CATACOMBES
férentes chambres ornéés de sarcophages de marbre et de porphyre , des urnes de diverses formes, des diptyques, des inscriptions grecques et latines en noir, en rouge et en lettres d’or, enfin des peintures d’époques plus récentes (1).
Dans les premiers siècles du christianisme, le mot catacombes emportait l’idée religieuse de tombeaux des martyrs, et on est allé jusqu’à dire qu'elles avaient été creusées par les chrétiens dans les temps de persécution; mais on n’y doit voir que des refuges naturels, que le respect des Romains pour les tombeaux devait rendre inviolables, et des asiles sûrs, que les proscrits se seraient choisis momentanément. A l'abri des persécutions des empereurs dans ces lieux étroits et sombres, ils pratiquaient leur culte , tenaient leurs assemblées, et y venaient secrètement ensevelir ceux de léurs frères que le martyre avait atteints. La religion et la crédulité transformèrent ces souterrains en lieux de dévotion , et la plupart des reliques (vraies ou fausses) répandues dans le monde chrétien sont sorties de ce vaste dépôt. Il est probable que les autels et les chapelles qu’on y voit n’ont été pratiqués que dans les temps où, la religion chrétienne, devenue publique et autorisée par les empereurs, permettait aux fidèles que la dévotion y rassemblait de célébrer les mystères sur les tombeaux des martyrs et des saints.
Les catacombes de Naples, surtout celles de Saint-Janvier, dont l'entrée est dans l’église de ce nom, sont plus belles et plus grandes que celles de Rome : elles présentent trois élages de galeries les unes au-dessus des autres; mais les tremblements de terre ont détruit et renversé les étages inférieurs ; on y a trouvé, comme à Rome, un grand nombre de monuments en marbre et d'inscriptions grecques et latines
Lescatacombes de Malte sont très-petites, mais bien con. servées ; elles paraissent avoir été creusées à la fois pour enterrer les morts, pour servir de refuge et pour y célébrer les mystères du christianisme.
La Gaule possédait de nombreuses catacomhes, cryptes et cavernes sépulcrales, et divers départements de la France en offrent encore les vestiges ; mais les plus importantes sont celles de Paris.
Ces dernières doivent leur origine aux carrières qui servirent à la construction du vieux Paris; ces carrières ont une étendue considérable. Tous les coteaux depuis les hauteurs deChâtillon et de Gentilly sont excavés, et elles s’avançaient sous Montrouge, Vaugirard et Paris, à l’est et à l’ouest, presque jusqu'aux bords de la Seine. Les premières carrières furent exploitées à ciel ouvert, et c’est ainsi qu’a été formée l’excavation qui porte le nom de Fosse aux Lions près de la barrière Saint-Jacques. Du moment que ce travail devint trop pénible par l'épaisseur croissante de la couche supérieure, les travaux furent continués à l’aide de galeries souterraines conduisant à de grandes excavations soutenues par des pilliers réservés dans la masse; ils se poursuivirent ainsi pendant plusieurs siècles, sans surveillance , sans méthode, au gré du caprice des carriers. Souvent même ceux-ci, dans leur insouciance , creusèrent au-dessous des premières excavations, formant ainsi plusieurs étages des carrrières suspendues les unes au-dessous des autres. Le danger deve: nait d'autant plus grand que ces carrières étant successivement abandonnées, la mémoire s'en perdait; les galeries s'obstruaient ; et le sol ainsi miné de toutes parts se couyrait de lourdes constructions. Cependant l’état des car-
(1) Dansces derniers temps, M. Perret, peintre et architecte fran: çais, a consacré cinq années à explorer cette cité souterraine, qui s'étend sous la ville antiqne. 11 s'est attaché à reproduire avec une fidélité scrupuleuse toutes ces œuvres naîves des premiers temps de l'art chrétien. Les peintures ont été calquées, les monuments mesurés , et les iuscriptions prises en f'ac-simile, Ces richesses recueillies avec tant de patience, qui permettent de rattacher l'art antique à l'art moderne et qui éclaircissent même certains points de l'histoire du christianisme, ont été publiées aux frais de l'État sous le titre de Rome souterraine (1853-57, 6 vol, gr. in-fol, }
CATACOMBES — CATADIOPTRIQUE
rières, oubliées depuis des siècles, s’aggravait de jour en
jour ; la faiblesse des piliers établis provisoirement pour la sûreté des ouvriers pendant la durée des exploitations, leur écrasement, l’affaissement du ciel des carrières dans beaucoup d’endroits et, plus que cela encore, l'enlacement funeste des galeries chevauchant les unes sur les autres, de sorte que les piliers des étages supérieurs portaient souvent à faux dans les vides des étages inférieurs : tout devait amener de grandes et inévitables catastrophes. Les nombreux accidents qui se succédaient à des intervalles de plus en plus rapprochés n'éveillèrent toutefois l'attention de l’autorité que vers la fin de l’année 1776. Alors on ordonna la visite générale et la levée des plans de toutes les carrières, On reconnut enfin toute l'étendue du péril; et aussitôt que ce travail fut terminé (1777), on créa une compagnie d’ingénieurs spécialement chargés de la consolidation des voûtes. Ces mesures étaient devenues tellement urgentes, que le jour même de l'installation du premier inspecteur général, une maison de la rue d'Enfer fut engloutie à vingt-huit mètres au-dessous du sol.
On entreprit alors des travaux de soutènement propres à éviter de nouvelles catastrophes, et l’on y procéda avec d’autant plus d’habileté que le danger était plus impérieux. Héricart de Thur y fut chargé de la direction de ces travaux. Les galeries qui avaient des constructions à soutenir furent étayées par des massifs de maçonnerie ou comblées, et on ne laissa vides que celles qui correspondaient à l’espace de terrain occupé par les rues, formant ainsi dans ces profondeurs une représentation déserte et silencieuse de la ville peuplée ct bruyante qui s'élève au-dessus. Rien ne manque à cette contre-épreuve, pas même les murs d’enceinte et le service de l'octroi, car de hardis fraudeurs s’étaient fait dans les carrières des passages à couvert de l’inquisition muni pale ; il a fallu y remédier, et une ligne de murs, baptisés murs de la fraude, sépare les carrières de Paris de celles de la banlieue.
En 1780, le lieutenant général de police Lenoir suggéra l'idée de transporter dans ces souterrains les ossements qui encombraient les cimetières de Paris, et en particulier celui de l’église des Innocents, qui avait reçu depuis plus de sept cents ans les morts de toutes les paroisses environnantes : l'infection produite par l’amoncellement de tant de cadavres menaçait depuis longtemps la salubrité de la capitale, et rendait cette mesure urgente. Un arrêt du conseil d’État, en date du 9 mars 1785, en ordonna la suppression. L’archevèque de Paris n’y donna son consentement que l’année suivante, par mandement qui permit le transport des ossements dans les carrières de Mont-Rouge. Ces travaux furent terminés en janvier 1788. L'administration, encouragée par ce premier succès, résolut de poursuivre son œuvre en supprimant successivement tous les cimetières et charniers qui infectaient Paris. Ainsi les ossements du cimetière Saint- Eustache et ceux de Saint-Étienne des Grés furent transportés dans les carrières en mai 1789; ceux de Saint-Landry et de Saint-Julien en juin 1792; ceux de Sainte-Croix de la Bretonnerie et des Bernardins en 1793 ; ceux de Saint- André des Arcs en 1794 ; de Saint-Jean en Grève, des Capucins Saint-Honoré , des Blancs-Manteaux, du petit Saint- Antoine, de Saint-Nicolas des Champs, du Saint-Esprit en Grève et de Saint-Laurent, en 1804 ; de l’île Saint-Louis en 1811, de Saint-Benoit en 1813, etc.
C’est à ces transports successifs que l’ossuaire des catacombes a dû sa formation. Les ossements y furent d’abord jetés en tas et pêle-mêle; ce fut sous l'empire qu’eurent lieu les dispositions et l’arrangement définitifs. Les personnes munies de billets pouvaient autrefois visiter ces cavernes sépulcrales, qui étaient devenues l’objet d’une curiosité trèsviveet en quelque sorte le but d’une promenade à Ja mode, Aujourd’hui l'accès en est tout à fait interdit au public.
On descend dans les catacombes par trois grands escaliers, dont le principal est situé sur le boulevard extérieur, au lieu
dit la Fosse-aux-Lions, parce qu'on y avait autrefois établi des loges de jeux et des combats de bêtes féroces. Le deuxième est près etau-dessous des moulins du Mont-Souris, au lieu dit La Tombe Isoire ou d’Isoard, du nom d’un brigand fameux, qui y avait établi son repaire; mais le plus fréquenté se trouve dans un des pavillons de la barrière d’Enfer. Après s'être pourvu de guides et de flambeaux, on s'enfonce à une profondeur de soixante-dix pieds audessous du sol, et l’on pénètre dans une galerie conduisant à un vestibule de forme octogone, où se trouve une porte peinte en noir, placée entre deux colonnes d’orûre toscan. Des inscriptions latines et françaises se trouvent çà et là pour rappeler aux visiteurs que c’est dans le domaine des morts qu'ils vont pénétrer. Dans tous les passages de ce vaste dépôt les ossements humains s’élèvent du sol aux voûtes, maçonnés avec du plâtre, et disposés de toutes sortes de manières, en pyramides, en obélisques, en colonnes, désignés par des noms particuliers, tels que le Sarcophage du Lacrymatoire, le Tombeau de Gilbert, le pilier du memento, l'autel des obélisques, la lampe sépulcrale ; mais le défaut de hauteur de la voûte devait nécessairement en réduire les proportions à une échelle insignifiante. Nous citerons encore la fontaine de la Samaritaine, espèce de puits alimenté par une source souterraine, et l'escalier de communication entre les basses et les hautes catacombes. Fermée depuis 1814, cette nécropole s’est rouverte pour recevoir, en 1860, 1862 et 1865, une grande quantité d’ossements que le percement de nombreuses voies publiques avait mis à jour. Les derniers défenseurs de la Commune en 1871 cherchèrent un asile dans les catacombes; on y fit une battue générale, et beaucoup d’entre eux y périrent d’'inanition.
Il existe dans les Catacombes une collection des variétés minéralogiques que le terrain fournit; de plus des coquilles fossiles, des bois, des végétaux transformés, et dans une autre collection pathologique des ossements difformes ou singuliers trouvés dans l’exhumation des cimetières : on y voit des tibias géants de trois pieds de haut, des mains colossales, des os déviés, contournés, criblés de toutes les façons, des fractures, des ankyloses, des exostoses, etc., ainsi que des crânes humains que leurs dimensions, leurs formes ou d’autres circonstances rendent un objet de curiosité et d'étude. Le renouvellement de l'air s’opère dans les Catacombes par un système de ventilation ingénieux, agissant partout et selon les besoins du lieu. A cet effet, on a pratiqué des ouvertures dans l’enveloppe de maçonnerie des puits qui traversent les Catacombes pour chercher plus bas les sources qui les alimentent; ces ouvertures sont fermées au moyen de bouchons, qu’on enlève dès que le besoin d’air se fait sentir quelque part. Les préposés aux Catacombes, ense réglant sur Ja hauteur du soleil, la direction et la force du vent, savent choisir et déterminer avec une précision admirable l'instant le plus opportun pour introduire à la fois dans les Catacombes la plus grande quantité d’air possible. Telles sont les Catacombes de Paris, chose nécessaire dans une ville aussi populeuse, où , quelque vastes que soient les cimetières, les sépultures sont sujettes à être rouvertes après quelques années, et bien avant que les ossements soient consumés. Nestor L’Hôre.
CATACOUSTIQUE (de xaré, contre, et &xoüw, j’entends ), branche de acoustique, qui a pour objet les sons réfléchis et les propriétés des échos. On la nomme aussi cataphonique (de xar&, contre, et oovñ, voix ), par allusion au phénomène qui se passe dans l'écho. Les lois de la catacoustique ont beaucoup d'analogie avec celles de la catoptrique, et elles reposent sur cette propriété que l’on retrouve si souvent en physique, à savoir que l’angie de réflexion est égal à l'angle d'incidence.
CATADIOPTRIQUE, partie de l'optique qui se compose de la catoptrique et de la d joptrique. Le mot
catadioptrique s'emploie surtout adjectivement, pour qualifier ce qui appartient à Ja fois à ces deux branches de la science , c’est-à-dire à la théorie de la lumière réfléchie et à celle de la lumière réfractée. C’est ainsi que l’on nomme télescope catadioptrique une lunette qui réfléchit et réfracte en même temps les rayons lumineux.
CATAFALQUE (de l'italien catafalco, échafaud). C’est un échafaud ou une élévation en charpente dressée dans'un monument, dans une église, et appliqué spécialement à la décoration générale des chapelles ou églises sépulcrales temporaires, disposées pour les grandes cérémonies funèbres, où l'architecture, la sculpture et la peinture peuvent être appelées à rivaliser. L'histoire des arts a conservé le souvenir de celui qui fut fait à Florence pour les obsèques du célèbre Michel-Ange.
De tous les ouvrages, dit Quatremère de Quincy, que l'architecte peut inventer ou diriger, il en est peu qui présentent à son génie une carrière plus étendue; il en est peu aussi qui se prêtent mieux aux caprices du goût, car on ne saurait y exiger la sévérité ordinaire des règles. Le moyen d’assigner un caractère convenable à ces décorations, ajoutet-il, c’est de composer leur ordonnance de manière qu’elle fasse éprouver au spectateur cette tristesse de l’âme qui puisse lui retracer l’image de la destruction et du néant des choses humaines , en lui rappelant aussi la perte faite dans la personne à la mémoire de laquelle ces sortes de monuments sont élevés. Pour y parvenir, il faut que la décoration soit à la fois grande et peu chargée de détails; on doit en exclure tout ornement frivole , n’y faire entrer ni or ni azur, à l'exception peut-être des blasons. Ce n’est point de l’éclat, ce n’est point du faste qu'il faut ici : ils vont mal aux regrets et à la douleur, et offriraient un contre-sens qui n’a pas toujours été évité dans nos pompes et cérémonies funèbres modernes.
CATAIRE ou CHATAIRE, genre de plantes ayant pour type la chataire commune (nepeta cataria, Linné), qui, comme la germandrée maritime, porte vulgairement le nom d’ herbe aux chats; ces deux plantes sont en effet recherchées avec avidité par les chats, qui semblent éprouver un grand plaisir à se rouler sur les touffes de l’une ou l’autre de ces labiées. Cependant, excepté les moutons, tous les bestiaux rebutent la chataire commune qu’ils rencontrent sur le bord des chemins dans les régions tempérées de l’Europe; sa saveur est âcre et amère, et c'est même son odeur désagréable qui la fait exclure des jardins, où, sans cela, sa tige pubescente, haute de 0",60, ses feuilles d’un blanc verdâtre et ses longs épis de fleurs blanches ou purpurines, produiraient un assez bel effet. A quoi donc attribuer la prédilection marquée des chats pour cette plante? On n’a pu jusque ici expliquer ce fait, qu’il fant se borner à rapporter, en rappelant les observations analogues auxquelles donne lieu la racine de valériane officinale
Le genre chalaire est caractérisé par un calice cylindrique à cinq dents; la lèvre supérieure de la corolle est échancrée et l’inférieure a trois lobes, dont les deux latéraux sont très-petits et réfléchis en dehors, tandis que celui du milieu est arrondi, concave et crénelé. Parmi une trentaine d'espèces que renferme ce genre, les plus remarquables, après celle que nous venons de décrire, sont : la chataire réticulée, dont les tiges droites, hautes de un à deux mètres, rougedtres sur leurs angles arrondis, se terminent pendant tout l'été par de longs épis de fleurs d’un violet pâle ou d'un bleu purpurin foncé; la chataire nue, qui doit son nom à la petitesse de ses feuilles florales et de ses bractées, à sa corolle glabre et à ses longs épis, qui paraissent presque nus; la chalaire violette, qui croît en Espagne et dans les Pyrénées-Orientales , et dont les fleurs glabres, blanchâtres ou d’un bleu violet, sont disposées en petits corymbes opposés, pédicellés, qui forment des épis interrompus; la chataire tubéreuse, qu'on trouve en Es-
CATADIOPTRIQUE — CATALANE
pagne, en Portugal et dans les environs de Tunis, dont les beaux épis cylindriques et terminaux sont colorés en violet par un grand nombre de bractées; etc. E. MenutEUx.
CATALANE (Grande Compagnie). Lorsque dans l’année 1282, à la suite des Vépres-Siciliennes, le roi Pierre d’Aragon se décida à aller en Sicile défendre contre Charles d'Anjou les droits de sa femme Constance, fille du roi Mainfroi , il amena avec lui de nombreuses bandes de ces hommes braves, mais indisciplinés, qui sous le nom d'Almogavares l'avaient aidé déjà dans ses guerres, mais qui inquiétaient fort la Catalogne et l’Aragon depuis la paix. C'étaient, suivant Ramon Muntaner, quien a commandé une connétablie, et suivant Bernard d’Esclot, qui les a vus à l'œuvre, un ramas de Catalans, d’Aragonais et de Sarrasins, échappés à la gêne ou à la sévérité des lois, et vivant, dans les bois et les montagnes, de leurs guerres avec les Sarrasins et de leur pillage des chrétiens. Dans cette vie de violence, ils avaient souvent de grandes souffrances à endurer, car, ne restant jamais dans les villes ni dans les bourgs, mais uniquement au sein des plus âpres montagnes, ils n’avaient parfois pour vivre que l'herbe des champs; mais aussi, quand se présentait une bonne occasion, quand la guerre se rallumait entre les chrétiens et les Sarrasins, ou même entre les princes chrétiens eux-mêmes, les Almogavares retrouvaient leurs beaux jours; car chacune des parties en lutte cherchait à les enrôler sous son drapeau. Vétus, pendant l'hiver comme pendant l'été, d’une blouse grossière attachée par une ceinture, et qui leur servait de chemise comme dé manteau, les jambes couvertes de hautes guêtres de cuir, les pieds chaussés d’espartilles de cuir, avec une besace de cuir sur leur dos pour porter leurs provisions, forts et légers dans l’attaque comme dans la fuite, ils ne s’embarrassaient d'aucune arme défensive, et avaient pour toute arme offensive un long couteau, un poignard bien trempé, une lance ét deux épieux ferrés. Leurs chefs étaient presque tous des gens d’assez haut parage, qui après avoir dissipé leurs biens dans les débauches ou par le jeu, ou après avoir Commis quelque grand méfait qui les obligeait à fuir la société régulière, venaient se jeter au milieu d’eux avec leurs armes et avec toutes les ressources que leur donnait la connaissance préliminaire des lieux, dés choses et des hommes.
Ces bandes, amenées par Pierre d'Aragon en Sicile, furent utiles pendant sa lutte avec Charles d'Anjou, et s’y maintinrent ensuite, malgré les Siciliens eux-mêmes , pendant la guerre qu'eurent à soutenir successivement ses trois fils, Alphonse, Jacques, et Frédéric. La paix de Castro- Novo, en 1302, vint enfin terminer les différends entre les rois angevins de Naples et les rois aragonais de Sicile, et des mariages de famille rapprochèrent les deux souverains. Une longue paix convenait peu à ces bandes irrégulières , qui ne vivaient que de guerre. A cette époque, elles avaient pour capitaine un ex-templier, fils d’un ancien fauconnier de l'empereur Frédéric, qui avait alors italianisé son nom de Richard Blum en celui de Richard de Flor, et était mort à Tagliacozzo, près du roi Conradin. Les biens de Richard de Flor ayant été confisqués par Charles d’Anjou, Roger de Flor, son fils, fixé près de sa mère à Brindes, où se faisaient alors de grands passages de pèlerins se rendant au saint-sépulcre, se fit matelot, puis corsaire, puis templier; puis, ayant été accusé d’avoir volé la caisse du Temple, il alla prudemment chercher sa vie ailleurs, et devint amiral du roi Frédéric de Sicile. Voyant Frédéric se réconcilier avec le pape, il pensa que, malgré ses services, Frédéric pourrait bien l’abandonner à ceux qui lui demanderaient compte du passé. 11 n'y avait plus rien à faire d’ailleurs pour ses corsaires et pour les Almogavares dans un pays pacifié. 11 résolut de tourner ses vues ailleurs. A cette époque, aux Turcomans seljoukides, arrivés de Perse, qui avaient conquis uné grande partie des provinces de l'em-