s’éleva en ce lieu était un séjour délicieux pour ceux qui apprécient le calme d’une philosophique retraite dans une contrée pittoresque, au milieu des trésors de l'intelligence et de l’érudition. Mais
pourquoi son nom, qui ne rappelle que des idées sévères aurait-il été donné à des réunions essentiellement mondaines ? Nous estimons qu’il est bien plutôt le diminutif de Casa, maison, et qu'il veut dire tout simplement petite maison. Aujourd’hui encore les nobles d'Italie ont l'habitude de désigner sous le nom de Casino les petites maisons dont ils sont propriétaires, indépendamment de leurs palais, généralement situés au centre des villes, et qui servent plus particulièrement à leurs plaisirs. Vraisemblablement ïil sera arrivé avec le temps que plusieurs familles moins riches se soient réunies pour louer en commun une maison de ce genre; et on doit croire que telle fut l’origine des sociétés particulières si nombreuses aujourd’hui, non pas seulement en Italie, mais encore en Allemagne, et auxquelles on applique la dénomination de Casino.
CASIRI ( MicnaELz), savant orientaliste et prêtre syromaronite, né en 1710, à Tripoli de Syrie, fut élevé à Rome, où il reçut l’ordre de la prêtrise en 1734. L'année suivante, il accompagna en Syrie le savantAssemani, que le pape y envoyait assister au synode des Maronites; et de retour à Rome en 1738, il rendit un compte exact des dogmes religieux des maronites. Il enseigna ensuite dans son couvent les langues arabe, syriaque et chaldéenne jusqu’à lannée 1748, époque où il alla s’établir à Madrid. L'année d’après il fut nommé l’un des bibliothécaires de l’Escurial ; et plus tard il devint le conservateur en chef de la riche bibliothèque de cette résidence royale. Il mourut à Madrid, le 12 mars 1791.
Sa Bibliotheca Arabico-Hispana (2 vol. in-fol.; Madrid 1760-1770 }), qui comprend en 1851 articles l'indication des différents manuscrits arabes que possède la bibliothèque de l'Escurial, bien qu’elle ne soit exempte ni de lacunes ni d'erreurs, n’en a pas moins une valeur toute particulière, à cause des extraits des historiens arabes qu’elle contient.
CASOAR. Le casoar approche de l’autruche pour la taille, et est encore moins volatile qu’elle, s’il est possible, puisque ses ailes n’ont pas même de plumes; cependant il en diffère assez à d’autres égards pour faire un genre particulier. Son bec est aplati par les côtés, et un peu arqué : la substance en est fort dure; la pointe de chaque mandibule est échancrée latéralement. Une proéminence osseuse, recouverte d’une corne mince, forme sur sa tête une espèce de casque comprimé par les côtés ef coupé en demi-ovale. Sa tête et le haut de son cou sont absolument dénués de poils et de plumes ; la peau en est teinte d’un bleu céleste très-vif et d’une belle couleur de feu. Le bleu occupe le haut, et le rouge le bas, dont la surface est inégale et présente des espèces de verrues ou des tubercules arrondis. Devant le cou pend de chaque côté une longue caroncule mince, dont la partie inférieure grossit un peu. Tout le corps est recouvert de plumes noires uniformes, qui de loin ressemblent à du crin, parce que les tiges en sont garnies de barbes courtes, roides, écartées, et qui ne portent point elles-mêmes de barbes plus petites. Celles du bas du dos et du croupion s’allongent et masquent entièrement la queue. L’aile est encore de moitié plus courte que dans l’autruche; ses pennes , au nombre de cinq, sont grosses et roides, et n’ont point de barbes du tout, de façon qu’elles représentent cinq piquants, et qu'elles servent en effet à l’animal d'armes offensives. Les pieds du casoar sont plus gros et plus courts à proportion que ceux de l’autruche. Ils sont terminés par trois doigts, dirigés tous les trois en avant. L’ongle du doigt interne est du double plus long que les autres.
Le squelette du casoar a beaucoup de rapport avec celui de l’autruche. Il a cependant des caractères particuliers, dont le principal consiste en ce que les os pubis et ischion ne sont point soudés. ensemble par derrière. Ses parties molles présentent aussi quelques dispositions curieuses ; entre autres celle que ses intestins sont extrémement courts à proportion de sa taille, et que ses cœcums sont fort pe-
its, si on les compare à ceux de l’autruche. Il n'a pas comme celle-ci un estomac intermédiaire entre le jabot et le gésier; son cloaque n’est pas plus grand que dans les autres oiseaux ; mais les muscles pulmonaires sont comme dans l’autruche.
Le casoar ne paraît pas surpasser l’autruche en délicatesse de goût et d’odorat : il avale, comme elle, tout ce qui se présente. Plusieurs auteurs, et Harvey lui-même, vont jusqu’à assurer qu'il avale quelquefois des charbons ardents. Mais il rend ce qu'il a pris beaucoup plus promptement que l’autruche, et surtout lorsqu'il est poursuivi. 11 mange de tout : il aime beaucoup les pommes ; mais il est aussi très-friand d’œufs de poule, et il les avale et les rend quelquefois sans les briser. Il ne peut pas manger de grain, parce que sa langue n'est pas disposée de manière à ce qu’il puisse l’avaler. Ceux qu’on élève aux Indes préfèrent le pain de sagou à toute autre nourriture; mais ils mangent du riz cuit et du pisang. Les sauvages vivent de fruits tombés des arbres. Dans les basses-cours les petits poulets et les canards ne sont pas toujours en sûrelé devant le casoar.
Le casoar court presque aussi vite que l’autruche, lorsqu'il est poursuivi. Selon Clusius, il rejette à chaque pas ses pieds en arrière, comme s’il ruait. En captivité il marche posément dans sa loge, en écartant les jambes et en se tenant très-droit. De temps en temps il court en faisant des bonds, mais lourdement et avec beaucoup de bruit, Valentyn dit que lorsqu'il court très-vite, il a l’air en partie de danseret en partie de voler. Ilest très-vigoureux. Son bec étant plus fort que celui de l’autruche, il s’en sert avec avantage pour se défendre, pour arracher et pour briser différents corps. Il frappe dangereusement de son pied, tant en avant qu’en arrière. Les Indiens regardent le casoar comme très-stupide ; ils ont remarqué surtout qu'il a très-peu de mémoire : qu’il oublie même les coups et les autres mauvais traitements, et qu’il ne témoigne aucun ressentiment contre ceux qui l'ont battu. 11 s’apprivoise très-vite, lorsqu'on le prend jeune; mais ceux qui sont devenus plus grands que la cigogne ne se laissent pas prendre aisément, Du reste, sa chair est noire, dure et peu succulente.
Les œufs du casoar sont verdâtres ou grisâtres, agréablement tachetés de vert d'herbe; le fond en est aussi marqué de blanc. 11 yen a d’unis, et d’autres dont toutes les teintes sont pâles. Ils sont plus petits et d’une forme plus allongée que ceux de l’autruche. Dans l'état sauvage il n’en pond que trois ou quatre, qu’il place dans le sable ou qu’il couvre de différentes choses, et qu’il abandonne à la chaleur naturelle du climat, Le jeune casoar diffère assez de l’adulte. Sa tête est entièrement recouvertede cette peau nue et bleuàtre; la proéminence revêtue de corne ne lui vient que petit à petit. Tant qu’il a moins d’un mètre de haut, son plumage est d’un roux clair, mêlé de gris.
Le casoar ne se trouve que dans la partie la plus orientale de l’Asie méridionale, c’est-à-dire dans la presqu'île de l'Inde au delà du Gange, et dans les iles de l’Archipel Indien, 11 n’est nulle part bien nombreux. Ce sont surtout les profondes forêts de l’île de Céram, le long de ses côtes méridonales, depuis Élipapoeth jusqu’à Kélémori, qui recèlent beaucoup de ces oiseaux. On en trouve aussi à Bouton et dansles îles d’Aroé; mais ils y diffèrent un peu des autres, surtout par leurs œufs, qui sont moins beaux, et dont les taches sont plus longues et plus brouillées. Quoique cet oiseau soit domestique à Amboine, il n'en est pas plus naturel ; on l'y a porté, selon Labillardière, des les situées à l'est.
Le nom de cesoar est une contraction de celui de cassuwaris, que cet oiseau porte en malaïis. Celui d’émeu ou d'éma lui avait été donné par les Portugais.
G. Cuvien, de l’Académie des Sciences,
Ce casoar est souvent désigné sous le nom de casoar à casque, afin de le distinguer du casoar de la Nouvelle- Hollande, qui forme le genre émou.