‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 472 sur 556 · CATAPULTE — CATARACTE · texte numérisé non relu

CATAPULTE — CATARACTE

{ait presser sur le sommier avec une certaine force. Les fameuses catapultes étaient construites sur le même printipe; un énorme écheveau de cordes de boyau d'un mètre et plus de diamètre sur quatre à cinq de long était tendu dans un cadre formé de grosses pièces de charpente ; les bouts de cet écheveau étaient fixés dans deux plateaux de métal, que Vitruve appelle capitella. Leur forme ressemblait à celle d’un chapeau rond à forme basse el sans fond; l'intérieur de l'ouverture du chapiteau était divisé par un diamètre de fer sur leqnel était passé l'écheveau. En faisant tourner les chapiteaux dans leurs ouvertures , il était facile de donner à l’écheveau le degré de torsion désiré. Les bords des chapiteaux étaient taillés en dents contre lesquelles bufait un cliquet. Par le milieu de l’écheveau passait le bras ou style de la catapulte, comme le petit levier qui sert à bander la scie passe par le milieu de la corde. L’extrémité libre du style était façonnée en cuillère, ou bien elle portait une sorte de fourche dans laquelle on plaçait les projectiles, Pour abaisser le bras de la machine, on employait, suivant la force de torsion de l’écheveau, des leviers, des cabestans, à l’aide desquels'on roulait sur un cylindre une corde qui le saisissait tout près de la cuillère ; arrivé au plus bas de sa course, le bras était saisi par un mécanisme qui l’empêchait de se relever ; on chargeait, puis un Coup donné sur une sorte de cheville faisait partir le coup.

La force de ces machines dépendait évidemment des proportions de leurs pièces. On lit dans Plutarque et Polybe que les catapultes d’Archimède au siège de Syracuse lançaient des quartiers de pierre du poids de 300 kilogrammes. Le chevalier Folard avait fait faire une petite catapulte de 27 centimètres de large sur 35 de long, qui, bandée à 36 tours d’écheveau , lançait une balle de plomb d’un demikilogramme à 454 mètres. Froissart rapporte qu’au siége de Thyn-l'Évêque par le duc de Normandie, les pierres lancées par les machines des assiégeants enfonçaient les toits et les planchers des maisons, tellement que les assiégés s’étaient réfugiés dans les caves. Pour les exaspérer {out à fait, leurs adversaires lancèrent dans la ville des chevaux morts et autres charognes , qui la remplirent d’exhalaisons insupportables.

La même machine servait aussi à lancer des traits, comme grosses flèches, javelots. Pour cela, on disposait sur la pièce contre laquelle le style allait frapper en se débandant, un canal horizontal dans lequel on plaçait le trait; le bout du style était composé de manière qu'il donnait un coup sec sur le bout du trait, et suivant son axe. Des traits lancés ainsi perçaient les armes et l’homme qui en était revêtu d’outre eu outre. La cuillère de la catapulte pouvait lancer des boulets rouges ou encore des paniers remplis de pierres, ce qui produisait une sorte de mitraille. L

La catalupte s'appelait aussi onagre (onager), parce que, dit-on, l'âne sauvage qui porte ce nom lance des pierres avec ses pieds de derrière. Suivant Végèce, l’onagre servait spécialement à lancer des pierres : Onager autem dirigit lapides. TEYSSÈLRE.

CATARACTE (de xavaçäxrns, fait de xar&, en bas, pésow, jeter, briser, renverser avec force), véritable oncmatopée, qui peint le bruit et ’impétuosité de certaines chutes d’eau ou grandes cascades, occasionnées par une pente très-brusque du sol, qui les fait se briser avec fracas de roc en roc, et, interrompant le cours des fleuves, en rend la navigation ou impossible ou du moins très-périlleuse. Le Rhin, par exemple, a deux cataractes , et le Zaïre, fleuve du Congo, commence par une forte cataracte qui tombe du haut d’une montagne; mais la plus fameuse chute d’eau est celle de la rivière du Niagara (appelée saut du Niagara), dans le Canada, entre les lacs Erié et Ontario. Elle tombe cependant de moins hant que les cataractes de Sarpen : et de Væring en Norvége, cette dernière n’a pas moins & 280 mètres, Quant aux célèbres cataractes du Nil, dont |

on s'était formé généralement une idée si gigantesque et si fausse, sur le récit de quelques voyageurs peu consciencieux (entre autres de Paul Lucas, qui de retour de son premier voyage au Levant, en 1704, racontait qu’à plusieurs lieues de Syène le bruit s’en faisait déjà entendre ), on sait aujourd’hui que ce sont de simples rapides, tels qu’on en voit dans beaucoup de rivières. Dans la partie supérieure du Sénégal, à une centaine de kilomètres de Bakel (poste français), se trouve la cataracte du Félou, où le Sénégal se précipite d’une hauteur de 15 à 20 mètres.

Le mot cataracte est employé plus d’une fois dans l’Écriture. On lit, entre autres, dans la Genèse (VII, 11 et 12) que l’année 600 de la vie de Noé, le 17° jour du second mois, toutes les sources du grand abîme des eaux furent rompues, que les cataractes du ciel furent ouvertes, et que la pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits ; et dans le chapitre suivant ( VIIL, 2), que les sources de Pabime et les cataractes du ciel furent fermées, et que les pluies qui tombaient du ciel furent arrêtées. Le psalmiste, pour marquer les malheurs dont il a été accablé, dit qu’un abime appelle un autre abime, au bruit des calaractes du Seigneur (Abyssus abyssum invocat in voce cataractarum tuarum).

Appien nomme cataracte (cataracla) une espèce de pont que l’on jetait dans un combat naval contre le vaisseau ennemi dans le temps que l’action s’engageait, afin d’en faciliter l’abordage. Les anciens donnaient aussi ce nom à une espèce de herse, de défense ou de treillage, tels qu’on envoyeit autrefois aux villes de guerre et aux portes des prisons , d’où avait été fait celui de cataractaires (cataractarii), qui était synonyme de geblier.

CATARACTE (Pathologie), du grec xarapdoco , je confonds, je trouble. En se rappelant la construction de l'œil, il est facile de se faire une idée de celte maladie, qui consiste dans l’opacité partielle ou totale du cristallin ou de sa membrane. Les enfants apportent quelquefois en venant au monde. On lui donne alors le nom de cataracte congéniale ; on prétend même qu’elle peut être héréditaire. M. Jules Cloquet cite l’exemple de deux jeunes frères nés d’un père aveugle, et affectés tous deux de cataracte congéniale. Quant aux causes de la cataracte, elles ne sont qu’imparfaitement connues. L’action prolongée d’une lumière trop vive est une des causes qui produisent à la longue l’obscurcissement du cristallin; aussi la cataracte se voit-elle fréquemment chez les individus exposés à l’influence journalière d’une lumière trop éclatante, ou d’un feu ardent, comme les horlogers , les joailliers, les forgerons , les verriers, les cuisiniers, etc. D’autres fois la maladie est la suite de plaies, ou même de contusions du globe de Pœil.

La cataracte reçoit différents noms suivant le siége de l’opacité qui la constitue. Ce siége peut avoir lieu dans le cristallin, dans la capsule de ce corps ou dans l'humeur dite de Morgagni, qui se trouve placée entre ces deux parties. Dans le premier cas la maladie porte le nom de cataracte cristalline, dans le second celui de cataracte capsulaire ou membraneuse , et dans le troisième celui de cataracte mixte, laiteuse ou purulente. On a aussi admis pour le cristallin isolément les dénominations de cafaractes caséeuse, pierreuse, plâtreuse, suivant qu’il se présente avec plus oû moins de consistance.

On pensait il y a peu de temps encore qu’à mesure que la cataracte se formait, le cristallin devenait de plus en plus dur ; c’est une erreur que l’expérience a signalée. On voit des cataractes fort anciennes êtretrès-molles, et d’autres formées depuis peu de temps avoir une dureté considérable. En général la petitesse du cristallin cataracté est en raison directe de sa dureté. La couleur du cristallin cataracté présente aussi beaucoup de variétés : le plus ordinairement il est d’une couleur d’ambre jaune foncé, avec une teinte grisâtre ou laiteuse vers le centre; d’autres fois il est ver.

dâtre, ou d'un beau blanc perlé, chatoyant, ct jette des reflets métalliques. Quelquefois, mais rarement, le cristallin prend une teinte brune, plus ou moins foncée; dans ce cas la maladie reçoit le nom de cataracte noire. Enfin, on observe dans quelques circonstances, mais bien plus rarement encore, que le cristallin présente des lignes radices, ayant une apparence arborisée, semblable à celle des pierres qu’on nomme dendrites.

Lorsque la cataracte commence à se développer, le malade éprouve un affaiblissement remarquable dans la vue, surtout quand l’opacité du cristallin est uniforme. Bientôt il croit voir voltiger dans l’air des flocons de neige, des toiles d’araignée, qui l’empêchent de saisir d'une manière distincte les contours des objets extérieurs. 11 se plaint que ces objets sont entourés d’un brouillard épais, qui ne lui laisse apercevoir la lumière (celle d’une bougie, par exemple) que comme si elle passait à travers une glace dépolie, Lorsque la cataracte commence, les malades voient mieux le soir et le matin, et quand les objets qu’ils regardent sont peu éclairés; ils ont un commencement de nyctalopie. Plus tard , au contraire, ils deviennent héméralopes, et ne distinguent que les objets frappés par une vive lumière. Cette particularité remarquable dépend, comme l'indique M. Jules Cloquet, de ce que, dans le plus grand nombre des cas, l’obseurcissement commence par le centre du cristallin avant de s'étendre à la circonférence. En effet, lorsque le malade, au début de son affection , regarde des objets fort éclairés, sa pupille se rétrécit, les rayons lumineux tombent seulement sur la partie opaque du cristallin, qui les retient , et la vueest confuse, ou môme tout à fait abolie; mais à une lumière plus douce la pupille se dilate ai delà de la tache centrale du cristallin; les rayons lumineux peuvent alors passer obliquement à travers la partie non cataractée de la circonférence, et les corps extérieurs sont aperçus plus distinctement.

Il est très-facile de reconnaître la cataracte par le changement de couleur de la pupille; il n’est pas possible d’ailleurs de confondre cette affection avec les diverses espèces de taies qui ont leur siége sur la cornée transparente. Il peut arriver cependant que le cristallin soit parfaitement noir, et dans ce cas on a besoin de toute son attention pour ne pas confondre cette cataracte noire avec Ja paralysie de la rétine. Lorsqu'une fois la cataracte est bien reconnue, on procède aux moyens de la guérir. Souvent on a essayé de le faire à l’aide des moyens généraux et des applications topiques : ainsi, on a employé les préparations mercurielles, la ciguë, les pilules fondantes, les sudorifiques; on a eu recours aux saignées , aux sétons, aux cautères, aux vésicatoires, à l'électricité; mais aucun de ces moyens ne paraît authentiquement avoir produit de guérison réelle. Une opération chirurgicale peut seule obtenir ce résultat, en levant l'obstacle qui s’oppose à l'introduction des rayons lumineux dans l'œil.

Les anciens avaient des idées fort peu précises sur les moyens de débarrasser les malades de l'affection qui nous occupe en ce moment. Ils supposaient que la cataracte était le résultat d’une membrane contre nature qui naissait devant le cristallin, et qu'une aiguille pouvait abaisser comme un voile, Ce ne fut que dans le cours du dix-septième siècle que Rolfink, Borelli, ete., démontrèrent la fausseté de cette opinion. 11 paraît, d'après ce que nous apprend Gassendi, qu'un chirurgien de Paris, nommé Remi Lasnier, démontra le premier que la cataracte provient de l'opacité du cristallin. Mariette, au contraire, fait honneur de celte découverte à un autre chirurgien, nommé François Quarré. Cependant Galien rapporte que Rome et Alexandrie compfaient des hommes qui se livraient exclusivement à l'opération de la cataracte. Une tradition fort ancienne attribuait aux chèvres la connaissance de l'opération de la cataracte, parce que, disait-on, ces animaux 80 piquent l'œil avec un

Page 1