CATHÉDRALE — CATHELINEAU
l'art, agrandi par les études, et toutefois resté poétique, grâce aux inspirations chrétiennes de l'Italie, rêva ou conçut un plan monumental tel que l'œil humain n’en avait à aucune époque aperçu de semblable. On a dit que ce fut la prise de Constantinople par les barbares, en 1453, qui, ayant chassé les savants et les artistes de cette terre de génie, jeta en Italie le goût des grands travaux. C’est une explication sans justesse. Le génie était en Europe depuis quatre siècles. 11 lui manqua quelquefois des études et des recherches, mais sa propre inspiration lui avait longtemps suffi, et il n’eut besoin d'aucun secours grec pour couvrir le sol de l'Occident de monuments qui surpassent en nombre et en richesse tout ce que l’antiquité a laissé de ruines dans tout l'Orient. Dès l'an 1407 le Florentin Brunelleschi dévoilait à l'Italie le secret des trésors enfouis dans ses entrailles, et l’appelait à l'étude de l’art antique. Vitruve commença aussi dès lors à être étudié. Un grand travail se faisait dans l'esprit des hommes ; et comme l'originalité gothique semblait arrêtée, l’art courait de lui-même à la recherche d’un type nouveau. Ainsi se féconda lentement le génie créateur du seizième siècle. Tout le quinzième fut employé à cette préparation étudiée, à cette inspiration progressive. Ce fut la différence profonde de l’art gothique et de l’art moderne, l’un soudain, l’autre médité; l’un naturel et libre, l’autre savant et perfectionné.
Ce fut au début du seizième siècle que se réalisa ce long travail de l’art par un enfantement miraculeux. Le pape Jules II se proposait de rebâtir l’église de Saint-Pierre; lémulation des architectes s’excita par l'appareil de magnificence que le pape mettait dans les apprêts de son entreprise. Des plans à l'infini furent offerts. Le dessin de Bramante fut choisi. Puis vint Michel-Ange, comme si deux génies n’eussent pas été de trop pour accomplir cette immense création. Nous n’avons point à faire la description de ce monument ; c’est un temple qui va de la terre au ciel : on le dirait jeté dans les nues, et retenu dans l’espace par une puissance mystérieuse. Ainsi on était arrivé au dernier effet de cette nouveauté, d’abord essayée timidement dans Péglise de Florence. Ce n’était plus un dôme timidement élancé sur les quatre piliers de la croix, c’était une coupole immense, appuyée sur des pendentifs qui disparaissent à la vue, et semblent laisser en l’air un second temple, ajouté à celui que porte la terre. Par delà cet effort de génie il n’y a plus rien. L’art produit quelques imitations, mais l'architecture ne fait plus un pas.
Il est remarquable que l’art gothique fut plein de fécondité, sans doute parce qu’il fut libre et soudain; l’art moderne, au contraire, s’arrête à quelques créations, sans doute parce qu’il est savant et complet. L'église de Saint-Paul de Londres,en 1675, et l’église des Invalides de Paris, vers la même époque, ont reproduit l’idée grandiose de Saint- Pierre, avec quelques raffinements de détails et quelques majestueux effets de perspective. Mais l'architecture chrétienne semble épuisée. Le type de la cathédrale , antique ou moderne, a surtout disparu. La maçonnerie en est réduite à imiter les formes grecques, à tout hasard; elle fait des églises sans inspiration religieuse. Les moines du moyen âge avaient la pensée chrétienne, et pour cela même étaient sublimes dans leurs conceptions de temples. Les savants d'aujourd'hui sont trop philosophes pour être inspirés : ils ne feront point une cathédrale; ils ne feront point un dôme chrétien, point une tour à la flèche aiguë, point un portail, point un péristyle, point une nef, point une chapelle. IIS feront tout. autre chose que ce qui convient à l’église : ils seront élégants ou ils seront sévères ; ils seront grecs ou ils seront modernes; ils seront classiques, ils seront purs, ils seront tout, excepté poûtes, excepté grands hommes, excepté chrétiens. LAURENTIE,
CATHELINEAU (Jacques), habitait le village du Pinen-Mauge ( Maine-et-Loire ), où il était né, et où il exercait
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à la fois les métiers de tisserand, de marchand de laine et de voiturier, lorsque la révolte des Vendéens égata, à propos du tirage au sort des conscrits, à Saint-Florent, le 10 mars 1793 ( voyez VENDÉE ). Cathelineau était alors âgé de trentequatre ans, et respecté de tous dans le pays pour sa piété et son courage. Marié, la loi du recrutement ne l’atteignait point personnellement. Quand le bruit de ce qui s'était passé à Saint-Florent se répandit dans le hameau, il était dans sa maison , tranquillement occupé à pétrir son pain. Il réfléchit aux conséquences redoutables de cette échauffourée , et pour y échapper, il crut, en quelque sorte, prudent d’oser plus. Prenant sur l'heure son parti, en dépit de sa ménagère, qui le suppliait de ne pas se mêler d’affaires publiques, il court chez ses voisins, les rassemble sur la place de l’église, et là, usant de tout son ascendant, il leur parle avec force du châtiment terrible qui menace tout leur canton , si cette mutinerie fortuite et locale n’engendre pas rapidement une insurrection ouverte, organisée et générale de la province. Les vieillards l’'approuvent ; vingt jeunes gens courent aux armes ; {ous jurent de mourir plutôt que de servir la république, et Jacques, enhardi par le succès, prêche déjà l'insurrection de village en village, et au loin, sur son passage, de toutes parts sonne le tocsin. Bientôt, à la tête d’une centaine d’hommes résolus, la plupart vêtus de peaux de chèvres, armés de bâtons, de fourches et de quelques fusils de chasse, il ose attaquer à Jallais un poste républicain ; il l'emporte, et sa bande, possédant alors une pièce de six, s’accroit rapidement.
Ce manant avait reçu de la nature la première qualité d’un homme de guerre, celle, vainqueur ou vaincu, de ne jamais se reposer. Le même jour ( 14 mars), il se présente devant la petite ville de Chemillé, défendue par deux cents hommes de garnison et trois coulevrines, et s’en empare. Dès le lendemain, joint à Chemillé par un garde-chasse, Stoflet, et par un nommé Forêt, ancien domestique d’un émigré, lesquels avaient aussi réuni un millier de rebelles des cantons voisins , il osa concevoir le dessein d’attaquer Cholet, chef-lieu du district, gardé par 600 républicains. Profitant des chemins de traverse, à lui connus, des haies et des moindres inégalités de terrain, il eut l’art d’envelopper le bataillon qui venait en ligne à sa rencontre. Embusqués par lui çà et là, invisibles dans les broussailles, les siens se mirent à tirailler à couvert et presque toujours à coup sûr. Quand ils virent les républicains, presque tous gardes nationaux de nouvelle levée, ébranlés par ce feu terrible , ils fondirent sur eux, comme font les sauvages , en poussant de grands cris, les rompirent, et, les ayant désarmés, les assommèrent avec leurs gourdins et la crosse de leurs fusils.
Ainsi victorieux , et dès le 15, maître de Cholet, de quelque artillerie, de 600 fusils et de nombreuses gargousses, dont il fit faire des cartouches, Cathelineau vit avant le soir sa bande devenir une armée. Mais le principal trophée de sa victoire fut une superbe pièce de canon que le roi Louis XJ1j avait donnée au cardinal de Richelieu. Ces pauvres paysans, touchés, à l’aspect de ce bronze, d’une émotion indéfinissable, pleuraient et poussaient des cris de joie ; ils l’appelèrent Marie-Jeanne, et, la couronnant de rubans et de fleurs , la promenèrent en triomphe. Le 16 mars ils occupèrent la petite ville de Vihiers, évacuée par les républicains. Cependant la fêle de Pâques approchait, et, pour mieux s'acquitter de leurs devoirs religieux, la plupart de ces rudes compagnons, se donnant rendez-vous pour le lundi de la Quasimodo, regagnèrent chacun son hameau. Même sans ce motif, ils rentraïent volontiers dans leurs fermes, surtout le dimanche, regardant la guerre comme une espèce de chasse, et n'emportant guère avec leur fusil qu’une paire de sabots et la quantité de pain nécessaire pour chaque expédition partielle. Ces étranges solcats se dispersèrent donc, et leur général , quelle que fût son ardeur, dut se résigner à at-
tenare leur retour pour agir. Les républicains , profitant de cette bonne fortune imprévue , purent traverser tout le pays insurgé, et arrivèrent à Angers, où ils proclamèrent que tout était terminé, Cette erreur devait leur coûter cher. Le 9 avril la petite armée d'Anjou était de nouveau réunie sous Cathelineau.
Cependant la Vendée inférieure était de plus en plus en feu ; mais là les royalistes, loin de songer à s’unir à Cathelineau , tournaient tous leurs vœux du côté de l'Angleterre et des princes. Réduit à ses seules forces, Cathelineau dirigea de nouveau ses bandes vers Cholet. Sur sa route, bon gré mal gré, on recruta tumultueusement, dans leurs châteaux, quelques gentils-hommes, entre autres des officiers qui avaient fait la guerre, d'Elbée, Bonchamp, Lescure, qui ne s’en rangèrent pas moins, avec leurs paysans, sous les ordres du hardi voiturier. Alors , à la tête d’environ 6,000 hommes, maître Jacques écrasa derechef, à Chemillé, une colonne républicaine de bourgeois. Là le défaut de munitions l’arrétant encore, il dut se replier d’abord sur Beaupréau, à quatre lieues au nord de Cholet, et de là sur Tiffauges, pe tite ville du Poitou. Réduit, à regret, à un système de dé fensive peu d'accord avec son humeur, il ne se dissimulait pas que l’inaction dissoudrait bientôt son armée, quand il apprit à Montrevault qu’une nouvelle bande, celle du jeune Larochejaquelein, vainqueur, aux Aubiers , du général républicain Quétineau, manœuvrait réunir à lui.
Alors commencèrent les grands succès de l’armée vendéenne, et alors aussi les gentils-hommes ne se firent plus tant prier. Néanmoins, et malgré l’arrivée de tant de nobles recrues, Cathelineau conserva presque toute son autorité, et son influence dans les conseils resta prépondérante. Les paysans lui portaient une vénération extraordinaire : ils l’'appelaient le Saint de l’Anjou. Le 19 avril toutes ces bandes, se sentant de plus en plus soutenues par Larochejaquelein, partirent de Montrevault pour aller livrer bataille à l’armée républicaine qui s’avançait dans le cœur de la Vendée, et qui, battue en plusieurs rencontres, notamment à l’affaire décisive de Beaupréau, leur abandonna beaucoup d’armes et de munitions. Le 26, par le conseil de Cathelineau , une revue générale eut lieu à Cholet; il s’ytrouva 23,000 hommes, dont 13,000 armés de fusils de munition et environ 1,000 cavaliers. L’artillerie se composait de six pièces attelées. Le lendemain, Larochejaquelein fit sa jonction , et de nouveaux avantages furent rapidement obtenus à Argenton-le-Château, qu’on enleva (1*° mai); à Thouars, qu’on prit d'assaut (5 mai), et où ne fut exercée aucune vengeance. L'enthousiasme des paysans était alors sans égal; les républicains, débordés, pris entre deux feux et en pleine déroute, durent passer la Loire. Toujours victorieux , Cathelineau entra dans Parthenay le 10 mai, et le 13 à la Châtaigneraie, après un combat assez chaud. Battus en plaine devant Fontenay, les siens se rallièrent, et pour reprendre Marie-Jeanne ils firent des miracles, culbutant les bataillons républicains, et s’emparèrent de 42 pièces de canon sur le champ de bataille. Mais alors, impatients de reprendre leurs travaux des champs, ils se séparèrent, se donnant un rendez-vous pour les premiers jours de juin.
Cependant un gouvernement contre-révolutionnaire s’organisait à Châtillon. L'évêque d’Agra, se disant vicaire apostolique, les vicaires généraux de Luçon et d'Angers, composèrent, avec Cathelineau et les autres chefs des premières levées, le conseil suprême, dont le but hautement avoué était le rétablissement de l'autel et du trône. Mais la Convention, quoique alors aux prises avec toute l’Europe, avait enfin ouvert les yeux sur la nature et le danger de cette plaie de l'Ouest : 40,000 patriotes arrivaient à marches forcées, avec 80 pièces de canon, et, pour remplacer Berruyer battu, le général Biron accourait de l’armée d'Italie, Un vit alors l’armée royale aux mains d’un paysan, et le
CATHELINEAU — CATHÉRÈSE
descendant des Biron à la tête de l’armée républicaine. Dès les premiers jours de juin, l’armée de Cathelineau, réunie à Vibiers, un moment pris par les bleus, mais repris par les blancs, se trouvant forte de plus de 40,000 hommes et de 24 pièces de canon, prit le nom de grande armée royale et catholique , et résolut d’occuper la ligne de la Loire. Le 7 une division républicaine, forcée dans Doué, fut poursuivie jusqu’à Saumur, dont les Vendéens entreprirent le siége, qui fut poussé hardiment. Grâce à Cathelineau, les redoutes ayant été enlevées dès le 8, Larochejaquelein put s'emparer de la place. Alors l'insurrection prit soudain un tel degré de puissance que les gentils-hommes eux-mêmes sentirent qu’il fallait, pour frapper un grand coup, concentrer l'autorité militaire dans les mains d’un seul et, entre tant de généraux , nommer un généralissime. Entre eux , ils étaient tous jaloux les uns des autres, et d’ailleurs ils ne pouvaient se dissimuler que l’insurrection était partout moins sûre d’ellemême et moins impétueuse à leur suite que sous ses premiers chefs plébéiens et à la voix de ses prêtres. D’après le conseil de Lescure, réunis à Saumur, ils choisirent donc d’une commune voix ( 12 juin ), pour commander les armées réunies de l’Anjou et du Bocage, le Saint de l’Anjou, Cathelineau, qu’ils ne craignaient point, et dont l'élévation flatta les paysans et exalta encore leur enthousiasme, Notre tisserand, confus de tant d'honneur, dut se rendre au vœu général, et ayant accepté la rude tâche, il voulut s’en montrer digne. Il envoya des officiers à Charette, alors victorieux à Machecoul , pour l’engager à combiner ses opérations avec les siennes. Puis il marcha sur Nantes.
Après avoir enlevé Chinon, Cathelineau se dirigea sur Angers, et, quoique affaibli par la désertion régulière et périodique des siens, il s’en rendit maître. De là il se porta sur Nantes, où Charette avait déjà pris position avec une armée que l'espoir de la victoire et du butin avait bientôt doublée. L'attaque générale fut fixée par les deux chefs, à dessein, ce trait est caractéristique, au 29, c’est-à-dire au jour de la Saint-Pierre, patron de la ville. La terreur était dans Nantes, et peut-être les royalistes s’en seraient-ils emparés en un coup de main , s’ils n'avaient pas eu la vanité de faire sommer cette grande ville, par deux prisonniers et au nom de Louis XVII, de se rendre à eux. Ils perdirent ainsi trois jours pendant lesquels le général Canclaux, qui commandait dans Nantes, fit venir de Rennes les munitions dont il manquait, et alors, prête à une vigoureuse résistance, la ville répondit fièrement que la nation ne traitait pas avec des rebelles. Au jour marqué, l’attaque commenca avec vigueur dès deux heures du matin; un des faubourgs fut pris et repris à la baïonnette; le fougueux Cathelineau , toujours à la tête de ceux de Saint-Florent et de Jallais, ses premiers compagnons, s’empara au pas de course de la batterie dela porte de Vannes, et, chassant devant lui la 109°, qui la défendait , repoussant de rue en rue, jusque sur la place d'armes, tout ce qui résistait , allait emporter la place, quand il tomba grièvement blessé au bras d’un coup de feu. A cette vue, ses soldats, qui l’avaient cru invulnérable, poussèrent des cris de désespoir, et, l’emportant sur leurs épaules, se retirèrent en désordre. Vainement les autres chefs leur donnèrent l’exemple de la plus grande témérité en s’élançant au milieu des rangs ennemis, rien ne put arrêter leur fuite, La blessure du Saint de l’Anjou sauva Nantes ; il mourut douze jours après à Saint-Florent, où il s'était fait transporter. Jean AICARD.
CATHÉRÈSE (de xaapew , ôter, enlever, détruire), c’est-à-dire soustraction, dimmution. Ce mot exprime en effet en médecine l’exténuation ou l'épuisement qui provient d'un exercîce forcé, et qui est indépendant de toute évacuation artificielle, comme la saignée, les purgatifs, etc,
De là a été fait l'adjectif cathérétique, qui est la qualihcation donnée à des substances (oucaustiques très-doux) employées extérieurement, en matière chirurgicale, pour
CATHERÈSE — CATHERINE
ronger ou consumer les végétations charnues qui s'élèvent à la surface des plaies ou des ulcères.
CATHERINE, nom commun à plusieurs saintes qu'honore l'Église catholique et romaine. Nous citerons les plus célèbres.
CATHERINE (Sainte), issue de race royale, l’une des vierges les plus belles et les plus instruites d'Alexandrie, subit le martyre en lan 327 pour avoir publiquement annoncé l'Évangile à l’occasion d’une fête accompagnée de sacrifices qui avait été ordonnée par l’empereur Maxence. Dans le cachot où elle resta détenue jusqu’au moment de marcher au supplice, elle convertit non-seulement cinquante des philosophes chargés par Maxence de la réfuter, mais encore Faustine, épouse de l’empereur, le tribun militaire Porphyrius, et en outre deux cents prétoriens. Les coups de fouet que Maxence lui fit administrer sur la poitrine pour la déterminer à revenir au culte des idoles ne produisant aucun effet, le tyran ordonna de la rouler autour d’une roue garnie de pointes de fer ; mais l'instrument de torture se brisa au moment où elle en approchait. Enfin on la décapita ; mais la légende raconte que sa tête fut alors transportée au mont Sinaï par des anges. Sainte Catherine était jadis la patrone de la faculté de philosophie de l’université de Paris, et l'Église catholique célèbre sa fête le 25 novembre.
CATHERINE (Sainte) de Sienne, l'une des saintes le plus en renom dans toute l'Italie, née à Sienne, en 1347, était fille d’un teinturier, et fit vœu de chasteté dès sa plus tendre enfance. A partir de l’âge de vingt ans, elle ne vécut plus que de pain et d’herbes, plus tard même rien que de la communion, et elle entra ensuite dans l’ordre de Saint- Dominique. Elle s’imposait les plus rudes mortifications, était d’une inépuisable bienfaisance envers les pauvres, soignait les malades attaqués des maladies les plus repoussantes, et se vantait d’être en commerce direct avec J.-C., qui, disait-on , avait fait échange de cœur avec elle et avait imprimé sur son corps les saints stygmates de ses propres blessures. Elle donna des conseils à plusieurs papes, et fut appelée, en 1378, par Urbain VI à Rome, où elle mourut, en 1380. Pie II, son compatriote, la canonisa, en 1460. Les dominicains et les habitants de Sienne l’honorent comme kur patrone; et dans la querelle qui s’éleva au sujet de limmaculée conception de la Vierge Marie entre les dominicains et les franciscains, les premiers invoquaient ses visions à l'appui de leurs opinions. L'Église catholique célèbre sa fête le 30 avril. :
CATHERINE (Sainte), de Bologne, religieuse de l’ordre de Sainte-Claire, morte le 9 mars 1463, et célèbre par les Revelationes Catharinæ Bononiensi factæ, fut, en raison de la piété de toute sa vie, mise au rang des saints, en 1712, par Clément IX.
CATHERINE, de Suède, fille desainte Brigitte, morte à Waldstena en Suède, le 22 mars 1381, fut canonisée vers 1474, à cause des miracles accomplis par elle tant de son vivant qu'après sa mort.
CATHERINE (Ordre de SAINTE-). Cet ordre fut fondé en 1714, par Pierre le Grand, en l'honneur de sa femme, Catherine I'° Alexiewna, et pour perpétuer le souvenir du dévouement dont elle avait fait preuve à son égard lors du désastre qu’il éprouva sur les bords du Pruth, dans sa guerre contre les Turcs. Cet ordre, spécialement affecté aux femmes. est composé de deux classes. On en porte les insignes suspendus à un cordon ponceau liseré d’argent, de
l'épaule droite au côté gauche. Le seul homme, dit-on, qui <n ait été décoré fut Menzikoff.
CATHERINE. Deux impératrices de Russie ont porté «e nom.
CATHERINE 1'°, femme de Pierrele Grand, et impératrice de Russie, partit de la condition la plus humble pour s'élever à ce rang suprême. Son premier nom était Hurthe Rave. Elle naquit en 1682, à Germunared, en Suède,
de Jean Rabe, quartier-maître du régiment suédois d’Afsborg, qui mourut en 1684. Ramenée en Livonie par sa mère, qu’elle perdit aussi l’année suivante, Marthe se trouva orpheline dès l’âge de trois ans : elle fut recueillie d’abord par un sacristain, puis par Ernest Gluck, pasteur à Marienbourg, qui la fit élever avec ses enfants.
Elle épousa, à dix-neuf ans, un dragon de la garnison de Marienbourg; mais il y avait à peine un an qu’elle était mariée, lorsque la prise de cette ville par les Russes, le 23 août 1702, la sépara pour toujours de son mari. Le pasteur Gluck se rendit avec sa famille et une troupe de femmes au camp du général russe Chérémétief, qui les retint prisonniers. Catherine était du nombre, et elle échut au général Bauer, dont elle fut, dit-on, quelque temps la ruattresse. De là elle passa comme servante dans la maison de la princesse Menzikoff, où le czar Pierre la vit pour la première fois. Sa jeunesse et sa beauté firent une vive impression sur l’empereur, qui s’altacha à elle, et en eut d’abord plusieurs enfants naturels, savoir : en 1706, une fille appelée Catherine; en 1708, Anne, qui fut depuis duchesse de Holstein-Gottorp, et en 1709, £lisabeth, qui devint plus tard impératrice de Russie. Marthe Rabe avait dans cet intervalle embrassé la religion grecque; c’est alors qu’elle reçut le nom de Catherine.
Les années ne firent que consolider l'attachement de l'empereur pour elle, et le 29 mai 1711 il l’épousa secrètement. Sur ces entrefaites, Catherine suivit le czar dans sa campagne contre les Turcs; mais bientôt, sur les bords du Pruth, l’armée russe se vit cernée par une armé turque quatre fois plus forte ( juillet 1711 ) : dans cette situation désespérée, le czar ne voyait pas de milieu entre la mort ou une humiliante captivité. C’est alors que Catherine, d’accord avec le vice-chancelier et quelques généraux, envoya un plénipotentiaire au camp du grand vizir, en accompagnant ses propositions du riche présent de ses pierreries et de ses fourrures. La négociation s’engagea , et l’armée russe finit par obtenir des conditions auxquelles l’imminence du péril n'avait pas d’abord permis de prétendre. En reconnais= sance de cet important service, Pierre rendit public son mariage avec Catherine le 19 février 1712. Plus tard, en 1724, un an avant sa mort, il la fit couronner avec un appareil et une pompe qui surpassaient tout ce que l’on disait du couronnement des anciens grands-ducs. Un manifeste où les services rendus par Catherine étaient rappelés, et nctamment sa belle conduite dans l'affaire du Pruth, fut publié et répandu pour faire connaître les droits qu’elle avait à s'asseoir sur le trône à côté du souverain : dès lors on ne douta plus qu’elle n’y restât après sa mort.
Cependant on prétend que cette même année Pierre surprit sa femme en adultère avec un gentil-homme de sa chambre, appelé Moens. Ce qu'il y a de certain, c’est que ce Moens fut décapité vers la fin de 1724, pour cause de malversation. On ajoute que Pierre fit passer Catherine en voiture découverte devant le gibet où étaient exposés les restes du coupable, Le czar mourut peu de temps après (8 février 1725 ). On alla jusqu’à dire que Catherine et Menzikoff ne furent pas étrangers à sa mort. Mais rien ne prouve cette allégation : seulement on tint l'événement secret pendant quelques heures, afin de prendre les mesures nécessaires pour assurer le trône à Catherine, qui fut proclamée par les régiments des gardes, par le sénat et le saint synode. Menzikoff régna sous son nom. Ce règne, qui dura un peu plus de deux ans, ne fit que continuer celui de Pierre E®, x
Catherine mourut dans sa quarante-cinquième année, le 17 mai 1727. Sa vie fut abrégée, dit-on, par des excès. On a dit qu’elle ne savait ni lire ni écrire. Voici le portrait qu’en a tracé le général Gordon, qui avait longtemps servi sous Pierre le Grand : « C'était une fort jolie femme et de bonne mine, qui avait du bon sens, mais point du {out cet esprit sublime et cette vivacité d'imagination que quelques pere
sonnes lui attribuaient. La grande raison qui fit si fort aimer du cezar, c'était son extrême bonne humeur. On ne lui a jamais vu un moment de chagrin ni de caprice. Obligeante et polie avec tout le monde, elle n’oubliait point sa première condition. » ARTAUD.
CATHERINE II ( Sopmie-AuGusre ), fille du prince Christian-Auguste d’Anhalt-Zerbst, naquit à Stettin, le 25 avril 1729. Son père était gouverneur de cette ville. Élevée au milieu des hommages obscurs d’une garnison, à peine remarquée à Berlin quand elle y accompagnait sa mère, rien ne lui annonçait qu’un jour elle serait la souveraine absolue d’un des plus puissants empires du monde, Mais les difficultés qu’éprouvait l’impératrice Élisabeth à contracter une alliance avec les cours de l’Europe, effrayées des dernières révolutions de la Russie, et les sentiments d'affection qu’elle avait jadis conçus pour le prince de Holstein-Eutin , oncle de Sophie- Auguste, firent appeler celle-ci à Saint-Pétersbourg pour devenir l'épouse du grand-duc, héritier de l’empire. Élisabeth, avait en effet appelé à lui succéder le fils d’Anne Petrowna, duchesse de Holstein, fille, comme elle, du czar Pierre I”. Le jeune duc de Holstein, en devenant grand-duc, embrassa la religion grecque, et en 1745 il épousa la princesse d’Anbalt-Zerbst, qui prit, en changeant de religion, le nom de Catherine , depuis devenu si fameux.
Dans une cour corrompue, la grande-duchesse devait contracter cette facilité de mœurs dont Élisabeth donnait, au reste, l’exemple. Le grand-duc, sans agrément dans l'esprit et sans force de caractère , ne pouvait fixer une jeune femme ardente aux plaisirs. Les mémoires secrets du temps assurent même que les médecins, sans lui refuser toute sensibilité, doutaient qu’il pût donner un héritier à l'empire. Néanmoins Paul naquit après plusieurs années de mariage : il est vrai que des doutes se sont élevés <ur la légitimité de sa naissance, Quand il vint au monde, sa mère avait pour amant le jeune Soltikof, qu'on éloigna d’elle en lui donnant une ambassade. Il fut remplacé par Poniatowski, qui dut un trône à cette intrigue. Stanislas Poniatowski, fils d’un gentil-homme lifhuanien, de petite noblesse, qui avait épousé une Czartoriska, était par sa mère membre de la haute aristocratie polonaise. Pour flatter la passion de la grande-duchesse , le comte de Bruh], qui gouvernait Auguste III, roi de Pologne, décora le jeune Polonais du titre d’ambassadeur près la cour de Russie; mais cette liaison devint tellement publique, que Poniatowski dut retourner dans sa patrie, et pendant les dernières années de la vie d’Élisabeth, Catherine, haïe de son mari et de l'impératrice, fut sans cesse en danger d’être répudiée. Cependant Élisabeth, à son lit de mort, réconcilia les deux époux.
Pierre III se fit proclamer par les troupes, et commença avec assez d'éclat un règne qui ne devait pas durer une année, Frédéric II, que l’avénement au trône du nouvel empereur sauvait d'une perte presque certaine , lui fit passer en vain de sages avis; il ne les suivit pas. 11 ne cachait plus sa haine pour sa femme ; il annonçait hautement l’intention de la répudier , de désavouer son fils, et de nommer pour son successeur ce malheureux Ivan, qui, depuis qu'Élisabeth l'avait renversé du trône, languissait dans une forteresse, Pendant ce temps, Catherine conspirait; elle s’était assurée des grands par le comte Panin, gouverneur du grand-dne, qui croyait servir le filsen recrutant des partisans pour la mère, Elle avait employé aussi utilement la princesse Dachkof, jeune femme vive, imprudente, amoureuse d'intrigues et de liberté. Mais ce fut surtout au sein de l'armée que la trame s’ourdit plus fortement. Grégoire Orlof, capitaine et trésorier de l'artillerie, avait été quelque temps l'amant de Catherine, sans la connaître : instruit du rang de sa maîtresse, il fit tout pour lui sauver la vie et lui assurer le trône, Il souleva les soldats, et fut le véritable auteur de la révolution. Elle éclata le 9 juillet 1762; l'impératrice fut proclamée à Saint-Pétersbourg. Si l’empereur avait
CATHERINE
écouté les conseils énergiques du maréchal de Munnich, qui se trouvait alors avec lui, le mouvement aurait été réprimé ; . mais sa faiblesse le livra à ses ennemis : il fut emprisonné et étranglé peu de jours après la révolution. Frédéric IX prétendait que Catherine n’avait pas trempé dans cet assassinat ; rien ne prouve en effet qu’elle y ait participé, mais elle savait que la conspiration devait finir ainsi. Cette révolution eut de l'éclat; elle était faite par une jeune souveraine persécutée, menacée dans sa vie, et qui semblait défendre les droits de son fils. La beauté même de Catherine avait été pour elle un moyen de conspirer. « Quand cette femme charmante, dit plus tard Potemkin, paraissait la nuit dans un appartement, elle l’éclairait. » Ce charme dut agir puissamment : et en effet cette conspiration de jeunes femmes réussit par de jeunes officiers ; mais la révolution fut consolidée par un génie ferme et viril.
Catherine se rendit à Moscou, où elle fut accueillie froidement. On entourait son fils d’'hommages, et on Ja fuyait. A son retour à Saint-Pétersbourg; elle fut menacée par ceux-là mêmes qui avaient contribué à son élévation. Mais elle affecta beaucoup de clémence : elle honora la famille de son mari; elle reçut Munnich avec grâce, et vit parfaitement qu’on ne demandait qu’à être pardonné. Le comte Panin pensait à limiter le pouvoir absolu de l’impératrice, et il lui conseilla d’instituer politiquement le sénat. Ce conseil avait été donné par Catherine elle-même à Pierre III, lors de son avénement à la couronne : il l'avait rejeté ; elle fit un pareil refus, mais elle conserva son crédit à Panin. Grégoire Orlof voulut qu’un mariage public les unit : elle résista à son amant. Cette double victoire sur ses propres passions et sur le parti aristocratique lui assura le trône. Orlof n’eut que des honneurs et de l'influence. Catherine II gouverna seule. Elle ne changea aucune des alliances de Pierre III. Le roi de Prusse la flatta. Elle était depuis longtemps du parti anglais : un ambassadeur d’Angleterre avait offert Poniatowski à sa faveur; elle continua d’être l’amie de la puissance de l'Angleterre. En Autriche régnait la scrupuleuse Marie-Thérèse, qui en parlant d’elle disait toujours avec mépris : « Cette femme! » Elle s’éloigna de l'Autriche. Non-seulement ce système d’alliances caressait son orgueil, mais il reposait sur une politique élevée. Elle comprit que pour qu’une étrangère se maintint à l'empire, il fallait qu’elle portât sur le trône une pensée nationale. Or la guerre contre les Turcs a toujours été pour les Russes une guerre de religion. Une entreprise contre l'empire Othoman est un moyen sûr pour un prince de se populariser en Russie. La France et l'Autriche devaient évidemment contrarier sur ce point ses desseins.
L'année 1764 fut marquée par deux événements importants : Catherine II donna le trône de Pologne à Poniatowski, et força son élection. Elle fut aidée par une partie de l'aristocratie polonaise, qui voulait réformer la constitution avec l'appui des Russes; mais elle sut déjouer les projets de ceux qui cherchaient à fâire tourner cet événement honteux au profit de la Pologne. Ce don d’une couronne par une femme à son ancien amant plut à quelques esprits romanesques , mais il indigna les amis de la liberté des peuples, qui voyaient là la violation la plus scarflaleuse des droits d’une grande nation. Cette même année Ivan périt dans la forteresse de Schlusselbourg, où il était renfermé, C'était le seul prétendant au trône. Quelques soldats se présentèrent pour le délivrer; ses gardes se hâtèrent de lui ôter la vie. Sa mort reçut une grande publicité, L'Europe s’obstina à voir là une comédie sanglante, Ce fut à peu près à cette époque que l'impératrice commença à courtiser Voltaire et les encyciopédistes, Une alliance avec cetle puissance nouvelle satisfaisait sa vanité, On connaît sa correspondance avec Voltaire, avec D'Alembert, Elle proposa à ce dernier de venir élever le grand-duc; il eut la sagesse de refuser. Diderot visita
CATHERINE
Saint-Pétersbourg, elle souffrit avec grâce les familiarités de sa belle conversation et de son geste, mais elle railla ses opinions politiques. Cependant elle se servait fort habilement d’un prétexte detolérance pour entretenir l'anarchie en Pologne, en soutenant les dissidents. Elle réunit aussi des états pour s'occuper de la rédaction d’un code. Mais on ne pouvait s'entendre, et cela à la lettre: il n’y avait pas de langue commune dont pussent se servir tous les députés. Ceux des Samoièdes se plaignirent des vexations des gouverneurs qu’on leur envoyait ; ils pensaient avec raison que des garanties sociales étaient préférables à des institutions civiles ou criminelles. Cette singulière chambre des communes fut dissoute; mais Catherine II, qui, comme tous les esprits supérieurs , savait apprendre, comprit qu’il lui fallait connaître cet empire auquel elle voulait donner des lois : de là de grands voyages entrepris par elle-même ; de là cette mission qu’elle donna à des savants d’explorer ses vastes dominations.
Pendant que le parti philosophique embrassait en France la cause de Catherine IX, et voulait lui rallier l'opinion, le duc de Choiseul faisait une vigoureuse guerre à sa politique. IL éclairait la Porte-Othomane; il lui montrait son ennemi naturel s’établissant en Pologne, y violant tous les traités. Grâce à son habile influence, la guerre commença en 1768, entre les Tures et les Russes, qui n’y étaient pas préparés. Cette guerre fut suivie par Catherine avec constance et avec génie. Elle envoya une flotte dans les mers de la Grèce, et révolutionna ce malheureux pays, sur lequel elle laissa ensuite retomber le joug. La présence de navires russes dans la Méditerrannée frappa les imaginations; la flotte turque fut détruite dans le golfe de Tchesmé, grâce à l'impéritie de ses chefs et à la hardiesse de quelques Anglais, qui commandaient sur la flotte russe. L'amiral Alexis Orlof, frère du favori, se fit remarquer par son incapacité et son peu de courage : il s’'évanouit au milieu d’un combat ; mais sur terre le général Ro manzof s’acquit une véritable gloire, qui rejaillit sur sa souveraine. Ce fut dans les premières années de cette guerre que le prince Henri de Prusse proposa à Catherine le premier partage de la Pologne, qui s’accomplit en 1772. Choiseul n’était plus au ministère. II est douteux que ce grand attentat ait été utile à la Russie et à l'Autriche : elles ont accru leurs dominations, mais elles se sont trouvées face à face, etse sont privées d’une puissance intermédiaire qui facilitait singulièrement la bonne harmonie entre elles en les empêchant de se heurter. Quant à la Prusse , la condition de son existence est de s’agrandir. Les partages successifs de la Pologne furent blâmés même par des hommes d'État russes. Potemkin était d'avis qu’il ne fallait pas démembrer la Pologne , mais la garder sous l'influence russe, Cette vue était pleine de justesse et de profondeur. La paix de 1774, intervenue entre Catherine II et la Porte- Othomane, en assurant l'indépendance dela Crimée, prépara l’asservissement de cette province par la Russie; et si Catherine II n'obtint pas par cette paix d'avantages immédiats, la guerre avait augmenté le prestige de son nom et affaibli l'empire des Turcs. Elle fut peu après menacée par un mouvement violent, qui se manifesta aux confins de son empire. Un Cosaque du Don , nommé Pougatchef, prétendit être Pierre IIL, échappé à ses assassins, et parvint à réunir une armée. Partout il portait le fer et la flamme; partout il soulevait les esclaves des nobles, traités plus durement en Russie que ceux de la couronne; et comme son entreprise répondait à un besoin social d'amélioration, elle fut trèsdangereuse. Mais la noblesse, sentant que ses droits étaient attaqués, prit vivement le parti de l’impératrice, et l’armée, composée d'esclaves, qui dès qu’ils sont enrôlés comme soldats deviennent esclaves de la couronne, lui resta fidèle. Pougatchef dut succomber.
Ce fut à cette époque que se manifesta l'influence de Po-
temkin. Sa faveur commença lorsque, jeune officier, il of- }
66i frit la dragonne de son épée à Catherine II, qui, proclamée impératrice par les gardes, voulut revêtir leur uniforme.
Son cheval, habitué à escadronner, s’obstinait à rester près
de celui de sa souveraine, qui sourit, et remarqua la beauté mâle de Potemkin. Il lui fallut un long temps néanmoins pour remplacer Orlof. Mais quand il fut arrivé à cette place si désirée , il mit beaucoup d’habileté à la perdre. 11 chercha à se faire disgracier comme amant, pour devenir lama et le ministre de sa maîtresse. Il accomplit ce projet avec une rare adresse ; il donna des favoris à sa souveraine, et gouverna avec elle, Potemkin, avec son imagination orientale, son caractère corrompu , ses idées en désordre, mais élevées, fut le représentant du génie russe auprès de Catherine II, qui, après tout, était étrangère. Les mesures politiques qu’il lui conseilla furent toutes très-nationales, et certainement il a beaucoup aidé à sa grandeur et à l’affermissement de sa puissance. La politique de Catherine dans le Nord fut ferme et modérée. Elle avait consenti, dès 1773, à céder au roi de Danemark la partie du Hoïlstein sur laquelle la Russie avait des droits, contre les comtés d’Oldenbourg et de Delnenhorst, qu’elle abandonna immédiatement au prince-évêque de Lubeck. La révolution accomplie par Gustave I1Len Suède avait déplu à Catherine, parce qu’elle avait diminué l'influence russe dans ce pays; mais elle se résigna à ne pas l’agiter par de nouveaux troubles, et Gustave III étant venu la visiter à Saint-Pétersbourg, une amitié apparente s'établit entre eux. L'action politique de Catherine II sur le reste de l’Europe fut pleine de grandeur et de sagesse. L’Autriche méditait d'agrandir ses possessions en Allemagne, en s’emparant de la Bavière après la mort de Maximilien-Joseph, électeur de Bavière. Frédéric II s’y opposa, et commença la guerre pour forcer l’Autriche à abandonner des prétentions qui devaient détruire l’équilibre de PAllemagne. Il fut appuyé par la politique de Catherine II. Un traité se conclut à Teschen (le 23 mai 1779), et l’Autriche n’obtint qu’une assez faible augmentation de territoire ( quelques bailliages en-deçà de l’Ens).
Dès l’année précédente une guerre maritime s'était engagée entre l’Angleterre, la France et l'Espagne. L’émancipaion des colonies anglaises de l’Amérique du Nord en était cause. Les guerres maritimes que se livrent la France et l'Angleterre sont très-favorables au commerce du Nord, d’où se tirent des bois et des approvisionnements nécessaires aux puissances belligérantes. Mais l'ambition des Anglais ne respectait pas les droits desneutres; alors, grâce aux efforts du comte de Vergennes, de Catherine II et du comte de Bernstorf, qui gouvernaïit le Danemark avec gloire, fut établie la neutralité armée, qui reposait sur les principes du droit public, et qui donna à la ligue du Nord une grandeur qui rejaillit surtout sur la Russie.
L’impératrice et Potemkin nourrissaient toujours la pensée de recommencer la guerre avec les Tures. Catherine se rapprocha de Joseph II, auquel elle offrait le partage des dépouilles de l’empire Othoman. Elle eut à Mohilof une entrevue avec ce prince; et il vint ensuite visiter la Russie, pénétré qu’il était du désir de voir tout par lui-même. Après la première guerre contre les Turcs, Catherine avait exigé l'indépendance de la Crimée; elle sut depuis ce temps entretenir de continuelles intrigues dans ce pays; elle y maintint des troupes sous divers prétextes, et enfin en 1787 elle déclara la Crimée réunie à son empire. La Porte- Othomane se contenta de quelques manifestations diplomatiques, et n’osa prendre les armes.
En 1785 M. de Ségur alla comme ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg. Jusqu’à lui les ambassadeurs de cette puissance n’avatent exercé aucune influence en Russie, et avaient toujours excité la défiance du cabinet de Saint- Pétersbourg. 11 sut plaire à Catherine, au favori Potemkin,
etil parvint à à conclure un traité de commerce entre la France et la Russie.
En 1787 Catherine II voulut visiter ses nouvelles possessions, et elle parcourut la Crimée dans la compagnie de Joseph II. On sait par quels singuliers artifices Potemkin sut persuader à sa souveraine qu’il avait introduit la civilisation et l’aisance là où régnaient encore la barbarie et la misère. On faisait voyager pendant la nuit des populations qui suivaient l’impératrice, étonnée de voir ces nouvelles provinces si peuplées. Par d’habiles changements de décotations, on déroulait devant elle une suite de villages qui n’existaient pas, et des façades de maisons habilement peintes dissimulaient la solitude de ces provinces. A Kerson on trouva inscrit sur une porte : Route de Byzance. Potemkin, à l’aide de ces grandeurs réelles et factices, augmenta encore l'ambition de l’impératrice et sa confiance dans les forces de son empire. Il préparait ainsi cette guerre contre les Turcs qu’il avait toujours souhaitée.
La politique de Catherine s'était éloignée de celle de Frédéric I, qui désapprouvait ses projets d’agrandissement ; elle pensa même à détruire le bien qu'avait fait à l’Allemagne la paix de Teschen. Elle approuva le projet, conçu par Joseph II, d'échanger la Bavière contre les Pays-Bas autrichiens , Namur et Luxembourg exceptés; mais le vieux Frédéric veillait : il fit échouer ce dessein, et créa l’union germanique.
La guerre contre les Turcs commença en 1788. Toutes les armées de l'empire se portèrent vers le théâtre de la guerre, et la capitale était dégarnie de troupes, lorsque tout à coup Gustave III commença la guerre dans le Nord. Il était irrité des intrigues que la Russie entretenait à sa cour, et de l’accueil que Catherine II faisait aux mécontents suédois. Catherine LI se trouva dans le plus grand danger; mais elle manifesta tant de confiance qu’elle en inspira à la faible armée qu’elle avait réunie; et cette guerre si dangereuse expira dans le Nord, grâce aux efforts de la diplomatie, sans que les desseins de Catherine II fussent entravés. Pitt, d’accord avec le cabinet prussien, ne vit pas cependant sans crainte l'empire turc ainsi attaqué, et il proposa d’armer les flottes anglaises : cette mesure, alors très-impopulaire en Angleterre, fut combattue par l'opposition britannique. Catherine II fit venir à Saint-Pétersbourg le buste de Fox, et remercis Shéridan, alliance non moins singulière que celle que jadis elle avait contractée avec les philosophes, La première campagne contre les Turcs fut célèbre par le siége d’'Oczakof, qui fut pris d’assaut. Pendant les campagnes de 1789 et 1790, les succès des Russes ne se ralentirent pas; ils firent la conquête de la Bessarabie et de la Moldavie. Ismail fut pris. Le prince Repnin ouvrit la campagne de 1791 par une victoire, mais, bientôt après, il signa les préliminaires de la paix à Jassy. Pendant cette guerre, Potemkin manifesta de grands talents militaires, et Souvarof commença sa réputation, Souvarof, qui dictait ses bulletins en mauvais vers, en se chauffant au bivouac de ses soldats, et que ses mœurs, sa valeur et sa férocité ont rendu le plus populaire des généraux russes.
Voilà encore la Russie arrêtée dans son projet de conquérir Byzance; mais Catherine II avait tourné ses regards vers la France, La révolution qui venait d’y éclater l’indignait : « C’est, disait-elle, mon métier d’être aristocrate. » Elle encouragea Gustave IIX à prendre les armes contre la France; elle rompit le traité de commerce qu'avait fait contracter M. de Ségur; elle exigea que les Français établis en Russie jurassent obéissance à l’ancien ordre de choses ou retournassent en France. Elle encouragea la coalition ; mais la Prusse et l’Autriche exigèrent d’elle qu'elle cessât la guerre de Turquie, pour qu’ils pussent s'occuper de la France, Ce fut toujours notre destin d’être funestes à la Pologne, La cour de Prusse, pour créer des embarras à la Russie, avait protégé les vues de nouvelle organisation politique conçues par la diète polonaise. La constitution de 1791 était, pour ainsi dire, née sous sa protection, Mais la