‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 457 sur 556 · CASTRAMÉTATION — CASTRATION · texte numérisé non relu

CASTRAMÉTATION — CASTRATION

a accusé la révolution française tout entière, les proconsuls homicides, un empereur ambitieux ou anthropophage, selon le caprice de chacun des écrivains ou la couleur politique du parti qu'il voulait accuser. Il est bon de remarquer queles Aristarques qui se sont le plus violemment élevés contre les bivouacs, ou ont bivouaqué très-peu et s’en sont dispensé: dès qu’ils ont pu, ou n’ont pas bivouaqué du tout. 11 est sans doute très-philanthropique de s'intéresser au sort du soldat, auquel on ne pense déjà que trop peu, et de soubaïter qu’il soit exempt des fatigues ou des incommodités qu’on craint pour soi-même; mais il faut avant tout raisonner, et examiner si le remède qu’on propose attcint réellement son but. L'auteur, ayant toujours bivouaqué dans tous les grades qu'il a occupés, et pendant vingt ans de guerre, sans en excepter celle de Russie, croit pouvoir prendre la défense des bivouacs, sans qu’on l’accuse de faire du rigorisme aux dépens des autres. On peint d’une manière fort pathétique le malheureux soldat, après avoir fait une marche pénible dans la boue, par un temps de pluie, arrivant souvent au milieu de la nuit sur un terrain détrempé d’eau qui ne lui offreaucun abri. C'est effectivement la situation où nous nous sommes trouvés souvent, surtout dans la belle campagne d’Austerlitz. IL est certain qu’alors le soldat est obligé de passer la nuit sous un ciel froid et pluvieux, et que ceux qui ne peuvent dormir que dans un bon lit ne sauraient fermer l'œil; mais ü ne faut pas oublier que le soldat y allume de bons feux , autour desquels il sèche ses vêtements, et qui sèchent eux-mêmes le terrain à quelques pieds alentour, pour peu qu’on ait soin de ne pas se mettre dans un fossé. Le soldat fatigué s'étend les pieds au feu et s'endort paisiblement, pour peu qu'il ne soit pas trop douillet. Quelle serait sur un terrain et dans une nuit pareils la position du soldat sous la tente? Je suppose que les critiques voudront bien convenir qu’on n'aura pas pu faire sécher par miracle le terrain où il doit camper ; il sera donc étendu sur la terre mouillée, dans une tente froide, puisqu'on n’y peut point faire de feu, absorbant par tous les pores l'humidité de ses habits trempés , et respirant dans un lieu étroit et fermé l'air cerrompu par toutes les exhalaisons que la fermentation ÿ produit. Nous ne pensons pas que ceux qui se trouvent plus sainement et plus commodément placés dans cette situation aient jamais étudié l'hygiène. 11 y a de l’irréflexion au moins à avancer que les maladies qui moissonnent tant de militaires doivent leur naissance à l'habitude de bivouaquer. Dans une saison humide et dans un climat malsain, le séjour sous la tente dans les camps est une des causes qui y contribuent le plus. 11 n’est aucun médecin qui ignore que dans ces cas le mouvement et surtout le changement de saison est un des . remèdes les plus efficaces. Il résulte de ce que nous venons de dire que plus les guerres seront courtes, moins les pertes causées par ces maladies accidentelles seront fortes. Le système de guerre suivi de nos jours produit ce résultat. Depuis la suppression des tentes les mouvements des armées sont devenus plus prompts et plus faciles. Les armées sont plus manœuvrières en grand, et ont atteint bien plus vite le résultat des combinaisons d’une campagne. GG. DE VAUDONGOURT.

CASTRAT. Voyez CASTRATION et SOPRANO.

CASTRATION, accident, mutilation, ou opération régulière, qui consistent dans l’ablation de l’une ou des deux glandes séminales chez l'homme ou des ovaires chez la femme, Organes essentiels de la propagation de l'espèce, les glandes séminales et les ovaires impriment leur cachet spécial à l'an et à l’autre sexe : Propter uterum mulier est id quod est, a dit Hippocrate ; peut-être serait-il plus exact de substituer propter ovarum. Paraphrasant cet aphorisme du père de la médecine, on pourrait dire avec non moins de vérilé : Propter testem vir est id quod est. En effet, comme cela s’observe chez les animaux, les individus des deux sexes privés de ces organes avant l’âge de maturité ne revêtent

CASTRATION

du'incomplétement la physionomie qui leur est propre, et deviennent des êtres hybrides, dont l'aspect blesse fois les yeux et l'imagination : tandis que l’homme perd les formes saillantes, vigoureuses, qui le caractérisent, et se rapproche de la femme par la rondeur, la mollesse des Lissus, l'absence de barbe, le timbre aigu de la voix et le défaut d'énergie morale (voyez Soprano), la femme subit des métamorphoses inverses ; ses contours arrondis et moelleux avortent, pour ainsi dire ; le menton et les lèvresse couvrent de poils, la voix perd la douceur de son timbre , et le moral lui-même acquiert cette rudesse qui complète l’ensemble de la virago. .

Personne n'ignore que de temps immémorial la jalousie des Orientaux, conséquence naturelle de la polygamie, a consacré l'usage barbare de la castration, dans le but de se procurer de fidèles gardiens de la beauté; mais ici la mutilation est complète et la totalité des organes génitaux est sacrifiée (voyez EUNUQUE), sans quoi la sécurité ne serait pas absolue , comme le font entendre le satirique Juvénal et le cynique Brantôme à l'égard de quelques grandes dames romaines et françaises, quas eunuchi imbelles ac mollia semper oscula delectant. La vengeance a pu dicter égale. ment d'’affreuses représailles, dont l’histoire du tendre et malheureux Abélard et les fastes des tribunaux fournissent des exemples. Paul Zacchias, Boerhaave, de Graaf, rapportent que des femmes ont été violemment privées des ovaires dans le but de tarir la source des désirs. Le fanatisme a quelquefois porté les hommes à se dégrader euxmêmes , témoin les prêtres de Cybèle, Origène et les valériens, hérétiques qui par excès de piété infligeaient le même supplice aux individus qu’ils rencontraient. La législation des Égyptiens , au rapport de Diodore de Sicile, avait érigé en pénalité cette mutilation appliquée aux crimes de lèse-pudeur ; des voyageurs assurent que le même usage existe en Perse, et que les lois de l’Indostan condamnent la femme adultère à perdre les ovaires avant de subir le dernier supplice, de même que l’on coupait le poignet au parricide avant de lui trancher la tête, afin que le coupable fût puni par où il avait péché.

La passion qui pousse au crime, la religion et la loi qui le commandent, sont des mobiles qui sous certains rapports comportent une excuse; mais la cupidité qui spécule sur de semblables barbaries est l’opprobre de l’humanité. C’est ænsi qu'en Italie des parents dénaturés mutilaient ou faisaient mutiler leurs enfants, dans le but de tirer profit de leurs dispositions pour la musiqne. Un pape de verlueuse mémoire, Clément XIV, fulmina contre cet abus odieux, qui persista néanmoins jusqu’à une époque assez voisine de nous, au point que dans certains lieux des affiches indiquaient la demeure de ces infâmes exécuteurs, A la cupidité s’unissait l'ignorance chez ces prétendus chirurgiens herniaires, qui parcouraient jadis les villes et les campagnes, {aillant du boyau, c’est-à-dire extirpant les organes de la virilité, dans le but de prévenir ou de guérir les efforts ou descentes. On rapporte qu’un de ces charlatans avait mutilé plus de deux cents individus dans la seule ville de Breslau. Ce ne fut qu’en 1776 que le gouvernement français consulta la Société royale de Médecine sur la valeur de ce moyen barbare, que Vicq-d’Azir et Andry stigmatisèrent comme absurde et criminel, dans leur rapport, publié en 1779 parmi les Mémoires de la Société Quoi qu'il en soit, il n’y a pas un demi-siècle que de pareils délits ont été juridiquement constatés dans quelques départements de la France.

La castration accidentelle peut être le résultat de l’arrachement, de l’ablation par un projectile de guerre, etc.; dans ces cas, la blessure n’est pas immédiatement fort dangereuse, en raison du froissement des vaisseaux, qui s'oppose à l’hémorragie. La mutilation volontaire ou par guet-apens est ordinairement opérée au moyen d’un instrument tranchant, et peut alors entraîner la mort par hémorragie, si le blessé

DICT. DE LA CONVERS. — %. [Ve

n’est promptement secouru. La castration comme opération réglée n'est justifiée que par la nécessité d’enlever un organe dont la conservation expose le malade à la mort; tel est le sarcocèle, dont le diagnostic est souvent fort difficile et entraîne de fâcheuses erreurs. Cette opération se pratique de plusieurs manières : on peut enlever à la fois la glande et ses enveloppes, que l'on divise à plein tranchant; on peut attaquer des enveloppes par leur face postérieure, mais le plus souvent on les divise en avane, depuis l’aine jusqu’à leur base, pour en extraire la glande, dont on termine la séparation en coupant le cordon suspenseur. Ce dernier temps de l'opération est le plus délicat : les uns veulent qu’on lie le cordon avant de le couper ; d’autres, et c'estle plus grandnombre, pour prévenir sa rentrée dans l’abdomen, font saisir le cordon par un aide, qui s'oppose à sa rétraction, tandis que l'opérateur le divise en liant successivement les vaisseaux; on termine en rapprochant les bords de la plaie.

L'art vétérinaire possède une opération régulière pour la castration des femelles de certains animaux , mais chez la femme l’ablation des ovaires frappés de lésion organique incurable entraîne de grands dangers, eu égard à la nécessité d'ouvrir l'abdomen. L’exlirpation d’une glande séminale ou d'un ovaire n’abolit pas la fonction génératrice, l’organe qui reste suppléant l'autre; d’où il résuite que les effets de la castration, tels que nous les avons exposés, ne dérivent que de la privation simultanée des deux organes.

D° ForGET.

Dans le Bas-Empire la castration était l’objet d’un trafic ouvertement pratiqué; les mesures les plus rigoureuses furent prises pour le réprimer ; celui qui se rendait coupable de cette mutilation était puni de mort. Quoique cet usage ait aujourd’hui disparu du monde chrétien, le Code Pénal a fait néanmoins de la castration l’objet d’une disposition spéciale, La peine prononcée est celle des travaux forcés à perpétuité. La mort de la victime arrivée avant l’expiration de quarante jours est une cause d’aggravation de la peine ; le coupable subit alors la peine de mort. La loi n’admet qu’un seul cas d’excuses, celui où le crime a été immédiatement provoqué par un outrage violent à la pudeur : dans ce cas il est considéré comme meurtre ou blessure excusable.

La castration des animaux a été pratiquée dès la plus haute antiquité. Son but est de dompter les mâles, généralement plus indociles que les femelles, de favoriser l’engraissement et le développement des toisons, enfin de limiter la reproduction des espèces domestiques. On châtre les chevaux, les ânes, les taureaux, les béliers, les verrats, les coqs, et assez fréquemment les chats. Parmi les femelles, on ne soumet guère à la castration que celles du mouton et du porc, la poule et quelques autres volatiles. Quelquefois encore, mais beaucoup plus rarement, on fait subir cette opération à certains poissons de nos viviers, tels que les carpes, pour leur faire acquérir plus de volume et rendre leur chair plus délicate. Dans tous les cas, la castration doit être pratiquée dans le jeune âge, où elle présente plus de chances de succès. Du reste, on ne la fait jamais complète. La plupart du temps, on se borne à l’ablation des glandes séminales, et quelquefois même seulement à la torsion du cordon testiculaire, qui ne fait qu’atrophier l'organe et alténuer, sans l’anéantir, la faculté génératrice : c’est cette dernière manière d'opérer qui porte spécialemeut lenom de bistournage. Chez les femelles on extirpe les ovaires et quelquefois même l'utérus. Pour les grands animaux, les procédés opératoires sont assez différents de ceux qu’on emploie chez l’homme; ce sont : la ligature, l’excision, la cautérisation, la torsion et l’écrasement; mais chez les chats, les lapins, les volailles, on se borne à un arrachement, dont les suites ne sont nullement dangereuses. Cependant ces divers modes d’opérer pourraient entraîner une hémorragie, de l’inflammation, la gangrène ou le tétanos, si l’on ne prenait {a précaution

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de soumettre préalablement les animaux à un régime convenable.

Noûs avons déjà vu à l’article Bois ( T. III, p. 365 ) que la castration exerce une influence directe sur la présence ou l'absence de cet ornement de la tête des cerfs, des daims, etc. La suppression des organes de la génération agit d’une manière analogue sur les bêtes à cornes, où ces appendices cessent de se développer. On peut faire la même observation relativement à là crête des gallinacés. En général, la castration agit sur tout l'organisme : la vigueur diminue, et les instincts se modifient. C’est ainsi que les chapons soignent les jeunes poulets tout aussi bien que leur mère. Il semble que l’art crée ainsi dans des espèces qui en sont dépourvues ce troisième sexe des neutres, dont la nature donne elle-même: quelques exemples. Aussi le langage est-il logique lorsqu'il donne à l'animal châtré un nom nouveau : le cheval coupé dévient hongre, le baudet dne, le Laureau bœuf, le bélier mouton, le verrat cochon, le coq chapon, etc.

CASTRÉN ( MArruiAs-ALEXANDER ), philologue célèbre pär l’étude approfondie qu’il a faite de la langue et des races finnoïses, né en 1813, non loin des frontières de la Laponie et de la Finlande, au nord de Tornéo, fut élevé dans cette ville, ef alla ensuite étudier à Helsingfors, à une époque où le cäractère national finnois commençait à se réveiller, en donnant des manifestations de vitalité d’une étonnanteénergie. Obéissant à ces tendances patriotiques, il résolut dès lors de se livrer à la recherche des monuments du génie national finnois épars parmi des tribus que des circonstances extérieures ont éloignées les unes des autres, de les recueillir et de les réunir en corps. Pour se préparer à ses futures investigations il entreprit dès l’année 1838 un voyage à pied dans la Laponie finnoise, ét un autre en 1840 dans la Karélie, à l'éffét de s’y familiariser davantage avec l’idiôme karélien, dans lequel est célébrée la Kalevala, et de pouvoir tradüire en suédois celte épopée populaire, Aïdé par l’administration firinoïsé, il continua de 1841 à 1844 ses recherches dans les Laponies finnoise, norvégienne et russe, ainsi que Chez les'Samoyèdés d'Europe ef de Sibérie.

Nommé linguiste et ethnographe de Académie de Saint- Pétersbourg, Castrén éntreprit ensuite. avec l'appui de l'université d'Hélsingfors, pendant lés années 1845-1849, son voyage à travers les différents gouvernements de la Sibérie, depuis les frontières de ka Chine jusqu'aux côtes de l'océan Arctique; expédition marquée par autant dé privations et de souffrances en tous génres, qu’elle fut riche en résultats scientifiques. Quoique d’une faible constitution et d’une santé chancelante, et manquant souvént des objets les plus indispensables, Alexandre Castrén envoya delà dans son pays nôn-séuléement üne foule dé travaux ethnographiques et philologiqués, mais eéncoré une masse de rapports et de lettres, qui prouvent lalucidité de ses aperçus en méme temps qu'ils témoignent de’sa part d’un remarquable esprit d’observation. {1 en à été publié un grand nombre dans des feuilles périodiques, telles que le journal finnois Suomi et les Bulletins dé l’Académie de Saint-Pétersbourg.

A &bn retour'dans sa patrie, Castrén fut placé à l'université d'Helsingfors en qualité de professeur de la langue et dé là littérature finnoises. Ï y est mort lé 7 maï 1852. L'Académie de Saint-Pétersbourg a entrepris la publication des ouvrages de Castrén'en français ou en latin; ‘de son côté la Société de littérature finnoise a fait paraître les mêmes écrits en finnois: Ce'savant avait mis au jour un Æ$sai de Grammaire Ostiaque , avec un' Dictionnaire abrégé, coffre première partie de ses Voyages et Recherches dans le Nord (Saint-Pétersbourg; 1849): Nous mentionnerons encore

de lui: £lementa Grammalicæ Syrjenæ ( Helsingfors , !

1844); Elementa Grammaticæ Tscheremissæ ( Kuopio, 1845); De l'Influence de l'Accent dans la Langue Laporñe (Saint-Pétersbonrg, 1845) ; De Affivis personatibus Linguarum Allaïicarum (Helsingfors, 1850).

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