‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 446 sur 556 · CASTELLANE · texte numérisé non relu

CASTELLANE

lane ; de telle sorte qu'il y a dans les relations mutuelles une indifférence quelquefois poussée trop loin, surtout par le public qu'amènent des billets répondant à ceux qu'au théâtre sérieux on appelle billets de service. Lorsqu'on à franchi la première enceinte du péristyle et de lantichambre, on se trouve dans un.salon vaste et monumental , coupé par deux colonnes qui lui donnent assez bien l'air d’un foyer. C’est dans ce salon qu'est né Le théâtre de l'hôlel de Castellane; la scène s’y établit d’abord dans un espace dont les colonnes marquaient les limites. Partout le théâtre de société a commencé par la comédie de paravent. Plus tard, au delà d’une galerie qui aboutit au salon, fut construite la salle de spectacle. Cette galerie, qui en forme comme le corridor, est un musée, dans lequel on remarque des sarcophages égyptiens, singulière décoration pour conduire à un lieu de plaisance. La salle de spectacle est de petite dimension, mais nous lui rendrons cette justice qu’elle est fort habilement distribuée : c’est une bonbonnière commode et bien parée. On estime qu’elle peut contenir deux à trois cents spectateurs. Un amphithéâtre, dont la pente s'élève doucement, et qui reçoit des banquettes ou des fauteuils, est l’enceinte principale, celle où les femmes prennent place; la partie la plus rapprochée du théâtre porte le nom d’orchestre; les musiciens ont une entrée réservée, et sont placés comme ailleurs. Au-dessus s’élève une galerie circulaire, qui semble être plus particulièrement destinée aux cavaliers. Aux issues, la jeune fashion, qu'on retrouve aussi aux abords du théâtre, se tient debout, et parle tout haut. Il y a un lustre qui descend du plafond, une rampe et.des lumières d’applique ; la salle est très-confortablement éclairée. La scène est dans des proportions conformes au reste de la salle : elle est suffisante ; les accès en sont faciles, et on la dit fort bien machinée pour la manœuvre des décorations. Il est un éloge que nous devons donner, sans réserve, au théâtre de l'hôtel de Castellane : tous les accessoires de la scène, décors, costumes, armes et mobiliers, y ont une exactitude et un bien-être qu’on ne trouve dans aucun autre théâtre de société. L’aspect de la salle et de la scène est très-complétement celui d’un grand théâtre en miniature. Dans la salle on rencontre un public naturellement disposé à l’indulgence; d’ailleurs, les parents et les amis des acteurs sont en majorité : aussi applaudit-on à outrance et à tout moment. On y joue tous les genres , depuis le vaudeville jusqu’à la tragédie. Est-il nécessaire de dire que les signes de désapprobation se cachent sous le voile de quelques rires étouffés et d’une causerie à voix basse?1Il y aurait plus que de l’impolitesse à agir autrement : personne n’a acheté à la porte le droit de témoigner son mécontentement. Avant de porter notre exploration dans les petits appartements de la comédie, de l’autre côté du rideau, nous jetterons un dernier coup d’œil sur la manière dont le noble seigneur fait les honneurs de sa maison; c’est pour l’observation des mœurs un point capital. Généralement, à l’hôtel de Castellane, les représentations du soir sont plus aristocratiques et plus brillantes que celles du matin et de la journée ; mais les matinées ont un avantage qui leur est propre : elles sont plus artistes ; et les franchises de leurs allures s’éloignent plus des rigidités de l'étiquette ; la société y est aussi plus mêlée : on n’y voit point de toilettes; la mise est celle d’un élégant négligé. M. le comte de Castel- Jane est partout, et veille à tout avec un empressement et une sollicitude que l’on ne saurait assez louer; il place luimême les femmes ; il s'occupe de tout le monde, des personnages les plus considérables comme des plus humbles ; il distribue lui-même les programmes; de la scène à la salle, il excite l’activité et le zèle, pour épargner à son public un moment d’impatience et d’ennui. Toutes ces occupations de détail sont traitées par lui fort sérieusement ; il parle peu, et rit plus rarement encore. Les moments où le soin que M. de Castellane prend de ses hôtes éclate avec le plus de

splendeur sont ceux où l’on sert les rafraîchissements. Ce service est à la fois libéral, friand et tout à fait ingénieux : sur les plateaux que portent les gens à la livrée de la maison, est servi un déjeûner qui offre successivement tous ses mets : le café, le consommé, le chocolat, la côtelette, le petit pâté et tout le menu d’un repas léger et d’une chère délicate défilent alternativement et parcourent toutes les parties de la salle. M. de Castellane va lui-même au-devant de {ous les désirs, et son attention est infatigable ; il ne néglige rien pour servir ses convives et pour leur rendre facile accès de ces délices qu’il a préparées ; il n’est rien de plus charmant que cette aimable assiduité et cette hospitalité vigilante. Nous dirons même que souvent ce dévouement es poussé jusqu’à l'excès. Un nouveau-venu peut difficilement reconnaître le maître du logis dans cet homme dont les empressements sont si prompts et si continuels, qui est avec tout le monde aux petits soins, et dont la mise simple et sans décoration ne trahit point le modeste incognito. I] est même arrivé , on l’a raconté du moins, qu’on s’est adressé à lui-même pour lui demander à voir M. de Castellane.

Le pelit théâtre a eu un poëte, un instituteur et une surintendante, Mennechet était le poete; Michelot, l’ancien acteur de la comédie française, l’instituteur; M"° Sophie Gay, la surintendante, dont les conseils faisaient loi. A la tête de la troupe, figure, en guise de régisseur, une façon de maître Jacques, faclotum dont les talents de société varient à l'infini : il joue tous les genres, chante et danse selon la

- circonstance. Il ne quittait jadis le théâtre de lhôtel Cas-

tellane que pour aller chez M. Guillaume se méler aux divertissements du ballet de salon. Où va-t-il maintenant que le grand chorégraphe amateur n’est plus, et que le sort jaloux Jui a ravi le tiers de lui-même? Au reste, notre régisseur lui-même était il y a quelques années bien connu dans le monde parisien, comme un des types les plus amusants de ces comédiens de la ville qui transportent dans le monde les mœurs du théâtre. On a beaucoup parlé de Paristocratie de la troupe de l’hôtel Castellane; il y a eu de l’exagération dans tout ce qu’on en a dit; la troupe es presque tout entière roturière à merci. Le jeu des acteurs se distingue surtout par les grâces décentes; la chaleur et la sensibilité font trop souvent défaut : il est juste d’imputer l'absence de ces deux qualités à une timidité inséparable d’essais. Ce fut à l’hôtel de Castellane qu’on projeta et arrangea cette fameuse soirée donnée à la salle Ventadour, dans laquelle tous les chanteurs, choristes et personnages, appartenaient à la musique d'amateurs. Le publie s’imagina bonnement qu’il avait devant lui une troupe de gentils-hommes, ducs, marquis et comtes, et pour prima donna la fleur de la noblesse féminine. Nous ne dirons pas la composition bourgeoise de cette troupe; mais ce fut une étrange et solennelle mystification. Nous citerons un trait de cette soirée : ordinairement c’est la salle qui lorgne le théâtre; cette fois ce fut le théâtre qui lorgna la salle; sur la scène, tout le monde, les gardes eux-mêmes, portaient le lorgnon.

Au théâtre de l’hôtel de Castellane, dont nous avons discrètement soulevé le rideau, florissent les mesquines rivalités, la lutte des amours-propres, la petite guerre des coulisses, la querelle des rôles, les perfidies, les noirceurs et tous les ridicules du théâtre de société. On a dit que la salle Chantereine était le Conservatoire des grisettes; le théâtre Castellane est la salle Chantereine du monde. Le mariage de M. le comte de Castellane ferma un instant le théâtre de son hôtel ; ce fut à l’Athénée, dont il avait accepté la présidence, que se réfugia ce gentilhomme : malheureusement il y continua son théâtre. IL mourait d’envie de le rouvrir. Ses souvenirs scéniques l'étouffaient; il n'y tint plus, et la lune du miel était à peine écoulée, qu’il s'enfuyait de la rue Valois pour revenir au faubourg Saint-Honoré et faire retentir plus que jamais la sonnette sur ses planches {trop longtemps désertes, Eugène BRIFFAULT.

CASTELLANE, petile ville de France, dans le département des Basses-Alpes, sur le Verdon, que traverse un pont très-hardi, est une sous-préfecture de 1,842 habitants. Ancienne baronnie qui fut réunie à la Provence, elle était jadis fortifiée et elle est encore entourée de murailles flanquées de tours en ruines. Elle possède un collége et ul tribunal civil. Il y a des fabriques de cire, de chapeaux, de drap, et des filatures de laine.

CASTELLI (ienace-Frépéric), poëte et écrivain dramatique allemand , célèbre par le grand nombre de ses productions théâtrales, naquit le 6 mars 1781, à Vienne, Son pére, employé à la comptabilité du collége des jésuites, ayant été mis de bonne heure à la retraite, fut hors d'état d'assurer une jeunesse heureuse à son fils, qui commença par étudier le droit. Passionné dès cette époque pour le théâtre, il apprit à jouer du violon, rien que pour avoir ses entrées au théâtre, en y venant jouer à la place de son maître. Ses études une fois terminées, il parvint, après beaucoup de peine, à se faire admettre au nombre des employés aux vivres. Il consacra ses loisirs à des travaux poétiques et littéraires, s’occupant surtout d’arranger pour la scène allemande les pièces du répertoire moderne du Théâtre- Français qui obtenaient le plus de succès. Ses Chants patriotiques pour l’armée autrichienne, que le gouvernement autrichien répandit par milliers d'exemplaires parmi les soldats de son armée, lui donnèrent alors une certaine importance politique aux yeux des chefs de l’armée française. L'immense succès qu’obtint en 1811 sa Fumille Suisse lui fit obtenir du prince de Lobkowicz le titre de poëte du théâtre de la cour au théâtre de la Porte de Carinthie.

En 1815 il accompagna en qualité de secrétaire le comte Cavriani, chargé du commandement d’un corps autrichien cantonné dans une partie de la France; et il revint occuper des fonctions analogues auprès du baron Munch de Bellinghausen dans la haute Italie. A partir de ce moment on le vit déployer toujours plus d’activité pour faire marcher de front ses travaux littéraires avec les devoirs de ses fonctions officielles, qui, jointes à de nombreux voyages d'agrément, lui fournirent l’occasion d'acquérir une connaissance toute particulière des mœurs et des habitudes populaires, En 1840, après quarante ans de service, il obtint sa mise à la retraite, en conservant le maximum de ses appointements et les fonctions de bibliothécaire des états-de la province. Depuis lors il passe sa vie dans la charmante habitation qu'il possède à Lilienfeld, dans une des plus ravissantes vallées qu’on puisse voir, et qu’il a décorée avec la fantaisie qui le caractérise ; s’adonnant, en bon Autrichien, aux solides jouissances d’Épicure, tout en s’occupant en même temps d’aceroître son riche cabinet d'objets relatifs à l'art dramatique, et surtout ses fameuses collections, C’est ainsi qu’il possède, dit-on, plus de 12,000 pièces de théâtre formant 3,000 volumes, plus de 1,000 portraits et autogra- »hes d'acteurs et de poëtes dramatiques, la suile complète ée toutes les affiches du théâtre de Vienne depuis l’an 1606, enfin une collection de 1800 tabatières.

Castelli appartient incontestablement aux poëtes les plus féconds de l'Allemagne et surtout de l'Autriche, II a composé, arrangé ou traduit plus de cent pièces de théâtre. 11 y à dans ses poésies et ses ouvrages dramatiques un grand fonds de bonhomie et de gaîté; aussi pendant longtemps passa-t-il pour le représentant le plus parfait de la bonne et franche jovialité viennoise,

En fait d'œuvres destinées à la scène, on doit surtout citer de lui L’Orpheline et Le Meurtrier, drame. Ses poëmes en dialecte bas autrichien le placent le premier après Selzhammer parmi les poëles populaires, 11 a aussi publié une Collection d'Anecdotes viennoises; des Poëmes (6 vol.; Berlin, 1835); des Bagatelles poétiques (5 vol.); des Tableaux de la vie de Vienne (2 vol.); une pièce à tiroir, Schicksalsstrumpf (Leipzig, 1818); enfin, des

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