‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 445 sur 556 · CASTELLAN — CASTELLANE · texte numérisé non relu

CASTELLAN — CASTELLANE

modèle qu’elle a toujours été à un pas du goût, comme le ridicule qui se tient à un pas du sublime. Lorsque M. Jourdain, le Bourgeois gentil-homme, se prit à aimer les lettres, la musique et la philosophie, il ne se comporta pas autrement que ne l’a fait le propriétaire de l’hôtel de Castellane, quand il se proclama le protecteur de l’art dramatique, auquel il ouvrit son logis. Cependant celui-ci est gentil-homme de race , il porte lenom et le titre de comte Jules ne CAsSTEL- LANE, qu’il a reçu de ses aïeux. Ce que s’est proposé le fondateur du théâtre de société de l’hôtel de Castellane est un . problème que la société parisienne n’a pas encore résolu. Est-ce une lacune qu’il a voulu combler, pour remplir les vides de la scène ? est-ce une école qu’il a fondée, afin de propager ou d’amender l'enseignement dramatique? On a avancé que l’hôtel de Castellane avait eu la prétention de résumer et de surpasser toutes les traditions du théâtre de société en France; la tâche était difficile : ces annales sont élégantes, polies et riches de beaux et spirituels souvenirs. Quelques-uns affirmèrent que l'hôtel de Castellane aspirait à faire revivre l'hôtel d’Uzès; d’autres assurèrent qu’il s’efforçait de faire concurrence à l’Abbaye-aux-Bois (voyez R£camiER [M®*]). Les conjectures et les hypothèses se pressèrent en foule; les plus indulgents virent dans ces réunions le désir d’offrir à la société parisienne une distraction ingénieuse, et qui par sa nature devait apporter quelque variété dans les plaisirs du monde. Le mot de cette énigme, mi-partie bel esprit, mi-partie roman-comique, n’est pas encore trouvé. C’est en pénétrant sans indiscrétion dans les mœurs, les habitudes, les faits, les gestes de cette demeure, que nous jetterons peut-être quelque lumière sur ces mystères qui ont tant occupé la curiosité des oisifs.

Dans le faubourg Saint-Honoré , au delà de la place Beauvau, il est un édifice dont toute l’apparence extérieure affecte l'aspect d’une villa italienne. C’est dans les rues de Paris un des plus grotesques contre-sens que l’on puisse imaginer. On y voit des muses, des grâces, des bacchantes et Apollon, des chœurs de danse, des thyrses, des vases, des pampres et des amphores. Les figures mythologiques grelottent et soufllent dans leurs doigts, mouillées, gelées et fransies, sous un ciel humide, brumeux et glacé; elles regrettent l’azur de la Grèce , le beau ciel de l'Italie, et maudissent cette atmosphère froide et grise qui les enveloppe. L'hôtel, dans ses autres arrangements, est d’une coquetterie florentine : sur ses murailles on voit des plaques de marbres précieux , l’ordre architectonique de sa construction est chargé d’ornements prétentieux et tourmentés; le style ne manque pas de faste, mais il n’a ni élégance ni délicatesse. S'il est vrai que l’on puisse juger les gens d’après les traits du visage, ne peut-on pas trouver aux édifices des signes lavatériens? A l'aspect de l'hôtel de Castellane, dont nous venons de tracer la physionomie linéaire, certes il ne viendra à la pensée de personne que le goût ait jamais habité cette demeure. Quelques duègnes littéraires ont fondé le théâtre de société de l’hôtel de Castellane; né sous les inspirations des vanités vieillies, il n’a jamais pu se débar rasser entièrement de ce péché originel ; et les efforts d’une bienveillante hospitalité n’ont pu effacer nous ne savons quelle imperfection primitive qui gâte tout, comme une inévitable et funeste influence.

On est convié aux matinées et aux soirées de l'hôtel de Céitellane par des lettres d'invitation, qui dans leur forme se rapprochent du billet de spectacle; les représentations ont lieu le matin, dans le jour, et le soir, à toute heure; il semble que la scène y soit en permanence. Il n'existe pour la société qui s’y réunit aucun lien commun entre les personnes ; ce n’est pas un théâtre, mais ce n’est pas non plus un salon : c’est une espèce de région mixte, métisse, neutre ou mitoyenne qu'il serait fort difficile de définir. Le maitre de la maison ne connait pas tous ceux qu'il reçoit; plusieurs spectateurs n’ont jamais vu M. le comte Jules de Castel-

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