‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 449 sur 556 · CASTES · texte numérisé non relu

CASTES

qui se recommanderait par un mérite éminent dans son fravail, loin d’en tirer une récompense, se verrait enlevé par l’ordre du prince ou d’un chef, et forcé de travailler pour lui sans être rétribué de ses peines, tant il y a d’arbitraire dans ces pays! Aussi sous ce régime, qui comprime tout, les arts et l’industrie languissent-ils ; personne n'étant intéressé, comme on l’est parmi nous, à s'élever au-dessus de ses com patriotes, il y a stagnation complète ou plutôt retour vers la barbarie. La séparation en castes a donc cet immense défaut d’arrèter l'essor de toute civilisation, de perpétuer les mauvaises méthodes, les imperfections, les erreurs ou les abus, par la seule considération qu'ils sont anciens et à ce seul titre respectables. On devrait croire, au contraire, qu’un art transmis dans des familles d’une génération à d’autres, pendant cette longue suite de siècles, acquerrait un haut degré de perfectionnement, qu'il serait une espèce de monopole favorable pour enrichir ceux qui l’exercent; mais c’est plutôtle moyen d’écarter toute concurrence, et par là tout désir de l’étendre et de le développer. Ainsi est favorisée l'indolence, l’apathique insouciance des peuples des climats chauds, déjà trop enclins au repos ; ce ne sont plus que des machines réduites à rouler dans la même ornière d'actions automatiques à la manière des brutes, renfermées entre les limites de leurs instincts. Tels ont été les anciens Égyptiens, tels sont encore aujourd’hui les Hindous. Bien que les Chinois ne soient point ainsi divisés en castes, ils n’en restent pas moins concentrés dans leurs habitudes de respect servile pour l’antiquité.

Néanmoins, on a dit, en faveur de cette division en castes, que chacune d'elles, astreinte à une certaine série de devoirs, même imparfaits, établit un moyen d'ordre et de travail ; car il faut bien de nécessité que le laboureur, l’artisan , le soldat, le prêtre, remplissent leurs fonctions, puisqu’ils ne seraient suppléés par personne autre. Les emplois et les professions se rendent indispensables, car si la société ne s'avance pas, elle ne peut ni décliner ni tomber dans la dissolution, Aussi ces nations sfationnaires sont-elles permanentes dans leur carrière : on a vingt fois conquis l’Inde, la Chine, l'Égypte; leurs maîtres ont changé, les dynasties se sont remplacées, mais l'état social ainsi constitué persiste sans altération ni rétrogradation sensible. Les formes , les habitudes, les procédés des arts et des sciences se transmettent commeun héritage, sans s’amoindrir ni s’accroitre ; les révolutions, les conquêtes, ne sont que des orages passagers, qui ne remuent point le fond d’une nation. Le bouleversement ne naîtrait que de cette destruction des barrières sociales, ou de ce mélange monstrueux des rangs, de cette confusion de tous les ordres hiérarchiques , dans laquelle chacun d’eux verrait comme l’envahissement de ses priviléges : miscens ima summis. Le puissant serait déchu, sans quel’inférieur fût véritablement rehaussé , comme on à dit que la fange soulevée du fond des eaux nesert qu’à lessalir.

Un autre ordre de castes résulte de la différence essentielle des races humaines et de leurs mélanges, comme du blanc et du nègre, d'où résultent les mulätres et divers kommes dits de couleur ou petits blancs. Ce sont en effet des castes séparées par des degrés distincts de droits civils où politiques. Le nègre, même libre, ne paraît point l’égal du blanc, soit qu'une éducation suffisante lui manque, soit qu’il possède une moindre capacité d'intelligence, soit qu'il reste naturellement indolent, imprévoyant et plus disposé à suivre ses affections, ses plaisirs, que ses devoirs. S’il est certain qu’en Afrique les Maures et les autres peuples de race différente de la noire sont supérieurs en capacité, en intelligence aux nègres, simême, dans les îles des sauvages de l'Océanie, les nègres papous qui s’y trouvent demeurent asservis, si un petit nombre de blancs suffit pour dominer beaucoup de noirs, si ceux-ci reconnaissent plus d'esprit aux blancs, la différence naturelle des castes est fondée, C'est ce que nous devrons #xaminer ailleurs,

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