CASSIN — CASSINI
commença par être astrologue ; il fit des prédictions, qui se vérifièrent; mais bientôt sa raison, déjà droite et forte, lui montra la vanité de cette science toute chimérique: J] s'appliqua sans relâche aux sciences préliminaires nécessaires à l'étude de l'astronomie, dans laquelle il fit des progrès si rapides qu’à vingt-cinq ans, en 1650, il fut désigné par le sénat de Bologne pour remplacer à la première chaire d’astronomie vacante depuis longtemps par la mort du père Ca valieri, ce célèbre géomètre, auteur de la méthode des indivisibles. Deux ans après, à la fin de 1652, le hasard fit qu’une comète passa au zénith de Bologne, comme pour éprouver la science du nouveau professeur, dont les observations furent consignées dans un traité qu'il publia en 1653 : il y prenait les comètes pour des générations fortuites, pour d'immenses flocons d’exhalaisons fournies par la terre et les astres. 11 abandonna aussitôt un système si peu probable, et pensa avec raison que les comètes étaient, malgré leurs irrégularités apparentes, soumises à des lois comme les autres astres, et, loin d’être des créations nouvelles, pouvaient être aussi yieilles que l’univers.
Depuis longtemps le calendrier Julien était tombé dans un tel désordre, qu’il ne marquait plus qu’à dix jours près les équinoxes et les solstices. Afin de parer à cet inconvénient et de fixer les fêtes chrétiennes , le père Ignazio Dante, astronome, avait, en 1578, tracé comme une espèce de méridienne, dans l’église de Saint-Pétrone. Lorsqu’en 1653 on répara cette église en augmentant ses dépendances, le jeune Cassini proposa à la fabrique de Saint-Pétrone d’y tracer une nouvelle méridienne plus étendue, plus exacte , et où les incertitudes des réfractions astronomiques et les éléments de la théorie du soleil seraient résolus. Les frais de cette entreprise, la disposition des lieux, qui semblait la contrarier (car il fallait nécessairement que la ligne méridienne passät droit entre deux colonnes ), n’engageaient pas les magistrats à favoriser sa demande, qu'il finit cependant par obtenir. Au hout de la deuxième année la méridienne fut achevée, et le solstice d'hiver de 1655 y vint, devant une foule de savants et de curieux, éclairer son succès et son triomphe. Des tables du soleil plus sûres, une mesure presque exacte de la parallaxe de cet astre, qu’il éloigna ainsi dix fois plus que n’avait fait Kepler, et une excellente table de réfractions, furent le précieux résultat de cette construction.
Sur ces entrefaites, des différends étant survenus entre Bologne et Ferrare au sujet du P6, dont les bras nombreux lui méritèrent avec raison chez les poëtes latins le surnom de Corniger, le sénat de Bologne confia ses intérêts relatifs à la navigation de ce fleuve à Cassini, et l’envoya à Rome pour les discuter, négociation qu’il acheva avec succès, après s'être appuyé d’un mémoire spécial qu’il composa sur l’histoire antique et moderne de ce fleuve célèbre. Cet ouvrage lui valut la surintendance des fortifications du fort Urbin, et celle des eaux du PÔ. Le pape eut tant de confiance dans les connaissances hydrostatiques de l’astronome qu'il lui mit entre les mains ses intérêts dans une contestation qu’il eut avec le grand-duc de Toscane, par rapport aux eaux de la Chiana. Déjà astronome et ingénieur, Cassini fût peut-être devenu cardinal s’il n’eût refusé une dignité ecclésiastique qu’Alexandre VII, qui voulait se l’attacher, lui offrit, état pour lequel il ne se sentait nulle vocation, malgré sa piété naturelle.
On eût vraiment dit que le ciel se plaisait à servir la gloire de son astronome; car les comètes s’y succédaient à cette époque comme par enchantement : à la fin de 1664 il en parut une seconde , puis une autre au mois d'avril 1665, puis une encore au mois de décembre 1680. Cassini observa la première à Rome, en présence de la reine Christine de Suède et de concert avec elle; car cette princesse était tellement passionnee pour l’astronomie, qu’elle restait des nuits entières à chercher une parallaxe aux étoiles. D’après ces observations réitérées, Cassini avait remarqué que la plu
CASSINT
part des comètes, soit de celles qu'il avait vues, soit de celles qui l'avaient été par d’autres astronomes, avaient dans le ciel leur chemin, dans une zone particulière qu’il appela par cette raison le zodiaque des comètes, et comme celle de 1680 se trouva dans ce zodiaque ainsi que celle de 1577, il crut qu’elle le suivrait, et elle le suivit : il assura aussi que cette espèce d’astre était susceptible de retour, ce qui fut plusieurs fois vérifié par la réapparition de la comète périodique de 1456 en 1531, 1607 , 1682, 1759.
Ce fut durant le démélé pour les eaux de la Chiana, en 1665, à Città-della-Pieve, dans la Toscane, que Cassini, observant Jupiter, distingua les taches de cet astre d'avec les ombres que les satellites jettent sur son disque quandils passent entre cette planète et le soleil : alors pour la première fois on sut indubitablement, au moyen d’une tache fixe bien avérée, reconnue par cetastronome sur cette planète, qu’elle tourne sur son axe en 9 heures 56 minutes seulement, quoiqu’elle surpasse 1,000 fois notre globe en grosseur. De ce moment le beau système de Copernic parut comme à découvert : il fut incontestable ; ajoutez à cela qu'à l’aide de semblables taches cet astronome découvrit que la rotation de Mars est de 24 heures 40 minutes , et celle de Vénus de 23 heures 21 minutes. Tant de travaux ne l’empêchaient pas de donner beaucoup de temps à la forteresse de Pérugia et au port Félix, menacé d’être abandonné par les eaux du Tibre , de l’inspection desquelles il fut chargé. Bien plus, ses regards, s’abaissant des espaces célestes jusque dans les mousses et dans la poussière, il en étudiait les habitants ; ses observations entomologiques sont imprimées dans les œuvres d’Aldrovande. La physiologie même éveilla sa noble curiosité. La transfusion du sang, dont l’idée d’ailleurs n’était pas neuve , puisque ce fut par transfusion que Médée rajeunit le vieil Éson, son beau-père, faisait alors grand bruit en Angleterre et en France. Cassini fit à ce sujet des expériences à Bologne. En 1668 cet astronome publia ses éphémérides des astres de Médicis (ainsi en Italie s’appelaient alors les satellites de Jupiter). Ces tables merveilleuses, où il entra vingt-cinq éléments, touchaient d’assez près à la perfection qu'il était réservé à notre célèbre D elambre de leur donner depuis.
Colbert, si soigneux de la gloire de la France, lorsque Louis XIV l’agrandissait par de sanglantes conquêtes, la glorifiait à jamais par des conquêtes plus paisibles et plus durables , par les hommes de génie qu’il enlevait à l’étranger : Cassini fut du nombre. Ce ministre, qui, par les ordres du roi, venait de former en 1666 l’Académie des Sciences, résolut d’en augmenter l’éclat par une célébrité de plus ; il demanda à l'Italie Cassini. Ce fut l’objet d’une négociation auprès de Clément IX, alors pontife. On le céda à la France, mais pour un temps limité. Au commencement de 1669, il arriva à Paris, où l’Académie lui fut aussitôt ouverte. Le délai expiré, il se préparait à retourner dans sa patrie, dont il était pensionné , ainsi que du roi de France; mais Colbert fit tant et si bien qu’il le retint , et lui fit accepter des lettres de naturalisation ; aussitôt après, en 1673 , il se maria avec la fille d’un lieutenant général. Ce fut alors que le roi lui dit : « Monsieur de Cassini, je suis bien aise de vous voir devenu Français pour toujours. » Disons ici en passant que cet accueil que le roi et son ministre faisaient aux étrangers était une passion qui n’était satisfaite qu'aux dépens des nationaux : n'est-ce point là une mère détournant son sein des lèvres de son propre enfant pour le donner au fils de l’inconnue? Cassini fut amplement pensionné, et La Hire et Picard, astronomes français, étaient à peine rétribués. Par suite de cette manie, l’admirable colonnade de Claude Perrault faillit être rejetée : on allait livrer le Louvre à l'impuissance du cavalier Bernin.
Toutefois, Cassini sentit l'importance de soutenir sa réputation dans sa nouvelle patrie. En 1672, le voyage astronomique à Cayenne fut entrepris sous ses auspices; il
contribua à faire connaître la figure de ia terre, sa pesanteur relative des pôles à l'équateur. Cassini débrouilla l’inextricable calendrier indien. En 1683, il chercha les causes de la lumière zodiacale, déjà vue, mais non expliquée; il jugea qu’elle pouvait être renvoyée à nos yeux par une matière que le soleil pousserait hors de lui beauçoup au delà de l'orbite de Vénus, et dont il serait enveloppé. II découvrit encore que l’axe de rotation de la lune n’était pas perpendiculaire à l’écliptique, comme on l'avait cru jusqu’alors, et que ses positions successives dans l'espace n’étaient point parallèles entre elles, phénomène jusque alors unique dans le système du monde. Enfin, en 1684, il se trouva avoir découvert quatre satellites à la planète de S aturne, ce qui fit cinq avec celui qu'avait déjà aperçu en 1655 le célèbre Huygens. Une médaille fut frappée à la gloire de l’astronome avec cette légende : Saturni satellites primum cogniti (les satellites de Saturne connus pour la première fois). En 1693 Cassini donna de nouvelles tables des satellites de Jupiter, plus exactes que celles de 1668. En 1695 il fit un voyage en Italie, alla visiter sa chère méridienne de Saint-Pétrone, qu'il répara, puis revint en France, et en 1700 prolongea jusqu’à l'extrémité du Roussillon la méridienne de Paris, commencée par La Hire et Picard. Ses ouvrages imprimés sont très-nombreux. Cassini mourut ou plutôt s’éteignit le 14 septembre 1712, à l’âge de quatrevingt-sept ans et demi, sans infirmités, sans maladie, dans toute la ferveur de ses sentiments religieux et dans la persuasion qu’il allait assister pour toujours et de plus près au beau spectacle des cieux, dont il était privé alors; car, ainsi que Galilée , quelque temps avant sa mort, il était devenu aveugle. Dans sa statue, qui est à l'Observatoire , le marbre a heureusement reproduit le calme et la paix habituels de son âme, que sa cécité même n’altéra point un moment.
CASSINI (Jacques), fils du précédent, naquit à Paris, en 1677. Membre de l’Académie des Sciences, il le fut bientôt de la Société royale de Londres. Dans ses voyages, il s'était lié d'amitié avec Newton, Halley et Flamstead. En 1717 il présenta à l’Académie un travail très-étendu sur l'inclinaison de l’orbite des satellites et de l'anneau de Saturne. Chargé des expériences relatives à la détermination de la figure de la terre, leur résultat ne fut pas favorable au système nouveau de l'attraction ni à l'évidence de la rotation du globe sur son axe. Les newtoniens réclamèrent ; il fut conclu que, vu l’imjierfection des instruments astronomiques, on ne pouvait répondre d’une erreur d'une demi-minute, sur le moment précis de l’émersion du satellite de Jupiter, ce qui ferait en longitude une erreur de 7'30' ou plus de cinq mille toises sur l'arc du parallèle; ce qui excède la différence que donnerait l’hypothèse de la terre sphérique ; et cependant Cassini avait trouvé d’abord le degré de longitude plus court qu'il ne serait dans cette même hypothèse. Cet astronome, qui montra autant de zèle pour la science que son père avait montré de génie, mourut près d’atteindre sa soixante-dix-neuvième année. Entre autres ouvrages on a de lui des Éléments d’Astronomie et des Tables Astronomiques du soleil , de la Lune, des planètes, des étoiles et des satellites : on les estima longtemps comme les plus exactes.
CASSINIDE THURY (CÉsar-François), petit-fils du grand Cassini, naquit le 17 juin 1714. Il fut en même temps mattre des requêtes, directeur de l’Observatoire et académicien. Tout jeune, il conçut le projet de lever le plan topographique de la France entière. Celte entreprise exigeait des fonds considérables ; Louis XV, assez versé dans la géographie, la protégea, et le gouvernement l’aida de son argent; mais, l’ayant bientôt abandonnée à elle-même, elle devint en l’an 1756 la propriété d'une compagnie. Ce superbe aflas de France, fruit d’un immense travail, était tout près d’être achevé, quand Cassini mourut de la petite vérole, le 4 septembre 1784. 11 fut terminé par Jacques-Dominique Cassini.
Tout dans cet etlas, composé de cent quatre-vingt-une grandes feuilles, est rapporté à la méridienne et à la perpendiculaire de l'Observatoire : cette magnifique pièce topographique est exécutée sur une échelle d’une ligne pour cent toises.
Cassini de Thury a composé nombre d’ouvrages et de mémoires, parmi lesquels sa Description géométrique de la France est un des plus utiles. DENNE-BARON.
CASSINI (Jacques-Domnique, comte ne), fils du précédent, naquit à Paris, le 30 juin 1747. Comme directeur de l'Observatoire et membre de l’Académie des Sciences, il prit une part importante au travail de la délimitation exacte des divers départements ; mais son principal titre à la reconnaissance publique est d’avoir achevé la grande carte de France, commencée par son père. En 1789 il présenta à l’Assemblée nationale la Carte topographique de France en 180 feuilles (à l'échelle de 1/86400), qui fut terminée en 1793, et couvre en tout une superficie de forme rectangulaire de 11 mètres de hauteur sur 11,33 de largeur. Une des premières feuilles, qui parut en 1750, contient les environs de Paris, et fut multipliée à un nombre infini d'exemplaires : aussi les bonnes épreuves en sont-elles aujourd’hui d’une rareté infinie. L’Af/as National, publié à partir de 1791, par Dumez et autres ingénieurs (83 feuilles, dont chacune contient un département), n’en est que la réduction au tiers de l’échelle. Il en existe encore une autre réduction au quart de l'échelle, par Capitaine (84 feuilles ).
Partisan déclaré de la monarchie, le comte de Cassini fut arrêté en 1793 et traduit devant le tribunal révolutionnaire. Il fut assez heureux pour sauver sa vie; mais il perdit ses cuivres de la Carte de France, qui n’avaient pas coûté moins d’un demi-million. En 1816 il fut nommé membre du conseil général de l'Oise; et malgré son âge avancé ne montra pas moins d’aclivité pour remplir ses devoirs de citoyen que pour cultiver les sciences. En 1843, retiré loin du monde, dans son château de Thury, il publia encore un petit volume de poésies. Enfin il mourut dans cette retraite, le 18 octobre 1845, âgé de plus de quatre-vingt-dix-huit ans.
Membre de l’ancienne Académie des Sciences, il avait fait partie de l’Institut dès la formation de ce corps. On a de lui plusieurs ouvrages estimés, entre autres : Voyage fait par ordre du roi en 1768 et 1769 pour éprouver les montres marines inventées par M. Leroy ; Voyage en Californie par M. Chappe d’Auteroche; De l'Influence de l’équinoxe du printemps et du solstice d’élé sur les déclinaisons et Les variations de l'aiguille aimantée; Exposé des opérations faites en France en 1787 pour la jonction des observations de Paris et de GreenwicA.
CASSINI ( ALexanDREe-HENRI-GABRIEL vicomte de), fils du précédent, né à Paris, le 9 maï 1781, étudia d’abord l’astronomie, sans cependant s’être senti une grande disposition pour cette science, qu’on pourrait considérer comme le patrimoine de la famille. Aussi y renonça-t-il bientôt pour embrasser l'étude du droit et entrer dans la carrière de la magistrature. En 1811 il fut nommé juge au tribunal de première instance de la Seine, et devint successivement viceprésident de ce tribunal, conseiller et président à la cour royale de Paris; consacrant les moments qu’il pouvait dérober à ses fonctions à des travaux sur la botanique, science qui lui doit quelques précieuses découvertes. En 1826 il publia ses Opuscules phytologiques (Paris, 2 vol. in-8°), ouvrage remarquable, qui le fit élire membre de l’Académie des Sciences en 19827. En 1829 il fut créé conseiller à la cour de cassation, et en 1831 nommé membre de la chambre des pairs, Le 16 avril 1832, il succomba à une attaque de choléra.
CASSINIE, Ce genre de plantes de la famille des composées , établi en l'honneur du botaniste Cassini, a pour caractères : Calice à folioles imbriquées, pauciflore; anthères munies au-dessous de petites soies; graines à ai-