CATI — CATILINAIRES
Le drap noir ne souffre pas le catissage, qui lui donne un aspect grisâtre. PELOUZE père.
CATILINA ( Lucrus Sercius). On fait remonter la noblesse de sa race jusqu’à Sergestus, compagnon d'Énée, et l’un des Sergius fut au nombre des sénateurs de Romulus. Quant à Catilina, on ne voit pas d’où lui vient ce surnom, sur la signification duquel les savants ont beaucoup disserté. Son père, Q. Sergius, était sénateur. Cicéron, qui le cite dans son discours pour Cluentius, nous dit qu’il fut condamné comme sicaire, sans nous donner à cet égard d’autres détails. À en juger par l’époque où Catilina se présenta comme candidat aux magistratures , il devait être né vers l’an de Rome 646. Il fut questeur de Sylla dans les guerres civiles, et le seconda dans ses proscriptions. Il ne se contentait pas d’ordonner les supplices, il trempait volontiers ses propres mains dans le sang. Ainsi, on le vit tuer Q. Cæcilius, le mari de sa sœur, qui cependant n’appartenait à aucun parti, mais qui génait Catilina dans ses amours incestueuses. Il traîtna Marius Gratidianus vers la sépulture des Lutatius, et comme pour venger la mémoire de Catulus, qui avait péri dans un combat contre le grand Marius, Catilina commença par lui crever les yeux, puis il lui fit couper la langue, les mains, les jambes; enfin, voyant qu'il vivait encore, il le saisit par les cheveux, lui trancha la tête, et, de ses mains inondées de sang, il la porta aux yeux du peuple depuis le Janicule jusqu’au temple d’Apollon, à la porte Carmentale, où était Sylla. On cite de Catilina beaucoup d’autres actes de cruauté et de dépravation.
Après avoir fait une campagne en qualité de lieutenant de Curion dans la Macédoine, il fut préteur en 686, puis il alla gouverner ou plutôt piller l'Afrique. A son retour, il fut accusé de concussion par Clodius, mais le produit de ses rapines servit à corrompre ses juges, et Lucius vint accuser à son tour son accusateur d’avoir été l’un des sicaires de Sylla. C’est alors qu’il médita la ruine de sa patrie avec Autroniuset Pison, il demanda le consulat pour 688 ; mais Cicéron le confondit par un discours très-véhément , et il se désista. Catilina voulait faire périr les nouveaux consuls L. Manlius Torquatus et L. Aurelius Cotta. Il projetait la mort de beaucoup de sénateurs, mais ce premier complot fut déjoué. II se représenta au consulat pour 691. Il réunit chez lui tous les hommes qu’il avait gagnés à sa cause : c’étaient les plus obérés et les plus audacieux. Il leur promit Vabolition des dettes, la proscription des riches , les magistratures , le sacerdoce, le pillage.
Les circonstances étaient favorables : Pompée était absent, Crassus comptait sur Catilina et le favorisait ; en Espagne Pison, en Mauritanie Settius, prenaient part à ses projets. Mais dans la réunion se trouvait Q. Curius, que les censeurs avaient chassé du sénat pour ses infamies. Il entretenait depuis longtemps un commerce avec Fulvie, femme d’une naissance distinguée. Il laissa échapper quelques paroles indiscrètes qu’elle révéla. Cicéron seul pouvait sauver l'État : on lui confia le consulat. La candidature de Catilina échoua encore une fois. Vainement il tendit des embüûches à Cicéron : celui-ci fut averti par Fulvie qu’on le devait assassiner. Cependant, les anciens soldats de Sylla étaient presque tous dévoués à Catilina. Il dépêcha vers ces troupes un certain Mallius et quelques autres agents, réunit de nouveau ses conjurés, et convint avec eux qu'il se rendrait à l’armée aussitôt qu’on aurait concerté ce qui devait se faire à Rome. Mallius avait ameuté la populace en Étrurie, et grossi ses troupes de quelques brigands. Il fit une prise d’armes à la fin d'octobre; aJors le sénat chargea les consuls de veiller au salut de la république. Le 8 novembre, Cicéron prononça sa première Catilinaire. Le rebelle, confondu, les yeux baissés, commença par supplier les sénateurs de ne pas croire à ces imputations ; il osa déverser l’injure sur Cicéron, mais les cris d’ennemi public et de parricide furent la seule réponse qu’il obtint : « Puisqu’on me pousse vers l’abime,
s'écria-t-il, j'éteindrai sous les ruines l'incendie qu'on me prépare. » Il quitta aussitôt la ville pour se rendre au camp de Mallius.
Le lendemain, après que Cicéron eut harangué le peuple, le sénat le déclara ennemi public. Mais tout n'était pas terminé. Les envoyés des Allobroges furent entraînés dans la conspiration. Il y eut une assemblée chez Sempronia, femme d'une audace virile, qui, sous le vernis des plus brillantes qualités, cachait une âme profondément perverse. Ces députés furent un instant ébranlés, mais la fortune de la république l’emperta : ils confièrent tout à Fabius Sanga, le principal patron de leur pays, qui le révéla à Cicéron, Les Allobroges, par les instructions du consul, feignirent de conspirer, et l’on apprit tout par leur moyen. Dans un dernier conciliabule, on se distribua les rôles chez Lentulus, On devait mettre le feu à douze endroits de Rome, et dans le tumulte Cicéron serait poignardé ; enfin, on avertit Catilina qu’il était temps d’agir. Cicéron, informé de tout, fit arrêter les Allobroges sur le pont Milvius, et avec eux quelques conjurés, au moment même où les uns et les autres sortaient de Rome pour aller mettre le complot à exécution.
Ce coup d’État eut lieu le 3 décembre. Il fut suivi de l'arrestation de Lentulus, Cethégus, Statilius, Gabinius et Ceparius. Le surlendemain, le sénat délibéra dans le temple de la Concorde sur les peines à infliger aux conjurés. César implora l’observation des formes : il se déclara pour le parti le plus doux. Cicéron lui répondit par la quatrième Catilinaire, et César faillit étre{ué en sortant du sénat, tant les chevaliers romains avaient conçu dehaine contre lui, à cause de sa conduite. Les conjurés furent exécutés le jour même de leur eondamnation. Cependant Catilina était sous les armes; il attendait avec deux légions le résultat de la conspiration, évitant jusque-là le combat. Quand il connut l'arrestation de ses complices, il conduisit ses forces à travers des montagnes sur le territoire de Pistoie, dans l'intention de gagner la Gaule cisalpine; mais Metellus Celer vint l’attendre au pied des montagnes, et l’armée d'Antoine le poursuivait d’un autre côté : ce fut contre celle-ci qu’il combattit en désespéré : il succomba en se précipitant dans les rangs ennemis; toute son armée périt avec lui, et chaque soldat couvrait de son cadavre la place où il avait combattu vivant. Cette mémorable bataille est du 5 janvier 692.
Voici le portrait que Salluste fait de Catilina : « J1 était d’une constitution à supporter la faim, les veilles, le froid, au delà de ce qu’on pourrait croire; esprit audacieux, rusé, fécond en ressources, capable de tout feindre et de tout dissimuler, convoiteur du bien d’autrui, prodigue du sien, fougueux dans ses passions; il avait assez d’éloquence, de jugement fort peu : son esprit exalté méditait incessamment des projets démesurés, chimériques, impossibles. »
P. DE GOLBÉRY.
CATILINAIRES. C’est le nom par lequel on désigne les quatre discours que Cicéron, alors consul, prononça contre Catilina, accusé de conspirer contre la république.
Celui-ci avait résolu, en effet, d’égorger ceux des sénateurs qu'il regardait comme ses ennemis, d’incendier la ville et de la livrer au pillage. Cicéron, dont la vigilance avait découvert le complet, convoqua le sénat au Capitole, dans le temple de Jupiter, où cette assemblée ne se tenait que dans les temps d'alarme. Le consul allait commencer son rapport sur la conspiration, lorsque Catilina se présente et va s'asseoir sur le banc des sénateurs consulaires. Cicéron, outré dt cette audace, interpelle directement le coupable par cette célèbre apostrophe : Quousque tendem, Catilina, abutere patientia nostra? Ce discours où éclate la généreuse indignation d’un magistrat animé contre le crime par l'amour de la patrie, fut ensuite rédigé par Cicéron, selon le témoignage de Salluste, et tout porte à croire que nous l'avons aujourd’hui à peu près tel qu’il a été prononcé.
Catilina était sorti du sénat en proférant de terribles me-
naces. Cicéron convoqua le peuple dans le Forum, pour l’informer de ce qui s’était passé la veille dans le sénat et lui apprendre le départ'de Catilina ; tel est le sujet de la seconde Catilinaire, prononcée le 9 novembre de l’an de Rome 691. Dans ce discours, l’orateur revient sur quelques-unes des idées qu’il avait développées la veille au sénat. On y remarque surtout la peinture des fauteurs que Catilina avait dans Rome. Ce morceau est très-intéressant pour la connaissance des mœurs et de l’état de la société à cette époque.
La troisième Catilinaire fut prononcée par Cicéron devant le peuple, le 3 décembre, vingt-quatre jours après la seconde Catilinaire. Le consul-y rend compte au peuple des événements qui s'étaient passés dans cet intervalle. Elle contient un récit animé des manœuvres employées par les principaux conjurés, tels que Lentulus, Cethegus, etc., quiétaientrestés à Rome pour, faire réussir le projetde Catilina, alors refugié aucamp du rebelle Mallius : l’orateur fait connaître les précautions qu’il avait prises pour faire avorter le projet.
Il restait à décider du sort des conjurés arrêtés par Cicéron. Le lendemain, 4 décembre, le sénat s’assemble dans le temple de la Concorde pour délibérer. Cependant, la constitution ne donnait pas au sénat le pouvoir judiciaire : les lois Porcia et Sempronia défendaient qu'aucun citoyen fût condamné à mort ou même à l'exil, si ce n’est par le peuple assemblé en centuries. Le jugement que le sénat se disposait à rendre était donc un véritable coup d’État, un acte arbitraire, une usurpati, n. Cicéron n’ignorait pas quelle grave responsabilité allait peser sur lui en provoquant une résolution si extrême ; mais il n’hésita pas à sacrifier sa sûreté personnelle au salut de la patrie. Silanus, consul désigné, qui opina le premier, conclut à la mort des quatre conjurés qui étaient arrêtés. Murena, son collègue, Catulus et les principaux sénateurs adoptèrent cet avis. C’est alors que César, grand pontife et préteur désigné, prononça cette fameuse harangue dans laquelle il fit si habilement valoir les usages el les lois de la république pour sauver les coupables qui tramaient sa ruine. Il proposait la prison perpétuelle et la confiscation des biens. Cicéron prit la parole à son four, et dans cette quatrième Catilinaire il s’attacha à prouver que la mort des conjurés était indispensable. Son discours produisit une impression profonde, Caton, alors tribun, parla dans le même sens, et acheva d’entraîner les suffrages. La sentence de mort fut prononcée d’une voix presque unanime et exécutée sur-le-champ. Et lorsque Cicéron, au sortir du séhat, trouva les amis des conjurés attroupés sur la place publique, il n’eut que ce mot à dire pour les dissiper : « {ls ont vécu! » ARTAUD.
CATIN, fille ou femme de mauvaises mœurs, C’est par erreur ou confusion de mots qu’on a voulu rattacher cette étymologie au nom de sainte Catherine , la vierge fiancée de Jésus-Christ, ainsi que ceux de cathau et cathos, quelque communs qu’ils fussent jadis. Catin s’est écrit autrefois cattin, comme dérivé de catus, catta, chatte, catula, petite chatte; et de tout temps on a connu le proverbe amoureuse comme une chatte. Personne n’ignore que dans ce genre d'animaux ce sont les femelles qui provoquent les mäles, C’est encore ce que confirment les termes en calimini, comme les chats, en fapinois, et délicat, délicatesse, venant de catus. On sait combien ces sortes d'animaux domestiques manifestent de volupté anx caresses (les lionnes mêmes y sont sensibles). La nature ayant rendu dououreux les approches des sexes parmi ces espèces (tout le genre felis ), il fallait que la femelle fût la plus ardente. De là naturellement on a dû comparer les femmes hardies à cette race luxurieuse allant au-devant d’un autre sexe.
CATIN (Métallurgie), espèce de bassin placé au pied du fourneau où l’on fond les mines. 11 y a le grand et le petit calin. Le grand, un peu plus élévé que le petit, sert à recevoir d’abord la mine fondue qui coule du fourneau, etlepetit, qui communique avec le grand par une ryoke,