CASTLEREAGH
portée contre lui en plein parlement, et soutenue par Br o u gham, Bennet et Francis Burdett.
Il ne tarda pas à être nommé membre du conseil privé et président du board of control (ministère des affaires de l’inde); et en cette qualité il défendit, en 1800, de toute la puissance de son talent oratoire la mesure législative qui prononça la réunion de l’Irlande à l'Angleterre, Une fois ce grand acte accompli, il entra dans le parlement uni de la Grande-Bretagne, et chercha à se rendre indispensable à son maître et protecteur Pitt, en faisant preuve d’une activité extraordinaire dans les affaires. Quand Pitt céda le ministère à Sidmouth, Castlereagh conserva ses emplois ; puis, quand le premier revint au timon des affaires, en 1805, il fut nommé ministre de la guerre et des colonies. A la mort de Pitt, en 1806, il refusa de s'associer à l’administration qui se constilua alors sous les auspices de Fox et Grenville, entra au contraire dans les rangs de l’opposition, et attaqua avec un acharnement tout particulier les actes administratifs de Windham, ministre de la guerre. De nouvelles élections eurent lieu, et Castlereagh ayant échoué alors devant les électeurs du comté de Down, aurait dû renoncer à revenir au parlement, s’il ne s'était pas ménagé la ressource d’y rentrer par la porte d’un bourg pourri appelé Broughbridge. Six mois plus tard la mort de Fox amenait la constitution d’un nouveau cabinet (1807) sous la présidence de Perceval, et dans lequel Castlereagh prit le portefeuille de la guerre. Ce fut lui qui organisa, entre autres, en 1809, la malheureuse expédition de l’ile de Walcheren. Canning, alors ministre des affaires étrangères, atlaqua à ce propos son collègue si vivement et d’une façon si personnelle, que le 21 septembre 1809 une rencontre au pistoleteut lieu entre eux ; et à la suite de ce duel tous deux donnèrent leur démission. Mais dès la même année Castiereagh reprenait dans le cabinet le portefeuille que Canning avait tenu naguère ; et quand Perceval eut été assassiné en 1812, il eut sinon le titre, du moins l'influence et les attributions d’un premier ministre, chargé qu'il fut dès lors de complétement diriger la politique de son pays dans tous ses détails. La direction générale de cette politique lui fut en réalité tracée et prescrite par les circonstances; le grand mérite de Castlereagh fut de la poursuivre avec la constance et l’opiniâtreté particulières au caractère britannique. Soit ouvertement soit en secret, partout, en Espagne, en Ifalie, en Allemagne, en Suède et en Russie, il poussa les gouvernements et les peuples à briser le joug de la domination française et à renverser la puissance de Napoléon; et pour atteindre ce double but, son ardeur et son zèle furent sans limites. Après la bataille de Leipzig, il se rendit sur le continent, fournit aux coalisés les moyens de continuer la guerre, en Jeur assurant les subsides de l'Angleterre, fut l’inspirateur du traité de Chaumont en date du 12° mars 1814, assista au congrès de Châtillon , et fit des difficultés pour signer la première paix de Paris, parte que Napoléon y était reconnu comme empereur et comme souverain de l'ile d'Elbe.
Comme Castlereagh avait été, à proprement parler, l’âme de la coalition, une fois que l'ennemi commun eut été abattu, il se vit accablé par les souverains et par leur ministres de démonstrations honorifiques de tous genres. Enivré et charmé par les marques de distinction qu’on lui prodiguait à l’envi, il alla assister au congrès de Vienne, où il joua plutôt le rôle de complaisant que celui qui convenait à la situation politique &e l’Angleterre et à l’intérêt des peuples. Sans doute il s’efforça d'élargir autant que possible le champ ouvert aux spéculations commerciales de son pays; mais, sauf cette question spéciale, il se montra complétement le diplomate de l'aristocratie et des cours. C’est ainsi qu'il sacrifia la Pologne, la Saxe, la Belsique et jusqu’à Gênes, malgré un traité formel signé par William Be ntinck au nom de l'Angleterre, Quand force lui fut de re-
venir à Londres pour assister aux débats du parlement, sa conduite au congrès de Vienne fut dans la chambre des communes l’objet des attaques les plus vives, auxquelles le brusque retour de Napoléon de Pile d’Elbe put seul mettre un terme. Castlereagh, à ce moment, ne recula encore une fois devant aucun sacrifice pour pouvoir amener la chute de Péternel ennemi del’Angleterre. Après la seconde paix de Paris, dont il fut le principal négociateur, sa politique étroite et égoiste, hostile au système constitutionnel et à la liberté des peuples , apparut dans tout son jour ; aussi les services qu’il avait pu rendre en contribuant à la délivrance de PEurope furent-ils dès lors singulièrement dépréciés. Le projet qu'il avait conçu de faire accéder l'Angleterre à la Sainte-Alliance échoua contre la ferme volonté de ses collègues et du prince récent. Plus tard il assista au congrès d’Aix-la-Chapelle. Quoique, aux congrès de Troppau et de Laybach, il eût été obligé de déclarer que l'Angleterre ne pouvait point approuver le droit d'intervention dans les affaires intérieures du royaume de Naples que s’arrogeaient les souverains membres de la Sainte-Alliance , il ne songea à apporter aucune entrave à l'intervention armée, d’abord à Naples, puis en Piémont. Ce qui acheva de le perdre dans l'esprit du peuple anglais, ce fut sa conduite à l’occasion du procès intenté par le roiGeorges LV à sa femme, Caroline deBrunswick, et surtout les mesures impitoyables auxquelles il ne craignit pas d’avoir recours à l'effet de comprimer le mécontentement des basses classes du peuple, en proie à la plus poignante misère. La responsabilité du sang qui fut répandu à Manchester lui revint en grande partie, et il ne tarda pas à en porter la peine. Ayant la conscience de la haine ardente que lui portaient ses concitoyens, ne pouvant pas se dissimuler que dans la direction des affaires de son pays il avait servi bien moins les vrais intérêts de l’Angleterre que ceux des autres puissances , il fut pris d'une humeur sombre et soucieuse. Depuis quelque temps déjà il ne voyait plus autour de lui que des ennemis et des conjurés ; et à la veille de partir pour se rendre au congrès de Vérone, à l’effet d’y acquiescer aux mesures ayant pour but l’asservissement de l'Espagne et de la Grèce, il fut frappé d’aliénation mentale. En dépit de la surveillance dont il était l’objet, il profita d’un moment où il se trouva seul, le 22 août 1822, pour s'ouvrir adroitement la jugulaire à l’aide d’un canif, et un instant après il tombait mort dans les bras du médecin accouru à son secours.
Dans les dernières années de sa vie, Castlereagh recevait du trésor public 40,000 liv. sterl (1 million de francs) de traitements divers. On le dépeint comme ayant apporté dans la vie privée le caractère le plus aimable, avec toute lélégante urbanité d’un homme de cour accompli. Le défaut de ses discours, c'était la trop grande abondance de mots et une obscure prolixité.
Sa mort ne fut pas plus tôt connue, qu'il s’éleva un immense cri de joie dans le peuple. On alla, dans une paroisse de Londres, jusqu’à mettre les cloches en branle; et quand les auteurs de ce désordre furent traduits en justice, le jury rendit à leur égard un verdict de non culpabilité. Son frère, Ch. W. Vane, marquis de Londonderry, à publié ses Correspondence, despatches and other papers ( Londres, t. 1 à 4, 1847 ; 2° série, {. 5 à 8, 1851).
[ Cet homme, qui rendit à son pays d'importants services, dont il ne fut payé que par de sanglants outrages, mériterait plus qu’on ne pense de fixer les regards de la postérité. C'était quand nous le connûmes à Spa (séjour alors de tout ce que l’Europe renfermait de plus brillant ), c’était un jeune homme plein de feu : ce que sa tenue tout anglaise voilait à peine. La noblesse de ses traits, l'élégance de sa tournure, ses manières simples mais pourtant disunguées, prêtaient des charmes à l'esprit le plus cultivé, quoique dénué d’apparentes prétentions , et à un caractère qui sans s’abaisser semblait dénoter une véritable bonhomie, Ce bel Anglais,
volcan couvert de glace, plus poli que la plupart de ses compatriotes , acquérait facilement la bienveillance des femmes âgées et l’adoration des jeunes. Celles-ci s’exaltaient au récit fait par son ami intime Holfort, le compagnon de ses études et des voyages qui en furent le complément, des romanesques détails relatifs à l'adolescence de son ami, comme par exemple de sa vie solitaire et contemplative dans les sites les plus pittoresques de l'Irlande , de son naufrage dans l’île de Man, de son duel à la manière des anciens Calédoniens, sur un rocher situé au milieu du lac de Coyne. Entouré d'hommages que son jeune âge rendait encore plus flatteurs, Robert Stewart visait néanmoins à des succès tout autres que ceux qu’on peut recueillir dans une société enchanteresse, mais frivole. 11 entrait alors dans la vie politique, où il se fit quelques partisans et beaucoup d'ennemis ; malheur dont ne purent le dédommager les nombreux amis qu’il dut à ses qualités privées.
Sa première tendance, comme celle de tous les ésprits hauts et fiers, eût été vers un rôle d'opposition. Mais bientôt il en vint à penser que l'opposition véritablement courageuse est celle qu'on fait aux idées de désordre dont les fauteurs peuvent toujours compter sur la plus retentissante popularité. Le pouvoir royal lui parut avoir besoin d’appui à un moment où le principe même de la royauté se trouvait fortement compromis, et il s'y voua comme Burke s’y était rallié. En s'unissant à Pitt, en défendant et en poursuivant son système même après la mort de cet homme d'État célèbre, il eut la gloire d'assurer à son pays l'empire des mers et une inattaquable supériorité commerciale.
Dans sa carrière ministérielle, il vit mieux et plus loin que sen rival Canning; bien mieux aussi que cet orateur élégant et prétentieux , il savait répondre aux plus embarrassantes questions de ses adversaires avec justesse, précision, lucidité et profondeur, quoique avec moins de charme. En 1813 et 1814, il fut, à bien dire, l'âme de la coalition; comme il avait la clef du trésor anglais, il n’y avait point de sacrifices qu’il ne püût obtenir des cabinets ligués contre Napoléon. Plus fard sa conduite politique, au moment où la fortune couronna les efforts de la coalition, devint l’objet des attaques les plus contradictoires ; lai qui n'avait pu empêcher les souverains coalisés de placer Napoléon aux portes de la France, il fut taxé de l'avoir volontairement laissé s'échapper de l'ile d’Elbe. On lui reprocha aussi de l'autre côté de Ja Manche de n’avoir pas fait élever le taux des Indemnités territoriales de l'Angleterre au niveau de celles qui furent accordées aux trois autres grandes puissances. Quuique la Grande-Bretagne eût acquis toutes les stations maritimes qu'elle avait jugées utiles à sa prépondérance navale, on lui reprocha la cession faite au roi de Sardaigne de cette ville Je Gènes qui s'était rendue à une flotte anglaise, sous pro- nesse de recouvrer son antique indépendance; on lui reprocha surtout l'évacuation et l'abandon de l'arga au farouche pacha de Janina. On ne voulut pas voir que ces deux actes furent le fait du congrès de Vienne , le second surtout, qui avait pour but de satisfaire les Turcs menaces par la situation de Parga. L'Angleterre, qui eût voulu conserver ce poste important, le retint jusqu’en 1818, contre la foi promise, Si elle avait persisté à le garder, on n’aurait pas moins blämé son envahissante ambition qu'on accusa son inhumanité quand elle se décida à l’'évacuer. 4
Charles Srewanr, frère puiné de Castlereagh et héritier de son titre, a publié l'histoire très-impartiale des premières années des guerres de la péninsule, où il servit ave: honneur, et des campagnes des alliés en 1813 et 1814, époque où il fut employé en qualité d'agent politique auprès des souverains. Ce dernier ouvrage est d'autant plus précieux que l'auteur y laisse percer quelques traits de la diplomatie secrète de ce temps, dont l'histoire est encore si peu connue.
C'® Armand! D'ALLONVILLE, |
ASTOR, genre de mammifères de la famille des ron-
CASTLEREAGIH — CASTOR
geurs, renfermant une seule espèce , le castor du Canada (castor fiber, Linné). Ce quadrupède amphibie ressemble par les parties antérieures de son corps aux animaux terrestres, et par les parties postérieures aux animaux aquatiques. Sa tête offre à peu près la figure de celle d’un rat; il a le museau un peu allongé, les yeux petits, les oreilles courtes, rondes et velues en dehors. Deux dents incisives et huit molaires garnissent chacune de ses mâchoires : les incisives supérieures ont près de sept centimètres de long, et les inférieures plus de huit; elles sont si dures et si tranchantes que les sauvages les emploient en guise de couteaux pour travailler le bois. Les pieds de devant de l'animal sont des espèces de mains dont il se sert avec une dextérité qui ne le cède en rien à celle de l’écureuil ; les doigts en sont bien séparés ; ceux des pieds de derrière, au contraire, semblables à des pattes d’oie, sont réunis entre eux par de fortes membranes, et font office de nageoires; les jambes de devant étant beaucoup plus courtes que celles de derrière, le castor marche toujours la tête baissée et le dos arqué comme une souris; il nage hien mieux qu’il ne court, et en cela il est puissamment aidé par sa queue qui lui sert de gouvernail. Cette queue est la partie: la plus bizarre de sa conformation : à la forme elliptique, à la peau écailleuse qui la recouvre, on dirait une carpe ( moins la tête, la queue et les nageoires ) attachée au derrière de l'animal; elle est épaisse de trois centimètres, sa longueur va jusqu’à vingtcinq centimètres et sa largeur à huit ou dix ; elle tient lieu, dit-on, de truelle au castor pour ses ouvrages de maçonnerie. On porte le poids total de l'animal à vingt-cinq ou trente kilogrammes, sa hauteur à trente centimètres et sa longueur du bout du museau à l’origine de la queue, à soixante-cinq centimètres. Sa couleur varie suivant le climat qu'il habité : généralement noire dans les parties du nord les plus reculées , elle s'éclaircit et se mêle à mesure qu’on avance vers le sud, passant successivement par les teintes brun-marron, fauve et jaune ou couleur paille; on rencontre aussi quelquefois parmi les castors noirs des castors tout à fait blancs, ou blancs tachés de gris et de roux. Deux sortes de poils composent la fourrure du castor ; l’un, de 40 à 45 millimètres, ferme, lustré, mais rare; l’autre, de 27 millimètres au plus, fort épais, délié comme le duvet et impénétrable à l'eau : c’est celui qu'on emploie à la fabrication des chapeaux de première qualité, et qu'on nommait autrefois en Europe laine de Moscovie. :
Si des caractères physiques du castor nous passons à ses qualités morales, nous trouvons un animal doux, paisible, incapable de nuire à aucun être vivant, sans passions violentes, sans ruse, et ne sachant mordre que lorsque sa défense personnelle l’y contraint, Jaloux de son indépendance,
I ne veut point servir; mais il ne prétend pas non plus commander. C’est sans doute à cette heureuse disposilion qu'il doit l'esprit sociable qui le distingue par-dessus tous les autres animaux. On le voit toujours, en effet, chercher à vivre en commun avec ses semblables dans les contrées solilaires où il se met à l’abri des atteintes de l'homme et où il peut sans aucun trouble se livrer à ses ingénieux travaux. C’est au commencement de l'été que les castors se rassemblent pour fonder leurs petites républiques. Dès le mois de juin ou de juillet ils arrivent de différents côtés, et se réunissent au nombre de deux ou trois cents. « Le lieu du rendez-vous, dit Buffon, est ordinairement le lieu de l'établissement, et c’est toujours au bord des eaux. Si ce sont des eaux plates, et qui se soutiennent à la même hauteur, comme dans un lac, ils se dispensent d'y construire une digue; mais dans les eaux courantes et qui sont sujettes à hausser ou à baisser, comme sur les ruisseaux, les rivières, ils établissent une chaussée, et par celle retenue ils forment une espèce d’étang ou de pièce d’eau, qui se soutient toujours à la même hauteur : la chaussée traverse la rivière comme une éeluse et va d'un bord à l'autre; elle a souvent