‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 494 sur 556 · CAUCHEMAR — CAUCHOIS-LEMAIRE · texte numérisé non relu

CAUCHEMAR — CAUCHOIS-LEMAIRE

palpitations , qui cessent au bout de quelques minutes.

Le cauchemar est donc un rêve, une sorte d’hallu cination intellectuelle produite par une cause physique ou morale, Parmi les causes physiques, nous rangerons un état pénible de gène et de pesanteur qui naît d’un estomac suaffrant ou surchargé d'aliments, sans pouvoir d’ailleurs inierrompre entièrement le sommeil. Nous sigiaitioas egalement uu état réel d’oppression produite par une affection du poumon ou du cœur, ou même d’un autre organe moins imporfant. Certains auteurs, guidés par des considérations exactes d'anatomie, ont attribué le cauchemar à la pression exercée dans l’économie par quelques parties sur certaines autres. Mais, sans nous arrêter à leurs diverses explications, il nous paraît nors de doute que le phénomène qui nous occupe, excité par la plénitude de l'estomac, est dû à l’état de malaise de l'organe, à la perception incomplète de la douleur par le cerveau, qui rattache cette sensation douloureuse aux faits incohérents qui constituent le rêve. Quant aux causes morales, les voici en deux mots : surexcitation du cerveau causée par des chagrins de quelque nature qu’ils soient ou même par une joie excessive, par des travaux trop longtemps ettrop vivement prolongés, et enfin par certaines affections, particulièrement celles que l’on nomme nerveuses.

Chez l'enfant, le cauchemar prend un autre caractère : l'enfant se réveille en jetant des cris perçants ; son air est effrayé, il refuse même de téter, tant ses organes sont encore, même après le réveil, sous l’influence de l'agitation qui signale la présence du cauchemar. De pareils résultats, qui disparaissent bientôt, sont en général peu redoutables pour enfant, nous en convenons , mais nous croyons cependant qu’il faut proscrire l’usage de ces contes absurdes et effrayants dont on berce l'imagination souple et impressionnable des enfants. Le moindre mal qui résulte pour eux d’une pareille coutume est le cauchemar, qu’ils éprouvent presque toujours à la suite de ces récits imprudents ; plus tard, ils subissent une autre conséquence plus funeste, c’est-à-dire qu'ils restent pour la vie timides, lâches et remplis de ce penchant aux petites superstitions qui rapetisse le jugement et rétrécit les idées nobles et généreuses. Cela surtout s’applique aux classes indigentes, chez lesquelles une éducation secondaire ne vient point corriger les vices de l'éducation primitive, de celle qui se donne au berceau.

Nous ne parlerons point ici des incu besetsuccubes, esprits imaginaires, masculins et féminins, auxquels le cauchemar a donné naissance à une époque plus crédule. II suflira d'indiquer que ces esprits prétendus, et dont certaines gens exagéraient à dessein l'importance, firent naître beaucoup de contes ridicules : on a été jusqu’à croire que des esprits masculins ou incubes pouvaient rendre mères les femmes avec lesquelles ils avaient des rapports.

Pour éviter le cauchemar, il suffira d’éloigner les causes qui le produisent, et, suivant que cette cause sera ou physique ou morale, le traitement se trouvera indiqué dans tous les cas ; traitement bien plus immédiatement actif, on le conçoit, lorsqu'il s’attachera aux causes physiques que s’il doit s’appliquer aux impressions morales.

CAUCHER. Voyez BATTEUR D'OR.

CAUCHOIS-LEMAIRE (Louis-Aucusrn), né à Paris, en 1789, embrassa d’abord la carrière de l’enseignement ; mais il ne tarda pas à y renoncer, et ouvrit en 1814, dans le quartier latin, un cabinet de lecture particulièrement destiné à offrir aux étudiants en droit et en médecine les ressources bibliographiques nécessaires à leurs travaux,

Les événements venaient de redonner un peu de vie à la presse périodique, si longtemps muette sous le despotisme Impérial ; et déjà commençait contre la restauration et ses tendances aristocratiques et rétrogrades cette guerre de plame qui devait lentement miner le pouvoir imposé à la France par les baïonnettes étrangères, Les pamphlets pleu-

vaient alors et faisaient bonne justice des ridicules et des l4chetés du régime nouveau.

M. Cauchois-Lemaire, dont le cabinet delecturese trouvait naturellement un centre dans lequel affluaient des esprits ardents, des âmes généreuses, eut l'heureuse idée de fonder un recueil périodique, qu'il appela : Journal de la littérature et des arts, et dont il fut le principal rédacteur. Ce recueil prit quelque temps après le titre de : Le Nain jaune, et il n’est parmi les contemporains personne qui ne se rappelle la rude opposition qu'on y fit tout aussitôt au pouvoir nouveau, Celui-ci se vengea des attaques dont il y était l’'objeten supprimant la feuille et en ruinant l'éditeur. M. Cauchois-Lemaire dut alors se réfugier à Bruxelles, où il fit paraître Le Nain jaune réfugié, mais où l’attendaient de nouvelles persécutions ; et ce ne fut que sous le ministère de M. Decazes qu'il obtint l'autorisation de rentrer en France. Ses antécédents, la nature deson esprit et de son talent, le conviaient à se rejeter dans les luttes du journalisme; et bientôt on le vit prendre une part active aux travaux de la presse opposante de l’époque. Longue serait l’énumération des procès et des amendes que valut aux divers journaux et recueils périodiques qui l’admirent au nombrede leurs rédac- {eurs la collaboration de M. Cauchoïs-Lemaire, écrivain au style mordant, à l’esprit épigrammatique, frondeur, rappelant quelquefois celui de Paul-Louis Courrier, et engagé d’ail leurs dans les rangs de cette opposition extrême qui, il faut le dire, dans sa lutte contre la branche aînée de la maison de Bourbon, n’apportait pas plus de sincérité ni de loyauté, que cette race ,\marquéé déjà du sceau de la fatalité, n’en mettait elle-même dans l'interprétation et l'application de la Charte constitutionnelle , de la Charte qui eût pu , qui eut dù Ja sauver.

De tous les procès intentés par le parquet à M. Cauchois- Lemaire, le plus célèbre et le plus grave à tous égards fut celui auquel donna lieu en 1829 la publication de sa fameuse Lettre au duc d'Orléans , hardi pamphlet que quelques-uns regardèrent comme une irdiscrétion , et dans lequel d’autres ne virent qu'un acte d’impatience fort impolitique. En effet, l’auteur y conviait, en termes assez clairs, le duc d'Orléans à jouer le rôle du prince d'Orange et à gratifier la France d’un 1688 national. L’indignation parut extrême au Palais-Royal quand partit ce coup de fusil tiré à l’aventure et avant l’ordre, par un tirailleur éfourdi et compromettant. Le pamphlétaire y fut donc désavoué de la belle manière, et la cour royale, brochant sur le tout, vous le condamna bien vite à une énorme amende et à quelques années de prison. La révolution de 1830 seule rendit M. Cauchois-Lemaire à la liberté.

Médiocrement édifié sur le compte de la valeur des institutions nouvelles bäclées en sept jours et plaquées assez maladroitement sur les anciennes, M. Cauchois-Lemaire recommenca contre la royauté de juillet la lutte qu'il avait soutenue contre la restauration. Mais il put alors se convaincre qu’il n’y avait rien de changé en France ; car les amendes et les mois de prison furent tout aussitôt prodigués aux gérants des diverses feuilles dans lesquelles il engagea et soutint la lutte, avec au moins autant de munificence qu’ils eussent pu l’être sous le gouvernement de la branche aînée. L'écrivain y perdit son repos. Désillusionné, il se prit, vers 1844, à désespérer d’une cause à laquelle il avait tout sacrifié, et fit part à ses amis de son inébranlable résolution de renoncer désormais, quoi qu'il arrivât, aux luttes de la politique. On apprit en inème temps qu’un modeste emploi, celui de chef adjoint à la section législative et judiciaire des Archives du royaume, accordé par un ancien ami politique, mettait désormais cet écrivain à l’abri du besoin. En 1847 il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, Il mourut le 9 août 1861, À Paris.

On à de M. Cauchois-Lemaire : Lettres sur les Cent- Jours (1819); De la Déclaration de Laybach (1821);

Lettre à M. Bellart sur son réquisitoire contre la conspiration de La Rochelle et Relation des événements quise sont passés à Colmar (1822); Les Quatre Évangiles ; Lettres à M. de Peyronnet (1827); Lettre à M. Thiers (1830).

CAUCHON (Pierre), évêque de Beauvais, mort en

1443, prit une part active aux troubles qui agitèrent la France au commencement du quinzième siècle. A la mort de Charles VI, ce turbulent prélat s'était jeté dans la faction des Bourguignons et avait favorisé de son mieux létablissement de la domination anglaise. Mais il n'avait pu réussir à étouffer les sentiments de patriotisme dans la populatiof du diocèse où il avait charge d’âmes ; et en 1129 les habitants de Beauvais le chassèrent ignominieusement de son siégé. On le voit dès lors poursuivre avec acharnement les partisans de Charles VIT, et pour satisfaire ses vengeances, se condamner lui-même à l'immortalité de l'infamie pat l'ardeur avec laquelle il se porta l'accusateur de Jeanne d’Arc, cette héroïne qui avait porté de si rudes coups à la puissance anglaise et réveillé en France l'amour de la patrie et l'idée de nationalité momentanément assoupis. Après s'être adressé au roi d'Angleterre, au duc de Bourgogne et à l'Université de Paris, il obtint enfin l'autorisation nécessaire pour traduire la vierge de Vaucoulcurs devant le parlement de Rouen, comme prévenue d’être en relation avec le démon. 1l cut recours au mensonge et à la perfidie. Il supposa des aveux, falsifia les réponses failes par la prévenue, et cependant il faillit voir sa victime lui échappér. Un prêtre appelé Loiseleur fut aposté pour recevoir Ja confession de Jéanne, et deux hommes cachés la recueillirent par écrit. Mais cette confession ne révélait aucun des crimes imputés à Jeanne; et lout ce que les juges purent faire, ce fut de la condamner à un emprisonnement perpétuel. La populace, ameütée par les Anglaiset leurs partisans, fit entendre les plus vives clameurs contre l'issue d’un procès dont on attendait mieux. Pierre Cauchon trouva alors un moyen pour le recommencer ; et cette fois, grâce aux précautions prises, Jeanne d'Arc, déclarée relapse, excommuniée, rejetée du sein de l'Église, périt enfin sur un bûcher. L’évèque de Beauvais survécut encore douze ans à l'exécution de cet intqte arrêt, et ne mourut qu'en 1443, Mais le temps de la réaction était venu, comme il arrive toujours aux époques de troubles civils et de révolutions ; et Pierre Cauchon, maintenant l'objet de la haine générale, ne fut pas plus tôt descendu au tombean, que ses restes furent déterrés par lé peuple furieux et jetés à la Voirie.

CAUCIEY. Sous le règne de Louis-Philippe, les Cauche fotinaient, non pas seulement une famille, mais une tribu, presqu'une dynastie. L’Almanach royal a longtemps constaté la présence de trois Cauchy près de la chambre des pairs ; ils portaient le titre de gardes des registres de la chambre; c'étaient des tabellions politiques. L’humilité officielle de ce titre importuna les Cauchy ; aussi se laissèrent-ils donner où bien prirent-ils eux-mêmes le nom de greffier, ou celui de secrétaire rédacteur, selon la circonstance. Les d'auchy avaient encore un autre privilége; ils-naissaient tous chevaliers de la Légion-d'Honneur. Cette race de rongeurs bureaucratiqués s'était attachée à la partie élevée du palais du Luxembourg; là ils avaient formé une colonie; ils s’éfaient identifiés avec ce logis, de telle sorte qu’ils en faisaient eux-mêmes partie, On disait alors que, pour en extirper les Cauchy, if eût fallu démolir l'édifice. Longlemps sur cet asile des patriciens 168 événements accomplirent leurs révolutiohs sans rien déranger à la paisible possession des Cauchy. Sur les ruines du sénat-conservateur, sur celles des pairs des Cent-Jours, sur celles de la pairie de Louis XVIII et de Charles X, brisées en 1830, les Cauchy étaient restés debout ét sans crainte, L'hérédité de la pairie avaitsuccomhé; mais, au-dessus d'elle, sous les combles du monument , Phérédité des Cauchy était demerrée inébranlable. Cette suecession paraissait devoir se continuer dans un avenir sans fir

CATICHON — CAUCHY

Vañitas vanitatium ! Tout à coup vient à sonner l'heure fatalé du 24 février 1848. La république est acclamée, et lepremier coup de marteau de l'horloge meten fuite les Cauchy, qui ne voient rien de plus incroyable dans cette révolution que leur Seménagement forcé du Luxembourg.

Le chevalier Cauchy, mort, heureusement pour lui, quelques mois avant la proclamation de la république, est la souche de tous ces Cobourg bourgeois; nous n’avons sur lui que des notions vagues et imparfaites ; pour le distinguer de sa descendance, nous dirons que, nourri des traditions du sénat conservateur, M. le chevalier Cauchy avait tour à tour célébré, dans des odes et des dithyrambes, Napoléon, les deux rois de la branche aînée, et qu'il célébra ensuite gouvernement de Juillet. Nous l’appellerons, nous, Cauchy le Lyrique. Sous le sénat, la charge de rédiger le proeèsverbal des séances fut une véritable sinécure. Durant les quinze années de la restauration, la rédaction des discussions de la chambre des pairs, privées de publicité, causait peu de fatigue aux secrétaires. Possesseur de ce fief séna- {orial, le chevalier Cauchy appela d'abord auprès de lui un de ses fils, Alexandre Caucuy, déjà conseiller à la cour royale, qu'il associa à ses loisirs, mais auquel, corame c’élait iustice, il fit donner des appointements.

La publicité des séances de la chambre des pairs, inscrite dans la Charte de 1820, mit tout en désarroi au Luxembourg. C’en fut fait de l’indolence des secrétaires, de leur mollesse et des délices d’une place presque sans fonctions. Or Alexandre Cauchy, sans avoir complétement et officiellement succédé à son père Cauchy le Lyrique, avait hérité de ses habitudes paisibles et des douceurs de l'emploi; Ja redeutable publicité changeait tout à coup cette agréable condition, et la tribune des journalistes forçait le procèsverbal à étre une vérité.

Lés devoirs nouveaux demandaient peut-être une vigueur juvénile dont les deux Cauchy ne se senfaient pas capables; aussi bien, certains scrupules s'étaient manifestés en haut lieu sur l'incompatibilité des fonctions judiciaires dont Alexandre Cauchy était investi, avec l'emploi de garde-notes de la noble chambre, Alors il y eut dans la famille ce cri d'autrefois : Surgat junior ! que le plus jeune se lève! Et l'on vit paraître aux séances du Luxembourg £ugène Caucuy, qui ne porta d’abord que le titre de garde-adjoint, mais qui devint bientôt titulaire. En effet, devant la nécessité du travail, les deux Cauchy, le chevalier et son fils Alexandre, se relirèrent, et ne conservèrené que le titre ad honores, avec quelques émoluments de retraite,

Eugène Cauchy, appelé tout à coup à remplacer son père et son frère, parut à la chambre des pairs avec les grâces longues ét minces d’un jeune héron. N’allez pas trouver cette comparaison malséante; elle n’est que vraie, La famille des Cauchy a son type qui lui est propre; dans toute leur conformation physique, ses individus rappellent l'aspect de ces grands oiseaux qui habitent les bords des lacs : il y a en eux du palmipède. En regardant attentivement la physionomie de Cauchy Le Lyrique, on retrouvait dans les lignes du galbe le caractère du pélican. La timidité d’Eungène Cauchy ajoutait un charme particulier à sa singulière allure :. il rougissait en donnant lecture du procès-verbal. Mais ce que n'avaient pu faire pour les honneurs et l'importance de cette place secondaire les deux Cauchy ses prédécesseurs, Eugène Cauchy laccomplit; il donna à cette humble charge une autorité que personne avant lui n’eût osé espérer; il comprit que le secrétaire de Ja noble chambre devait agir comme les secrétaires des grands seigneurs du temps passé, qui savaient si bien se substituer à ceux qui les employaient. Le jeune garde-archiviste s'aperçut tout de suite des velldités suprêmes de M. Pasquier et de son ferme désir de soumettre la Chambre à une discipline rigoureuse et presque à une obéissance passive, Il s'incarna dans le règlement et il devint pour le président un aide de camp utile et intelligent,

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