‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 460 sur 556 · CASUISTE — CASUS BELLI · texte numérisé non relu

CASUISTE — CASUS BELLI

homme a bien voulu se tromper elle-même. On peut ajouter à cela que si l’on obligeait absolument cet homme à retenir une telle fille pour sa femme, il ne continuât de vivre avec elle dans le même esprit qu’il a eu en feignant de l’épouser, ou qu'après avoir renouvelé son consentement, un mariage si inégal n’eût de très-mauvaises suites, ainsi que l’a dit le pape Lucius IL. Tout ce que le curé de Bénigne peut done exiger de lui dans l'espèce proposée est : 1° qu'il fasse une sévère pénitence de sa fraude, de l'abus qu’il a fait du sacrement et de la simplicité d’Élisabeth, et des péchés qu’il a commis avec elle sous le prétexte du mariage; 2° qu’il fasse déclarer par le juge d'église la nullité deson mariage; 3° qu'il fasse en sorte que. cette fille soit aussi avantageusement mariée, par une somme d’argent qu’il lui donnera, qu'elle l'eût été auparavant. »

Quoique l’on voie avec peine dans cette décision, chefd'œuvre d’iniquité, l'autorité d’un grand saint servir à excuser et justifier tous les déportements auxquels peut se livrer la féodalité là où elle est toute-puissante, il faut reconnaître que ce fut au seizième siècle seulement que les casuistes entreprirent de changer les bases de la morale. Jusque alors on peut dire que l’Église avait encore toujours été celle de Jésus-Christ, mais l'Église sur laquelle, il est vrai, avait passé la corruption de treize siècles.

Plus tard, avec la ressource des équivoques et surtout des restrictions mentales, des casuistes, non moins subtils que corrompus, ne sé contentèrent pas de justifier tous les vices, d’excuser tous les crimes, mais servirent en outre les papes contre les rois, armant les sujets contre les princes, et, dans leurs décisions sacriléges, ouvrant le paradis à quiconque tuerait un roi tyran ou hérétique.

Autant cette espèce de casuistes est à mépriser, autant sont utiles et consolants en cette vie, si douloureuse et si pleine de mystères, ces vertueux prélats, ces simples prêtres, ces pauvres ermites même, casuistes de bonne foi, auxquels des âmes faibles, craintives, ignorantes, ou que l’ivresse de leur piété rend incertaines dans leur marche, viennent demander quelque peu de lumière sur la route de leur salut. Qu'il était édifiant de voir dans les beaux jours de l’Église naissanteles princes, le peuple, les femmes, les filles, et jusqu'aux enfants, se pressant autour des Origène, des saint Augustin , des saint Jérôme, leur demander ce qu'ils savaient du ciel! DENNE-BARON.

CASUISTIQUE, partie de l’ancienne théologie et de la morale appliquée relative aux principes suivant lesquets doivent être décidés certains cas de conscience difficiles, où il y a collision entre les devoirs. Le moraliste qui s'occupait de la solution s'appelait casuiste.

Les premières traces de casuistique se trouvent chez les stoïciens; mais la haute et saine raison des anciens l’empècha de prendre les mêmes développements que dans les théologies judaïque et chrétienne. Par contre, si le talmud des Juifs contient une énorme accumulation de questions casuistiques, la morale chrétienne du moyen âge devint trop souvent le champ clos de discuss{ons casuistiques dont les sujets s’accrurent en nombre presque indéfini , parce qu’on érigea en cas de conscience des questions controversées de droit canonique ou des questions relatives à la force obligatoire des devoirs extérieurs. Plus tard on vit les casuistes Escobar, Sanchez, Busembaum, etc., briller chez les jésuites autant par la subtilité d'esprit dont ils firent preuve en imaginant des cas de cette nalure, que par l’ambiguilé, la bizarrerie, et souvent aussi par l’immoralité flagrante de leurs décisions. Aussi bien la casuistique fut-elle inventée surtout dans l'intérêt du clergé, à qui elle fournissait les moyens de dominer les consciences.

CASUS BELLE, mots latins signifiant cas de guerre et adoptés dans le langage diplomatique pour indiquer tout fait qui met un État dans la nécessité de déclarer la guerre

à un autre Élat.

CASY — CATACOMBES

CASY (Josepu-Grécorrr), viee-amiral, né le 8 octobre 1787, à Auribeau (Var), descendait d'une famille irlandaise réfugiée en France. Engagé dans la marine en 1803, il assista à la bataille de Trafalgar et au combat livré en 1813 par le Romulus à un vaisseau anglais. Il fit toute la campagne de Morée et prit part à l'expédition d'Alger ainsi qu’à celle du Tage. Capitaine de vaisseau en 1831, 1l reçut à bord de l’Hercule le prince de Joinville, qui commençait l’apprentissage du métier de la mer. A la tète d’une escadre qu'il commandait en qualité de contre-amiral, il expérimenta dans les eaux de Brest un système d'organisation du personnel qui devait servir de base à celle qui est devenue réglementaire. Il était préfet maritime à Rochefort quand il fut nommé vice-amiral (17 décembre 1845); c'est à sa vigilance qu'on doit la découverte des coupables désordres des agents des subsistanees de ce port, qui donnèrent lieu à un procès retentissant. Elu représentant du

Var à la Constituante, M. Casy accepta le portefeuille de.

la marine (11 mai) et ne s’en démit qu'après l'insurrection de juin 1848. L'année suivante il devint préfet maritime de Toulon, où il présida aux préparatifs de l’expédition de Rome. A son retour il fut nommé vice-président du conseil d’amirauté et sénateur (26 janvier 1852). 11 mourut le 19 février 1862, à Paris.

CATACHRESE (du grec xatäypnoic, abus). C'est une de ces figures de rhétorique comprises sous la dénomination générale de tropes; on l’a définie un abus de termes par nécessité, une espèce de métaphore où deux mots semblent disparates, mais qui sont les seuls avec lesquels on puisse se faire entendre clairement dans un idiome quelconque. Ainsi, nous disons : aller à cheval sur un âne, sur un bâton; une jument ferrée d'argent, une feuille de papier, une feuille d'or, une feuille d’étain. La raïson repousse cette alliance de mots, mais la nécessité la réclame. L'emploi de la catachrèse résulte naturellement de l’effort que fait l'imagination pour traduire, par une nouvelle application donnée à un terme, une idée indéfinissable sans le secours de cette figure. Cette figure est indispensable dans le discours : elle supplée à une foule de termes qui nous manquent; mais son usage n’a pour règle que le goût, et il est facile d’en abuser.

CATACLYSME. D'après son étymologie grecque, ce mot (dérivé du verbe xarax)ütw, inonder) signifie déluge, inondation ; maïs les géologues en ont étendu le sens, et l’appliquent aux divers bouleversements que la couche supérieure de la terre a éprouvés depuis sa consolidation. En effet, les commotions violentes dont cette couche manifeste presque partout les résultats incontestables furent certainement accompagnées d’un déplacement de la masse des eaux : lorsque des montagnes s’élevaient ou s’écroulaient, les fleuves et les mers ne pouvaient rester en repos. Ces événements ont été si souvent reproduits, qu'il devait en rester quelques traditions, sinon dans les annales historiques, au moins dans les récits fabuleux et les croyances altérées. Mais

nous devons réserver pour le mot DéLuce tout ce qui est relatif aux effets de l’irruption des eaux sur la terre : bornons-nous done aux recherches sur les causes de ces grands phénomènes , et voyons jusqu’à quel point il est possible de pousser avec succès ces sortes d’investigations, trop souvent arrêtées par d’épaisses ténèbres ou mal dirigées par des lueurs insuffisantes pour faire discerner assez nettement les objets que l’on examine.

La seule hypothèse à laquelle on puisse consacrer le temps d’une étude sérieuse est celle de Laplace sur l’origine des planètes et de leurs.satellites. Les vues du grand géomètre ont acquis un plus haut degré de probabilité depuis que Herschel, dirigeant son télescope sur quelques nébuleuses, a pour ainsi dre assiste à la formation d'une planèle nouvelle éclairée par un autre soleil que le nôtre, et vu s’aecomplir sous ses yeux ce que Laplace n’avait pu que

soupçonner. Admettons done, non comme un fait constaté, mais comme une supposition conforme à l’ensemble des observations, que les planètes qui composent notre système ont été formées aux dépens de l'atmosphère solaire condensée successivement, et perdant une partie de son calorique à mesure que la condensation faisait des progrès : nous concevrons ainsi comment les matières les plus denses ont dû se réunir au centre de chaque planète, et comment les stratifications, procédant avec ordre et lenteur, ont pris une forme régulière lorsqu'on la considère dans son ensemble, quoique les détails puissent offrir de grandes irrégularités. Plusieurs fois de suite, des espaces plus ou moins étendus, consolidés à la surface de la planète encore liquide en grande partie, ont fini par disparaître sous les flots pour aller se réunir au noyau dont la solidité et la forme sont immuables, et chacune de ces disparitions fut un cataclysme. Nous ignorons à quelle période de ces transformations notre globe est arrivé, et selon toute apparence nous ne le saurons jamais; mais à mesure que nous acquérons plus de connaissances sur ce qu’il fut et ce qu’il est, nous sommes tentés de plus en plus de l’assimiler aux corps vivants, et de prédire qu'il mourra, parce qu’il est né, et pour une planète la mort est une consolidation complète et terminée.

Notre terre approche peut-être de la vieillesse, mais cependant elle n’a pas encore contracté une telle rigidité que de nouveaux cataclysmes soient impossibles ; vers le milieu dusiècle passé, un tremblement de terre se fit sentir simultanémentà Lisbonne età Lima, menaçant des plus grands désastres les îles comprises dans la vaste étendue qu’il ébranlait; et au commencement de ce siècle on a vu la mer seretirer sur plusieurs centaines de lieues des côtes occidentales de l'Amérique, et revenir ensuite avec une épouvantable rapidité. S’il faut s’en rapporter à des témoins oculaires , les terres aussi furent soulevées sur la même étendue, et retombèrent ensuite en manifestant en plusieurs lieux la puissance des agents capables d'imprimer un tel mouvement à des masses aussi prodigieuses; mais pour bien observer au milieu de ces convulsions de la nature, il faut tout le sang-froid de Pline le naturaliste, contemplant les progrès de l’éruption du Vésuve qui ensevelit Herculanum. Au Chili et au Pérou les mouvements de la terre et de la mer ne purent être soumis à aucune mesure, en sorte que les spec tateurs étonnés les ont peut-être exagérés. Mais ce témoignage récent de la force d’expansion que recèle encore l’intérieur de notre globe n’était pas nécessaire pour nous rassurer sur la durée de sa vie. FERRY.

CATACOIS ( Marine). Voyez CAcATOËS.

CATACOMBES, cavités souterraines employées à Ja sépulture des morts, et que les anciens appelaient hkypogæa, crypta, cimaæteria. L'étymologie de ce mot paraît dérivée des mots grecs xat&, autour, auprès, et xüy8oc ,; Caveau, cavité, ou tÜu60c, tombeau. La plupart des catacombes paraissent ne devoir leur origine qu’aux travaux des carrières près des grandes villes et aux fouilles de terre et de sable propres à la construction; d’autres, et ce sont les plus anciennes, la doivent à des grottes ou cavernes naturelles que l’on consacra plus tard à l’inhumation des morts. Les Égyptiens, les Hébreux, les Perses, les Grecs, les Indiens, les Scythes, les Romains, etc., ont tous suivi et conservé pendant un grand nombre de siècles cette antique coutume. On trouve dans la Bible une mention fréquente des grottes qui servaient à l’inhumation des Israélites; les grandes çcavernes naturelles que présentaient les montagnes de Canaan, de Ja Syrie, de l'Arménie, étaient, avant l’arrivée d'Abraham, déjà consacrées à la sépulture des habitants de ces contrées. En Egypte, l’usage des catacombes ou hypogées remonte à une antiquité qui se perd dans la nuit des siècles. Quelques-unes de ces cavernes étaient des excavations naturelles 2 mais la plupart, celles du moins dans lesquelles on ensevelissait les momies, ont été creusées exprès.

La Paphlagonie et la Cappadoce, la Crimée, la Perse et l’Inde, fournissent de nombreux exemples de chambres ou cavernes sépulcrales; on en trouve également dans l’Anatolie, la Caramanie, la Scythie, la Tatarie, dans l’intérieur de l'Afrique et en Amérique. Les Guanches, anciens habitants des fles Canaries , faisaient usage, comme les Égyptiens, de cavernes dans lesquelles ils déposaient les cadavres, après leur avoir fait subir une préparation dessiccative. Leurs catacombes situées au pied du pic de Ténériffe, dans les montagnes volcaniques , remontent à des époques fort reculéës.

Plusieurs villes de Sicile, telles que Catane, Palerme, Agrigente, offrent des excavations semblables; mais les plus remarquables de cette île sont celles de Syracuse, situées près de la fameuse Oreille de Denys et des Latomies. « Elles sont, dit Denon, les plus belles, les plus grandes, les mieux conservées, et peut-être les plus propres à donner une idée juste de ces lieux. » Elles forment comme une ville souterraine, avec ses grandes et ses petites rues, ses carrefours et ses places, taillées dans le rocher à plusieurs étages, et creusées, selon toute apparence, pour servir aux sépultures; elles diffèrent en cela des autres excavations de la même ville, qui ne furent bien évidemment que des carrières. Ces catacombes, dites de Saint-Jean, n’ont pu que difficilement se prêter à l’extraction des pierres, leurs issues n'étant ni larges ni faciles. Dans les premiers temps de l’église, on a élevé à l’entrée de ces souterrains une chapelle sous le vocable de Saint-Marcian , et qui y conduit par une voûte d’où l’on découvre le cintre de la porte antique des catacombes. Quelques ornements qu’on rencontre en divers endroits ont été ajoutés postérieurement, et se réduisent à quelques mauvaises peintures grecques des derniers temps de l'empire, faites sur un enduit , des lettres grecques et latines, ou des symboles de martyrs peints dans l’intérieur des tombeaux. Les catacombes de Syracuse n’ont point en général l'aspect lugubre de celles de Naples, Rome et Paris, dont nous allons parler : il y règne une tranquillité mystérieuse qui annonce le sanctuaire du repos.

Les catacombes de Rome étaient dans le principe des carrières ouvertes dans des bancs de la grande masse de tuf volcanique et de pouzzolane dont on se servait pour la construction; elles descendent à quatre-vingts pieds de profondeur, et s’élendent au loin dans la campagne de Rome. C’est un vaste labyrinthe de galeries étroites et peu élevées et de rues souterraines, qui se croisent et se mélent entre elles au point qu’on ne pourrait s’y reconnaître pour peu qu’on osât s’y aventurer sans guide expérimenté. L'époque de l'exploitation de ces anciennes carrières est ignorée : on voit seulement qu’elles étaient en activité da lemps de Cicéron, qui en parle dans son plaidoyer pour Cluentius. Après l'abandon de cette exploitation, ces carrières, dites Arenariæ, furent consacrées à la sépulture des différentes familles qui les achetèrent pour s’y faire construire des tombeaux particuliers. Les deux côtés des galeries de ces catacombes servaient à recevoir les sarcophages placés dans

des niches et fermés par des briques épaisses ou des dalles |

de marbre; ces niches sont à trois ou quatre ensemble, rangées les unes au-dessus des autres; le nom du mort se trouve quelquefois sur l’urne ou le sarcophage, ou bien sur les dalles qui en ferment l'ouverture. Quelquefois aussi l'on y voit une branche de palrnier avec le monogramme du Christ; mais les marques du paganisme s’y trouvent fréquemment aussi, ce qui prouve que ces sépultures étaient indistinctement consacrées au peuple et aux citoyens de tous les cultes. Les plus remarquables de ces différents souterrains sont d’abord ceux du Vatican, où fon trouve une grande quantité de sarcophages en marbre de Paros; ensuite, les catacombes de la villa Pamphili, de Saint-Sébastien, et celles des voies Portuensis, Appia, Prænestina, Lubicana et Salaria, dans lesquelles on trouve dif-

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