‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 502 sur 556 · CAUSSIDIÈRE — CAUSSIN DE PERCEVAL · texte numérisé non relu

CAUSSIDIÈRE — CAUSSIN DE PERCEVAL

On ne peut disconvenir toutefois que sous l'écorce rude et grossière du nouveau préfet de police se cachait une finesse d’esprit et une netteté de vues qu’on trouve rarement réunies à un si haut degré chez le même individu. Il y a justice aussi à reconnaître que, bien différent de la plupart de ceux que le flot de Février porta au pouvoir, Marc Caussidière, dans cette position si nouvelle pour lui, etoù on luieut presque pardonné d’être frappé de vertige, ne se montra pas inférieur aux fonctions que le hasard lui avait dévolues. Il essaya de faire de l'ordre avec du désordre, comme il le dit plus tard lui-même si pittoresquement ; il s’efforça de rassurer la population parisienne et de favoriser partout la reprise du travail. Dans le personnel de l'administration à la tête de laquelle il avait été placé, il ne fit presque pas de mutations et on n’a à lui reprocher aucun acte de brutale réaction ou de népotisme. Il ne faut donc pas être surpris qu’un certain vernis de popularité se soit momentanément attaché à son nom. Par contre, il perdit alors dans l'estime de ses anciens amis et complices tout ce qu’il gagnait dans l’esprit de la grande majorité de la population ; l'énergie et la franchise avec lesquelles il tenta de réprimer la fameuse démonstration anarchiste du 17 mars organisée par Blanqui jeune et par quelques autres coryphées du communisme, achevèrent de le faire décidément ranger parmi les réaclionnaires de ce temps-là. L’appui qu’il prêta encore à l’ordre dans la journée du 16 avril le démonétisa complètement parmi les frères et amis ; aussi, lors des élections du département de la Seine pour l’Assemblée constituante qui devait se réunir le 4 mai suivant, son nom, devenu par un étrange revirement d’idées symbole d'ordre et d'autorité, sortit-il de l’urne à une immense majorité.

Le rôle joué par Marc Caussidière dans la journée du 15 mai fut des plus équivoques. Voici ce qui explique l’attitude nouvelle subitement prise par le préfet de police. Il avait trop de sagacité pour n’avoir pas tout de suite apprécié la majorité de l’Assemblée et ses tendances, et pour n'avoir pas vu que la France répugnaïit à la formede gouvernement dont lui et ses amis avaient voulu la doter malgré elle. Son parti avait été bientôt pris, et il avait alors passé

“avec armes et bagages, ou, pour mieux dire, il était rentré dans le camp des républicains quand même, de ces fanatiques qui prétendaient faire déclarer solennellement par PAssemblée constituante que la République, gouvernement d'institution divine, esé au-dessus du droit des majorités. Seulement, il avait voulu voir ce qu’il adviendrait d’un conflit que tout annonçait devoir être prochain, et, avant de prendre à l'égard de la majorité l'initiative des hostilités, il n'avait pas été fâché de savoir au juste en faveur de quel parti s’était prononcée la victoire.

L'Assemblée nationale ne s’y trompa point et lui demanda compte de son inaction au milieu de la crise redoutable qui avait failli lui enlever la souveraine puissance. Marc Caussidière se défendit à la tribune. Son discours, entremêlé de bons et francs jurons qui firent beaucoup rire l'assistance, ne manqua ni de finesse ni d'adresse, mais ne convainquit personne. Ce fut tout aussi inutilement qu'il chargea un vieil ami de dix ans, M. Lingay, de lui rédiger un mémoire justificatif, qui fut distribué aux législateurs. Le préfet de police comprit alors qu’il ne lui restait d’autre parti que de donner sa démission sans: attendre qu’on la lui donnat, et d’en appeler aux électeurs de qui il tenait son mandat législatif. Le département de la Seine le lui renouvela encore à une très-grande majorité, et il alla s’asseoir cette fois triomphalement à la crête de la Montagne, où on put le voir pendant quelque temps manœuvrer et brailler sous la direction de Louis Blanc. Non moins compromis que lui dans les affaires de juin, il fut décrété d'accusation par l’Assemblée en même temps que Louis Blanc et Albert, et passa avec eux en Angleterre, d’où il fit paraître dans le cours de cette même année 1848 une nouvelle apologie de sa conduite

politique sous le titre de Mémoires de Caussidière (2 vol., Paris, 1848). La lecture de ces Mémoires apprendra fort peu de choses aux hommes qui ont suivi les événements accomplis sous la dynastie de Juillet. II faut bien se garder d’ailleurs de prendre pour paroles d’évangile tout ce que l’auteur y avance ; il cède évidemment trop souvent, peut-être sans le savoir Iui-même, à la tentation de gro :sir hors de toute proportion limportance de son rôle personnel et celui de ses amis dans l’histoire contemporaine. Aussi bien, il ne dit que ce qu'il veut dire et ne dit pas tout ce qu’il sait.

Sur la terre étrangère, l’ex-préfet de police de 1848 eut le bon esprit de ne pas croire qu’il dérogerait en reprenant sa profession de courtier en vins et eaux-de-vie; moitié curiosité, moitié sympathie pour le côté honorable du rôle * qu’elle lui avait vu jouer en politique depuis février, l’aristocratie britannique accueillit les offres de service du proscrit français, et il fit une petite fortune dans cette partie. Malheureusement il voulut étendre ses affaires jusqu'aux États-Unis où il se rendit lui-même, el n’y réussit pas. Une grave maladied’estomac le jeta dans la misère, A peine rétabli il se rembarqua pour l'Angleterre, et bientôtcédant aux instances de sa sœur il profita de l’amnistie générale pour revenir à Paris; au bout de quelques jours il y mourut (27 janvier 1861 ).

CAUSSIN DE PERCEVAL (JEAN-JACQUES-AN- TOINE), orientaliste, né à Montdidier, le 24 juin 1759, vint jeune à Paris; il apprit la langue arabe au Collège de France, où il l’enseigna à son tour depuis 1783. En outre il eut la place de garde des manuscrits orientaux à la Bibliothèque du Roi, et la conserva jusqu’à la chute de Louis XVI. Membre de l’Académie des inscriptions en 1809, il mourut le 29 juillet 1835, à Paris. Outre divers mémoires imprimés dans le recueil de sa compagnie, il a traduit du grec : l’Expédition des Argonautes, d’Apollonius de Rhodes (1796, in-8°); du latin : {’Argonautique, de V.Flaccus (1818), et de l’arabe : His/otre de la Sicile sous La domination des musulmans, d'Hawaïri (1802, in-8), une Suite des Mille et une nuits (2 vol. in-12), et Tables astronomiques d’El-Iounis (1810, in-4). On lui doit aussi une excellente édition des Fables de Lokman et une autre des Séances d’Harrri (1818).

CAUSSIN DE PERCEVAL (ArmaND-PIERRE), fils du précédent , né le 11 janvier 1795, à Paris, fut envoyé en 1814 comme interprète à Constantinople, visita ensuite la Syrie et remplit les fonctions de drogman à Alep. De retour en France il enseigna l'arabe à l'Ecole royale des lan-

”gues (1821), puis au Collège de France (1835). Il fut ad-

mis en 1849 dans l’Académie des inscriptions. Ses principaux ouvrages sont : Précis historique de la guerre des Turcs contre les Russes de 1769 à 1774 (1822, in-8); d’après les Annales de Vassif-effendi; Grammaire arabe pour les dialectes d'Orient et de Barbarie (1833, in-8); Essai sur l’histoire des Arabes avant l’islamisme et jusqu'à la réduction de toutes les tribus sous la loi musulmane (1847- 1849, 3 vol. in-8), ouvrage considérable rédigé d’après des sources inédites. Il a aussi publié une révision augmentée du Dictionnaire français-arabe d’Ellious Bocthor (1828-

, 1829, 2 vol. in-4).

Son frère, Eugène Caussin DE PERCEVAL, né le 31 décembre 1797, était entré dans la magistrature. Procureur du roi sous Louis-Philippe, il devint procureur général après la révolution de 1848, et prit place le 5 mai 1851 dans le Conseil d’État, où l'avaient porté les suffrages de l'Assemblée législative. Le régime napoléonien ne nuisit point à sa fortune politique : il fut en effet nominé, dès le mois de janvier 1852, premier président de la Cour d’apyel de Montpellier, et appelé, le 31 octobre 1855, à Paris en qualité de conseiller à la Cour de cassation. Il est mort le 12 février 1865.

CAUSTICITE, dénomination défavorable d’une des facultés de l'esprit, qui, après avoir démêlé les défauts et les travers des gens , les remarque d’une manière toujours désagréable pour ceux qu’elle signale. Il faut être spirituel , instruit, de bonne compagnie, pour avoir de la causticité : autrement on n’est que méchant et grossier. Les inflexions de la voix , l’expression du visage, aident beaucoup à la causticité de l'esprit. Tel mot serait passé inaperçu dit par un homme, qui, prononcé par un autre, est remarqué, devient piquant et blesse. Une tendance habituelle à la causticité est incompatible avec la bonté, l’indulgence et la politesse; elle éloigne des liaisons intimes et de l’amilié. On craint toujours pour soi la causticité , quoique parfois elle amuse, exercée aux dépens d'autrui. On voit assez souvent dans le monde des gens fort benins y prétendre par une vanité mal entendue, qui ne les rend point haïssasables, mais ridicules. Beaucoup d'écrivains cherchent à réussir par ce moyen , quoique la nature ne leur ait point départi ce qu’il faut de finesse et d'originalité pour constituer la causticité. On trouve des exemples admirables de ce genre d'esprit dans les écrits de Pascal, de Bussy- Rabutin, de Beaumarchais, du duc de Lévis et de Paul-Louis Courier. C°“° pe Brapi.

CAUSTIQUE (Optique). Lorsque des rayons de lumière issus d’un même point tombent sur une ligne ou une surface courbe quelconque, ils sont réfléchis suivant des droites dont les intersections forment une autre ligne ou une autre surface courbe, qui, considérée, par rapport à la première, prend le nom de caustique par réflexion. En remplaçant dans cet énoncé les rayons réfléchis par les rayons réfractés , la courbe ou la surface obtenue est une caustique par réfraction. Le nomdes caustiques (fait de xaiw, je brûle), vient de ce que , chacun des points qui les constituent résultant de l'intersection de deux rayons lumineux, la chaleur qui accompagne la lumière s’y trouve accumulée. Les caustiques par réflexion sont encore nommées catacaustiques (de xarà, contre, et xxiw ), pour les distinguer des caustiques par réfraction ou diacaustiques (de ëtx, à travers, et xaiw). Comme on peut faire occuper au point lumineux une infinité de positions différentes , chaque courbe a une infinité de caustiques de l’une et de l'autre sorte. La construction de ces courbes n’est qu’un problème de géométrie. Si on l’effectue dans certains cas particuliers, on trouve que la catacaustique d’un miroir parabolique se réduit à un point unique, le foyer du miroir, lorsque les rayons lumineux sont parallèles à son axe; la catacaustique d’un miroir sphérique se réduit également à un point, lorsque les rayons lumineux, partant tous du centre, reviennent s’y réunir, en vertu de la loi fondamentale de la réflexion , etc.

Au moyen d’un appareil des plus simples, il est facile de se rendre évidents les déplacements , les transformations des caustiques par réflexion. Qu’on prenne un demi-cylindre de fer-blanc d’un diamètre quelconque, bien poli en dedans ; qu’on le place verticalement sur une table couverte d’une feuille de papier : mettant ensuite une petite bougie vis-à-vis, on verra se former une caustique lumineuse par réflexion ; à mesure qu'on approchera la bougie de la surface réfléchissante, on verra la caustique se porter de plus en plus en avant; si l’on place la bougie sur l’axe du demi-cylindre, on ne verra plus aucune courbe lumineuse; mais si on la rapproche encore , la caustique reparaîtra dans une position inverse, et, quand on placera la bougie au milieu du rayon du demi-cylindre, on verra les branches de la courbe caustique se séparer ; si on rapproche la bougie davantage, les branches de la caustique se porteront sur les côtés de la surface cylindrique. Bientôt on apercevra un point lumineux dans le miroir lui-même : ce sera un signe que les caustiques se forment au delà de la surface réfléchissante, 1] est tout aussi facile d'examiner la marche des caustiques

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