CASTRIES
CASTRENSE ( en latin castrensis, qui a rapport au camp, castrum ), terme d’archéologie, qui ne s'emploie guère qu’en parlant de la couronne castrense (corona castrensis );. c'était celle que les anciens Romains décernaient an soldat qui avait le premier pénétré dans le camp ennemi. Dans l’origine elle était composée d’un simple rameau d’arbre, ordinairement de chêne; plus tard on la fit en or, et pour la distinguer des autres couronnes, telles que la couronne murale ou la couronne obsidionale, on y figurait des pieux et des palissades, qui l’entouraient comme autant de rayons.
CASTRES, ville de France, chefslieu d'arrondissement dans le département du Tarn, à 42 kilomètres sud d'Albi, sur l’Agout, dans un bassin agréable et fertile, avec une population de 21,357 habitants, dont à peu près un millier sont protestants. Elle possède une église consistoriale calviniste, un tribunal de première instance et un tribunal de commerce, une chambre consultative des arts et manufactures, une bourse, un collége communal, un séminaire diocésain, une bibliothèque publique, riche d'environ 7,000 volumes, et un dépôt de remonte. La ville est en général assez bien bâtie, et on y remarque quelques constructions : comme l'hôtel de ville, jadis palais épiscopal, bâti par Mansard; les églises Samt- Benoît et Notre-Dame, les deux hospices, la salle de spectacle, les casernes. La partie sud-est, nommée Villegoudon, communique avec Castres proprement dit par deux beaux ponts de pierre. Castres est entourée de superbes promenades, qu’on nomme Zices. Villegoudon a aussi ses promenades, qui consistent en une vaste esplanade formée de cinq belles allées. L'industrie y est d’une activité remarquable; il s’y fait une fabrication importante et renommée de draps fins ét communs, casimirs, cuirs-de-laine, castorines, lainages, cotons, soieries et filoselles, des forges, des pape- {eries, des tanneries, des teintureries. Cette ville est reliée par des voies ferrées à Alby et à Castelnaudary.
Selon quelques auteurs Castres doit son origine à un camp romain: selon d’autres à un monastère de bénédictins établi, dit-on, par Charlemagne. Pendant la guerre des Albigeois, les habitants se donnèrent volontairement à Simon de Montfort. La fille de celui-ci, Éléonore, apporta en dot à Jean, comte de Vendôme, la seigneurie de Castres, qui passa ensuite à Jean, comte de la Marche, cadet de Bourbon, époux de Catherine de Vendôme. Plus tard, une autre Éléonore, en épousant Bernard, comte de Pardiac, la fit passer dans la maison d'Armagnac. Après la mort du duc de Nemours, Louis XI donna le comté de Castres à son lieatenant général en Roussillon, le Napolitain Bofflo del Giudice; mais cette donation souleva de nombreuses réclamations, auxquelles François 1°° mit fin en réunissant en 1519 ce comté à la couronne. Dès le commencement des guerres de religion, les habitants embrassèrent la réforme, se fortifièrent, et érigèrent leur ville en une espèce de république. Mais après les revers des protestants, ils furent forcés de se soumettre ét de démolir leurs fortifications. C’est à Castres que fut établie la chambre de l’'édit, à laquelle devaient être portées les affaires des protestants établis dans le ressort du parlement de Toulouse, tribunal que l’on transféra en 1679 à Castelnaudary, et qui fut enfin supprimé en 1685. Castres était autrefois siége d’un évêché,
CASTRIES (Famille ne ). La maison de La Croix de Castries ( dont le nom se prononce comme s'il s’écrivait Castres) eut pour premier auteur connu Guillaume pe La Cnoix, conséiller du roi, trésorier de l'extraordinaire des guerres "qui fut en grand crédit auprès des rois Louis XI, Charles VHLHét Louis XLL. 11 avait acheté en 1495 l'ancienne baronnie de Castries, située dans le diocèse de Montpellier, et donnant entrée aux états de Languedoc : cette terre fut érigée en marquisat par lettres patentes de 1645.
Chartes: Eugène-Gabriel ve La Crorx, marquis DE CAs- TRES, märéchal de France, chevalier des ordres du roi, et
CASTRIES — CASTRO Y BELVIS
ancien ministre de la marine, mourut en 1801, après avoir servi avec gloire pendant soixante ans, et s’être distingué par son dévouement aux Bourbons et à la monarchie, autant que par ses nombreux exploits et par ses victoires.
Armand-Nicolas-Augustin de La Croix, duc pe Cas- TRIES, fils du précédent, né en 1756, fut d’abord connu sous le nom de comte de Charlus. Il embrassa de bonne heure la carrière des armes , et alla en Amérique combattre pour l'indépendance des États-Unis. Sa conduite politique prouva ultérieurement qu’il avait su se garantir du contact des principes première origine de cette guerre. A son retour en France, il reçut le brevet de duc de Castries, et devint maréchal de camp en 1788. Député de la noblesse de la vicomté de Paris aux états généraux, il y soutint avec ardeur les prérogatives de la royauté, qu’il alla défendre ensuite à la tête d’un corps de l'armée des princes. A la Restauration , il fut créé pair de France et appelé au gouvernement de la quinzième division militaire (Rouen }), qu'il s’efforça de maintenir dans l’obéissance au roi pendant les Cent- Jours. En 1822 Louis XVIII le nomma gouverneur de Meudon, poste devenu vacant par suite de la mort du marquis deChampcenetz ; et Charles X, à l’époque du sacre, lui donna le collier de ses ordres. En 1830 le duc de Castries, acceptant les faits accomplis, prêta serment à la nouvelle dynastie, et continua de siéger à la chambre des pairs, Il mourut en 1842. .
CASTRIOTA. Voyez SKANDERBEG.
CASTRO (Inès De ). Voyez INÈs DE CASTRO.
CASTRO Y BELVIS ( GuiLueN DE ). Entre 1610 et 1620 vivait à Valence un capitaine de cavaliers garde-côtes de ce nom, homme inconstant, aventureux et farouche, de famille noble, pauvre et fier, Valencien de race et de naissance, c’est-à-dire d’une école véhémente, ennemie de la spirituelle école des poëtes castillans contemporains. Le duc d’Olivarès et le duc d’Ossuna, à Madrid le roi luimême., à Naples le comte de Benavente, l'avaient tour à tour aimé, protégé, pensionné et abandonné : ce qui prouve une humeur peu servile. Réduit à la détresse et marié, il se mit à composer des pièces de théâtre pour vivre. Comme son contemporain le Mexicain Alarcon, à qui Corneille dut Le Menteur, il traita le théâtre à sa mode, et non selon celle du temps; il préféra les sujets héroïques et accidentés : Le Cid Campeador, que personne n’avait traité, dut lui plaire. Il écrivit donc, d’après les vieilles chansons nationales, qui charmaient ses souvenirs de gentil-homme kidalgo, Las Mocedades del Cid Campeador ( les jeunesses de lPexcellent Cid ). Ce fut là sa meilleure pièce; et l’on n’en parla guère en Espagne, où les esfrellas et lunas, mariposas et jasmines élaient nécessaires à toute poésie qui prétendait se faire admirer.
Il avait écrit non un chef-d'œuvre, mais une sauvage, puissante , spirituelle esquisse. Le style du capitaine gardecôtes se distingue par cette âpreté énergique et vive qui commençait à déplaire en Espagne. Guilhen, poëte provincial , fidèle au passé, venait trop tard, vingt années après Don Quichotte; et je suis persuadé que le choix de ses sujets féodaux et l’ardente simplicité de sa manière l’ont desservi auprès de ses contemporains énervés. Guilhen, étant devenu très-malheureux , mourut à l’hôpital. Les autres poëtes le ménagèrent par charité.
L'œuvre de cet esprit altier, arriéré, inconnu, parvint au jeune poëte rouennais Pierre Corneille, qui recevait de Madrid toutes les comedias nuevas, en pliegos in-quarto, sur mauvais papier d’épicier, dos maravedis cada pliego. Le nom de l’auteur obscur n’était pas inscrit sur le titre. Délaissant, cependant, pour lui les gloires à la mode, ce fut lui précisément que Corneille adopta, préféra, étudia , et inême qu’il daigna traduire; il était plus d’accord avec le sévère Pierre Corneille qu'avec l'Espagne de Philippe IV. 11 se retrouva lui-même dans ses fiers accents, et lut d’abord,
entre 1634 et 1636, sans doute avec grand plaisir, la chronique dramatique du Cid par Guilhen, qui ne le satisfit pas complétement, car il eut hâte de se procurer les ballades originales sur ce héros de la chevalerie; ce fut d’elles qu’il usa pour en faire son œuvre propre, au lieu d’imiter Guilhen, quoi que l'on en ait dit.
En effet , remaniant les ballades et s’écartant de l’œuvre du Valencien, il transporta tout l'iitérêt dans l'amour, et se donna pour problème le sentimeat de l’honneur étouffant ou domptant la plus vive passion dans deux jeunes âmes. C’était renverser le sujet de Guilhen, où l’on voit, au contraire, l'éclair de l'amour traverser un moment le ciel de la jeunesse, et disparaitre étouffé par le Sentiment de l'honneur. Corneille a pris le contre-pied de Guilhen de Castro; il a forcé la chronique espagnole de reculer jusqu’à la tragédie grecque et de se concentrer dans la passion; Guilhen d’une ballade passionnée avait fait le rapide épisode d’uné chronique chevaleresque. Æ
Ce que l’on n’a pas dit, c’est qu’à l'exception de l'amour des jeunes gens, antérieur au duel, il n’y a aucune analogie essentielle entre la chronique double et dialognée que Guilhen a vigoureusement esquissée et le drame de Corneille. Chez Guilhen l'amour tient la moindre place; chez Corneille il lutte contre le devoir , et de cette étreinte naissent les larmes, les cris et le chef-d'œuvre. Chez Guilhen dona Ximena est peu de chose, chez Corneille elle est tout. Guilhen n’a qu’un héros : l'honneur chevaleresque et chrétien, qui règne à travers son œuvre, et que l’on ne perd jamais de vue, soït quand le Cid sacrifie sa maîtresse à son devoir, soit quand il se bat seul contre les vassaux du comte, qui le poursuivent l'épée à la main, soit quand il prend et serre un misérable lépreux entre ses bras pour sauver un chrétien et braver la contagion en priant Dieu ; enfin, lorsque, dans les trois dernières journées du drame, devenu l'arbitre de la vaillance et de l’honneur pour toute l'Espagne, il récompense ou flétrit par la seule autorité de sa parole, terrifie les coupables, s’élève plus haut que les rois , et refuse devant la cour entière de prêter serment à un monarque accusé de meurtre, jusqu’à ce que le monarque ait juré sur la croix qu’il est pur de sang humain. :
Tel est Ze Cid de Guilhen, qui a sa grandeur. Ce n’est pas celle de Corneille. Guilhen n’a pas fait de drame d'amour;
‘il a écrit une longue chronique féodale, en six journées et
en deux parties. Ce soldat de fortune en poésie, qui n’était pas un artiste habile, mais un grand cœur , a voulu exalter le vieil héroïsme guerrier; et je crois qu’il aurait été désolé de sacrifier son lépreux et sa belle scène du serment à toutes les Chimènes du monde. L'honneur, voilà l'unité de sa pièce, qui se développe à la manière des romans dialogués de Shakspeare; Chimène et le vieux comte disparaissent dès les premières scènes, et leur aventure n’est qu’un prologue.
Où donc Corneille a-t-il pris sa pièce, ses magnifiques dialogues et ses situations ? Dans son génie d'abord, qui lui montrait les routes de l’art; ensuite, dans les vieilles.chansons, où Guilhen a aussi puisé quelques scènes. I! plonge, pour ainsi dire, au Cœur du génie castillan, qui commençait à s’abandonner lui-même : il devint par un tel choix. plus espagnol que l’Espagne.
Nous venons d’exposer le premier plagiat de Corneille et d'assister, pour ainsi dire, à la Genèse du Cid, à cette réhabilitation si hardie de la poésie primitive, un siècle avant Herder. 11 y a un prodige de bon sens , c’est-à-dire de génie à venir, vers le milieu du dix-septième siècle, après les plaisanteries de Rabelais et de Cervantes, à choisir le Cid comme représentant de l'honneur chrétien, et à préférer les vieilles ballades , dont on ne faisait aucun cas , à Guillien de Castro, et Guilhen de Castro à Calde n.
Ce nouveau Cid, expression de tout un monde héroriue el passionné, fut représenté on sait avec quel succès. Chimène, à laquelle on n’avait fait aucune attention chez Guil-
hen, devint l'idole de l’Europe; l'Espagne elle-même en retentit. La chronique dramatique du Valencien avait eu si peu de popularité et Corneille en avait tant, que, plusieurs années après, un nommé Diamante s’avisa de traduire en vers espagnols de huit pieds le chef-d'œuvre de notre scène. Il mit les cinq actes de Corneille en trois journées, y intercala l’inévitable bouffon, qui amuse de ses calembours le roi, le Cid et Chimène, et fit de son modèle une pièce détestable. Imprimée en 1660, sous ce titre : £l Honrador de su Padre (le fils qui honore son père), elle ne dut un moment de crédit qu’au souvenir de Corneille. Il y avait trente-cinq ans que Le Cid jouissait de sa gloire; et, le croirait-on? des critiques assez ignorants eu assez déloyaux se trouvèrent pour attribuer à Diamante la vraie paternité du Cid. Voltaire se donna un mal infini pour établir que Corneille était un plagiaire; récemment don Ochoa a réimprimé l’œuvre de Diamante, comme originale, dans son répertoire espagnol, et il a eu soin d’omettre la vaste et franche ébauche de Guilhen ; enfin l’on retrouve cette erreur grossière dans l’ouvrage de Simonde de Sismondi sur les littératures méridionales, ouvrage rempli de semblables erreurs. Ici, comme ailleurs, le savant génevois suivait Voltaire les yeux fermés. Philarète CHASLES.
Lope de Véga, contemporain de Guilhen de Castro, en a fait l'éloge dans son Laurier d'Apollon. Nicolas Antonio déclare que Guilhen n’est inférieur à aucun auteur dramatique de sa nation, excepté Lope de Véga. Il avait composé une autre tragédie, intitulée Didon y Eneas; et Velasquez regrette qu’elle n’ait pas été publiée. Elle ne figure point dans le recueil de ses pièces imprimé en 1621, à Valence, sous le titre de Las Comedias de don Guilhen de Castro (2 vol. in-4°). 11 y à une ancienne édition du Cid français où les vers de Guilhen imités par Corneille sont cités au bas des pages. Notre grand tragique avoue qu’il doit une partie des beautés de sa pièce à Guilhen 11 reconnait, dans son Examen du Cid, qu’il n’a fait que paraphraser de l'espagnol une des plus belles scènes de son œuvre (la 4° du II° acte). CASTRO, ville de l'Italie méridionale, sur l’Adriatique, dans la province de Lecce, est le siège d’un évêché. Dans le seizième siècle elle fut entièrement ravagée par les Turcs, qui emmenèrent en esclavage les femmes et les enfants. Les environs sont fertiles en grains, vins, fruits et coton. Sa population dépasse 8,000 âmes.
CASTROCARO , bourg de Toscane , sur le Montone, .
est célèbre par ses eaux minérales, où l'on a constaté la présence d’une assez grande quantité d’iode.
CASTRO-DEL-RIO, ville d'Espagne, avec 10,000 âmes, à 28 kilom. sud-est de Cordoue, est divisée en vieille ville, entourée de murailles en ruines, et en ville neuve, où l’on trouve des fabriques de lainages et de poteries. CASTRO-GIOVANNI, ville de Sicile, dans la province de Catane, compte plus de 6,000 âmes, et occupe l'emplacemeut de l’ancienne Ænna, célèbre par le culte que l'on y rendit à Cérès. Elle est située sur une montagne, la plus haute de l'ile après l’Etna. Ses soufrières produisent 2,500 tonnes par an.
CASTRUCCIO-CASTRACANE, issu d’une famille noble de Lucques, s’exila de sa patrie à l'age de dix-neuf ans, en 1300, avec son père, gibelin décidé, lorsque les noirs, ou guelfes exagérés, se furent emparés de l'autorité, Il se fit soldat d'aventure, et combattit successivement en France et en Angleterre, mais surtout en Lombardie. Rentré dans sa patrie, il y fut le chef du parti gibelin. Le seigneur de Pise Uguccione de la Faggiuola, qu’il avait appelé contre les guelfes, asservit sa patrie, et livra même Lucques au pillage. Cependant telle était alors la puissance de l'esprit de parti que Castruccio se rangea sous les ordres du seigneur de Pise, le premier capitaine des gibelins. 11 eut la plus grande part à une victoire remportée sur les Florentins près de Montecatini. Le crédit dont il jouissait dans son
CASTRO Y BELVIS — CASUEL
parti inspira de la jalousie à Neri, fils d’Uguccione, qui commandait à Lucques pour son père. J1 le fit arrêter en 1316, et voulut même le faire conduire au supplice. Mais Lucques et Pise se soulevèrent ; Castruccio fut mis en liberté , et les fers qu’on lui ôta des pieds et des mains servirent d'étendard aux insurgés. F
Les Lucquois chassèrent Neri , et nommèrent Castruccio capitaine annuel de leurs soldats; trois années de suite il fut revêtu de ce titre. En 1320 il chassa de Lucques les restes du parti guelfe, et se fit attribuer par le sénat un pouvoir absolu, que le peuple confirma à la presque unanimité. Dès lors il voulut soumettre à sa direction tous les gibelins de la Toscane, et les faire agir de concert avec ceux de la Lombardie. Pendant un règne de quinze ans il ne cessa de combattre, soumettant tour à tour Florence, Pistoia, etc, En 1327 l’empereur Louis de Bavière érigea en duché les États qu’il gouvernait, et lui fournit l’occasion de soumettre aussi la république de Pise. Il assista au couronnement de l'empereur, et fut créé par lui chevalier et comte du palais, puis sénateur de Rome. Il mourut en 1328 , après avoir repris Pistoia, malgré les efforts des Florentins. La principauté fondée par lui fut détruite, et Florence $’accrut de ses ruines. L'histoire de Castruccio a été défigurée suitout par Machéavel, qui en a fait un véritable roman.
CASUALITÉ (du latin casus, hasard). On appelle ainsi, en philosophie, l'intervention du hasard dans la série des événements, et casualisme la doctrine suivant laquelle les événements et leur succession ne sont que l'effet d’un pur hasard. Les casualistes sont ceux qui admettent l’exactitude de cette doctrine.
CASUEL. On entend proprement par ce mot ce qui arrive accidentellement, par cas fortuit, ce qui n’est soumis à aucune règle de temps ou de volonté. On appelait néanmoins autrefois parties casuelles les droits qui revenaient au roi pour les charges de judicature ou de finance, quand elles changeaient de titulaire, nom que l’on avait transporté aussi au bureau établi pour le recouvrement de ces sortes de droits : ainsi, l’on disait qu’une charge vaquait aux parties casuelles, pour dire qu’elle vaquait au profit du roi, Ce mot est plus ordinairement employé aujourd’hui dans la forme substantive : on dit Le casuel d'une charge ou d'un emploi; mais il sert plus particulièrement à désigner les honoraires ou rétributions non réglées et fortuites accordées aux curés, vicaires ou desservants des paroisses, pour les soins ou les fonctions de leur ministère, tels que baptèmes, mariages, sépultures, etc.
Lorsque le clergé devint propriétaire, par l'institution des bénéfices-ecclésiastiques, et que la dime eut été établie, on n’abolit point le casuel, parce que l'on ne crut pas devoir mettre des bornes à la générosité des fidèles ; mais on s’efforça de contenir le plus possible l’avidité des prêtres. Un grand nombre de canons ont en vue les abus auxquels donnait lieu la permission laissée aux ecclésiastiques de recevoir les oblations volontaires dans l'administration des sacrements. Quelques réformateurs ont essayé de supprimer le casuel; généralement on s’est borné à exiger des évèques qu'ils fissent un tarif de ce qu'il était permis au prêtres de recevoir pour les baptèmes, les mariages el les sépultures, et'qu’ils le soumissent à l'approbation de l'autorité civile ou judiciaire.
[« Le prêtre doit vivre de l'autel, » c'est une maxime universellement reconnue; mais il faut que son application soit restreinte dans de justes limites : le casuel, supplément nécessaire au modique traitement des desservants de nos campagnes, n’est point une charge onéreuse pour le cultivateur. Là le ministre de l'Évangile connaît intimement ses paroissiens, il a des rapports journaliers avec eux , il sait quels sont ceux qui peuvent acquitter sans aucune gêne les modestes rétributions allouées aux divers actes à la fois civils et religieux; il sait aussi pour quelles familles, assez en