‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 504 sur 556 · CAUSTIQUE — CAUTÈRE · texte numérisé non relu

CAUSTIQUE — CAUTÈRE

portionnées à la nature du caustique et à la sensibilité du tissu ; et lorsque l’action chimique est épuisée, il reste une escarre, dont les proportions et l'aspect varient également suivant la quantité et la nature de l'agent destructeur : ainsi, l'acide sulfurique produit une escarre noirâtre, l'acide nitrique colore les tissus en jaune, l'acide hydrochlorique les blanchit, la potasse et la soude donnent des escarres grisâtres, ete. En même temps que l’escarre s’est formée, les surfaces environnantes sont devenues le siége d’une fluxion inflammatoire, qui se dissipe assez promptement, mais à laquelle succède bientôt une nouvelle inflammation qui constitue le travail éliminateur par lequel l’escarre, devenue corps étranger, doit être détachée des tissus vivants. Ce phénomène varie également suivant l’espèce de caustique : les uns provoquent une suppuration abondante, et les autres laissent à nu des surfaces presque sèches et cicatrisées : telle est la pâte de Rousselot. L’escarre une fois tombée, l’action appréciable du caustique est terminée et la plaie rentre dans la catégorie des plaies et des ulcères. D° Force.

CAUT et CAUTELE, anciens mots français, faits tous deux du latin cautus ( fin, prudent, avisé, circonspect ), dérivé lui-même du verbe cavere, prendre garde, se tenir sur ses gardes, prendre ses précautions. Le premier, qui a disparu tout à fait de la langue pour faire place à son équivalent cauteleux, selit dans /a Satire Ménippée, appliqué au roi d’Espagne Philippe 11. Marot a dit aussi, en parlant du partage de la terre, qu’elle

Fut divisée en bornes et parties Par mesureurs fins, cauts et déceptifs,

Cautèle, qui était pris dans l’acception de ruse, finesse, précaution, prévoyance, était usité en droit, surtout en droit canonique, en parlant des absolutions à cautèle, qu’on prenait à cautèle, pour se mettre en sûreté de conscience. Ainsi, quand un prêtre était excommunié ou seulement interdit par une sentence, s’il voulait en appeler pour rentrer dans l'exercice de son ministère , il était obligé d'obtenir des lettres d'absolution à çautèle. Plus tard, on réduisit l’effet de l’absolution à cautèle au droit d’ester en jugement et de poursuivre en justice, sans lui attribuer la force de suspendre l'interdiction; en sorte qu’un prêtre qui avait été absous ad cautelam n'avait pas recouvré par ce seul fait le droit de dire la messe.

Au palais, l'expression de cautèle est encore usitée dans le sens de précaution. On dit qu’un acte a des cautèles lorsqu'on y a prévu les difficultés auxquelles pouvaient donner lieu les conventions des parties contractantes.

Edme HÉREAU.

CAUTELEUX, celui dont on n’a jamais, en réalité, la parole , qui se prépare toujours une échappatoire , et qui, sans se dédire positivement, parvient à se dégager de toute espèce d’engagement. On réussit avec beaucoup de pénétration à déjouer le diplomate le plus habile; on échoue en affaires avec un simple paysan qui ne sera que cauteleux. On ne sait sous quelle forme le saisir; il s’efface, se replie, et, pour une difficulté sur laquelle il cède, il en tient mille en réserve. On n'arrive jamais à une transaction définitive ; c’est tout au plus une trêve passagère qu’on signe avec le cauteleux; on ne s’en méfie pas parce qu’il rampe et se glisse : c’est sa manière d’arriver infailliblement au but. Le Gascon, audacieux et adroit, éprouve plus de mécomptes que le Normand, timide et cauteleux. En résumé, c’est un caractère qui ne se compose que de ruses et de précautions, et qui excelle à conserver pour toujours ce qu’il aura subtilement détourné une fois. C’est dans la défensive qu’il développe le mieux toutes ses ressources. Maintenant voici son mauvais côté : il inspire une répulsion universelle; on évite donc tout rapport avec un homme bien connt pour être cauteleux ; on ne croit plus à sa bonne foi, même quand elle lui est indispensable. C’est un ostracisme qui est lancé

contre lui par l’opinion publique. Enfin, un mépris ineffacable s’attache à ce genre de caractère et le ravale au-dessous du crime; car il est des circonstances où celui-ci étonne par son éclat, sa grandeur et sa sincérité. SAINT-PROSPER.

CAUTERE ( de xaiw, je brûle ). Ce mot a trois significations bien distinctes : il sert à désigner, 1° certaines substances qui ont la propriété de détruire les tissus en se combinant chimiquement avec eux, substances que lon appelle plus particulièrement caustiques ; 2° des instruments métalliques qui, servant de véhicule au calorique, ont aussi pour effet de détruire les tissus en les brûlant : ce sont les cautères proprement dits ; 3° l’on entend également par le mot cautère une petite plaie, une sorte d’ulcère artificiel ou fonticule, qu’on entretient au moyen d’un corps étranger qui l'empêche de se cicatriser. Les caustiques ayant un article spécial, il ne nous reste plus qu’à envisager le mot cautère sous les deux dernières acceptions.

Le cautère instrument se compose d’une tige métallique, de forme et de dimensions variables, et d’un manche destiné à tenir l'instrument sans se brûler. Tantôt ce manche est fixe ; d’autres fois il s'adapte à la tige au moyen d’une vis de pression. Les anciens, les Arabes surtout, avaient singulièrement multiplié la forme des cautères. Scultet, dans son Armamentarium , en a figuré quarante-cinq espèces. A l’époque où l’on attribuait des vertus occultes aux métaux précieux, on employait ceux-ci pour la confection des cautères, mais aujourd’hui l’on préfère le fer ou l’acier comme les meilleurs conducteurs du calorique. Sous le rapport de la forme, on emploie des cautères en roseau, conique, cultellaire, nummulaire, octogone, olivaire, etc. Pour s’en servir, on les fait chauffer dans un réchaud à charbon jusqu’au rouge brun, rouge cerise ou à blanc. Cette dernière couleur indique le plus haut degré de chaleur, et l’observation a démontré que son application est moins douloureuse que celle des degrés inférieurs. Le mode d’application varie suivant qu’on se borne à les approcher des surfaces qu’on veut aviver (cautérisation objective), ou qu'on pratique des raies de feu (cautérisation éranscurrente), ou qu’enfin on veut désorganiser profondément (cautérisation inhérente). On fait le plus souvent usage des cautères pour arrêter une hémorrhagie quand la ligature et les autres moyens sont inapplicables, pour détruire le principe vénéneux de certaines plaies, telles qu’elles résultent de la morsure d’une vipère ou d’un chien enragé; pour exciter certaines parties affectées de lésions chroniques, telles que les tumeurs blanches ; pour changer le mode de vitalité de certaines tumeurs, telles que le charbon, la pustule maligne ; pour modifier ou détruire certains tissus ulcérés ou végétants, ulcères rongeants, carcinomateux, etc.

Le cautère fonticule est, avons-nous dit, un petit ulcère artificiel qu’on peut établir de plusieurs manières, soit en faisant à la peau une incision de quelques millimètres, dans laquelle on place d’abord une petite boulette de charpie, puis une ou plusieurs boules d’iris; soit en détruisant au moyen d’un caustique, et le plus souvent de la pierre à cautère (potasse caustique), un point circonscrit de Ja peau, d’où résulte une perte de substance, un vide dans lequel on place également un corps étranger. On peut encore établir un cautère en plaçant à la surface de la peau, dénudée au moyen d’un vésicatoire, un pois sur lequel on exerce une compression permanente telle qu’il se creuse une cavité dans l’épaisseur des téguments. On établit et on entretient aussi un cautère au moyen de l’écorce de garou ou saint-bois.

On peut appliquer les cautères sur tous les points de la surtace du corps, mais on choisit en général les parties où le tissu cellulaire oftre une certaine épaisseur, dont les téguments sont peu mobiles, par exemple la partie supérieure externe du bras, la partie inférieure et interne de la cuisse, la nuque, les parois de la poitrine etc. Le choix du corps

étranger n’est pas indifférent, les pois ordinaires sont faciles à se procurer, mais ils se gonflent et occasionnent de la douleur ; les petites oranges exercent parfois trop d'irritation; les boules d’iris sont préférables.

On modère et l’on active les cautères avec.des topiques adoucissants, cérat, cataplasmes, ou des onguents irritants, tels que l’onguent de la mère, la pommade de garou, la pommade épispastique. On réprime les végétations au moyen de l’alun calciné, de la pierre infernale. L'entretien d’un cautère nécessite certaines précautions relatives à l’odeur qu'il répand, et qu’on prévient au moyen de pansements faits avec soin et suffisamment renouvelés. La plupart des personnes assujetties à la nécessité de porter un cautère au bras apprennent à se panser elles-mêmes, et, pour plus de facilité, font usage d’une sorte de bracelet muni de lacets en patte d’oie; c’est en partie pour cela qu’il convient d'établir le fonticule au bras gauche, qui est aussi celui qui exerce le moins de mouvements. Il est prudent de placer par-dessus l'appareil de pansement une plaque de carton ou de métal, qui préserve des violences que le cautère pourrait éprouver de la part des agents extérieurs. D° Foncer.

Les médecins considèrent en général les cautères fonticules comme de puissants révulsifs, c’est-à-dire, comme excitant une irritation locale qui fait disparaître et absorbe l’inflammation principale, Cette manière d’agir leur est commune avec les vésicatoires ; maïs ilest probable qu’ils ont, en outre, une action particulière : on peut les regarder comme de nouveaux organes sécréteurs, qui agissent aussi par l’évacuation purulente qu'ils entretiennent; les diverses sécrétions sont en effet solidaires et se lient les unes aux autres.

«On a beaucoup abusé des cautères, dit le docteur Beaude, en s’en servant indistinctement dans toutes les affections chroniques ; ils sont plus nuisibles qu’utiles dans les maladies nerveuses, et leur action est tout à fait nulle pour guérir les maladies organiques, les hydropisies, les tumeurs enkistées, etc. Les cas où ils peuvent être de quelque utilité sont : la phthisie Commençante, surtout lorsqu’elle coïncide avec la suppression d’une fistule, d’une plaie ou d’un écoulement habituel; cértains vieux catarrhes du poumon et de la vessie ; des ophthälmies chroniques et rebelles, liées à un vice dartreux ou scrofuleux ; quelques maladies de la peau, de l'utérus, etc. Comme alors les cautères doivent être entretenus longtemps, on les place, en général, dans un des lieux d'élection, Les médecins les emploient encore avantageusement dans le traitement de plusieurs maladies chroniques des os et du périoste ; tels sont les tumeurs blanches, le mal vertébral de Pott. Ils les placent alors tout près du siége du mal et les suppriment après la guérison de la maladie, Ceux qu’on a placés dans les lieux d'élection sont souvent constamment conservés et servent alors de remède prophylactique ou palliatif de la maladie qui a déterminé leur application. Mais nous devons nous élever ici contre les craintes superstitieuses de quelques personnes qui ont voué une sorte deculte à leur cautère et ne croiraient pouvoir s’en séparer, sans être menacées d’une foule de maladies : cette idée, reste des anciennes théories humorales qui ont régné en médecine, doit être rejetée. »

CAUTERETS (Eaux de). Dans le département des Hautes-Pyrénées, à quelques kilomètres de Saint- Sauveur et de Baréges, qui sont au couchant, et des Eaux-Bonnes, qui sont au levant, on trouve le bourg de Cauterets, si célèbre pour ses eaux thermales et sulfureuses. Ces eaux ont même odeur, même saveur et même composition que les autres sources sulfureuses des Pyrénées. Cauterets lui-même est un des plus jolis bourgs de France : ses quatre-vingts à cent maisons sont de petits palais, où l’ardoise abritele marbre ; d'élégants balcons règnent à l'entour.

Les sources de Cauterets sont au nombre de dix. Tout près du bourg sont les bains Bruzaud, dont l'établissement est magnifique. À l’orient et à la distance de quinze à seize

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