CAULAINCOURT — CAUMONT
tantôt le séduire, tantôt le faire fléchir, il sut rester fidèle à ce qui lui semblait la politique du bon sens. Mais, l'épée de la France une fois tirée, le grand écuyer de Napoléon fit son devoir, Néanmoins, à mesure que ses prévisions se réalisaient, quand, à l'approche de notre armée, les villes se changeaient en désert, et qu'une bataille devenait plus difficile à obtenir d’un ennemi invisible que ne le fut jamais la victoire, la présence de Caulaincourt sous la tente impériale était comme un vivant reproche de la témérité qui avait fait négliger ses avis. Quelques discussions eurent lieu entre l'empereur et le duc, assez vives pour que celui-ci désirât un moment quitter l’armée pour aller commander une division en Espagne, à l’autre bout de l'Europe. Mais un mot de l’enchanteur, un malheur de l’armée, un service à rendre, rappelaient et enchaînaient le grand écuyer.
Après la désastreuse victoire de la Mosko wa, où il perdit un frère tendrement chéri (voyez plus loin }, le duc de Vicence protesta encore , en face de Moscou en cendres, contre l'illusion qu’on se faisait sur la possibilité de traiter avec de si formidables vaineus, et au risque de déplaire encore, il fut le premier à conseiller la retraite. Mais aussi, après les horreurs de cette épouvantable agonie de toute une armée, quand l’empereur, déjà trahi par tous les rois, prit soudain la résolution de revenir à Paris d’un trait, c’est Caulaincourt qu'il choisit pour compagnon de voyage, et à Smorgony il le fit monter côte à côte avec lui dans le fatal traineau. Là, sous ce ciel menaçant, dans ce long tête-à-tête qui ne dura pas moins de quatorze jours et de quatorze nuits, Napoléon put apprécier mieux que jamais l’âme et l'intelligence de son ancien ambassadeur. Aussi, à l'ouverture de la campagne suivante, pendant l’absence momentanée du ministre des relations extérieures, c’est Caulaincourt qu’il chargea de la correspondance politique et de quelques négociations délicates. Le duc réussit à conclure l'armistice de Plesswitz ; puis, envoyé comme plénipotentiaire à l’équivoque congrès de Prague, et, après Leipzig, à Francfort, il y travailla, sans découragement, à une paix désormais impossible. Nommé trop tard ministre des affaires étrangères, il se rendit au congrès de Châtillon, où, après des miracles de patience et de dévouement, il eut pourtant la douleur de succomber. Quand la fortune eut définitivemem trahi l’héroisme et le génie, après l'entrée des alliés à Paris, le duc de Vicence accourut encore de Fontainebleau pour tâcher de maintenir du moins la couronne sur la tête de Napoléon II. C’est particulièrement auprès d'Alexandre, dont l'estime et l’affection pour lui redoublèrent en cette circonstance, qu’il plaida longtemps la cause du roi de Rome avec une audace égale à celle des soldats criant seuls encore : Vive l’Empeteur! L-
La restauration fit au duc de Vicence une position difficle, Alexandre voulut intercéder pour lui auprès des Bourbons ; mais il dédaigna de profiter d’un si puissant patronage. Le merveilleux retour de l'ile d’Elbele combla de joie. Néanmoins le plénipotentiairede Châtillon savait trop que la coalition n’accorderait à l’empereur ni paix ni trève, et c'est sur le champ de bataille qu’il désirait désormais servir son pays. Toutefois c’est à lui seul que Napoléon voulut confier les relations extérieures, et Caulaincourt dut accepter cette terrible responsabilité. Après Waterloo et la seconde abdication, il
avait étéélu, par la chambre des représentants, membre du
gouvernement provisoire; dès que Louis XVIII fut rentré à Paris, il reprit le chemin de sa retraite. Là, vieux avant l'âge, et brisé, il se hâtait, loin des intrigues, de rassembler ses souvenirs, qu'il a consignés dans ses Mémoires, 1] mourut six ans après l’empereur, le 19 février 1827, âgé à peine de cinquante-trois ans.
Napoléon s'est plu lui-même à justifier son ancien grandécuyer. On lit, en effet, dans l'Histoire de Napoléon en 1815, par M. Fleury de Chaboulon, à la page où il est question de l'arrestation du duc d’Enghien, ces paroles écrites au crayon
de la propre main de l’empereur : « Tout cela est absurde : Caulaincourt, aide de camp de Napoléon, a obéi, et il devait obéir à l'ordre de Talleyrand , de se rendre à Bade, et de faire, au moment même qu'Ordener arrêtait le prince, la demande de lextradition, et, de plus, des excuses pour la violation du territoire. Il n’y a pas de doute que, si Caulaincourt eût été nommé juge du duc d'Enghien, il se fût récusé; mais, chargé d’une mission diplomatique, il a dû obéir, Tout cela est si simple que c’est folie d’y trouver à redire... » Jean AICARD.
CAULAINCOURT (AUGUSTE-GABRIEL, Çomfte DE }), général de division, frère puiné du précédent, naquit à Caulaincourt (Aisne), le 16 septembre 1777. 11 entra de berne heure au service, franchit rapidement les gremisrs grades militaires, se fit remarquer à Stokach, à Ostrach, dans le Tyrol, à l’armée d'Italie et à Marengo. Nommé colonel en 1801 , il passa, en qualité d'aide de camp, auprès de Louis Bonaparte, suivit ce prince en Hollande, et obtint en 1806 le brevet de général de brigade. Rentré en France en 1808, l'empereur l’employa à l’armée d’Espagne, où il fit avec une grande distinction les guerres de 1808 et 1809. Les talents militaires qu’il avait déployés le firent choisir par le maréchal Soult pour diriger le passage du Tage au pont de l’Arzobispo, Il s'acquitta de cette glorieuse mission avec autant de bravoure que d'intelligence, et reçut, pour ce brillant fait d’armes, le grade de général de division. Nommé gouverneur des pages en 1810, il se rendit à Paris, où il s'occupa de ses nouvelles fonctions jusqu’en 1812. Désigné pour faire partie de l’expédition de Russie, pendant laquelle il commanda le grand quartier général, il y donna de nombreuses preuves de valeur et de talent. 11 venait de remplacer le général Montbrun, tué au commencement de la bataille de laMoskowa, lorsqu'il reçut l’ordre d'attaquer une division russe et de pénétrer dans la grande redoute. Il exécuta ce mouvement avec résolution, à la tête d’un régiment de cuirassiers, culbuta l’ennemi, s’empara de la formidable position qu’il occupait , et tomba frappé mortellement d’un boulet le 7 septembre 1812.
Le fils cadet du duc Vicence, le marquis Olivier, né en 1819, fit dans la cavalerie plusieurs campagnes en Algérie et représenta le Calvados à la Législative, et depuis 1852 au Corps législatif. 11 mourut le 9 février 1865, à Rome.
Son frère aîné, Armand-Alexandre-Joseph-Adrien De CAULAINCOURT , duc DE VICENCE, est né à Paris le 13 février 1805. Il n'avait pris aucune part aux affaires publiques, sinon comme conseiller général de PAisne, lorsqu’après le coup d’État il fut compris dans la création du nouveau sénat (26 janvier 1852), où il ne prit du reste jamais la parole. Il est auteur d’un mémoire sur l’Influence des courses ax trot sur la race chevaline (1842).
CAULESCENT , CAULINAIRE (en latin caules cens et caulinus, faits de caulis, tige). On donne le non de caulescentes aux plantes qui produisent des tiges, par opposition àcelles quien sont dépourvues, et quel’on nomme sessiles; et celui de caulinaires aux parties qui appar= tiennent à la tige, qui naissent immédiatement sur la tige,
CAUMONT (Famille de ), l’une des plus anciennes et des plus illustres maisons du midi de la France. En l’an 1020, Calo pe CAumonT donna son nom au château et à la ville de Caumont. Le célèbre avocat-général Jérôme Bignon disait, en 1637, en plein parlement, lors de la réception du maréchal duc de la Force comme duc et pair, qu'il existait des titres de foi et hommage rendus à nos rois depuis plus de six cents ans par les sires de Caumont pour douze où treize villes du Périgord et de la Basse-Guienne. On voit les seigneurs de Caumont se signaler en Orient dès les premières croisades, en Guienne dans les guerres des Anglais, et dans nos discordes civiles comme chefs du parti protestant. IIS ont en deux maréchaux de France sous les règnes de Louis XHIT et de Louis XIV, des généraux commandants
d'armée, des chevaliers du Saint-Esprit et de la Jarretière, un duché-pairie et des ducs à brevet; enfin, ils ont occupé les plus hautes charges de la cour et un fauteuil à l'Académie française, Alliés aux maisons souveraines de Bretagne et d’Albret, et à celle d'Orléans-Longueville, il ne leur manquait plus que de s’unir au sang royal; un Caumont fut au moment d'épouser publiquement la grande Mademoiselle, petite-fille de Henri IV et nièce de Louis XIV, lorsque, par un revirement soudain, l'orgueilleux monarque, qui avait consenti à ce mariage, précipita l’imprudent favori du faite des grandeurs auxquelles il touchait déjà dans un des cachots de la citadelle de Pignerol (voyez LaAuzux ).
La maison de Caumont a produit deux branches bien connues. Les Caumont-La-Force, protestants, et les Caumont-Lauzun , catholiques , s'étaient séparés, dès la fin du
douzième siècle, de la souche commune; mais ils gardè-|
rent le prénom de Nompar, que déjà ils portaient depuis longtemps. Le duc de Lauzun n’ayant point laissé de postérité, sa branche s’éteignit à sa, mort en 1723. Celle de La Force s’est conservée jusqu'à nous ; deux fois elle s’est vue menacée d’une destruction complète, et deux fois elle s'est providentiellement relevée. Et d’abord, en 1572, le jeune Caumont, échappe comme par miracle , aux poignards des assassins de la Saint-Barthélem y, qui avaient égorgé son père et son frère; couvert de leur sang et oublié dans la rue des Petits-Champs parmi leurs cadavres , il réussit à se soustraire aux embûüches de ses ennemis, et laisse une nombreuse et glorieuse lignée. Environ deux siècles plus tard, le nom de Caumont semblait encore devoir périr : le duc de La Force, pair de France, septième descendant de Jacques Nompar, n'avait plus d'héritier mâle à qui il püût transmettre les titres et les grands biens de sa maison; à la vérité, la duchesse de La Force lui avait donné trois fils, mais il les avait perdus tous trois sans qu’ils eussent laissé d’enfants; l'aîné, titré duc de Caumont, qui avait épousé la fille du maréchal de Noaïlles, était mort en 1755; le second, marié à la fille du ministre Amelot, avait été tué devant Coni en 1744 ; le troisième mourut fort jeune et sans avoir contracté d'alliance. Le vieux duc, survivant donc à tous ses fils, déplorait la perte de tant d’espérances ; il lui restait bien encore une fille mariée au comte de Béarn, mais il se désolait de voir tomber sa race en quenouille. Un jour qu’il allait faire sa cour à Versailles, c'était en 1756, un an environ après la mort de son fils aîné, le duc de La Force, traversant la salle des gardes, entend une voix qui prononçait le nom de Caumont, il s'arrête aussitôt et demande qui on appelle ainsi? On lui répond que c’est un jeune garde du corps du roi, nommé Caumont de Beauvila. Le due le fait venir chez lui, l'interroge sur son pays et sur sa famille, apprend qu'il est gentilhomme et de la ville de Montauban ; il demande à voir ses armes, et reconnait sur son cachet les trois léopards, concession des rois d'Angleterre à la maison de Caumont. Cette parfaite similitude de nom et de blason frappe singulièrement le duc de La Force; d’abord, il s’abandonne à une folle joie; mais, maîtrisant bientôt ce premier mouvement, il ne veut pas s’en rapporter à lui-même pour la vérification des titres, à cause de la gravité des conséquences qui en peuvent résulter. Il prie doncle roi d’ordonneruneenquête. Cet examen eut lieu, et il résulta des preuves faites par-devant Clerembault, généalogiste des ordres du roi, que Bertrand de Caumont de Beauvila se trouvait précisément, comme le due de La Force lui-même, le huitième descendant mâle, en ligne directe, de Brandelis de Caumont et de Marguerife de Bretagne, et que les deux rameaux s’élaient séparés du même tronc, avec des fortunes diverses, vers le milieu du quinzième siècle,
Bertrand de Caumont de Beauvila, reconnu par le chef de sa maison avec l’autorisation du roi, et titré marquis de Caumont, épousa M! de Béarn, petite-fille du due de La Force, qui Jui substitua fous ses biens, Le marquis de Cau-