BUREAU D'ESPRIT — BUREAUX ARABES
opposition avec le cercle semi-royaliste de la rue de Clichy, et qui avait pour principal orateur son compatriote et ami Benjamin Constant. M"° de Staël se trouva donc à la tête des défenseurs du Directoire exécutif, et ce fut à elle que Talleyraad dut l'intimité de Barras et le portefeuille des affaires étrangères. Mais sous le consulat de Bonaparte, dont elle avait démélé le caractère et deviné les projets, elle cessa d'être en faveur; et sous l’Empire elle éprouva une longue suite de disgrâces qui ne finirent qu’à la Restauration.
Nous ne parlerons pas ici, et pour cause, de quelques sociétés contemporaines , qu'on ne saurait appeler bureaux d'esprit, quoique des femmes y président ou y figurent , quoique nos Apollons obscurs et nos muses incomprises y viennent lire tous les hivers leurs chefs-d’œuvre, que le public ne lit pas. La vérité est qu’il n’y a plus aujourd'hui de bureaux d'esprit; le dernier a été le salon de M"° Récamier. Les femmes de nos jours, renonçant à ce ridicule, semblent l'avoir laissé à quelques femmes d’académiciens, qui désirent les pousser dans la carrière des honneurs et des sinécures. On peut attribuer diverses causes à ce changement : 1° la science, l’érudilion, la politique et la philosophie ont tué non-seulement le bel esprit, mais encore l'esprit; 2° la galanterie française étant passée de mode, la société a changé de formes et d'usages, et les hommes y sont moins aimables et moins empressés d’y plaire aux femmes ; 3° depuis que le goût des lettres s'étant propagé parmi les dames est devenu pour plusieurs un besoin et en quelque sorte un métier, elles ne sauraient prétendre, comme autrefois, à juger en dernier ressort les ouvrages d'esprit, puisqu'elles se sont mises elles-mêmes dans le cas d’être jugées , et qu’en devenant les égales des hommes de lettres, elles ont perdu la supériorité de rang qu'elles avaïent sur eux ; 4° ceux-ci sont généralement de nos jours trop orgueilleux du présent ou de l'avenir pour se faire les complaisants, les adulateurs d’un sexe qui, malgré ses empiétements plus ou moins heureux dans le domaine littéraire et scientifique, ne peut prétendre, en raison de nos lois, à tirer parti de ses talents pour arriver aux fonctions publiques, aux dignités académiques. Quel est aujourd’hui l’homme de lettres, le savant, le sans-culolle même, qui ne rougirait pas de vendre, comme jadis, ses hommages, son tribut d’admiration pour une culotte? 5° Le bel esprit, même l'esprit naturel, ne peut plus suffire pour réussir : il faut y joindre l'instruction, et savoir traiter les objets les plus graves sur le ton de l'agrément et de la légèreté. I1 n’y a donc plus de bureaux d'esprit ; maïs il existe des coteries littéraires portant différents noms. Dans chacun de ces cercles tout le monde a de l’esprit; hors du cercle, il n’y a pas d'esprit : c’est comme à l’Académie. 11 y a aussi des sociétés particulières, où, à défaut de confiance, d'amitié, de cordialité, on peut l'ouver un certain échange d’idées qui rapproche les manières de voir et de sentir; là, les prétentions se taisent , les professions sont fondues; on y remarque des nuances, jamais de couleur dominante. On y rencontre des femmes qui, ayant perfectionné leur goût par le commerce d'hommes éclairés, réunissent en elles les avantages des deux sexes. Ce n’est pas qu'on n’y voie siéger quelques femmes pédantes :
Il en est jusqu’à trois que je pourrais citer, jusq quexp
Ce n’est pas que l’on n’y rencontre aussi des académiciens ; mais, loin d’y faire les beaux-esprits, ce qui leur serait peut-être difficile, j’en ai vu qui dormaient et ronflaient sur le canapé de la maîtresse de la maison, comme dans un fauteuil académique. H. AUDIFFRET.
BUREAUX ARABES. L'histoire des bureaux arabes pourrait être l'histoire complète de notre domination en Afrique. La population indigène est une population mobile dans ses impressions, mais d’une ardente opiniâtreté dans ses principes et d’un invariable altachement à ses mœurs. Qu'ils habitent la montagne ou la plaine, la tente ou le
gourbi, les indigènes ne comprennent qu'une seule puissance, celle qui se manifeste par la force; pour eux l'homme de la justice doit être en même temps l’homme du glaive. Ils n’admettent même point , et c’est pour cela que nos missionnaires ont foujours eu si peu de succès parmi eux, ce caractère de pacifique autorité que donne chez nous aux ministres du culte une religion hostile à toute autre ardeur que celle de la charité et de la foi. Chez eux le prêtre aime le cheval et la poudre. Presque toujours le cavalier qui se détache de leurs rangs et vient avec une exaltation intrépide choisir des buts pour son fusil jusque sur le flanc de nos colonnes, est un marabout. Indépendamment même de ces besoins de la conquête qui nous forçaient à faire toujours peser sur les Arabes une puissance armée, il y aurait donc eu une véritable folie à vouloir nous mettre en contact avec cette population, que sa nature, sa religion, ses mœurs nour-
rissent de la guerre, par ce qui s'appelle chez nous un fonc- :
tionnaire civil et ce qui n’existe pas chez eux. On établit donc cette admirable organisation des bureaux arabes qui n’a pas encore été assez appréciée, assez connue; on établit cette organisation qui certainement est un des procédés administratifs les meilleurs, les plus simples, les plus efficaces dont se soit jamais avisée la politique d’un pays.
On choisit dans l’armée des officiers dévoués, capables, connaissant la langue, familiers avec les mœurs des Arabes, et on les établit sur tous les points du territoire militaire divisé en cercles, avec une mission de guerre et de justice en même temps. Les résultats que cette institution a obtenus ont dépassé tout ce qu’on pouvait espérer. Le respect et la confiance sont entrés facilement chez les Arabes par cette sorte de magistrature à cheval qui se transporte, franche, décidée et expéditive, partout où un méfait a été commis. Les Arabes aiment etcomprennent la justice ; mais la légalité telle qu’on l’entend chez les nations modernes est pour eux chose à la fois répugnante et inconnue. Cet homme de guerre qui entend leurs réclamations à toute heure, et, quand il le peut, donne une suite immédiate à toute affaire qu’on porte devant lui, représente la seule autorité qu’ils puissent accepter. Les rapports journaliers qui se sont établis entre les indigènes et les officiers des bureaux arabes exercent maintenant sur les tribus une action des plus intéressantes à étudier et que chaque jour voit se développer.
L’officier du bureau arabe n’est plus seulement pour les tribus comprises dans son cercle un chef militaire qui veille à la répression des délits, au maintien de l’ordre et au recouvrement des impôts; c'est un homme dun caractère éprouvé et d’une intelligence reconnue, qu'en mainte occasion et sur maint objet d'utilité publique on se fait une loi de consulter. Ainsi ces progrès que maintenant l’on remarque parmi les indigènes, ces maisons qui sur quelques points remplacent les tentes des caïds, ces travaux d'agriculture, ces plantations d’oliviers , ces constructions de moulins qui changent déjà l'aspect de certaines tribus, sont dus aux officiers des bureaux arabes. Rien n’est entrepris sans leur conseil, rien ne s'opère sans leur concours.
L'habile direction qui a dans ces derniers temps communiqué à l'Algérie, un mouvement dont ne s’est pas assez occupée l'attention publique, trouve à l'heure qu’il est d'énormes ressources dans un commandement que chaque jour elle fait agir avec plus de force et organise avec plus de régularité, dans le commandement indigène. Toutes les tribus qui reconnaissent notre autorité sont gouvernées en notre nom par des agas, des bachagas, des caïds que nous choisissons avec soin et surveillons avec vigilance. Ces chefs, dont la puissance était d'abord une sorte de concession faite à la nation conquise par la politique et la clémence de la sation conquérante, ont pris maintenant un rang important parmi les agents les plus utiles et l'on peut même dire les plus dévoués de notre domination. II y avait aux courses
| d'Alger de 1850 un indigène qui attirait sur lui les regards