‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 430 sur 556 · CASSEL · texte numérisé non relu

CASSEL

aéral avait vu grossir à chaque instant ses bandes populaires. Ce chef improvisé, nommé Zonnekins ou Zennequin, Joignait une grande audace à un remarquable esprit de ruse et d’'intrigue. S'il eût été fils de bonne maison, les historiens en auraient fait un grand politique; il insultait même à Philippe de Valois, en le nommant le roi trouvé ; et quand le roi parut à la vue de Cassel, il trouva tout ce peuple de Flandre groupé en amphithéâtre sur les hauteurs de cette ville, au sommet de laquelle flottait un large étendard, où, au-dessus de la figure d’un coq, se lisaient en grosses lettres ces deux vers :

Quand ce coq chanté aura Le roi Cassel conquerra.

Un grand contraste se faisait remarquer entre les deux armées. Du côté des Français, étincelaient des armures d'acier, d'argent et d'or ; du côté des Flamands, ce n'étaient que haillons et glaives noirs ; mais sous ces haillons battaient des cœurs enflammés du sentiment de la liberté : ce sentiment mène assez souvent à la témérité et à l’imprudence, surtout chez un peuple en fermentation , où la voix des sages n’est pas toujours écoutée. Ici l’imprudence partit de la tête la plus élevée. Zonnekins méprisa les avantages d’une position qui, dans ce temps, pouvait être inexpugnable, et, quoique inférieur en nombre et entièrement privé de cavalerie, il voulut surprendre les Français dans la plaine, en usant d’un stratagème que lui offraient les usages militaires de ce temps. Le 23 août il fit dénoncer la bataille pour le 25 ; et cette formalité suffisait alors pour établir une trêve pendant laquelle les deux partis communiquaient librement entre eux. Zonnekins prend ses habits de marchand de poisson, et descend dans le camp des Français, offrant sa denrée aux chevaliers et aux soldats, dont il excite la confiance par des bouffonneries; mais pendant ce temps il observe les habitudes de ses ennemis : illes voit s’abandonner en toute assurance aux plaisirs de la table, s’enivrer et négliger toute espèce de surveillance et de précaution : il remonte vers les siens, jette ses habits, reprend ses armes , et annonce aux Flamands qu’il veut et peut enlever le roi de France et sa brillante cour. On l’écoute, on le suit en silence; il divise son armée en trois corps : l’un marche droit au quartier du roi de Bohème, qui commandait l’avant-garde française; l’autre se dirige sur celui du comte de Hainaut et du corps de bataille; le troisième, conduit par Zonnekins lui-même, entre dans le camp à deux heures après midi, et s’avance paisiblement vers le quartier du roi. Les avant-postes français, voyant passer cette masse, la prennent pour des alliés qui arrivent; mais en approchant du quartier du roi leur allure devient plus précipitée et plus bruyante. Un chevalier nommé Renaud de Lord les aborde, et les reprend de troubler ainsi le repos ou la sieste de leurs camarades : un javelot le renverse mort, et le massacre des tentes commence.

Le cri aux armes ! retentit dans tout le camp ; mais ce cri, poussé par des soldats qui s’échappent et fuient des tentes surprises, jette la terreur p&mi les autres. Le chapelain de Philippe se hâte de le réveiller. Le roi ne veut pas croire à cette attaque, il plaisante le moine qui trouble son sommeil ; mais le bruit augmente, se rapproche; les gémissements, les cris de mort se font entendre; la troupe de Zonnekins paraît elle-même. Philippe demande ses armes ; il n’a pas un varlet, un écuyer pour l'en revêtir ; les clercs de la chapelle l’arment comme ils peuvent; il est à cheval, et va s’élancer, l'épée au poing, au milieu des Flamands. Miles- Desnoyers, qui le voit sans escorte, sans troupe, l’arrête, lui montre le péril où il va se jeter, le force à reculer, agite l'oriflamme en signe de détresse, pour montrer où est le roi, si quelque bataillon ou quelques hommes d’armes sont à portée de le secourir. Ses cris et son étendard rallient un certain nombre de fuyards; ce noyau grossit à chaque mi-

nute; es soldats, les chevaliers se serrent autour de jeur souverain, et il peut alors s’élancer à leur tête au milieu des ennemis; il les presse, les cerne, les enveloppe. Les lances des chevaliers pénètrent dans cette masse confuse ; les Flamands sont renversés , taillés , massacrés, foulés aux pieds des chevaux. Treize ou quatorze mille restent morts dans le camp français; le reste cherche son salut dans la fuite, mais la retraite leur est coupée de toutes parts; le carnage se prolonge sur les hauteurs de Cassel, dure jusqu’au coucher du soleil, et une lettre de Philippe de Valois à l'abbé de Saint-Denys élève la perte des Flamands à dixhuit mille huit cents. Le roi de Bohême, le dauphin Guignes, les ducs de Bourgogne et de Bretagne, et Bouchard de Montmorency, se distinguèrent dans cette mêlée. Les trois derniers y furent blessés. Mais aucun ne put combattre en Capitaine; chacun payait de sa personne en chevalier, en soldat, tuant devant lui et poursuivant qui fuyait, sans s'inquiéter du reste. Cassel fut pris, démantelé et livré aux flammes. Les villes de Bruges, d’Ypres, de Poperingue ouvrirent leurs potes au vainqueur. Les principaux chefs de l'insurrection furent mis à mort; les communes furent désarmées, dépouillées de leurs priviléges, et livrèrent des otages pour garant de leur soumission. « Beau cousin, dit le roi de France au comte de Flandre , vous m'avez prié de venir, je suis venu. Peut-être avez-vous causé cette rébellion en négligeant de rendre la justice à vos peuples ; c’est ce que je ne veux point examiner. Vous m'avez causé bien des dépenses, je vous tiens quitte de tout, je vous rends vos États pacifiés; mais ne me faites pas revenir, car ce serait moins pour vos intérêts que pour les miens. » Louis de Crécy ne trouva rien de mieux pour écarter ce malheur que de faire pendre dix mille mutins qui avaient survécu à la bataille. Mais tout l’honneur de la victoire rejaillit sur Philippe de Valois, qui fit hommage à Notre-Dame de Paris de son cheval et de ses armes, et dont l'autorité royale s’en accrut à tel point que, suivant Froissart, aucun roi de France n’avait jusque là tenu un état pareil au sien. Le bon Froissart oubliait Charlemagne, Philippe-Auguste, saint Louis; et le règne de Jean prouva bientôt que ce bel état n'était pas solide,

La troisième bataille de Cassel fut livrée par Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, à Guillaume, prince d’Orange; C'était en 1677. Louis XIV venait de prendre Valenciennes, et pendant qu’il investissait Cambrai il avait donné à son frère l’ordre d’aller assiéger Saint-Omer avec un fort détachement de son armée. Le prince d'Orange, n'étant point arrivé à temps pour secourir Valenciennes, voulut profiter de la séparation des deux corps, et choisit le plus faible pour prendre une revanche éclatante. Il marcha donc sur l’armée du duc d'Orléans, à la tête de trente-cinq mille alliés, et prit position autour de Cassel. Mais le roi de France avait été informé de ce mouvement; et le duc de Luxembourg était parti à la hâte des environs de Cambrai avec les mousquetaires, les grenadiers à cheval et huit bataillons pour renforcer l’armée du prince. Celui-ci ne voulut point attendre l’ennemi; il quitta brusquement ses lignes, et se présenta le 11 avril devant Cassel. Guillaume ignorait sans doute l’arrivée du duc de Luxembourg; il s'était cru assez fort pour envoyer sur sa droite un corps de troupes destiné à ravitailler Saint-Omer, et pour masquer ce mouvement il avait jeté une partie de sa première ligne en tirailleurs sur un ruisseau qui séparait les deux armées. Luxembourg, qui vit cette faute, se porta vivement sur ces petits groupes, les poussa les uns et les autres, et les refouiz jusqu’au pied de la montagne. Le maréchal d’Humières attaquait en même temps la gauche du prince d'Orange, et le duc d'Orléans perçait son centre à la tête des gendarmes écossais. Le désordre causé par la brusque attaquede Luxembourg fut accru par la marche presque simultanée de Monsieur et de son lieutenart, 7 4 seconde ligne des Espagnols

et des Hollandais fut entraînée par la déroute de la première. Aucun corps du prince d'Orange ne put tenir contre l'impétuosité des Français. Trois ou quatre mille alliés furent tués dans cette bataille de deux heures; trois mille autres furent pris avec treize canons, deux mortiers, et tout le convoi qui devait ravitailler Saint-Omer. Cette ville capitula le 20 avril, neuf jo®rs après la bataille et trois jours après la reddition de la citadelle de Cambrai. On assure, et tous les historiens le redisent, que Louis XIV fut jaloux du courage et de la présence d'esprit que son frère avait montrés dans cette journée , et que cette jalousie le porta à ne plus lui donner de commandement. VieNNeT, de l’Académie Française, CASSE-LUNETTES. Voyez BLUET.

CASSE-MOTTE, massue de bois dur et cerclée de fer, dont on se sert dans les terres fortes pour diviser les mottes.

C'est aussi le nom vulgaire du traquet motteux. CASSE-NOISETTE, petit instrument avec lequel on casseles noisettes. 11 y en a de différentes espèces : les uns, en fer, sont formés de deux branches unies par une Charnière et agissent à la manière d’une pince; les autres, en bois,

sont formés d’une pièce creuse au fond de laquelle vient

presser une vis : on les orne en ce cas des figures les plus grotesques.

C'est aussi le surnom de deux oiseaux ; le manakin et la sittelle torchepot.

CASSE-NOIX , genre d'oiseaux de l’ordre des passereaux, de la division des conirostres et de la famille des corbeaux, ayant pour caractères : Bec fort, allongé, droit, à pointe un peu déprimée et légèrement obtuse , à mandibule supérieure dépassant l’inférieure , à narines basales, petites, arrondies, recouvertes par les plumes frontales, sétacées et dirigées en avant comme chez les corbeaux ; tarses médiocres, scutellés; doigts latéraux à peu près égaux, l’externe soudé au médian à sa base, l'interne totalement séparé; ongles peu arqués , mais très-allongés , surtout le postérieur et le médian, comprimés et très-acérés; ailes construites sur le type obtus, à quatrième et cinquième rémiges les plus longues, la première courte et arrondie; queue moyenne, arrondie , à douze rectrices.

Les casse-noix se nourrissent de hrves et des amandes contenues dans les cônes des arbres résineux. Ils habitent principalement les forêts montagneuses, couvertes de sapins : aussi les trouve-t-on le plus communément en France, dans l'Auvergne et la Lorraine, sur les Alpes, en Suisse et en Savoie ; ils se retrouvent aussi, selon Vieillot, en Sibérie et au Kamschatka. Ils nichent dans les trous naturels des arbres creux, où la femelle pond cinq ou six œufs, d’un gris fauve avec quelques taches d’un gris brun.

CASSE-NOLLE, nom vulgaire de la noix de galle, que lui donnent les teinturiers en France.

CASSE-NOYAUX, nom vulgaire du gros bec commun.

CASSE-PIERRE, nom vulgaire de la pariétaire et de lasaxifrage, dont la vertu diurétique est propre, sinon à dissoudre, du moins à prévenir la pierre et les calculs de la vessie.

CASSEROLE, ustensile de cuisine, qui est l'arme favorite, le talisman, la bonne fortune d’un habile cuisinier. Que serait l’art culinaire sans la casserole? Ce qu'il était au temps des patriarches et dans les siècles qu’on nomme héroïques, où la marmite, la broche et tout au plus le gril, jouaient le principal , ou pour mieux dire l'unique rôle. Comme Ésaü, nous nous régalerions encore de lentilles bouillies ; nous mangerions l'agneau pascal comme Moïse ; ou, à l'exemple d'Achille et de Patrocle, nous ferions rôtir un veau ou un mouton. La poêle à frire est venue ensuite ; mais ses œuvres, ses divers produits, quoique fort estimables sans doute, sont fort loin de pouvoir rivaliser avec ceux de la casserole, pour la délicatesse et la variété. C'est de

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