CAUSALITÉ —- CAUSERIE
aussi pour d’autres parties des animaux : telles sont les dents de remplacement, les cornes caduques, etc., ou même chez les végétaux, les feuilles, les organes de reproduction, Oserait-on attribuer à des substances brutes la prévision préordonnée de pareils accidents et de tels secours?
Nous avons montré, dans l’article ArHÉISME (Tome IT, p. 165), qu'il serait impossible surtout d’attribuer à un mécanisme d’attraction moléculaire, à un jeu d’aflinités chimiques, l’organisation des yeux avec un cristallin et des humeurs en relation parfaite avec la lumière, ou des parties sexuelles si exactement appropriées à chaque espèce d’animaux (il en est de même dans les graines et les pollens des plantes), qu’elles excluent les mélanges des races éloignées. Mécanisme inconnu dans son essence, répondent les matérialistes, qui se gardent bien d’avouer aucune cause finale et prévoyante. Mais voici d’autres faits d'observation qui les forceront à s'expliquer mieux. Montrez-nous, savants philosophes, comment votre mécanisme si expert, insert soit dans l’encéphale, soit dans les nerfs viscéraux d’un animal, ces dispositions instinctives , originelles, inapprises et toujours constantes pour chaque espèce? Cependant une âme ou nature infuse a tracé d'avance dans le petit appareil nerveux du fourmilion ou de la guêpe cartonnière, nés orphelins après la mort de tous leurs semblables, la série des déterminations futures , parfaitement coordonnées, des instincts qu’ils déploieront successivement d’eux seuls, sans être encore instruits par des sens inexercés, dès l’état de larves, et dans les langes de leur enfance. Inventeurs des forces mécaniques de la matière, cette tâche vous appartient. On pourrait donc considérer toute l’histoire naturelle comme une théologie vivante , tant elle manifeste de faits semblables d'intelligence, qui tous nous reportent nécessairement à l'idée d’une suprème sagesse. Ne devenait-il pas indispensable qu’un moteur intelligent coordonnât d'avance, avec un génie incomparable, ces infinies marionnettes qui jouent sur le théâtre de notre planète, sans qu’elles connussent elles-mêmes les ressorts de leur existence, ni le but final de leur être? Ne sommes-nous pas des ouvrages pénétrés par cette énergie qui nous entraîne à naître, engendrer et mourir ; d’où l’on a dit avec vérité : in Deo vivimus, movemur et sumus. Elle est donc évidemment déléguée et préexistante à la formation des embryons, cette force d’intelligence organisatrice. Loin d’être un résultat de la structure , elle en devient le mobile premier et nécessaire; elle n’est donc pas une même chose avec le corps : l’effet ne précède jamais la cause.
Tout réside dans l’organisation , disait Cabanis. Mais quand, scrutant cette proposition, nous demandons d’où émane originairement cette coordination si savante, si prévoyante de toutes les parties, conspirant vers un but final, dans chacun des êtres animés , les matérialistes et organiciens confèrent à la matière brute ou minérale, et pensée, et prévision, et science profonde, entassant , avec une monstrueuse absurdité, toutes les vertus , toutes les qualités de la plus incompréhensible intelligence dans une fange putrescible , dans les masses les plus insensibles et les plus inertes. Tant ils redoutent l’aveu de la préexistence de cette productrice des causes finales, émanée du premier moteur de la nature, organisatrice de tant de créatures douées de formes spécifiques et de déterminations particulières, selon les attributions qui leur ont été départies dans la grande république du monde! J.-J. VIREY.
CAUSE (Philosophie). Voyez CAUSALITÉ.
CAUSE ( Droit). C’est le motif d’une action, le pourquoi on agit. Une obligation, un contrat ne sont valables qu’autant qu’ils ont une cause et que cette cause est licite. La cause est illicite quand elle est prohibée par la loi, quand elle est contraire aux mœurs ou à l’ordre public. Ce mot se prend aussi comme synonyme d’affaire contentieuse. En termes de pratique, cause se dit des procès qui suut plaïdés
es
à l'audience. On dit cause principale, cause incident, cause d'appel. On distingue les causes en sommaires ou ordinaires suivant la nature ou l'importance de la contestation. Les causes ordinaires sont les demandes formées avec Litres, lorsqu'elles n’excèdent pas quinze cents francs, et dans lesquelles on doit observer les formes et les délais de la procédure. On emploie l'expression de cause en état pour indiquer une affaire dont le payement ne peut être différé ni par une intervention, ni par la mort ou autres événements survenus aux parties et à leurs avoués. La cause est en état, quand la plaidoirie est commencée (voyez RE- PRISE D'INSTANCE , INTERVENTION),
Le mot cause se prend aussi, dans le langage du barreau, comme synonyme de droits et d’action dans lexpression ayant cause qui désigne celui qui succède à un autre dans certains droits ou certaines actions, soit à titre universel, soit à titre particulier : ainsi l'héritier, relativement à la succession, et le légataire, relativement aux legs, sont les ayant cause du défunt, comme l’acquéreur est l’ayant cause du vendeur, et le cessionnaire l'ayant cause du cédant.
CAUSE GRASSE. On appelait autrefois ainsi une cause, presque toujours supposée, que l’on avait l'habitude de plaider et de juger avec pompe en plein parlement l’un des jours gras; chacun des avocats venait expliquer à la barre les griefs de sa partie avec toute la liberté et toute la licence qu'autorisait le carnaval; le ministère public développait ses conclusions et la cour rendait arrêt. Le président Lamoignon fit rendre arrêt le 18 février 1617, déclarant qu’il ne serait plus plaidé de cause grasse. Toutefois, cet arrêt resta d’abord sans exécution, tant l'usage était invétéré au palais; mais après quelques années, cette coutume se perdit entièrement.
CAUSERIE, CAUSEUR. La causerie est l'intimité de la conversation, cest un laisser-aller du cœur et de l'esprit. Avant la révolution de 1789, on se réunissait en cercle, c’est-à-dire qu’on se trouvait en présence de femmes et d'hommes choisis; on s’énonçait donc avec grâce, noblesse et facilité; en moins de quelques heures, on touchait aux questions les plus futiles comme les plus graves : c'était un auditoire plein de finesse, de goût, de mobilité, qu’il fallait captiver ; alors ne régnait pas la causerie. Maintenant qu’on entasse en masse les premiers venus dans un salon, nul ne s'empare plus de la parole : si, par bonheur, on aperçoit un vieil ami, on se porte à sa rencontre, et l’on s’engage dans une causerie à voix basse, qui se prolonge si l’on peut se retirer dans une embrasure de croisée. Cette différence dans les usages explique pourquoi la première Constituante a compté de si grands talents, et pourquoi, depuis quarante ans bientôt, nous n’avons eu dans toutes nos assemblées délibérantes que de si tristes parleurs. La causerie , en laissant beaucoup trop de place à un naturel vulgaire, exclut ce choix d'expressions, ce tact des convenances, cette heureuse hardiesse que la tribune exige. D'un autre côté, quand tous les rangs ne seraient pas confondus dans un salon, une certaine crainte ferait hésiter à prendre la parole. Nous ne vivons qu’en proie à des émotions politiques ; or, la conversation reproduisant l’existence de tous les jours, chaque mot enfanterait un orage : aussi on s’isole même dans la foule pour ne pas se disputer.
Les femmes, qui sentent si tôt et si juste, réussissent d’instinct dans la causerie, où , idées et sentiments , tout leur échappe; elles ne triomphent jamais aussi bien que lorsqu’elles s’épanchent. Dans ce genre, il faut aux hommes de l’âge et de l'expérience. Les vieillards, qui ont été beaucoup mélés au monde, ont une causerie qui attache et instruit : ils enseignent ce que les livres ne peuvent révéler, c’est-àdire une multitude de traditions qui constituent le savoirvivre. Les hommes de génie, confinés dans la solitude, se montrent gènés au milieu d’un cercle; mais, en retour, la présence de quelques amis les anime et les enflamme; certaines de leurs causeries entraînent encore plus que leurs
Cr
ouvrages médités : cest le premier jet de l'inspiration.
Il faut se garder de confondre le causeur, soit avec le bavard, soit même avec le babillard. Comme ce dernier , il ne fatigue pas, parce qu’il s’arrête à certaines limites. Ce qui le caractérise, c’est un besoin de se mettre en rapport avec ceux qu’il aime, et dont il est aimé. Il y a, dans ce genre de eommunication , un charme toujours nouveau. On évite le bavard , on se moque du babillard, mais on se plaît avec le causeur, et on lui passe ses redites, parce qu’elles partent du cœur. Dans une famille bien unie, on attend la dernière heure du soir avec impatience : on cause alors entre soi, on récapitule ce que l’on a éprouvé dans le jour, on partage en commun tout ce que l'on a recueilli de bien et de mal , on jouit mieux de l’un, on souffre moins de l’autre. Les politiques , qui sont chargés de grands intérêts, ont besoin d’une espèce de causeur en titre; ce n’est pas un œœurtisan, ils s’en défieraient : c’est un homme qui leur est attaché, et qui, sans y prendre garde, se dévoile à eux tout entier. Ce contraste les ravit, et le plaisir qu’ils en ressentent est tel, que de leur premier mouvement ils accordent à la naïveté subalterne ce qu’ils refusent à l'intrigue la plus habile. Les caractères taciturnes ont quelques occasions où ils deviennent causeurs à l'excès ; c’est lorsqu'un grand bonheur leur arrive à l’improviste : ils cèdent alors au besoin d’en parler, et sans cesse et à tons. Hans SAINT-PROSPER:
CAUSES CÉLEBRES. On a souvent compilé sous ce titre le récit de diverses affaires criminelles qui, par le scandale des détails, l’énormité du forfait, la haute position des inculpés ou toute autre circonstance, sont demeurées fameuses dans la mémoire des hommes. Les causes célèbres les plus connues sont le procès contre l’ordre des Templiers, le duel judiciaire d'Aubr y deMontdidier et du chien de Montargis; les procès de Jean Chätel et de Ravaillac, du faux Martin Guerre, d'Urbain Grandier, de la maréchaled’Ancre, de la marquise de Brin villiers, de la Voisin, des Calas, de Cartouche, de Mandrin, du chevalier de Labarre, de Lally- Tollendal, l'affaire du Collier, les procès de l’épicier Desrues, de Lesurques, du prétendu comte de Sainte-Hélène, de Fualdès, de Fonk, de Castaing,de La Roncière,deLacenaire, de madame Lafarge, du duc de Praslin, du frère Léotade, de Bocarmé, de Dumollard, des médecins Palmer et La Pommerais, de la famille Jeufosse, de la femme Doize, de Troppmann et de Pierre Bonaparte.
CAUSSIDIÈRE (Marc), préfet de police en 1848, est né à Genève, le 18 mai 1808, dans une famille d’honnêtes artisans lyonnais. Jusqu'en 1834 il appartint alternativement à la fabrique de Lyon et à celle de Saint-Étienne, où il s’occupait surtout de courtage , et pour faire de lui un homme politique il ne fallut pas moins que la sanglante collision qui éclata au mois d’avril 1834 dans la seconde ville de France, à la suite des troubles que le parti républicain y provoqua en même temps que sur divers autres points du territoire ; troubles dans lesquels, grâce à une stature colossale, qui le désignait tout naturellement pour chef un jour d’émeute, il avait été donné à Marc Caussidière de jouer un certain rôle. Traduit alors devant la cour des pairs pour ÿ répondre de la part qu'il avait prise à l'insurrection de Saint-Étienne, sœur de celle de Lyon, il figura dans le fameux procès-monstre, et n'y déploya ni plus ni moins d'énergie que ses 164 coaccusés,
Le pouvoir, on se le rappelle, avait commis l’immense, l'irréparable faute, de distraire de leurs juges naturels les individus compromis dans ces troubles et de profiter de l’évidente connexité des faits pour traduire devant un tribunal exceptionnel les hommes accusés d’avoir été les meneurs des différents mouvements insurrectionnels dont Lyon, Saint-Étienne, Grenoble, Besançon , Marseille, Paris, Lu-