‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 455 sur 556 · CASTOR ET POLLUX — CASTORÉUM · texte numérisé non relu

CASTOR ET POLLUX — CASTORÉUM

la route, l’un d’eux, Pollux, eut à soutenir un combat terrible contre Amyeus, tyran des Bébryces, et fléau de tous les étrangers qui avaient le malheur de toucher ses Etats.

De retour dans leur patrie, Castor et Pollux reprirent leur sœur Hélène, que Thésé e avait enlevée du temple de Diane, où elle dansait dans un chœur sacré; mais pour rendre la liberté à cette princesse il leur fallut prendre la ville d’Aphidna, dont leur humanité épargna les habitants, à l’exception d'Œthra, mère du coupable, qu'ils emmenèrent captive. Jusque là tout est digne d’éloge et de respect dans les deux Tyndarides ; mais bientôt, imitant la faute qu’ils avaient voulu punir dans Thésée, ils enlevèrent les filles de Leucippe, Phœbé et Hilaïra, fiancées à Lyncée et à son frère Idas. Les amants poursuivirent les ravisseurs , et les atteignirent près du mont Taygète. Une querelle, trop légitime de la part des deux époux, s’éleva , et donna lieu à un combat acharné. Les ravisseurs, après avoir résisté aux plus justes remontrances, aux plus touchantes prières, tuent les malheureux fils d’Apharée. Jupiter lui-même se rend complice du crime en foudroyant le courageux Idas, qui, armé d’une colonne saisie sur le tombeau de son père, accourait pour venger Lyncée, immolé sous ses yeux. Une autre tradition fait succomber Castor sous les coups de Lyncée, qui périt, à son tour, de la main de Pollux, blessé lui-même par Idas. Désespéré de la perte de Castor, Pollux supplie le maître des dieux de lui donner la mort, ou d’accorder à son frère le privilége de l’immortalité. Jupiter, suivant Pindare, lui répond : « Tu es mon fils, celui-ci n’est que le sang d'un époux mortel uni avec ta mère ; mais écoute le choix que je te laisse! Exempté de la vieillesse et de la mort, veux-tu l’Olympe auprès de Minerve et de Mars? Leur destinée est la tienne. Mais si, C'obstinant à favoriser ton frère, tu veux tout partager avec lui, il te faudra passer la moitié de ta vie sur la terre, et l’autre moitié dans le ciel. » À ces paroles de Jupiter, la volonté de Pollux n’eut pas un moment d'incertitude ; soudain il rouvrit les paupières, et dénoua la langue de Castor.

Cette fiction de la mort alternative de Castor et Pollux est fondée sur ce que les deux princes ayant formé dans le ciel, après leur mort, le signe des Gémeaux, lune des deux étoiles qui la composent se cache sous l’horizon lorsque l’autre paraît. Les Romains renouvelaient tous les ans le souvenir de cette fiction; ils envoyaient au temple des Gémeaux un homme qui portait, comme eux, un bonnet en forme de demi-coque , et montait, suivant leur coutume, un cheval blanc, tandis qu’il en conduisait un autre à la main. C'était une image de Ja destinée des deux frères condamnés à ne jamais se montrer ensemble ni dans les enfers ni dans l’Olympe.

Homère dit que Castor et Pollux avaient été ensevelis à Lacédémone ; ensuite il les fait revivre et mourir chaque jour pour habiter alternativement le Ténare ou le ciel. Quoi qw’il en soit, leur apothéose suivit de près leur mort. Comptés au nombre des grands dieux de la Grèce, on leur éleva un temple à Sparte, qui les avait vus naître, et dans Athènes, qu’ils avaient préservée des horreurs du pillage. On les regardait comme des divinités favorables à la navigation. Les Romains avaient, eux aussi, en grande vénération les deux frères d'Hélène, auxquels leur superstitieuse reconnaissance croyait avoir d'immenses obligations. Les Dioscures furent admis dans un temple magnifique, et l’on célébrait tous les ans une fête guerrière en leur honneur (voyez Droscuries ). Ceux qui disputaient le prix de la course choisissaient pour patron Castor, parce qu’il excellait, de son temps, à dompter les coursiers et à diriger un char; les lutteurs honoraïent Pollux, le modèle des athlètes, le vainqueur aux jeux olympiques. Les monuments antiques, et notamment les médailles consulaires, offrent de fréquentes représentations de ces héros, qui sont ordinairement ensemble, comme si une tradition respectée avait défendu aux

artistes de séparer ce que la nature, l'amitié, la vertu, la vie, la mort et l'estime des siècles avaient réuni par des nœuds indissolubles. Deux statues colossales de marbre blanc, représentant les Dioscures coiffés d’un bonnet en forme de demi-coque, qui rappelle la fable de leur naissance, se voient à Rome, au haut du grand escalier de la cour du Capitole, qu’elles décorent d'une manière admirable. Ces statues n’ont pour vêtement que la chlamyde ou manteau militaire; elles tienne nt leurs chevaux par la bride.

P.-F. Tissor, de l’Académie Francaise.

CASTOR ET POLLUX (Astronomie). Voyez Gé- MEAUX. .

CASTOREUM, substance recueillie dans les follicules bursales du castor. Danslesindividusde cette espèce, de l’un et l’autre sexe, entre l’anuset le pudendum, se trouvent quatre follicules de forme oblongue, rétrécies vers le haut et plus larges par le bas, formées par une membrane coriace ressemblant presque à du cuir. Les deux plus grandes , qui sont inférieures, réunies et situées parallèlement l’une à l’autre, et très-rapprochées, contiennent une sécrétion huileuse fluide, qui est la substance connue sous le nom de castoréum. On le recueille en enlevant les sacs entiers, et on les fait sécher à la fumée.

Le meilleur castoréum nous vient de Russie, de Prusse et de Pologne, Ces espèces de poches doivent étre sèches, gibbeuses, arrondies, pesantes, solides, et remplies d’une substance solide qui a durci en vieillissant ; elle est contenue dans des enveloppes membraneuses, un peu coriaces, mais fragiles, d’une couleur brune foncée et d’une odeur particulière, désagréable, narcotique , d’une saveur amère, âcre et nauséabonde. Le castoréum du Canada est d’une qualité inférieure; les poches de celui-ci sont plus minces, plus petites, oblongues, et très-rugueuses ; le castoréum lui-même a beaucoup moins de saveur ct d'odeur. Celui qui est trèsvieux, entièrement noir, et presque totalement privé d’odeur et de saveur, ne peut servir, pas plus que le castoréum contrefait, qui n’est que le mélange de diverses gommes résines, de terre, de sang et autres substances, avec un peu de vrai castoréum adroïitement distribué parmi des fragments de membranes, et renfermé dans le scrotum d’un bouc. Cette fraude se découvre facilement, parce que la saveur et l’odeur de cette drogue sont plus faibles, par l’analyse chimique, et même par un simple examen de l’apparence extérieure; car aux véritables sacs de castoréum les deux plus petites folli cules supérieures, remplies d’une matière graisseuse, restent toujours attachées entre elles.

Le castoréum est un excellent antispasmodique, qui a beaucoup d’analogie avec la civette etle musc; il esttrèspeu échauffant, et agit particulièrement sur le système utérin. On l'administre avec avantage dans les fièvres typhoïdes, dans les affections spasmodiques, spécialement dans l’hystérie et l'épilepsie, dans les cas d’accouchements difficiles, qui ont pour cause la contraction spasmodique de l’orifice de l’utérus après la rupture des membranes, et enfin dans Paménorrhée. On le fait prendre convenablement réduit en poudre, à la dose de un demi-gramme à un gramme, ét en clystères, à la dose de quatre grammes. L’alcool faible le dissolvant parfaitement, on peut aussi le donner sous forme de teinture.

Quoi qu'il en soit, son action est souvent insuffisante, comme celle de tous les médicaments que l'on oppose aux affections nerveuses ; quelquefois même elle augmente l’intensité des symptômes. Pour diminuer sa propriété stimulante, on lassocie quelquefois à l'opium. PeLouze père.

D'après Brandes, le castoreum contient, pour 1000 parties : Huile volatile pesante, 10; substance grasse particulière (castorine), 7; castorine avec carbonate et urate de chaux, 13,5; matière résinoiïde, 120; matière résinoïde avec des traces de benzoate et d’urate de chaux, 16; matière résinoïde extraite par l’éther, 1; albumine avec des

{races de phosphate de chaux, 1,5; matière analogue à l’osmazome, avec des traces de lactate de soude, de chlorures de s0dium et de potassium, de phosphate et de sulfate de chaux, 2; matière résinoïde, retirée de l'extrait aqueux, 1,5; phosphate de chaux et matière organique, 14 ; éarbonate de chaux, 336; carbonate de magnésie, 4; sulfate de polasse, sulfate et phosphate de chaux, 2; mucus animal, analogue à l’albumine, et de consistance cornée ou cartilagineuse, 18 ; même substance à l’état de solution, 5; substanco animale, se transformant par l’action de la lessive de potasse bouillante en un mucilage albumineux, 23; carbonate d’ammoniaque, 8 ; substance membraneuse avec différents sels, 192; humidité et perte, 226,5.

CASTORINE (Chimie). Brandes a désigné sous cenom une graisse cristalline déjà entrevue par Fourcroy, qui existe dans le castor éu m, d’où on l’obtient par l’action de l’alcool bouillant. La castorine est blanche, et fond dans l'eau bouillante. Peu soluble dans l'alcool à froid, elle se dissout très-bien dans l'éther.

CASTORINE (Technologie), étoffe légère et moelleuse, fabriquée originairement avec du poil de castor. Mais ce nom a fini par devenir commun à des imitations faites avec des laines plus ou moins fines, et analogues au poil de castor. Sedan est le centre de cette fabrication,

CASTORIQUE (Acide). Brandes a ainsi nommé l'acide

qui résulte de l’action de l’acide nitrique sur la castorine.

. CASTOYEMENT. Ce mot, qui n’est plus en usage aujourd’hui, et qui sans doute avait été formé du latin castigare , châtier, signifiait dans notre vieille langue française remontrance, instruction, précepte, avis, conseil, enseignement. Il était particulièrement usité dans cette dernière acception, comme nous le prouve un livre écrit en latin, au douzième siècle, par un juif converti, nommé Pierre-Alphonse, et imité en vers français au quatorzième siècle, sous le titre de Caséoyement d'un Père à son Fils, puis enfin traduit en prose sous le titre de Discipline de Clergie, au siècle suivant. Ce livre est un recueil de sages préceptes, toujours appuyés d’un exemple pris dans l’histoire ou la fable, et accommodés aux mœurs, aux idées du moyen âge. Les proverbes, les contes, la morale, si simple et si belle, de l'Orient y dominent, et dits en ce naïf Jangage, ils ont un charme de plus. Après cette formule, qui revient à chaque conte : Zi père chastoya ainsi le fils, li maistre chastoya ainsi le clerc, on lit plusieurs préceptes suivis d’un conte ou d’un apologue qui vient à l’appui. Le chastoyement en vers fut imprimé dans le cours du dernier siècle, par les soins de Barbazan. Les bibliophiles français qui l'ont réimprimé en 1824 ont suivi une meilleure leçon ; ils ont en outre ajouté le texte original de Pierre-Alphense, en regard duquel ils ont placé la traduction en prose française du quinzième siècle. Leroux DE Lixcy.

CASTRAMETATION (des motslatins castra, camp, et metiri, mesurer). C’est, ainsi que l'indique le mot, la manière de tracer les camps militaires selon les règles de campement adoptées par chaque nation, Ces règles ont suivi en général la marche progressive de la science de la guerre. Dans l'enfance des nations, lorsque chacune des peuplades dont la réunion composait une armée, combattait par groupes séparés, elle campait de même, les soldats plaçant leurs tentes circulairement autour de leur chef supérieur. Cette manière de camper est encore à peu près celle des Turcs, des Arabes et des autres peuples orientaux. Les Grecs et les Romains sont les premiers peuples qui aient établi de la régularité dans leur manière de camper, comme ils sont les premiers qui aient organisé leurs armées d’une manière uniforme et créé la tactique. La castramétation ne saurait être en effet qu'une application des règles générales de la tactique. Une armée doit être constamment préparée à repousser une attaque, même imprévue, de l'ennemi, J1 en résulte

CASTORÉUM — CASTRAMÉTATION

qu’elle doit pouvoir passer promptement et avec facilité d’une disposition quelconque où elle se trouve, à la disposition de combat. Tout ordre de campement qui ne satisferait pas à cette condition indispensable, serait vicieux. Cette considération, qu'aucun tacticien éclairé n’a perdue de vue jusque ici, sert à expliquer la différence qui existe entre l’ordre de campement des anciens et celui des modernes.

Nous n'avons aucun détail sur la distribution des camps chez les Grecs, mais nous ne pouvons douter que ces peuples n’aient adopté la forme carrée ou parallélogrammatique à une assez grande profondeur. C’était la disposition qui convenait le mieux à l’ordre profond dans lequel ils combattaient. Une armée de 16,000 hommes d'infanterie de ligne, 8,000 d'infanterie légère et 4,000 chevaux n’oceupait en bataille qu’un front d’environ 1462 mètres. Le front du camp ne pouvait donc pas être plus étendu, par la raison que dans ce cas chaque section de troupe devant d’abord se réunir sur le front de son camp, elles se seraient trouvees séparées par des intervalles top grands, par où l’ennemi aurait pu s’introduire. Or, ce qui pouvait arriver de pis à une phalange grecque élait l'introduction de l’ennemi dans l’intervalle des sections, parce que l'ordonnance de la phalange ne permettait pas les combats de flanc par des à-droite ou des à-gauche individuels. Il y a, au contraire, lieu de croire que chez les Grecs , comme chez les Romains, le front du camp d’une troupe était moins étendu que son front de bataille. Les camps des Grecs étaient retranchés comme ceux des Romains : plus d’un exemple le prouve.

Il est certain que dans les premiers temps de la république, et même sous la monarchie, les Romains campaient d’une manière régulière, et que leurs camps étaient entourés de retranchements, L'histoire rapporte que Pyrrhus, formé à l’école de Philippe et d'Alexandre, voyant pour la première fois un camp romain , s’écria que ce n’était point un camp de barbares. Cependant les Romains, après la bataille de Taurasium, ayant pris le camp de Pyrrhus, perfectionnèrent encore leur castramétation, en adoptant quelquesunes des dispositions qu'ils y remarquèrent. La description que nous a laissée Polybe du tracé et de la distribution d’un camp romain de son temps suffit pour nous en donner une idée élaire et nous faire admirer l’ordre et la régularité qui y régnaient. Pour des armées qui combattaient en ordre profond, on ne saurait rien concevoir de plus avantageux et en même temps de plus simple. C'était un carré de 568 ” 47 de côté, qui renfermait l’espace occupé par les tentes des différentes armes. Ce carré était coupé en deux parties égales par une rue perpendiculaire, qui s'appelait la voie prétorienne. Il était coupé horizontalement par deux rues, la voie principale et la voie quintane, ainsi nommée de ce qu’elle passait en dessous du cinquième manipule de chaque ordre. En dehors du carré, à 65 mètres de chaque côté, étaient tracés les retranchements du camp, ayant à chaque angle un tfaïllant en forme de tour. 11 n’y avait que quatre portes : la Prélorienne et la Décumane aux deux extrémités de la voie prétorienne, la principale gauche et la principale droite aux extrémités de la voie principale. Chacune était couverte par un retranchement en arc de cercle. Dans l’intérieur du camp, le préloire, c'est-à-dire le quartier du général et de son élat-major, était sur l'alignement de la voie prétorienne, à 32 ”,50 de la voie principale. Les légions romaines occupaient le centre du camp; les légions alliées étaient en dehors, vers le retranchement, L'infanterie et la cavalerie extraordinaires, fournies par les alliés, occupatent les derrières. L'infanterie et la cavalerie d'élite ou volontaire, espèce de garde prétorienne, était aux deux côtés du prétoire, Les troupes légeres, ou vélites, campaient le long des retranchements, en dedans,

Le camp dont nous avons indiqué le tracé était celui d'une armée consulaire ordinaire, de deux légions romaines et

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