DE MÉDICIS
En le faisant disparaître ils s’assuraient ke pouvoir : un valet
qui avait été à leur service se chargea de ce soin, et le prince
mourut empoisonné. Son successeur, Charles IX, avait à peine dix ans.
Cependant les états généraux étaient convoqués à Orléans :
à eux seuls appartenait le droit de conférer la régence. La
majorité inclinait pour le roi de Navarre; elle craignait,
dans ces circonstances difficiles, de confier le gouverne-
ment de la France à une étrangère; le roi de Navarre n’avait
qu’à vouloir, et il devenait régent. Mais Catherine lui offrit
la lieutenance générale du royaume, et le faible Antoine de Bourbon se désista de son droit en sa faveur.
Le pouvoir des Guises avait singulièrement grandi depuis la conjuration d'Amboise : ils n’ignoraient pas qu'elle n'avait eu d’autre but que de se défaire d’eux et de ramener à Paris la reine mère et son fils, mais ils persuadèrent à Catherine que les conjurés lui destinaient le même sort, et que toute sa famille devait périr avec eux. L’Italienne le crut ou feignit de le croire : au fond elle redoutait également les Guises et les chefs du parti huguenot. Ceux-ci ne demandaient pourtant qu’à professer leur cultesousla dynastie régnante, tandis que ceux-là, ambitionnant le rôle de Pepin, aspiraient à monter sur le trône en passant sur le cadavre du dernier des Valois. La mort prématurée de François II ne laissait aucun doute sur leurs desseins. Catherine sentait que le pouvoir lui échappait; or, avant tout, elle voulait régner et régner en souveraine absolue.
Elle savait qu’il y allait desa vie : elle avait entendu de la bouche même du chef de la maison de Guise et de celle du maréchal de Saint-André que sa mort était résolue; mais elle espérait parvenir à se défaire à la fois des Guises et des princes, et suivait pendant le cours de sa seconde régence le plan qu’elle avait adopté dans la première.
Trop faible pour lutter avec succès contre ces deux partis puissants, elle avait eu recours à la protection de Philippe IF, son gendre; mais l'Espagnol avait mis à son intervention des conditions humiliantes : il était déjà d’accord avec les Guises, dont il ne paraissait, au reste, seconder les desseins que pour se rendre maître lui-même de la France. Et cependant les hommes de dévouement ne manquaient pas à notre malheureux pays. Jean de Montluc, évêque de Valence, et Michel L'Hospital montraient à l’imprudente et ambitieuse Catherine l’abime ouvert sous ses pas; leurs conseils étaient reçus avec l'expression de la reconnaissance , mais bientôt oubliés. La reine mère eût fait bon marché de ses croyances religieuses ; la puissance était son seul culte : elle se déclarait catholique romaine pour marcher avec les Guises ; elle aurait embrassé la réforme pour les anéantir : ses vœux étaient pour le parti qui la maintiendrait au pouvoir.
Un événement qui décida de son sort et du protestantisme révèle tout le secret de sa politique : nous voulons parler de la double bataille de Dreux. Les chefs des deux factions étaient en présence : d’un côté, les triumvirs Montmorency, Saint-André et Guise; de l’autre, Condé, Coligny et d’Andelot, son frère. Les triumvirs avaient l’avantäge du nombre; pourtant, les protestants triomphèrent, et le connétable fut fait prisonnier, Un courrier ayant apporté à la cour consternée la nouvelle de cette défaite, Catherine seule parut calme etrésignée : « Eh bien! dit-elle, nous entendrons la messe en français, » Les cris de victoire retentissaient encore dans les rangs des huguenots, lorsque Guise, qui avait vu le connétable et le maréchal compromis sans aller à leur secours, s'avança à la tête de quatre pièces d'artillerie. Il fit avec sa cavalerie quatre charges sur l'infanterie de Condé, déjà ébranlée par la mitraille, et, malgré la résistance de Coliguys il resta maître du champ de bataille. Le secrétaire d'État Robertel écrivit au duc de Nevers : « Nous avions perdu la bataille pendant vingt-quatre heures ; nous l'avons regagnée ensuite, Depuis cent ans on n'a vu si furieux, si opiniâtre combat, On nous a pris le connétable ; tout a été