‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 508 sur 556 · CAVAIGNAC — CAVALCANTI · texte numérisé non relu

CAVAIGNAC — CAVALCANTI

geant sur la surbordination militaire les idées que le capitaine Cavaignac se faisait gloire de professer en 1832, et prétendant, comme lui, avoir le droit d'établir des distinctions en matière d'obéissance passive, ce premier devoir du soldat sous les armes. Une victoire complète, mais hélas! horriblement sanglante (voyez Juin 1848 [Affaires de |) couronna les patriotiques efforts de l’armée unie avec la garde nationale. Le 28, la circulation était libre sur tous les points de Paris, et le général venait noblement remettre à l’assemblée les pouvoirs discrétionnaires qu’elle lui avait confiés. Des applaudissements unanimes éclatèrent à la vue d’un devoir si dignement rempli, et l’Assemblée reconnaissante nomma alors le général Cavaignac chef responsable du pouvoir exécutif jusqu’au moment où serait mise en vigueur la constitution nouvelle qu’elle était en train de faire pour la France.

Reconnaissons-le hautement : Cavaignac, dans ces épouvantables journées de Juin 1848, a eu l’impérissable gloire de sauver son pays, et jamais tout ce qui porte un cœur vraiment français ne pourra l’oublier.

En voyant l'isolement et l'obscurité qui sont aujourd’hui le lot du sauveur de la France, il semble qu’on serait en droit de croire qu’elle ne le paya que de la plus noire ingratitude. Mais en cela on se tromperait étrangement.

Le malheur du général Cavaignac, c’est d’avoir été avant tout au pouvoir suprème l'incarnation d’une bruyante et impuissante coterie que pendant dix-huit ans la France avait vue revendiquer exclusivement l’honneur de représenter l’idée de progrès et de liberté en ce qui touchait ses affaires intérieures et le sentiment de la dignité nationale à l'égard de l'étranger ; qui cependant n’eut pas plutôt été rendue arbitre des destinées du pays par la révolution de Février, qu’elle renia tout son passé, donna le plus complet démenti aux belles théories qu’elle avait professées dans les rangs de l'opposition, et, dans ses rapports avec les puissances, se montra plus humble et plus obséquieuse que ne l'avait jamais été le gouvernement qu’elle avait réussi à renverser.

La France soupirait ardemment après le rétablissement du principe tulélaire d'ordre et d'autorité. Elle avait le plus impérieux besoin de tranquillité et de sécurité; et aucun des nombreux concurrents qui sollicitaient du suffrage universel la présidence de la République, clef de voûte donnée par les législateurs de 1848 à leur constitution, ne lui offrait sous ce rapport de suffisantes garanties. Peut-être à ce moment, si M. le comte de Chambord n’avait pas cru que sa grandeur et sa dignité lui commandaient d'attendre outre Rhin que la France s’en vint le supplier de la sauver de l'anarchie, de nombreuses sympathies eussent-elles accueilli ses offres de services. Le représentant dn grand nom de Bourbon garda le silence, et il n’y eut plus dès lors qu’une seule candidature possible, celle d’un homme en butte jusqu’au dernier moment aux mépris, aux insultes et aux calomnies systématiques de ceux qui gouvernaient alors. Louis-Napo@léon fut élu président par six millions de voix. La veille encore inconnu du plus grand nombre, il n’avait eu pour agir sur les masses que l’impérissable prestige resté attaché au plus glorieux nom des temps modernes. Cette formidable majorité, ralliée ainsi tout à coup malgré les intrigues des partis, était une protestation manifeste contre les principes que quelques centaines d’ambitieux essayaient de faire prévaloir depuis huit mois et qui avaient eu pour résultat de suspendre le travail national, d’anéantir tout commerce, toute industrie, et de faire mettre audacieusement en question jusqu’au droit sacré de la propriété, jusqu’à l'existence de la famille comme base de la société.

Le général Cavaignac eut alors le tort irréparable de se tenir pour solidaire de la défaite personnelle essuyée dans sa candidature par ses anciens amis politiques , et de Ja repugnance profonde qu’ils inspiraient à l'opinion. Un senti-

ment d'irritation qu’il était bien difficile de ne pas attribuer au désappointement, peu digne de lui par conséquent, le poussa àse ranger ouvertement parmi les adversaires du Président de la République, parmi ceux qui mettaient tout en œuvre pour rendre impossible l’accomplissement des devoirs que lui imposait la constitution.

A la suite du coup d’État du 2 décembre 1851, le général Cavaignac , arrêté pendant quelques jours par mesure de précaution, crut devoir rentrer dans la vie privée. Dès ce même mois de décembre, il épousait une des plus riches héritières de France, la fille de M. Odier, ancien pair de France sous Louis-Philippe. Élu député de la Seine au Corps législatif, en 1852, il refusa de prêter serment et fut par ce fait déclaré démissionnaire. Les mêmes électeurs le choisirent encore en 1857, et il répondit à leur appel par la même fin de non-recevoir, Quelques semaines plus tard il succombait subitement à une maladie de cœur, dont il souffrait depuis longtemps, le 28 octobre 1857, dans sa maison de campagne d'Ournes (Sarthe). Son corps, ramené à Paris, fut inhumé au cimetière Montmartre à côté de celui de son frère Godefroy.

Le général Cavaignac a laissé un fils, né à la fin de 1852, qui a fait ses études au lycée Charlemagne et qui a été incorporé dans un bataillon de mobiles pendant le siége de Paris.

On a du général Cavaignac un mémoire intitulé : De La Régence d’Alger ; note sur l’occupation (Paris, 1839). Cet écrit, sagement pensé, contient des vues utiles et des aperçus éminemment pratiques.

CAVALCADE. Ce mot, dont l’acception s’est étendue à toute marche pompeuse de gens à cheval et même d’équipages, comme on en voit à Newmarket et àLongchamps, ne s’appliquait autrefois qu’au cortége des papes , soit lors de leur intronisation, soit dans les grandes solennités de l’église. On peut voir dans Aimon, Tableau de la cour de Rome, le détail curieux du cérémonial de ces cavalcades.

CAVALCADOUR (Écuyer). Ce mot, emprunté à l’espagnol cavalgador, indiquait autrefois un écuyer qui enseignait à monter à cheval. On l’employa plus tard à la cour des rois de France, pour désigner celui qui avait la surveillance des écuries du prince. Dans les derniers temps, l'écuyercavalcadour prenait rang après l’écuyer-commandant et les deux écuyers ordinaires. Les almanachs de la cour peu antérieurs à 1789 n’en mentionnent plus dansla maison du roi, mais bien dans celles de la reine et des princesses ses bellessœurs. Sous Napoléon 1°", l’impératrice et les princesses en avaient également. A la Restauration, leur nombre s’accrut ; et sous Charles X on en comptait douze, faisant leur service par quartier comme les anciens écuyers ordinaires. Ces fonctions cessèrent à l’avénement de Louis-Philippe.

CAVALCANTI (Guino), philosophe et poëte italien du treizième siècle, naquit à Florence, et fut l'ami du Dante. Ses poésies, qui brillent surtout par la noblesse du style, se rattachent pour la plupart à la première période de sa vie, et sont, à ce qu’il paraît, adressées à Mandetta, jeune fille de Toulouse dont il s’était épris à son retour de San-Iago en Galice, où il était allé en pèlerinage. A Florence, il épousa en 1266 une fille de Farinata Degli Uberti, chef du parti gibelin. A Ja mort de celui-ci, il le remplaça et ne tarda pas à avoir de sanglants démêlés avec Corso Donati, chef des Guelfes. La tranquillité de la ville en ayant été troublée, la bourgeoisie bannit les meneurs des deux factions. Les gibelins, notamment, furent exilés à Sarzana. L’air malsain qu'on y respire fut un motif pour les rappeler peu de temps après. Mais la santé de Guido Cavalcanti avait déjà tellement souflert, qu'il mourut en 1300. Sa canzone, Donna mi prega, etc., qui a été commentée par le cardinal Egidio Colonna (Sienne, 1602), est de toutes ses œuvres celle qui a le plus contribué à sa réputation, Cicciaporri a donné une #dition de ses Rime edile ed inedite (Florence, 1813).

CAVALCANTI (Grovanni), autre Florentin qui a laissé un nom comme historien, est auteur d’une Js{orie fiorentine comprenant l'intervalle de 1420 à 1452, avec force louanges à l'adresse de Côme de Medicis, et qui a été d’un secours fréquent à Machiavel comme source. La meilleure édition est celle qu’en a donnée Polidori (2 vol., Florence, 1838). On a aussi de Giovanni Cavalcanti une dissertation sur l'exil et le retour de Côme ( Della Carcere, ete.) qui a été publiée par Moreni (Florence , 1826).

CAVALCANTI (BarrocommEeo), né en 1503 d’une noble famille de Florence, combattit tout jeune encore pour la défense de la liberté de sa patrie contre les Médicis, et se distingua non moins par sa bravoure que par son talent oratoire. Après lemeurtre d'Alexandre et l'élection de Côme de Médicis, il se condamna volontairement à l’exil, séjourna pendant quelque temps à Ferrare, comme doit le faire présumer son étroite amitié avec Ricci et Pigna, de cette ville, et entra ensuite en France au service du cardinal Hippolyte d’Este. En dernier lieu il se rendit à Rome où Paul III l’employa dans d'importantes affaires. 11 passa les dernieres années de sa vie à Padoue, où il mourut en 1562. Sa Rellorica (Venise, 1559) traite de la rhétorique tout à fait au point de vue des principes d’Aristote. On estime aussi ses Trattati sopra gli ottimi reggimenti delle reppublice antiche e moderne (Venise, 1574; réimprimé aussi dans ks Classici italiani [Milan , 1805 |).

CAVALE, jument, femelle du cheval.

CAVALERIE , réunion d'hommes servant à cheval et combattant, soit isolément, comme les fanqueurs et les éclaireurs, soit en troupes appelées sections, pelotons, escadrons ou régiments. La nature et la taille des chevaux , leur équipement et la manière dont sont armés les cavaliers , ont établi, de tout temps, des différences sensibles dans l’emploi des troupes à cheval. Chez les nations sans discipline et sans lumières, la cavalerie est la première des armes; chez celles où la discipline et les lumières ont fait des progrès, elle n’est que la seconde, mais la seconde regardée comme nécessaire, comme importante, souvent même comme décisive : par conséquent , elle doit être portée à la plus grande perfection possible. La raison qui place la cavalerie en seconde ligne dans tous nos États de l’Europe, c’est qu’une carrière bien plus vaste y est ouverte aux opérations de l'infanterie. Cette dernière, en effet, propre aux siéges, aux combats, à toutes les natures de pays, demeure toujours la base principale de toutes les opérations militaires; elle pourrait au besoin se suffire à elle-même, tandis que la cavalerie, qui n’est, pour ainsi dire, propre qu’à une seule action, lackarge, età un seul terrain , ne peut dans le plus grand nombre de cas se passer de la protection de l'infanterie.

Tout en ne considérant la cavalerie que comme la seconde arme, elle n’en doit pas moins entrer nécessairement dans la composition d’une armée bien ordonnée, et sa juste proportion , déterminée par la nature du pays où l’on porte la guerre et celle des armées que l’on a à combattre, peut et doit beaucoup influer sur le résultat de la guerre. C’est la cavalerie qui décide souvent les batailles, soit en tournant les ailes de l'ennemi , soit en enfonçant une partie de la ligne; c'est elle qui en complète les succès en suivant l'ennemi avec vivacité, en attaquant, en séparant ses colonnes ébranlées, en lui enlevant, enfin, son artillerie, ses parcs, ses bagages, et en lui faisant des prisonniers. C'est elle encore qui protége l'infanterie dispersée et battue, et qui couvre les retraites. C'est elle qui compose les avant-gardes, qui fait les courses, qui éclaire la direction et les flancs des colonnes de l’armée en marche. C’est elle enfin qui assure les communications, protége l’arrivée des convois et garantit le repos et la tranquillité de l’armée. À la bataille de Marengo, cinq ou six cents hommes de grosse cavalerie, conduits par Kellermann, firent mettre bas les armes à la

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