‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 48 sur 556 · BURGER A · texte numérisé non relu

BURGER A

tion : cet indigne traitement l’exaspéta à un tel point qu'il conjura ses parents de l’arracher de ce qu'il appelait un licu de désolation. On le plaça à Halle, dans une de ces écoles préparatoires connues en Allemagne sous le nom de pædugogium, où, malgré son dégoût pour les études classiques, il fit assez de progrès pour être en état d'entrer à l'université de la même ville, et de suivre un cours de théologie, car ses parents le destinaient à l'état ecclésiastique. Mais quatre années d’études infructueuses n’aboutirent qu’à lui faire prendre en aversion la carrière dans laquelle on l’avait forcé d'entrer. Son père venait de mourir, et le jeune homme obtint de son grand-père d'échanger l'étude de la théologie contre celle du droit, pour laquelle il croyait se sentir plus de dispositions.

Il passa donc à Gæœttingue en 1768. Malheureusement pour lui, pendant son séjour à Halle il s'était lié intimement avec Klotz, et les mœurs licencieuses de ce dernier n'eurent que trop d'influence sur le jeune étudiant. Arrivé à Gottingue, où son ami l'avait précédé, au lieu de se livrer aux études sérieuses qu'exigeait sa nouvelle carrière, il contracta dans la maison de la belle-mère de Klotz, chez laquelle tous deux demeuraient, des liaisons qui nuisirent singulièrement à ses mœurs et à ses travaux. Son grandpère, qui jusque alors l'avait soutenu, dans l'espoir de le voir parvenir à un état honorable, lassé de fournir de l'argent à ses folies, l’abandonna. Sans l'amitié de quelques jeunes gens distingués qui étudiaient en même temps que lui à Gaœttingue, tels que Gœcking, Boje, Holty, les frères Stolberg, H. Voss, Cramer, Leizewitz, il est vraisemblable que Burger eût été perdu pour l’art et pour la société. Leurs généreux secours le mirent en état de terminer ses couts ; Boje surtout le protégea d’une manière toute particulière, il lui fit rompre de honteuses relations, releva son courage, abattu par l’adversité, le présenta dans le monde, lui rendit tous les services d’un véritable ami; et quand Burger eut passé ses examens, Boje lui fit obtenir par son crédit la place de conseiller de justice à Alten Gleichen, emploi modique, il est vrai, et dont le mince traitement ne lui fournissait que tout juste de quoi ne pas mourir de faim; mais du moins cet état, en assurant au jeune homme une sorte d'indépendance, contribua efficacement à le retirer du désordre et à le réhabiliter à ses propres yeux.

Ce fut dans la société de ces anis qui devaient tous devenir des hommes célèbres, que Burger sentit se développer les ailes poétiques du talent qui devait l’illustrer un jour, et se mit à exploiter le fonds riche et fertile dont l'avait gratifié la nature. 11 s’adonna à des études sérieuses; celle des langues lui devint tout à coup facile et agréable; avec Voss, il apprit le grec, et Homère fut son rudiment; avec ses autres amis, il apprit successivement le français, l'anglais, l'italien , l'espagnol, et chercha dans les chefs-d’œuvre de ces différents idiomes des leçons et des modèles. Parmi les modernes, Shakspeare était son auteur favori; il aimait auss les vieilles et naïves ballades anglaises et écossaises ; il feuilletait sans cesse les Percy's Relichks. Toutes ces lectures eurent une grande influence sur la nature de son talent.

En 1773 Burger publia son premier recueil de poésies, au nombre desquelles se trouve la fameuse Lénore, dont la fortune dépassa toutes ses espérances. L'apparition de ce petit poëéme fit sensation, et plaça tout de suite Burger au rang que sa Muse lui avait destiné. Le bruit de ce succès parvint au grand-père du jeune poëte, qui, apprenant en même temps le changement de conduite du nouvel enfant prodigue, lui rendit sa tendresse. 11 lui envoya même la somme (argent nécessaire pour acquitter ses dettes et payer le cauticnnement de sa place, chose qu’il n’avait pu encore effectuer, et qui pouvait seule donner de la sécurité à sa posion; toutefois, la générosité de son aïeul n’apporta aucun

à | avantage à Burger le désordre habituel qui régnait dans

bourse du professeur, en fut puni par une cruelle fustiga- | ses finances lui fit bientôt dilapider une grande partie de

cet argent, et un abus de confiance lui enleva le reste. Près de retomber dans son ancienne misère, Burger fut encore obligé de recourir à ses amis ; leur zèle ne se démentit point dans cette nouvelle circonstance : ils payèrent ses dettes, et lui, stimulé par ces nouvelles obligations, travailla avec tant d’ardeur, qu'il parvint à les acquitter, et même à se faire une existence assez supportable.

En 1774 Burger épousa la fille d'un employé aux domaines, nommé Léonhard ; mais cette union, qui devait embellir sa vie solitaire, assurer sa tranquillité et lui permettre de se livrer sans inquiétude à ses travaux littéraires, devint pour le faible et passionné jeune homme, comme il le dit lui-même, « la source d’une douleur sans nom, d’un long et cruel désespoir ». Le jour de son mariage, presque au moment où il conduisait à l’autel la femme à laquelle il allait jurer d’appartenir, il vit pour la première fois la sœur de sa fiancée, jeune fille à peine âgée de quinze ans et d’une remarquable beauté : on l’avait fait venir d’une pension où elle avait été élevée, pour assister aux noces de sa sœur. A cette vue il se passa dans l'âme de Burger quelque ghose de si étrange, qu’il en attribua la cause à une fièvre instantance; c'était tout à la fois une joie insensée et une angoisse indicible; tout son être était bouleversé, et vingt fois durant la cérémonie nuptiale il fut tenté de s’enfuir pour échapper à ces liens, que des convenances de fortune et d’estime lui avaient fait contracter, et auxquels l’amour n’avait point présidé. La crainte du scandale, le respect pour les bienséances, la voix de la raison, qui lui disait que ce mouvement fiévreux s’apaiserait, le continrent; mais son attente fut trompée. Il avait été décidé que la jeune personne, qui n'avait plus de mère, demeurerait avec les nouveaux mariés sous la surveillance de sa sœur : ce fatal arrangement, auquel Burger n'osait s'opposer, les perdit. Soit que son imagination de poëte eût été trop vivement frappée, soit que la jeune beauté cause d’un trouble si funeste encourageât elle-même, peut-être sans le savoir, un attachement que la vertu réprouve dans cette sorte de relation, cet amour empreint, comme celui des anciens, d’un caractère de fatalité, ne se passa point ; la fièvre redoutable, toujours plus ardente, toujours plus inextinguible, ne s’apaisa point; et, comble de misère! le feu qui dévorait le beau-frère, pénétra le cœur ingénu de la jeune belle-sœur : eZle aima comme elle élait aimée! Tout ce que le devoir a de plus oppressif, tout ce que le remords a de plus poignant, tout ce que l'honneur, la vertu, la foi, ont de plus impérieux, torturait jour et nuit ces deux infortunés.

Cette passion furieuse s’accrut en peu de temps avec une telle violence qu’elle amena Burger à la plus étrange extrémilé, 11 osa faire à sa femme l’aveu de son malheur... Ce fut avec des torrents de pleurs, avec des cris de désespoir qu’il lui peignit les tourments qu’il endurait, et la lutte terrible qu’il soutenait contre sa passion. En faisant cet aveu il était hors de lui, La généreuse épouse entrevit d’un coup d’œil toute l'horreur de son sort, et s’y résigna. L'élat d’exaspération de son mari lui faisait craindre pour-sa raison et pour sa vie; elle prit la résolution la plus courageuse, la plus héroïque. ah ! une résolution qu’on ne saurait qualifier et contre laquelle il n’est cœur de femme qui ne se révolte…. Elle calma Burger, le consola, fit appeler sa sœur, lui prit la main, et la plaçant avec la sienne dans celle de son époux, elle lui dit, avec la comtesse de Gleichen, avec la Cécilie de Gæœthe : Nous sommes tiennes. Et de ce jour, épouse seulement aux yeux du monde, elle abandonna sans réserve à sa sœur tous les droits de l'hymen. D'une part, ces joies furtives, mais troublées de remords, de l'autre ce doulouræx sacrifice de tous les jours , de toutes les heures, cette situation équivoque de trois individus dont le monde ignorait les véritables rapports, dura dix ans! La mort secourable mit enfin un {erme au long martyre de la victime : en 1784 l'épouse légitime de Burger mourut. Après une

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