‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 50 sur 556 · BURGER — BURGOS · texte numérisé non relu

BURGER — BURGOS

vra de nouveau à ses travaux de traduction, son gagne-pain ordinaire. En 1793 la régence de Hanôvre lui accerda un secours annuel, qui, en soulageant d'abord son oppressive misère, réveilla dans l'âme brisée de cet infortuné l'espoir d’un meilleur avenir; mais cet espoir ne devait se réaliser pour lui que dans une autre vie, et six mois après, à la fin de 1794, Burger avait cessé de souffrir et de vivre.

Burger a laissé des poésies justement estimées : ballades, chansons amoureuses ou naïves, odes, élégies, sonnets, épigrammes. Dans aucun de ces genres il n’est resté au-dessous du but qu'il se proposait; dans quelques-uns il s’est élevé à une grande supériorité, et la voix de sa nation l’a placé au rang de ses poëtes les plus distingués. Marchant sur les traces de Schiller et de Gæthe, il a composé de petits poëmes appelés ballades, dont le sujet, tantôt fantastique, tantôt chevaleresque, est toujours simple, touchant, mais éminemment dramatique. Lénore et Le Sauvage Chasseur, si dignement appréciés par madame de Staël, firent sa réputation ; Lénardo et Blandine, L'Enlèvement, La Pèlerine, La Fille du Pasteur. L'Empereur et L'Abbé, l’augmentèrent encore. Voici, du reste, comment il juge luimême son talent dans l’admirable préface de ses dernières poésies : « Si je suis réellement un poëte national, ainsi qu’on le dit quelquefois à ma louange, je doute que cette réputation soit due à mes Aopp, hopp, houré, houré, houhuc, etc. Je doute également qu’elle soit due à quelque expression énergique que j'aurai peut-être saisie à propos, ou à la circonstance d’avoir mis en vers et en rimes quelques contes populaires ; je croirais plutôt que c’est au soin que j'ai tou-

jours eu de peindre à l’imagination avec simplicité, avec vi- | xacité, sans voile et sans confusion, le sujet dont je veux entretenir le lecteur. La popularité d’une œuvre poétique est la preuve de sa perfection, et la poésie est un art qu’il faut exploiter, non pour l’art en lui-même, mais pour le peuple, dont le suffrage seul assure l’immortalité. »

Toutefois, la gloire de Burger ne fut point sans mélange ; et les suffrages de sa nation, les applaudissements de ses amis, les éloges de W. Schlegel et d’autres critiques recommandables, ne purent adoucir amertume que lui causa le jugement de Schiller. Le grand poëte, ne regardant l’art des vers que comme une aile intellectuelle donnée à l’homme pour s'élever de la terre au ciel, ne fut point touché de la grâce et de la naïveté de Burger. Il trouvait sa muse trop sensible, trop sensuelle, et découvrait dans ses tableaux moins un produit de l'idéal qu’un assemblage de traits capricieux et une sorte de mosaïque. Ce jugement est rigoureux; en le portant, le tendre, l’élégant Schiller, oubliait Adeline, pure vestale, que n’eût pas désavouée la chaste muse du chantre de Laura; Mon amour, profession de foi du poëte, quisemble répondre à ses détracteurs ; | la Belle que je sais, doux et gracieux badinage où se cache | une pensée si délicate; l’Adieu, l'Élégie à Molly et la | peinture de leurs amours, si tristes, si passionnées; enfin, la charmante Fleur de Merveille, que toute jeune fille en | Allemagne sait par cœur et chante avec émotion.

Les œuvres de Burger se composent de sept volumes, dont | deux de poésies ont été publiés en 1812 : ceux-ci contiennent, sans aucune classification de genre, et seulement | dans l’ordre chronologique de leur composition, ballades, chansons, odes, élégies, sonnets, et une nombreuse suite | d'épigrammes. Les cinq autres volumes renferment des | fragments de traductions de divers auteurs. Burger fut le premier en Allemagne qui traduisit Homère en vers jambiques. Il publia d’abord les cinq premiers chants de VIliade; mais, quoique cet essai eût été assez bien accueilli du public, il ne continua pas ce travail, que le célèbre Voss devait entreprendre et terminer plus tard d’une manière remarquable. Outre la traduction d’un conte de Xé- | nophon d'Éphèse, celle de la Batrachomyomachie et celle du quatrième livre de l’Encide, il traduisit aussi plusieurs DICT. DE LA CONVERS. — T. IV.

tragédies de Shakspeare, entre autres celle de Macbeth, qu’il reproduisit avec un rare bonheur, non-seulement vers pour vers, mais encore mot pour mot. Il travaillait alors dans le goût de Voss et d’après ses leçons. Le reste de ses œuvres offre de bons morceaux de prose, parmi lesquels se distingue celui qui a pourtitre: Situation de l'Angleterre sous la domination de Cromwell. Une correspondance pleine d'intérêt et d'agrément termine les cinq volumes. Élise Voianr.

BURGHERS, dissidents écossais. Voyez Secepens.

BURGO ou BURGOS. On donne ce nom vulgaire à une race de chien qui résulte du croisement du barbet et de l’épagneul.

BURGOS, ville fort ancienne, chef-lieu de la province du même nom ( dans la division politique actuelle de l’Espagne) et autrefois du royaume de la Vieille-Castille, est située sur la rive droite de l’Arlanzon, dans une fertile vallée, au pied de la Sierra d’Oca. Burgos est construite en amphithéâtre et en forme de croissant, sur le flanc et au pied d’une montagne; aussi les rues en sont-elles étroites et tortueuses. Au nombre de ses places publiques, on remarque surtout celle du Marché, qui est entourée d’arcades et ornée de la statue de Charles III. ,

Burgos possède un bel hôtel de ville; et parmi ses nombreuses églises, il faut mentionner surtout sa grande cathédrale gothique, édifice remarquable par son architecture et sa magnificence, et renfermant les tombes d’un grand nombre de souverains maures et de la Vieille-Castille. On y trouve une université, un collége et un séminaire archiépiscopal, ainsi que divers hôpitaux et hospices. Sous le règne de Joseph Bonaparte, son vieux château a été transformé en citadelle. Cette ville est depuis 1574 le siége d’un évêché, et compte 17,000 habitants, qui se livrent à la fabrication des étoffes de laine, des draps et des bas, ainsi qu’au commerce des laines.

Burgos est la patrie du Cid, dont la statue en pierre surmonte l’une des neuf portes de la ville, et dont le tombeau se trouve dans l’ancien couvent de San-Pedro de Cardena, situé à quelques lieues de là ; et de Fernando Gonzalez, à la mémoire de qui on a élevé un magnifique arc de triomphe.

La balaille de Burgos livrée le 10 novembre 1808, et dans laquelle Soult, à la tête de 40,000 hommes, anéantit

presque complétement l’armée espagnole aux ordres du marquis de Belvédère, et forte de 20,000 hommes, n’est pas moins célèbre dans les fastes de l’histoire moderne que les deux assauts donnés à la ville en septembre et en octobre 1812 par Wellington.

BURGOS (Don FRANGisco-X AVIER DE), homme d’État et écrivain espagnol distingué, descend d’une ancienne famille noble établie à Motel, ville de la province de Grenade, où il est né, le 22 octobre 1778. Jusqu’à l’âge de dix-neuf ans il se consacra dans sa ville natale à l'étude de la théologie; mais à ce moment il abandonna la carrière ecclésiastique, pour laquelle il ne se sentait point de vocation, et se rendit à Madrid , où il fit la connaissance du jurisconsulte et poëte Mélendez Valdès, vers lequel l’attirait l'amour de la poésie, qu’il avait ressenti dès son enfance et qu’avaient nourri en lui divers essais poétiques. D’après ses conseils, il se livra à l'étude du droit, et Mélendez lui fit espérer une place par la protection de son ami Jovellanos, alors ministre de la justice. La chute de cet homme d’État, qui eut pour contrecoup celle de Mélender, le força de renoncer à cet espoir, ct il s’en revint dans sa ville natale. Quand les Français eurent réussi en 1810 à soumettre l’Andalousie, Burgos accepta la sous-préfecture d’Alméria, que le nouveau gouvernement Ini fit offrir ainsi qu’une place dans la junta de subsistencias , actes politiques qui furent considérés comme des crimes de lèse-nation par les libéraux partisans des cortès de Cadix. Aussi se vit-il proscrit en 1814 et dépouillé de sa bibliothèque de même que de tous ses manuscrits; cette injusti-

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