‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 509 sur 556 · CAVALCANTI — CAVALERIE · texte numérisé non relu

CAVALCANTI — CAVALERIE

réserve des grenadiers autrichiens, et la bataille fut décidée. Si Napoléon avait eu à Lutzen et à Bautzen une cavalerie suffisante, l’Europe eût été probablement contrainte à demander la paix.

L'histoire du cheval et celle de Péquitation se lient intimement à celle de la cavalerie. D’après la Genèse, dès le temps de Jacob, l’usage du cheval était connu dans la Palestine. Au siècle de Job, il était habituel chez les Arabes. Isaïe dit que les Égyptiens passaient pour les meilleurs hommes de cheval de l'univers. Osymandias, si l’on croit Diodore de Sicile, mena contre les révoltés de la Bactriane vingt mille cavaliers. Or cet historien compte vingt-cinq générations entre Osymandias et Sésostris, qui vivait longtemps avant le siége de Troie. C’est à Sésostris que la plupart des historiens, sacrés et profanes, rapportent l'emploi dans les armées d’une cavalerie régulière, indépendante des chariots de guerre; ce que l’Écriture distingue clairement par ces mots : Hi in curribus et hi in equis. Le premier endroit où Moïse ait parlé avec détail de la cavalerie des Égyptiens, c’est dans le chapitre de l’Exode où il rend compte du passage de la mer Rouge (2513 avant J.-C., ou seulement 1491, selon Bossuet). Pharaon, qui les poursuivait, fut englouti, dit-il, par les eaux avec ses chariots de guerre et ses cavaliers : Currus ejus et equiles per medium maris, etc. L’historien Josèphe prétend que cette armée était composée de 200,000 fantassins, de 50,000 cavaliers et de 600 chars. Dans les livres hébreux il est souvent question de l’importance de la cavalerie : ils emploient, en en parlant, l'expression si pittoresque et si vraie de procella equitum (tempête de chevaux). Samuel, voulant faire renoncer les Juifs au désir d’avoir un roi, leur dit : « Vous voulez un roi; eh bien! il vous enlèvera vos enfants pour en faire des soldats ou des conducteurs de chariots de guerre, ou des cavaliers. »

Xénophon rapporte qu’il y avait de la cavalerie chez les Grecs dès avant la première guerre de Messénie, 743 ans avant J.-C., et dit positivement que Lycurgue distribua l'infanterie pesamment armée en six parties, ainsi que la cavalerie. Suivant Plutarque, Philostéphane attribue à Lycurgue l'organisation de la cavalerie par compagnies appelées oulames, dont chacune était de cinquante hommes, qui se rangeaient en carré. L'institution de Lycurgue remonte donc à l’an 884 avant l'ère chrétienne. Du temps de Xénophon, la cavalerie grecque était sur un tiès-bon pied; mais Plutarque dit qu’elle ne s’y maintint pas. Philopæmen, trouva cette arme dans le plus grand désordre ; heureusement il sut la relever. Il rendit ses cavaliers si robustes, si adroits, si légers, si prompts, que toutes les évolutions, tous les mouvements à droite, à gauche, ou de la tête à la queue, soit de tous les escadrons ensemble, soit de chaque cavalier seul, se faisaient avec tant de promptitude et d’aisance qu’on eût dit que toute cette cavalerie n’était qu’un seul et même corps qui se remuait d’un mouvement libre et volontaire. La cavalerie achéenne passa loujours depuis pour une des meilleures de la Grèce. Cependant avant les batailles de Leuctresetde Mantinée, les Grecs, en général, qui avaient déjà fait de grands progrès dans l’art militaire, ignoraient encore les avantages immenses qu'offre l'emploi d’une cavalerie instruite et nombreuse dans le cours d’une campagne. IL était réservé à Epaminondas de doter sa patrie de cette nouvelle force. Il parvint à recruter et à instruire un corps de cinq mille cavaliers réguliers. C'est là, à proprement parler, la première masse imposante de cavalerie dont les historiens dignes de foi fassent mention. A partir de cette époque, on vit la cavalerie faire des progrès notables dans toute la Grèce. Celle des Thessaliens , habitant un pays de plaines, se distingua des autres; Philippe et son fils Alexandre lui durent une grande partie de leurs succès. La cavalerie persanne était également très-nombreuse ; mais on fut à mème de ju:

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gei par les guerres d'Alexandre ce que l’ordre et la discipline donnent de supériorité sur le nombre.

Les premiers Romains, pauvres et ayant peu de chevaux, furent nécessairement de très-mauvais cavaliers; ils ignoraient même l’utilité et le véritable emploi de la cavalerie, car ils entravaient son action en la mêlant à l'infanterie. Cette méthode leur réussit cependant tant qu’ils n’eurent à combattre que les peuples d'Italie, dont la cavalerie n’était ni meilleure ni plus nombreuse ; mais les Gaulois et Pyrrhus ayant attaqué Rome avec des armées bien pourvues de cavalerie, les Romains apprirent à leurs dépens de quel secours peut être cette arme pour le gain des batailles. Ils progressèrent peu cependant dans cette nouvelle voie, et Rome avait déjà un ordre de chevaliers qu’elle ne possédait pas encore de cavalerie. Ce fut dans sa longue lutte avec Carthage qu’elle commença à en sentir le besoin; et, en effet, les deux nations eurent alternativement l’avantage des armes, selon que les cavaleries gauloise, espagnole ow numide combattirent pour l’une ou pour l’autre. Dans la première guerre punique, Régulus, qui avait obtenu des succès tant qu'il n'avait eu à combattre que l'infanterie carthaginoise, fut vaincu, avec la moitié de son armée détruite et l’autre prisonnière, le jour où la cavalerie ennemie put le joindre sur un terrain découvert. Lors de la seconde guerre punique, Annibal dut presque tous ses succès à la cavalerie de son armée. Les deux manœuvres qu’il ne cessa d'exécuter contre les Romains se réduisaient, l’une à employer la supériorité de sa cavalerie pour tourner leurs ailes et les attaquer de revers, l’autre à embusquer un corps de troupes qui se jetait sur les derrières de l'ennemi. Telle fut sa stratégie au Tésin et à la Trebbia. Ce fut ainsi qu'il se maintint pendant treize ans; mais la chance tourna aussitôt que les cavaliers gaulois, espagnols et numides, qui avaient si longtemps servi sous ses bannières, séduits et achetés par les Romains, l’abandonnèrent pour passer sous les aigles de ces dernfers. Scipion put alors porter la guerre en Afrique.

Polybe, qui conseille de se pourvoir d’une bonne cavalerie , ne dit rien de la tactique qu’elle doit suivre. Même silence des anciens historiens militaires. Arrien seul conseille une manœuvre pour prendre l'ennemi en flanc et arrêter ses attaques : « Les Scythes, dit-il, seront obligés de prêter le flanc en tournant les ailes. Il faut que, dans ce moment, notre cavalerie tombe brusquement sur eux en les chargeant avec le sabre, et les joigne sans s’amuser à tirer de l’arc ou à lancer des javelines. »

Rome, après les guerres puniques, eut deux espèces de cavalerie : l’une, entièrement composée de citoyens, resta attachée aux légions et fut toujours médiocre; l’autre, formée par les contingents que fournissaient les peuples alliés ou vaincus, constitua des corps séparés, connus sous la dénomination d'ailes. Les cavaleries grecque et romaine étaient de deux espèces, la pesante et la légère. Dans aucun des livres qui traitent de leur tactique, on ne trouve l’idée si fausse de nos temps modernes d’une cavalerie mixte. La cavalerie pesante fut, selon les diverses époques, garantie par des cuirasses complètes, qui couvraient le corps de l’homme, tandis que des bandes de cuir, recouvertes de fer, garantissaient le cheval. Ces cavaliers s’appelaient cata- Phractes ou oplites. La cavalerie légère n’avait que le casque et la petite cuirasse de cuir et de métal. Ces deux espèces de cavalerie avaient encore le bouclier comme . arme défensive; sa pesanteur et sa forme variaient suivant les troupes qui s’en servaient. Les armes offensives de la cavalerie pesante étaient la lance, la pique, lahache et l'épée, plus ou moins longue, le javelot et la masse d’armes, dont la tête de fer était hérissée de pointes; plus tard, on y ajoutalepoignar d. Il est utile de remarquer que, dans la cavalerie pesante, ou qui se battait en ligne, il en ÿ avait une partie qui se servait constamment de lances, et

une autre qui avait une espèce de javelines , dont les assaillants pouvaient se défaire en les lançant, pour employer ensuite le sabre dans la mêlée. La cavalerie légère se servait des mêmes armes, mais moins pesantes, et, en outre, de l'arc et de la fronde. Les lanciers s’approchaient de l'ennemi avec leurs lances et se jetaient sur lui avec impétuosité, comme les Alains et les Sarmates. Les acrobalistes ou les gens de traits ne faisaient que darder , comme les Arméniens et les Parthes. N'ayant pas de lances ni d’autres armes que l'épée, ils se tenaient à la distance du trait. Dans l'ordre des lanciers, on distinguait les cavaliers qui portaient la rondache, et, dans celui des acrobalistes , les Ta: rentins, qui étaient armés de javelots, et les archers à cheval. Les vrais Tarentins faisaient leurs attaques en voltigeant autour de l'ennemi, qu’ils visaient de loin; d’autres, après avoir lancé leurs traits, le chargeaient avec le sabre ou bien avec le javelot qu’ils avaient en réserve.

La cavalerie gauloise était une des meilleures de celles qu’employa Annibal. Ce grand capitaine la dressa avec beaucoup de soin, pour la faire combattre en ligne avec la cavalerie espagnole , que son père, son oncle et lui-même avaient formée sur les principes et le modèle de celle dés Grecs. Bientôt les Gaulois acquirent tant d’habileté dans cette arme, qu’ils effacèrent même les Grecs, et du temps d’Arrien tous les termes de manége étaient gaulois. Par leur contact avec la cavalerie romaine, ils eurent bientôt des cataphractes ou hommes armés de lourdes cuirasses. 11est vraisemblable que ces hommes de fer furent la première origine des chevaliersau moyen âge, car les Francs, lors de leur invasion dans les Gaules, n’avaient que fort peu de cavalerie. Ils prirent donc probablement les habitudes des vaincus, avec lesquels ils ne firent bientôt qu’une seule et même nation. Les Grecs et les Romains ne connaissaient pas la selle, qui ne fut inventée que sous Constantin. Ils ne connaissaient pas davantage les étriers, que les Francs mirent les premiers en usage. Jusque-là, {es cavaliers, à poil ou placés sur une légère couverte de peau ou d’étoffe, avaient les pieds pendants, ce qui donnait lieu à de nombreuses herunies, à des maux de jambes, devenus beaucoup plus rares depuis l’usage général des selles et des étriers.

Chez les Grecs, on appelait éagme une troupe de cavaliers d’environ 400 chevaux; cinq tagmes réunies formaient un dronge ou 2,000 chevaux, et trois dronges le turme. La dernière des subdivisions était lle ou escadron, de 64 cavaliers. On partageait rarement la cavalerie en plus petites fractions. La formation de l’escadron était de seize cavaliers de front sur quatre de profondeur ; mais on serangeait aussi sur huit de profondeur en tout sens. La cavalerie se formait encore en losange : on réunissait deux îles quand on voulait prendre cette disposition ; et, comme on ne pou: vait faire entrer que 121 cavaliers dans l’ordonnance, il est probable queles sept quirestaient, servaient de gardes ou d’escorte à l’ilarque, ou bien étaient employés comme éclaireurs ou remplaçants. Les intervalles entreles escadrons devaient être de la moitié de leur front. L'action de la cavalerie grecque ne pouvait être d’un grand effet contre une ordonnance aussi formidable que la phalange, et il est probable que, tant que celle-ci n’était point entamée, le rôle de la première se bornait à combattre la cavalerie opposée et les hommes armés à la légère.

Chez les Romains, la cavalerie était subdivisée en éurmes ou compagnies de 32 cavaliers réunis sous.un même étendard, et commandés par un décurion. La formation de la légion, son ordre de bataille habituel, et la place de réserve qu’occupait la cavalerie derrière l’infanterie, les amenèrent à préférer le {urme de 32 à l’île de 64; et, en effet, ces petits escadrons à huit de front pouvaient facilement passer à travers les intervalles que les manipules laissaient entre eux. Si l'ennemi était ébranlé, si l’on devait le poursuivre, ces petits escadrons faisaient, sans difficulté, ce passage de

ligne en avant, comme ils le faisaient en arrière, sans encombre, si leur attaque avait échoué, ou si la cavalerie les repoussait. Quand la légion n’avait pas d'intervalles entre ces manipules, confertis cohortibus, comme dit César, alors la cavalerie se plaçait sur les ailes. Les Grecs donnaient à leur cavalerie de ligne une très-grande profondeur de rangs. Philippe, qu’on regarde comme l'inventeur de cet ordre, adopta le triangle, dont il dirigeait la pointe vers la ligne ennemie pour lenfoncer, disait-on, plus aisément. L'escadron grec se trouvait ainsi compacte dans tous les sens, ce qui était évidemment contraire à l’utile emploi de la cavalerie qui consiste dans la promptitude et la rapidité, et la réduisait, en quelque sorte, à une défensive tout à fait opposée à sa nature. D'ailleurs, cette masse solide offrait des buts entassés et certains aux traits, aux.javelots et aux pierres des cavaleries ennemies, dont les escadrons grecs, immobiles ou marchant lentement, ne pouvaient trop éloigner les effets. Jusqu'au règne d’Alexandre, les Grecs maintinrent exclusivement l’ordre profond dans toutes leurs troupes ; l’organisation de la phalange servit de base à toutes leurs formations. Alexandre s’écarta de cette méthode, et comprit que l’ordre étendu, ou la ligne, était le plus convenable à la cavalerie, celui qui permetfait de couvrir plus de terrain , et de manœuvrer avec plus de célérité. Ce fut donc dans l’ordre mince ou étendu qu’il combattit et vainquit la cavalerie de Darius, formée en ordre profond. Plus tard, la cavalerie de tous les peuples de la Grèce adopta l’ordre étendu; maïs elle ne fut jamais placée que sur une hauteur d’au moins quatre hommes et non au-dessus de huit. Les escadrons d’Annibal, forts de soixante-quatre cavaliers, étaient sur quatre rangs formant seize files. Les turmes des Romains avaient, suivant Végèce, huit files sur quatre rangs. Dix turmes forrnaient une légion; les turmes avaient entre eux des intervalles égaux à leur front. A la bataille de Pharsale, Pompée réunit quatre turmes, afin d’avoir une masse de cavalerie plus forte et plus nombreuse; mais il se laissa prévenir dans l'attaque, et sa cavalerie, supérieure à celle de César, ne lui fut d’aucun secours. C’est donc probablement à Pompée que l’on doit la première idée de réunir une troupe de cavalerie sans intervalles , méthode que nous retrouvons encore dans la tactique de la cavalerie de quelques peuples dans les temps modernes, quatre ou cinq escadrons, suivant la force des régiments, étant toujours réunis , et formant une muraille, d’où est venue l'expression de charger en muraille. C'est à cette forte organisation de la cavalerie romaine qu’il faut attribuer en grande partie les succès étonnants et constants qui firent, pendant tant de siècles, la gloire du peuple roi.

Jusqu’à la translation du siége de l'empire à Constantinople, l’armée romaine fut la première du monde. Mais de cette époque date la décadence de l’art militaire chez ce peuple. Les dix siècles qui remplissent la période qui sépare le cinquième du quinzième siècle, ne sont qu'une longue nuit de profondes ténèbres sillonnées par les étincelles jaillissant des rudes coups d'épée des chevaliers. L'art militaire n’était rien, ou n'était que de peu d'importance, dans ces temps où la valeur individuelle et la force corporelle étaient tout, et où les actions de guerre, les batailles, n’étaient que des combats singuliers, des duels exécutés avec plus ou moins de désordre. Les Francs ayant conquis les Gaules avec leur redoutable infanterie, car alors ils n’avaient presque point de cavalerie, cette dernière arme obtint peu de faveur dans l’enfance de leur monarchie. Cependant, à la bataille de Tolbiac, Clovis combattit à la tête de sa cavalerie. Thierry et son frère Clotaire avaient de la cavalerie dans la bataille qu’ils gagnèrent contre le roi de Thuringé, ainsi que Théodebert dans son expédition d'Italie, et Frédégonde à la bataille de Soissons contre Chilpéric. A la bataille de Tours, l’armée française comptait douze mille cavaliers. Mais les Gaulois se crurent les égaux du vainqueur du mo-

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ment que les Francs admirent dans leurs armées la cavalerie gauloise , et sentirent la nécessité de réunir à leurs phalanges cette arme, qui avait {toujours eu de la réputalion dans la Gaule. Alors cette cavalerie n’avait ni bottes ni armes défensives, et les seules armes offensives dont elle faisait usage étaient le javelot , la lance, la francisque ou hache à deux {ranchants, Les cuirasses et l’armure complète ne servaient encore qu'aux chefs, aux princes, aux ducs ét à un petit nombre d’autres guerriers. Sous Pepin, la cavalerie fut augmentée ; sous Charlemagne , elle égalait presque l’infanterie. A cette époque, les cavaliers étaient armés de l'épée et d’une cotte de mailles faite de petits anneaux de fer entrelacés. Vers la fin de la seconde race et le commencement de la troisième , la cavalerie devint la base presque exclusive des armées françaises, non par suite de calculs militaires ou de combinaisons de tactique, maïs par une conséquence nécessaire de la constitution de l’État. On ne voulait pas en confier la défense ou faire concourir à sa défense des gens du peuple, qui, étant tous serfs et esclaves, étaient censés n'avoir point d’esprit national. La noblesse devait donc seule y veiller, comme y étant exclusivement intéressée pour la conservation de ses biens et de ses honneurs; et la noblesse ne voulait combattre qu’à cheval. De là le nom de chevaliers ou gens d'armes.

Ces chevaliers se rangeaient en bataille, en haïe, sur une seule ligne, et ils combattaient corps à corps, homme contre homme. Cet usage se soutint presque jusqu’au seizième siècle, car c’est à peine si, du temps de Montluc et de Lanoue, on commença à se battre en escadron ou, comme l’on disait alors, en Lost. Outre leurs écuyers et pages, les chevaliers menaient encore à leur suite quelques vassaux choisis , montés sur des chevaux , mais point armés de toutes pièces. Ces cavaliers, qui combattaient séparément les troupes de même nature, étaient armés de haches, de masses d'armes, et couverts quelquefois d’un corselet de cuir ou de fer. La lenteur des marches des chevaliers, le temps dont ils avaient besoin pour se débrouiller, firent bientôt sentir la nécessité d’avoir des éclaireurs pour être avertis à l'avance de l'approche de l’ennemi. Ces hommes à cheval constituèrent donc la première cavalerie légère, et furent employés à battre l’estrade en avant de l’armée, à harceler l'ennemi et à le poursuivre dans la déroute lorsqu'il était vaincu. En 1188, Louis le Gros , ayant institué les communes, tira de cette milice une cavalerie légère , indépendante, et qui avait ses chefs et son ordre de bataille particuliers. Mais jusqu’à Charles le Téméraire, qui fit en 1473 un réglement militaire, on ne connaissait aucune évolution. Les marches des armées étaient des mouvements processionnels : on marchait«comme on voulait, comme on pouvait, Les colonnes d’armées ressemblaient à de grands troupeaux confondus. Quand on rencontrait l'ennemi, on perdait un temps considérable à former son ordre de bataille, à se débrouiller ; le premier en rang devait être le victorieux, surtout avec une tactique qui consistait à pousser droit devant soi, Tel est le tableau de la cavalerie au moyen âge.

L'institution d’une armée permanente par Charles VII eut sur la cavalerie une influence telle qu'il en résulta une véritable révolution dans la tactique de cette arme. Le séjour des troupes dans les garnisons et les quartiers permit de les astreindre à un ordre régulier et constant, de leur donner une instruction préliminaire, de les initier à l'art des évolutions. Toutefois, la manière de combattre de la cavalerie sur un rang ne fut pas encore changée; les écuyers, les pages, les varlets, restèrent en seconde ligne avec les archers, quand ceux-ci n'étaient pas employés comme troupe légère, soit pour éclairer la marche de la troupe pesante, soit pour tourner le flanc de l'ennemi, tomber sur ses derrières on le poursuivre dans sa défaite, Les hommes armés qui accom; pagnaient le chevalier, et plus tard l’aomme d'armes. s'appelaient servientes, servants ou satellites, Cette imné-

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rence à sa personne, ou cette espèce de domesticité, amena plus tard, pour le chevalier ou homme d'armes , le nom de maitre, quise conserva pendant longtemps. Sous Louis XIII, et même sous Louis XIV, on disait un détachement de tant de maîtres, pour dire un détachement de tant de cavaliers.

La cavalerie fut partagée alors en quinze compagnies de cent hommes. Pour faire ce qu’on appela depuis une lance fournie, l'homme d'armes devait avoir cinq archers et ua coutilier, écuyer ainsi appelé d’une espèce de couteau qu'il portait au côté, et enfin un page ou varlet. De cette manière, chaque compagnie présentait un effectif de 600 hommes, tous à cheval , et les 15 compagnies formaient un corps de 9,000 chevaux , sans y comprendre un nombre de volontaires, qui regardaient comme une faveur d’être attachés à cette nouvelle gendarmerie , et d'y servir, à leurs dépens, dans l'espérance d'obtenir, avec le temps, une place de gendarme soldé. Le nombre des volontaires quis’attachaient ainsi aux capitaines et autres officiers s’accrut quelquefois’ à tel point qu'une compagnie de 100 hommes d’armes compta souvent jusqu’à 1,200 chevaux. Les compagnies avaient pour officier un capitaine, un lieutenant, un enseigne et un guidon, pris dans le corps de la noblesse, ou que leurs services avaient appelés à ce commandement ; elles avaient, en outre, un maréchal des logis.

Toutes les troupes d’infanterie étaient alors armées de piques, de hallebardes, de pertuisanes et d’épées à deux mains. Elles se formaient d'ordinaire en gros bataillons pleins, carrés ou longs. Les 4, 6 ou 8 premiers rangs de ces masses d'hommes armés de leurs longues piques, moitié horizontales, moitié inclinées, offraient l'aspect d’une redoute fraisée. Si les gens d'armes enfonçaient les premiers rangs, les hallebardiers, qui formaient les rangs suivants, essayaient de prolonger la résistance en pointant ou hachant l'ennemi, et les épées à deux mains servaient alors, soit à couper les jarrets des chevaux, soit à égorger les cavaliers démontés , et que la lourdeur de leurs armes empêchait de pouvoir se relever. Cet usage des armures pesantes était poussé à un tel point qu’un historien contemporain ( Commines) rapporte qu’à Fournoue, les valets, voyant plusieurs gens d’armes italiens démontés, se servirent de haches à couper du bois pour briser la visière de leurs armets : « car bien mal aisez estoient à tuer ( dit-il), tant estoient fort armés, et ne vis tuer nul où il n’y eust trois ou quatre hommes à l’environ. »

Louis XI fixa la lance fournie à 6 hommes, Louis XII à 7, enfin François [°° à 8. Les archers, changeant d’armes et de nom, prirent la lance, l'épée au côté , avec une masse d’armes à l’arçon, et s’appelèrent désormais chevau-légers. Mais ce qui rend cette époque remarquable dans l’histoire de la cavalerie, c’est l'apparition des éroupes légères en corps séparés et l'emploi constant qu’on en fdit; c’est enfin la forination des arquebusiers àcheval,descarabins ou carabiniers et des dragons, qui n’étaient tous, plus ou moins, que de l’infanterie à cheval. Ces prétendus cavaliers légers, que Montluc appelle quelquefois salades et Walhausen cuirasses, avaient un long pistolet en place de lance, et se formaient en lourds escadrons, qui ne chargeaient qu’au trot. Ils ressemblaient beaucoup plus à nos cuirassiers modernes qu’à nos chasseurs et à nos Aussards. Ils n'avaient reçu le nom de cavalerie légère que par opposition à la gendarmerie, qui était armée de pied en cap : leur légèreté n’était donc que relative. Quant à la véritable cavalerie légère, elle parut, dès son origine, sous diverses formes et sous différents noms, tels qu'archers, chevau-légers, arquebusiers à cheval, ar gou lets, carabins, estradiots, stradiots, enfin cavalerie albanaise. Onssemblait s'être entendu dans toute l’Europe pour prescrire les feux à la cavalerie : toutes ces troupes étaient organisées bien plus pour faire le coup de feu que pour charger. Ce furent les Vénitiens qui levèrent les premiers de

la cavalerie légère albanaise, montée sur des chevaux turcs, habillée à la turque et se servant fort adroitement d’une lance de 3,60. Les séradiots firent beaucoup de mal aux Français. Louis XII en prit 2,000 à son service, lorsqu'il marcha contre les Génois; et cette cavalerie étrangère se conserva depuis dans les armées françaises jusqu’au règne d'Henri II : la dernière fois qu’il en est fait mention, c’est à la bataille de Coutras, où le duc de Joyeuse en avait encore un escadron. En Hongrie parurent, vers le milieu du seizième siècle, les Aussards, qui se rendirent bientôt si redoutables, et qui reçurent leur nom du mot hongrois Ausz, qui signifie vingt, parce qu’une ordonnance de cette époque décida qu'un homme sur vingt devait entrer en campagne.

Jusqu'au règne de Louis XI, les archers et les arbalétriers, nommés créquiniers, firent le service de la cavalerie légère. Mais l'intervention sur une plus grande échelle des armes à feu fit renoncer à ces troupes trop mal armées, qui furent, dès lors, réformées et incorporées dans les chevau-légers et les argoulets. Cette nouvelle cavalerie se multiplia progressivement jusqu’au règne de Henri IV. La cavalerie légère des Espagnols était dans une proportion beaucoup plus forte que leur gendarmerie; elle combattait bravement , mais à la manière des Maures. Charles-Quint, le premier, sépara les archers des hommes d'armes , et cette méthode fut bientôt adoptée par les autres nations. Henri II avait trois mille cavaliers légers dans son armée lorsqu'il marcha contre l’Allemagne. Leur premier noyau se forma des archers de l’ancienne gendarmerie, qui, cessant d’être armés d’arcs et de flèches, entrèrent dans cette arme sous le nom de chevau-légers. I y avait encore trois espèces de cavalerie légère, les arquebusiers à cheval, les argoulets et les carabins, qui avaient beaucoup d’analogie avec les dragons. Les argoulets, dont il est fait mention pour la première fois dans les Commentaires de Montluc, ne combattaient ordinairement qu’à la débandade, et furent toujours regardés comme l’espèce de cavalerie légère la moins utile. Cette milice paraît avoir existé jusqu’à la transformation des régiments sous Louis XIII, où elle fut incorporée. Ses armes étaient l'épée, la masse à l’arçon gauche, avec une arquebuse longue de quatre-vingt centimètres placée à gauche dans un fourreau ou botte de cuir bouilli.

L'augmentation des armes à feu dans les armées, leur usage plus habituel et leur emploi étendu jusqu’à la cavalerie même, durent nécessairement soumettre son ordre de bataille à de nouvelles dispositions. A l’avénement de François 1°", la gendarmerie française passait pour la meilleure cavalerie de l’Europe; elle se formait encore, suivant l’usage, en }aie ou sur un seul rang. La cavalerie allemande fut la première à abandonner cet ordre pour se masser. Mais Charles-Quint, voulant remédier à un inconvénient, tomba dans un excès contraire en faisant un règlement d’après lequel les cavaleries allemande et espagnole durent se former sur huit ou dix rangs. Pour l'attaque, on disposait ces masses de manière à ce qu’elles eussent autant de profondeur que de front ; les Zanciers étaient aux premiers rangs et sur les côtés des masses, et les archers et arquebusiers se plaçaient derrière. Lorsque l’on voulait engager le combat ou reconnaître l’ennemi, on envoyait en avant des coureurs, et, à cet effet, on prenait le dixième homme des arquebusiers. L’infanterie avait également ses coureurs, qui, réunis à ceux de la cavalerie, formaient sur le devant de l'armée un rideau, à l’abri duquel les masses se formaient et se préparaient au combat, auquel les arquebusiers préludaient par le feu le plus vif pour éclaircir les rangs ennemis et les livrer plus ou moins ébranlés à Paction de la gendarmerie. Aussitôt que 1e combat était sérieusement engagé, ces coureurs où enfants perdus se jetaient sur les flancs pour les couvrir, et démasquaient avec célérité le front de la troupe qui se préparait au choc. La cavalerie, à cette époque, n’était point encore formée en régiments; elle

n’était divisée qu’en cornettes, compagnies et escadrons. Cette disposition des masses, infiniment vicieuse, serait devenue impraticable si l'artillerie eût été alors aussi bonne, aussi nombreuse, aussi mobile que de nos jours. Néanmoins, ces masses de cavalerie ayant puissamment contribué au gain des batailles de Pavie et de Saint-Quentin, où elles repoussèrent la gendarmerie française venant à elles sur un rang, il s’opéra un grand changement dans l’organisation de la cavalerie de tous les États; les Français eux-mêmes adoptèrent la formation de Charles-Quint, et mirent sur huit rangs leurs escadrons, dont les intervalles furent entremélés de pelotons d'infanterie. Dès lors, la cavalerie, incapable de se mouvoir avec vitesse, ne manœuvra plus qu’au pas et au petit trot.

La guerre des Pays-Bas amena dans la tactique de la cavalerie une révolution importante, provoquée, du reste, en grande partie, par une cause étrangère à l’arme, l’accident qui termina la vie de Henri II. Avec labolition complète des tournois qui suivit cette mort, la lance devait achever de perdre toute faveur dans les armées. On cessa de s’y exercer : bientôt l'infanterie ne fut plus composée que de quelques rangs de piquiers, doublés ou entremêlés d’arquebusiers. Dès lors, on crut que le seul moyen de rétablir l’équilibre en faveur de la cavalerie était de l’armer également d'armes à feu. Déjà, dans les commencements du règne de Henri II, on avait vu pour la première fois des dragons, que l’on pouvait porter plus rapidement sur tel ou tel point, dans ces temps où l’on n’avait point d’idée de l’infanterie légère. Ce fut aussi sous le même règne que la cavalerie se réunit en escadron ou host; mais cette manière de se former ne présentait alors rien de bien fixe : c'était une ordonnance éventuelle, dont la profondeur ne se réglait souvent qu’au moment de la charge. La véritable origine de l’escadron, considéré comme unité de force, ne remonte pas plus haut que Louis XIII.

Il semble que l'abandon de la lance par l’infanterie eût été une raison de plus pour conserver cette arme aux cavaliers. Dans tous les cas, ilsauraient dû la reprendrele jour où l'infanterie adopta l’usage de la baïonnette. Plus de vivacité dans l'impulsion, une arme plus longue et atteignant de loin le fantassin réduit à son fusil, qui, avec la baïonnette, n’offre que 1”, 65 de longueur, et la cavalerie rétablissait l’équilibre de force que la multiplicité, la régularité et la vivacité des feux de l'infanterie semblaient lui avoir fait perdre. Malgré ces réflexions si simples et si vraies, la cavalerie fut déshéritée de la lance, qui devait être son arme constitutive, et cette faute, en influant d’une manière fâcheuse sur sa force et la supériorité qu’elle avait toujours eue , a laissé des traces dont on s’est encore ressenti dans les temps modernes.

Le prince de Nassau était trop grand capitaine pour ne pas renoncer avec regret à l’usage de la gendarmerie, mais il s’y vit forcé par la nature du terrain sur lequel il soutepait la guerre contre les Espagnols, terrain fourré, inégal, marécageux , coupé de digues, de canaux, de rivières. Il sentit que cette arme serait là inutile, superflue, incommode même, au lieu qu'il trouverait de puissants auxiliaires dans les cuirassiers, armés de grands pistolets. Lorsque les gendarmes ou lanciers espagnols chargeaient ces cavaliers allemands, ceux-ci les recevaient en faisant feu ; puis, s’ouvrant rapidement, tombaient le sabre à la main sur les deux flancs de l'ennemi. Cette cavalerie reçut le nom de cuirassiers, de l'usage de la cuirasse, qu’elle portait pour arme défensive. On adjoignait à chacun de ses escadrons 50 chevau-légers, qui prirent le nom de carabins ou carabiniers, de la carabine de 1", 30 dont ils étaient armés, On les exerçait à charger leur arme au galop, à viser et à atteindre le but de dessus leurs chevaux; ils ne se servaient du pistolet que dans les cas d’urgence, et du sabre que dans la mélée. Cette cavalerie du prince d'Orange servit bientôt

CAVALERIE

de modèle à toutes les cavaleries de l’Europe. Quant aux

reîtres dont il est parlé tant de fois dans les mémoires du seizième siècle, et qui avaient paru en France pour la première fois en 1562, ils se formaient en gros escadrons de vingt à trente rangs. Ils s’approchaient ainsi de l'ennemi, puis chaque rang, devenu successivement le premier, faisait sa décharge et venait ensuite recharger ses armes à la queue de l’escadron. C’est de là probablement qu’est venue dans la cavalerie moderne la manœuvre appelée feu de chaussée. Souvent aussi ils chargeaïient en masse l’épée à la main et rien ne leur résistait, dit Lanoue. Ils achevèrent de ruiner dans nos armées l'emploi de la lance qu’on appelait /a reine des armes, maïs dont on ne se servait plus. ,

La renaissance des lettres ayant éveillé dans tous les esprits un engouement subit pour les anciens, on se laissa soudainement influencer par leurs institutions militaires, et l'ordre profond devint dans toutes les armes l’ordre dogmatique. Ce ne fut pas, du reste, la faute de Lanoue, de Montgomery et de Walhausen, si l’on ne s’écarta pas pour la cavalerie de tous les inconvénients inhérents à l’ordre profond, que l'on pourrait appeler plutôt l’ordre massif. En adoptant l'opinion de ces hommes éclairés, on eût conservé la lance et formé la cavalerie en escadrons de 48 à 64 hommes, combattant sur deux rangs. L'usage de ces petits escadrons adopté dès le seizième siècle eût conduit cent cinquante ans plus tôt aux perfectionnements qui ne s’opérèrent que sous Frédéric II. Si Henri IV, après son avénement au trône, eût eu le temps de rassembler ses troupes dans des camps et d’y coordonner ses principes et son expérience, il est à croire qu’il eût donné son nom à cette période, et que Nassau, comme le dit Walhausen, son élève, n'aurait acquis que le titre de restaurateur de l'exercice. Henri IV fut le premier qui réduisit de huit rangs à six la formation de la cavalerie en bataille, Maurice et les Allemands continuèrent à la former sur huit ou dix rangs. Les guerres de religion en France avaient déjà offert quelques principes de perfectionnement dans la tactique. Le maréchal de Saint-André fit, avec sa cavalerie, fort inférieure en nombre, une retraite en échiquier devant celle du duc de Savoie.

Nous touchons à la guerre de trente ans. Gustave-Adolphe, avant son débarquement en Allemagne, avait, lui aussi, cédé à l'influence de son siècle, à la manie de l’ordre antique. Mais, ayant à combattre des armées nombreuses, il chercha bientôt dans la diminution de la profondeur de ses escadrons le moyen d’étendre son front, afin derendre moins facile à l'ennemi la possibilité de déborder ses flancs et de le cerner, premier acheminement à l'ordre mince ou déployé. Cette nécessité l’amena également à ne pas tenir ses troupes dans une ligne contiguë, et à espacer ses corps. De là les intervalles. Rangeant son armée sur deux lignes, il comprit facilement qu’il devait placer les troupes de la seconde derrière les intervalles de la première, soit pour s’y emboîter, soit pour contenir les succès de l'ennemi, s'il poursuivait les débris de cette première ligne renversée. Ces troupes battues s’écoulaient facilement par les intervalles de la seconde, sans courir le risque de la renverser comme si elle eût été rangée troupes derrière troupes : voilà l'échiquier. Enfin, iltint des corps de troupes derrière chaque ‘ligne pour se porter sur les points qu’il serait reconnu nécessaire de renforcer, soit pour l'offensive, soit pour la défensive : voilà les réserves.

Malgré ces progrès de l’art militaire, progrès immenses pour le temps, Gustave-Adolphe ne fut pas plus novateur que Maurice de Nassau. « Dans les ordres de bataille, dit le général Lamarque, sa cavalerie continua à occuper les ailes, et l'infanterie le centre, sur plus ou moins de profondeur. On s’aborda sur toute la ligne, et la victoire fut toujours décidée par le courage des soldats, que son exemple enflammait, » Il avait été de règle jusque-là de placer la cavalerie

CAVALERIE

sur quatre, six, et même huit rangs. Gustave-Adolphe ne disposa plus la sienne que sur trois. Dans les batailles, la cavalerie suédoise se formait en échiquier par corps de trois ou quatre escadrons de 64 hommes chacun, appelés r égiments. Dans les intervalles, on mettait des pelotons d’ar-

1ebusiers et même des pièces légères. Lorsque l’assaillant

prouvait des pertes et du désordre par le feu des mousquetaires et de l'artillerie, la cavalerie se portait sur Huile sabre à la main, et le renversait ordinairement. Cette disposition ftait bien calculée par rapport à la lenteur et à la pesanteur de la cavalerie autrichienne. Le roi, voyant cette cavalerie mieux montée, ordonna à la sienne de se précipiter sur elle le sabre à la main. Il aperçut bientôt que plus une ligne de cavalerie se porte promptement sur l'ennemi, moins elle a à redouter de son feu, et le feu était toujours alors la première action de la cavalerie attaquant. Rarement la cavalerie impériale, malgré sa profondeur, put résister au choc des Suédois , et, en effet, dans la cavalerie, où la nature du cheval ne permet pas la cohérence comme dans l’infanterie, le premier rang ébranlé culbute les autres.

Toutes les cavaleries de l'Europe adoptèrent la formation suédoise , les unes plus tôt, les autres plus tard. La cavalerie française fut la première à se l’approprier; et sous Louis XIII les trois rangs étaient devenus sa formation constitutive. De plus, l'invention française des batteries pour armes à feu, en ayant rendu l'usage plus sûr et plus facile, leur nombre s’accrut dans nos troupes à cheval. En 1635 la cavalerie française se forma en régiments à l'instar de celle des Allemands. Les compagnies ou cornettes qui représentaient encore de nom l’ancienne gendarmerie, et les compagnies de cavalerie de ligne en furent les noyaux. On vit apparaître jusqu’à des régiments de mousquetaires à cheval et de fusiliers à cheval; on plaça même dans les régiments de cavalerie, qui n’étaient armés que de l'épée, du pistolet et du mousqueton, des compagnies de mousquetaires. Cette cavalerie faisait usage de son feu en allant à la charge, qu’elle ne fournissait ni avec ordre ni avec impétuosité; ses mouvements étaient lents et lourds.

Mais bientôt la tactique se développe et grandit; la guerre devient un art, auquel Turenne, Montecuculli, Condé, Luxembourg et Créqui assignent des règles par les exemples qu’ils donnent. Les mouvements des armées devenant et plus rapides et plus multipliés, la cavalerie voit agrandir son cercle d'action; l'infanterie ayant perfectionné ses feux et étendu son front aux dépens de son ancienne profondeur, la formation, l'armement et les évolutions de la cavalerie en durent éprouver de grandes modifications. Au quinzième siècle, cette arme avait, pour ainsi dire, forcé l'infanterie à se tenir en masse; maintenant celle-ci reprend une influence en sens inverse, et force, à son tour, la cavalerie à augmenter son front pour agir avec plus de rapidité. Le règne de Louis XIV doit être considéré, par rapport à la cavalerie, sous deux points de vue principaux, celui des changements apportés dans sa formation, son organisation et ses évolutions, puis celui de son emploi dansles opérations de la guerre. C’est de la paix des Pyrénées en 1659 que date la plus grande partie des changements intérieurs de la cavalerie; jusqu’à cette époque, elle était restée à peu de chose près sur le pied où l'avait laissée Louis XIII. L’année 1660 vit la suppression de toutes les compagnies de gendarmes et de chevau-légers qu'avaient encore conservées jusque-là les princes, les maréchaux et quelques geniils-hommes, et la création du corps connu sous le nom de gendarmerie, que l’on arma seulement d’un pistolet et d’un sabre ou épée, qui se por- Lait avec un baudrier. Ce corps, qui se distingua dans toutes les occasions, subsista plus d’un siècle, et ne fut supprimé qu’en 1788. La cuirasse simple avait également cessé d’être en usage, excepté pour les généraux, les princes et autres chefs; un seul régiment de cavalerie, appelé cuirassiers du roi, l'avait conservée, Il a été le noyau de nos cuirassiers actuels,

Jadis on n'avait songé qu'aux armures les plus pesantes et les plus fortes : sous Louis XIV on tomba dans l’extrême contraire : on ne voulut que des régiments de cavalerie légère. On en compta bientôt près de 60, armés, comme la grosse cavalerie, du sabre ou de l'épée, d’une paire de pistolets et d’un mousqueton. Chaque régiment avait, en outre, une compagnie de mousquetaires eu carabiniers, armés de fusils, Cette cavalerie légère n’était, à proprement parler, que des régiments de chevau-légers ou de cavalerie de ligne moins pesante. Il n'y avait encore que deux régiments de dragons, mais, Lauzun ayant été nommé colonel général de cette arme en 1668, sa faveur passagère servit à les multiplier dans l’unique but de donner plus d'importance à la charge de son chef; en 1690, Louis XIV avait 43 régiments de dragons ; à sa mort, il en subsistait encore 30, composés de 12 compagnies chacun. La cavalerie, du reste, était partagée en régiments de force inégale : il yen avait de 12, de 6, et même d’un moindre nombre de compagnies ; l'effectif de ces dernières, qui d’abord était de 50 à 60 hommes, fut bientôt rédurt à 30 et à 25, afin de donner Ja faculté, par ce morcellement, de créer un plus grand nombre de places d’officiers. L’effectif des escadrons variait suivant le nombre des compagnies, ordinairement de 3 ou 4 ; sous Turenne, il était de 150 hommes. Feuquières, qui, dans ses écrits, s’élève, ainsi que Puységur, contre la multiplicité des dragons , fait remarquer aussi combien la faiblesse des régiments, composés de 2 à 3 escadrons , était contraire à leur utile emploi, et combien cette superfétation d'officiers était nuisible aux intérêts de l’armée; mais ici, comme partout, comme toujours, la mode, le favoritisme et surtout l'intérêt particulier, l’emportaient sur les meilleures raisons et sur l'intérêt général.

A cette époque, la formation constitutive de la cavalerie était sur trois rangs, mais, la perte des hommes et des chevaux affaiblissant des escadrons déjà trop peu nombreux, . il arrivait souvent qu’elle était obligée de se former sur deux rangs seulement. Et cependant, tel est l'empire de l'habitude et de la routine qu’on fut longtemps à s’apercevoir de l'avantage de cette formation et que ce ne fut qu’en 1757 (en Prusse) et en 1766 (en France) qu’on adopta définitivement ce nouvel ordre de bataille, qui est resté l’ordre constitutif moderne. Les évolutions de la cavalerie étaient toujours lentes ; on s’abordait cependant plus souvent qu’autrefois ; mais le choc, quoique plus enlevé, était encore bien loin de l'impulsion actuelle. On ouvrait toujours la charge par le feu; mais, après la décharge d’un ou de deux pistolets, on s’attaquait le sabre à la main. A l’issue de la paix de Nimègue (1678), l'armement et l'équipement de la cavalerie éprouvèrent plusieurs modifications successives. On substitua à l’ancien mousqueton, qui était, tout au plus, de la dimension de ces longs pistolets d’arçon en usage au seizième siècle, un nouveau mousqueton de 1", 30 qui, ne pouvant plus rester suspendu à la bandoulière, obligea de recourir à un étui ou botte de cuir attaché à la selle, dans lequel on plaçait le canon, et dont la crosse était fixée par une courroie pour l'empêcher de trop vaciller. Toutes les troupes de ces temps-là portaient des baudriers; on y substitua le ceinturon. Les bottes molles furent données aux dragons seulement, mais le reste de la cavalerie conserva les bottes fortes, et ce ne fut que longtemps après qu’elles eurent été abolies dans les autres armées de l'Europe, que la France en répudia l'usage. On conçoit cependant leur désavantage et la grande supériorité des premières, tant pour monter que pour descendre de cheval, et surtout pour pouvoir se relever du champ de bataille quand on avait eu son cheval tué sous soi; mais ici encore l’intérêt personnel des capitaines, tous propriétaires alors des compagnies, s’opposait à une amélioration qui diminuait leurs profits.

ji L'augmentation des feux- de l'infanterie motiva le plus , grand changement que la cavalerie ait éprouvé alors dans

son équipement, c’est-à-dire la reprise de la cuirasse ou du plastron à l'épreuve du fusil, « attendu, dit un écrivain de ce temps, qu'aujourd'hui c’est l'arme qui tue la cavalerie. » Mais, tandis que Louis XIV et les autres princes en guerre avec lui introduisaient ce changement dans la constitution de leurs armées, Charles XIT, ce roi soldat, rejetait toute espèce d'armes défensives, et, portant sa cavalerie en avant, sans autre défense que sa confiance dans sa propre force, il la faisait charger sans feux , en pleine carrière, non-seulement contre la cavalerie ennemie, mais il la lançait encore contre l'infanterie, les batteries et les retranchements. C’est au génie de Charles XII et de Gustave-Adolphe que la cavalerie actuelle doit sa perfection, car, en étudiant leurs principes, Seydlitz fonda en Prusse cette école de cavalerie dont, à quelques modifications près, les principes servent encore de base à l’instruction de celle de toutes les puissances de l’Europe.

Sous Louis XIV, la place de la cavalerie était invariablement sur les ailes de l’infanterie. On n’avait pas encore songé à organiser le service de cette arme de manière à ce qu'il fût à la fois offensif et défensif, offensif pour le moment du combat, défensif ou protecteur pour couvrir les marches, les campements, les manœuvres, Cette position de la cavalerie sur les aïles fut la cause de la perte de plusieurs bafailles, par le temps précieux souvent nécessaire pour l’aller chercher loin du lieu où l’on en avait besoin.

La cavalerie, qui se composait en 1698 de 119 régiments, dont 1 de carabiniers, 1 de cuirassiers, 72 dits de cavalerie (c'est-à-dire de grosse cavalerie), 2 de hussards et 43 de dragons, fut réduite à l’avénement de Louis XV (1715) à 72, dont 1 de carabiniers, 1 de cuirassiers, 54 de cavalerie, 2 de hussards et 14 de dragons. De ce moment jusqu’à la fin de la guerre de sept ans, cette arme éprouva peu de changements dans son ordre de bataille. Des évolutions étaient mieux combinées, sans doute; mais leur exécution était toujours rendue lourde et pesante par le maintien de la formation sur trois rangs. Quant à son équipement, il souffrit quelques modifications plus ou moins importantes, telles que la substitution du gilet de buffle à la cuirasse et l'adoption du chapeau avec une calotte ou croix de fer, Plus tard, les dragons prirent le casque à la place de letirs anciens bonnets. En 1730, le cadre de la cavalerie fut légèrement augmenté et porté à 74 régiments, ou à 201 escadrons, donnant en tout 33,944 hommes, officiers compris; mais, dix ans plus tard, lors de la guerre de 1740, le maréchal de Saxe ayant pris le commandement de l’armée de Flandre, elle reçut une nouvelle augmentation de plusieurs régiments de cavalerie, de hussards et de corps francs. De ce moment, une nouvelle lumière jaillit du sein des ténèbres, Ces compagnies franches, ainsi que les régiments de cavalerie légère, acquirent une tout autre importance et une nouvelle activité, et devinrent véritablement Za longue vue du général en chef. Jusqu'à la paix d’Aix-la-Chapelle en 1748, la cavalerie, en général, continua de se distinguer, mais ce fut plutôt par son courage que par sa tactique. A la bataille de Fontenoy, en 1745, la’ cavalerie, ayant été lancée avec une impulsion jusque alors inconnue contre la formidable colonne du duc de Cumberland, avait vu toutes ses attaques repoussées, malgré des chocs nombreux et bien exécutés, lorsqu'on s’avisa de faire avancer les seules quatre pièces de canon que l’on eût en réserve, et de les employer à battre en brèche cette colonne, qui dut céder, dès lors, à une nouvelle attaque de notre cavalerie. 11 semble que, dès ce moment, on dut sentir la nécessité de créer l'artillerie à cheval; cependant cet auxiliaire puissant de la cavalerie ne parut pour la première fois que près de vingt ans plus tard, en 1762, au combat de Reichenbach,

Ici commence véritablement l'ère de la cavalerie. Brisant les eptraves où elle avait été retenue jusque-là, elle prend enfin l’essor, et, réglée par des hommes habiles , employée

CAVALERIE

par un homme de génie ( Frédéric 11), elle s'élève jusqu’au rôle sublime et si rarement compris qui lui appartient dans les opérations de la guerre. La cavalerie prussienne sert, à peu près, de type à toutes celles des peuples et des temps modernes, En succédant à son père, Frédéric trouva une superbearmée et une cavalerie composée de 60 escadrons de grosse cavalerie, 45 escadrons de cavalerie légère, 6 de hussards. Cependant elle était loin d’égaler la perfection de l'infanterie. Pesante, sans ensemble, montant mal à cheval, n’ayant pas de confiance en elle-même, elle était composée de trèsgrands hommes portés par d'énormes chevaux, ce qui a fait dire à Frédéric dans ses mémoires, que c’étaient des colosses sur des éléphants. Ns ne savaient ni manœuvrer, ni conduire leurs chevaux; mais ils excellaient à vernir leur bride , leur selle, leurs bottes , et à tresser les crins de leurs montures avec des rubans. La conduite de cette cavalerie à la bataille de Molwitz, qui eût été perdue pour la Prusse sans la bonne tenue de l'infanterie, n'était pas propre à ramener Frédéric de ses préventions. Quelque temps après, celte arme lava, en partie, son affront à la bataille de Czarlau (17 mai 1742), en culbutant la gauche de l’armée autrichienne , action qui prépara la victoire. Deux ans après (le

3 août 1744), s’ouvrit la seconde guerre de Silésie, campagne assez malheureuse par ses résultats pour les desseins de Frédéric, mais qui ne fut pas entièrement perdue, du moins, pour sa cavalerie. Ce grand homme, qui savait mettre à profit jusqu’à ses revers , apprit à ses hussards , dans les fréquentes escarmouches qu’il eut à soutenir, à ne point imiter les Hongrois en combattant à la débandade ou isolément, mais à se former et à se tenir toujours ensemble, soit pour opérer l'attaque, soit pour la repousser; et c’est à cette méthode que les hussards prussiens durent longtemps leurs succès et leur ascendant sur la cavalerie légère autrichienne. Mais c’est la bataille de Hohenfriedberg (4 juin 1745) qui peut être considérée comme l’époque à partir de laquelle la cavalerie prussienne acquit une supériorité incontestable d’impulsion, à laquelle elle joignit bientôt celle de la science et de la rapidité des manœuvres. Dans cette bataille, le régiment de dragons d’Anspach-Bayreuth (devenu dragons de la reine en 1806 ) culbuta 21 bataillons autrichiens , fit 4,000 prisonniers, et s’empara de 66 drapeaux et de 5 pièces de canon, Trois mois plus tard (30 septembre), à la bataille de Sohv, la cavalerie sauva l’armée prussienne, surprise dans son camp, par la rapidité avec laquelle elle se porta sur laile gauche autrichienne pour donner le temps à Frédéric d'achever son changement de front à droite et d’aller se placer parallèlement à l’ennemi, qui menaçait son flanc droit. Enfin, le 15 décembre suivant, elle profita d’un faux mouvement de l'infanterie saxone pour déterminer le succès de la bataille de Kesselsdorf, la dernière de la guerre de Silésie.

L'œuvre de la réforme avait été commencée par l’expérience et la confiance en elle-même que la cavalerie prussienne avait acquises dans cette guerre ; mais Frédéric sentait qu’elle ne pouvait s'achever que par le concours d’une bonne instruction de détail. C’est ce dont il s’'empressa de s'occuper aussitôt après la conclusion de la paix. L'équitation avait été négligée. Seydlitz s'en occupa. Il y eut des écuyers dans les régiments et des manéges dans les garnisons. On apprit aux troupes à rompre et à se former avec la plus grande célérité, sans nuire à l’ensemble. On exerça les cavaliers sur tous les terrains. Les régiments furent divisés en escadrons et en pelotons, et ceux-ci en sections par 4 et par 2. La force de l’escadron fut de 172 hommes, y compris la réserve; les régiments furent formés à 5 escadrons , ceux des troupes légères et des dragons (ces derniers au nombre de 2) furent portés à 10 escadrons, partagés en 2 portions de 5 escadrons chacune, appelés bataillons, et ces bataillons, turent rangés en muraille, avec un intervalle plus ou moins grand entre eux. Les Français avaient alors deux ma-

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aières de charger, en muraille et au trot, ou bien en fourrageurs et au galop. La cavalerie prussienne conserva ces deux manières, avec cette différence toutelois qu’elle exécuta toujours la première en pleine carrière, les allures s’augmentant progressivement à mesure que l’on approchait de l'ennemi. La charge en fourrageurs par ligne ou portion de ligne, espèce de désordre coordonné ou régulier, fut exclusivement réservée pour poursuivre l'ennemi battu et pour l'empêcher de se rallier, L'habitude du feu en chargeant fut abolie; celui des pistolets resta aux Jlangueurs et aux éclaireurs, ainsi qu'aux troupes chargeant en fourrageurs. Le mousqueton et la carabine furent réservés pour les cas de surprise de la cavalerie dans ses cantonnements , ou pour quelques occurrences fort rares où la cavalerie, abandonnée à elle-même, peut avoir besoin d’un simulacre de feu d’infanterie pour passer ou repasser un pont ou un défilé. Cet exemple entraîna plus tard tous les peuples de l'Europe. En terrain uni, les intervalles entre les escadrons furent proscrits ; chaque régiment était pour lui en muraille, il n’y avait d'intervalle qu'entre les régiments, et le développement de la position à garder en déterminait l'ouverture.

C'est dans cette vue que les lignes de cavalerie furent irrévocablement fixées en échiquier, On s’appliqua, en outre, à former des appuis ou flancs artificiels à toute cavalerie s’avançant hors de la ligne ou y restant sans appuis naturels. Pour cet effet, on plaça derrière chaque aile de cavalerie 5 ou 10 escadrons de hussards ou de dragons en colonne par pelotons, ceux de l'aile droite ayant la gauche en tête, ceux de la gauche rompus sur la droite, afin de pouvoir, si l'ennemi voulait tourner une de ces ailes, s’y former en crochet dans l’ordre naturel par de simples conversions, ou bien être en mesure de prolonger l’aile à laquelle ces escadrons sont attachés, en se déployant en dehors de la tête de leurs colonnes respectives.

L'attaque et la retraite en échelon devinrent normales comme moyen de suppléer au défaut accidentel d’une réserve, remplacée alors par les régiments ou escadrons refu-

és et non engagés. L’alignement des cavaliers qui jusque-là avait été sur le centre, fut fixé pour toujours à droite, à moins d’un commandement contraire. L’alignement sur le centre, par la double pression des deux ailes de la troupe sur ce point d’alignement, pouvait souvent la faire crever, au lieu que sur la droite ou sur la gauche il n’y a qu’une pression dont le guide, avec quelque habitude, peut éviter les inconvénients. On sent bien que cet ensemble d’évolutions et leur bonne exécution ne furent pas obtenus en quelques Imstants, mais telle était l'instruction dela cavalerie prussienne en 1756, au commencement de laguerrede septans, Cette cavalerie était armée d’un sabre, d’un paire de pistolets et d’un mousqueton. La grosse cavalerie avait conservé le plastron, qui finit bientôt par disparaître quand on eut senti que la célérité dans le choc et l'impulsion était la meilleure arme défensive de la cavalerie, et qu’on eut remarqué, en outre, que les dragons qui n’avaient point de plastron, n’éprouvaient cependant pas plus de pertes que les autres.

A la mort de Seydlitz arrivée en 1774, la cavalerie prussienne était parvenue à son apogée ; on accourait de toutes les parties de l’Europe pour assister à ses manœuvres, mais ces pèlerinages militaires ne tournaient pas toujours au profit des visiteurs. Bien plus, Seydlitz, sur ses vieux jours , s’était laissé aller à la petite vanité de séduire ses hôtes, et avait tourné tout à fait à l'impossible. Aussi ce qui frappait le plus ces pèlerins militaires et ce qu’ils s’empressaient de rapporter dans leur pays, n’était-il guère capable d'enlever à la cavalerie prussienne le secret de sa force. Les généraux qui succédèrent à Seydlitz, et qui ne furent guère que sa petite monnaie, se jetèrent sérieusement et de propos délibéré dans cette route fatale; ils ne firent que singer el copier servilement les fautes du grand homme. J1 en résuKa qu'au commencement de la guerre de 1806 la cavalerie

prussienne était trop instruite dans les détails difficiles et pas assez dans le service de campagne. Aussi, après la paix de Tilsitt, le cabinet de Berlin ordonna-t-il la rédaction d’un nouveau règlement, dont le roi fixa lui-même les éléments. Ce règlement très-simple permit bientôt à la Prusse de réparer ses pertes dans les campagnes de 1813, 1814, et 1815.

Les cavaleries autrichienne, allemande et même anglaise se sont toutes rapprochées, à de légères modifications près, des principes de la cavalerie de Frédéric. La cavalerie française fit toujours école à part. Dans ce pays, si ardent à inventer, si lent à utiliser les inventions des autres, le mouvement d'amélioration fut moins prompt que partout ailleurs; les principes de Seydlitz, sanctionnés par la victoire , étaient déjà plus ou moins répandus, toutes les autres armées de l’Europe en essayaient, avec plus ou moins de succès, l'application, que la cavalerie française s’isolait en: core de l'impulsion générale. On discutait ailleurs sur ce qui était le plus militairement utile; en France on cherchait ce qui était le plus avantageux à l’ambition des favoris. Point de base fixe, point d'organisation stable, des changements à perte de vue, des régiments à 4, à 3, à 2 escadrons, des escadrons à 4, à 3, à 2, à une compagnie, de petits régiments, de minimes compagnies ; beaucoup d'officiers, beaucoup de grades, et en résultat très-peu de cavaliers, et impossibilité de former de bons officiers. Les nombreux rn:nistres de la guerre qui se succédèrent depuis la paix de 1762 jusqu’en 1792, quelque bonnes que fussent leurs idées, leurs intentions, durent constamment céder soit aux prétentions des privilégiés , soit aux exigences économiques d’un trésor toujours obéré. M. de Choiseul, à la paix, réforma plusieurs régiments de cavalerie et en incorpora 27; leur nombre se trouva ainsi réduit à 35, dont les régiments de hussards prirent les derniers numéros. Tous les régiments furent portés à 4 escadrons de deux compagnies, ‘les compagnies composées de 51 hommes, sous-officiers compris , commandées par 3 officiers. L'organisation des dragons, au nombre de 17 régiments , resta la même : seulement la force des compagnies n’était plus que de 46 hommes, dont 30 montés. Les régiments de hussards furent réduits à 8 compagnies de 25 hommes chacune, dont 10 hommes montés. M. de Monteynard, qui succéda à M. de Choiseul, changea l’organisation de son prédécesseur, et réduisit les régiments de cavalerie à 3 escadrons , composés chacun de 4 compagnies : de 36 hommes. Les hussards restèrent divisés en 8 compagnies ou 4 escadrons. Les dragons furent également réduits à 3 escadrons, chacun de 4 compagnies de 32 hommes.

En 1776, M. de Saint-Germain voulut établir en France l'ordre qui régnait dans les armées étrangères; il conçut le dessein de former de gros régiments composés de fortes compagnies, et de n’y maintenir que le nombre d'officiers indispensable; mais sa bonne.volonté ne lui attira que des persécutions et de l’ingratitude. J1 garda 24 régiments de cavalerie, en en retranchant les hussards; les autres furent incorporés dans les dragons, qui furent également portés à 24 régiments. Les régiments de toutes armes reçurent la même organisation, 5 escadrons de 158 hommes, tout compris, commandés par 6 officiers, et un escadron auxiliaire ou de dépôt ayant le même nombre d'officiers, mais ne devant servir qu’en temps de guerre comme Cadre, pour y verser les recrues nécessaires au régiment, et dont le gouvernement, selon les circonstances, déterminerait le nombre. En 1779, M. de Montbarrey apporta de nouveaux changements dans la cavalerie. L'escadron auxilicire fut supprimé. Les régiments de cavalerie furent réduits à 4 escadrons. Les 24 escadrons en sus furent formés en 6 régiments de chevau-légers. Les 24 escadrons retirés aux dragons formèrent les six premiers régiments de chasseurs, qui prirent rang dans l’armée française. Les hussards conservèrent leur organisation à 5 escadrons. Sous M. de Ségur, une ordonnance du 25 juillet 1784 apporta également des

modifications à l’organisation de son prédécesseur. Tous les régiments restèrent bien composés du même nombre d’escadrons, maïs ceux-ci reçurent un nouvel effectif : en temps de paix, il était de 104 hommes, sous-officiers compris, commandés par 6 officiers; mais en temps de guerre, l’escadron ou compagnie devait être augmentée de 64 hommes, dont 12 à pied et un trompette, ce qui portait l’escadron sur pied de guerre à l'effectif de 169 hommes. Sous M. de Brienne, une ordonnance du 17 mars 1788 opéra un nouveau remaniement de la cavalerie. On supprima les ré- -giments de chevau-légers, qu’on incorpora dans les hussards et dans les chasseurs. Les régiments, qui avaient été jusqu'alors de 4 escadrons , furent réduits à 3, chacun de deux compagnies, sous le commandement d’un chef d’escadron. Le pied de paix de la compagnie, commandée par 3 officiers, fut fixé à 76 cavaliers, y compris les sous-officiers; mais elle avait, en outre, 2 cavaliers, 1 trompette, le maréchal-ferrant et 1 enfant de troupe à pied; son effectif en temps de guerre devait être augmenté de 13 cavaliers montés, pour former un dépôt. Les régiments de dragons, qui étaient au nombre de 24, furent réduits à 18, les autres passèrent dans les chasseurs. Par ordonnance du 1° avril 1791, la compagnie des régiments de troupes à cheval fut portée à 85 hommes, au moyen de quoi la force d’un régiment de 3 escadrons fut de 547 hommes, au lieu de 438, et celle d’un régiment de 4 escadrons, de 724, au lieu de 580. A cette époque, les régiments de cavalerie et de dragons furent fixés à 3 escadrons et ceux de chasseurs et de hussards à 4. En 1791, 3 nouveaux régiments de cavalerie furent successivement créés et en portèrent le nombre total à 26. Au commencement de la guerre de 1792, la cavalerie française se composait de 2 régiments de carabiniers à 4 escadrons, 26 de grosse cavalerie à 3, 18 de dragons à 3, 12 de chasseurs à 4, 6 de hussards à 4 : total 74 régiments, 212 escadrons, 24,068 cavaliers et dragons, et 13,032 chasseurs et hussards, total 37,100 sabres, RE :

L'ordonnance de 1766 avait déjà de grands avantages sur celle de 1755. L'exemple de la Prusse n’avait pas été perdu. En 1776, M. de Saint-Germain en fit rédiger une nouvelle remplie d'erreurs. Celle qui parut le 20 mai 1788, contient beaucoup d'améliorations véritables. On y apprend aux troupes à se servir de leurs armes ; on y introduit de fréquents exercices à la cible, à pied et à cheval. En 1789, on apporta encore quelques changements à l'ordonnance de 1788. Le plus important fut la substitution définitive des mouvements par quatre et par deux à ceux par trois et par files. M. du Portail , en 1791, fit revoir l'instruction des troupes à cheval, et cette nouvelle ordonnance devait être publiée en 1792. Les planches qui accompagnaient l'ouvrage étaient du marquis d’Autichamp. Il émigra et les troubles de 1791 et 1792 empêchèrent la rédaction de l’ordonnance. La cavalerie française continua à suivre les instructions de 1788 et 1789. Guidée par elles, elle partagea la gloire immortelle de nos armées, de 1792 à 1805. Malgré la Aéfectuosité des ordonnances que nous venons d’énumérer, l'intelligence des Français y suppléa d’une telle manière que la cavalerie française exécutait les mouvements les plus difficiles avec beaucoup d’aplomb, ce qu’elle devait à la perfection de son instruction individuelle. Dans son voyage de France, en 1784, le prince Henn de Prusse, frère de Frédéric IT, ayant vu manœuvrer la gendarmerie, ne put s'empêcher de dire : C’est trop.

Au commencement de la guerre de 1792, nous avons vu la cavalerie française offrir à peine un effectif de 37,100 sabres, avec lequel, réparti méme entre plusieurs armées, il Jui fallait descendre dans la lice pour lutter contre des puissances dont la cavalerie lui était infiniment superieure. Ainsi la prussienne comptait 238 escadrons, l’autrichienne 224, l'anglaise 80, l’espagnole 72, les wurtembergeoise,

CAVALERIE

bavaroise, saxonne, napolitaine, des cercles, etc., 200 : total 819, qui, à raison de 120 hommes, l’un portant l’autre, donnait un effectif de 9S,280 sabres, disproportion effrayante. Et tandis que l’Europe entière pouvait concourir à la remonte de cette cavalerie et satisfaire à tous ses besoins, la France, dans ces premières années, abandonnée à ses seules ressources, devait bientôt finir par ne pouvoir plus suffire à l’entretien même de son faible effectif, si la victoire ne se chargeait bientôt d'y contribuer abondamment. Et, en effet, les convois, les parcs, l’artillerie, devaient absorber d’autant plus facilement les ressources chevalines de la France que le mode de réquisition qui les enlevaït aux propriétaires, s’emparait de l’avenir en même temps que du présent, n’épargnant ni le sexe ni l’âge, et jalonnait inutilement de cadavres de chevaux les routes qui conduisaient à l’armée. Ajoutons, en outre, que la Vendée etles départements adjacents se refusaient encore à concourir aux efforts du gouvernement.

De 1791 à 1793, de x corps de froupes légères furent créés en France; mais on s’aperçut bientôt que l'on ne supplée pas par le nombre à l’instruction de détail et d’ensemble, et l’on se hâta d’incorporer ces corps de nouvelles levées dans les régiments où il restait encore une tradition d'instruction. Au commencement de l’an n (octobre 1793), la cavalerie française se composait de 2 régiments de carabiniers, de 27 de grosse cavalerie, 20 régiments de dragons, 23 de chasseurs, 11 de hussards, en tout 83. Un décret du 10 janvier 1794 donna une nouvelle organisation à la cavalerie, et, portant l'effectif de la grosse cavalerie à 4 escadrons de 2 compagnies formées de 86 hommes, donna aux régiments de cavalerie légère 6 escadrons à deux compagnies de 116 hommes; de sorte que la force totale de la cavalerie devait se composer de 24,416 hommes de grosse cavalerie, 76,140 de cavalerie légère : total, 100,556 chevaux. Je dis devait, car cette force n’a jamais réellement existé, et ne pouvait, en effet, jamais exister, les levées en tout genre étant insuffisantes à remplir ce vaste cadre. Aussi aurait-on grand tort d'évaluer, après cette nouvelle organisation, la force totale de notre cavalerie à plus de 70,000 hommes, Vers la fin de 1795, on fit bien quelques changements dans cette arme, mais ce fut simplement dans l'uniforme des dragons et des hussards. Un arrêté du Directoire, en date du 8 janvier 1796, réduisit à 51 régiments toute la cavalerie française ; mais, le 17 du même mois, cet arrêté fut modifié : le nombre des régiments existants fut conservé; seulement on réduisit à 3 escadrons les régiments de la grosse cavalerie et à 4 ceux de la cavalerie légère. Au moyen de différents changements ou créations qui eurent lieu de 1797 à 1799, l'état des régiments de cavalerie au 1°" janvier 1799 était composé de 2 régiments de carabiniers, 25 régiments de cavalerie, 20 régiments de dragons, 25 de chasseurs et 13 de hussards : total, 85. Au commencement de 1800, l’organisation de la cavalerie française fut encore changée, et tous les régiments de cette arme furent portés à 5 escadrons chacun, de 2 compagnies; ils furent ensuite réduits à 3 es cadrons. A la fin de 1804, les 12 premiers régiments de cavalerie formèrent autant de régiments de cuirassiers, qui restèrent seuls grosse cavalerie, et la force totale de la cavalerie française fut alors de 2 régiments de carabiniers, 12 . de cuirassiers, 30 de dragons, 24 de chasseurs et 10 de hussards : total,78. En 1805, le nombre des régiments de cavalerie était de 78, et en 1806 de 79. En 1807, on créa un 13° régiment de cuirassiers. La composition de 1808 et de 1809 fut de 81 régiments; celle de 1810 de 84, celle de 1811 de 88, celle de 1812 de 89, et celle de 1813 de 94, y compris les 4 régiments de gardes d'honneur. Un décret du 25 novembre 1811 prescrivit d'attacher un régiment de chevaulégers-lanciers à chaque division de cuirassiers. Ils furent formés d’autres régiments qui changèrent d'arme, et le nombre des régiments n’éprouva pas de variation. Le décret

CAVALERIE

du 10 mars 1807 établissait la force des régiments à 43 officiers et 1,000 hommes; en 1810, cet effectif fut de nouveau changé. En 1805, l’empereur Napoléon avait fait aussi rédi-

ger pour la cavalerie une nouvelle ordonnance qui ne con- | 47,616 en temps de guerre.

tenait que quelques légères modifications à l’ancienne.

Jusqu'à la chute de l'empire, toutes les cavaleries étrangères, excepté la cavalerie prussienne, n’éprouvèrent que fort peu de changements ; mais cette dernière, par suite des malheurs de la guerre de 1807, subit, ainsi que toute l’armée, un changement total d'organisation. Le nombre de troupes permis à la Prusse étant fixé, l’armée fut partagée en 7 divisions, y compris la garde, et à chaque division furent attachés 2 régiments de cavalerie légère et un de grosse cavalerie de 4 escadrons. Le roi chercha et trouva dans ce cadre restreint un moyen de former le plus de cavaliers et de soldats instruits qu'il lui fut possible, dans le dessein de s’affranchir un jour d’un joug que réprouvait fortement l'opinion nationale. Il fit rédiger en même temps un bon règlement pour sa cavalerie. Lorsque la guerre de 1813 éclata, l’élan de la nation permit d’attacher à chaque régiment de cavalerie un escadron de volontaires sous la dénomination de chasseurs à cheval, et un grand nombre de soldats libérés ou de soldats annuellement instruits formèrent ces nombreux bataîllons ou escadrons de Zandwehr qui rivalisèrent bientôt de bravoure et de patriotisme avec les régiments de l’armée. Depuis cette époque, les cavaleries étrangères n’ont éprouvé que des modifications insignifiantes.

Il n’en a pas été de même de la cavalerie française , qui a vu s’opérer de nombreux changements dans son organisation et dans son instruction. A l’époque du 12 mai 1814, elle fut composée de 2 régiments de carabiniers, 12 de cuirassiers , {5 de dragons, 6 de lanciers, 15 de chasseurs, 6 de hussards; total 56 régiments. Chaque régiment était de 4 escadrons, formés de deux compagnies , et la force de toute la cavalerie comportait l’effectif de 3,248 chevaux d'officiers et 26,264 chevaux de troupes. Beaucoup de régiments reçurent le nom du roi et de la famille royale, et les autres gardèrent simplement leurs numéros. Le débarquement de Napoléon ayant amené le départ de Louis XVIII, l’armée fut entièrement réorganisée par l’empereur sur l’ancien pied, et les régiments de cavalerie reprirent lesnuméros qu’ils avaient quittés lors de l’organisation de 1814. Cependant Louis XVIII, qui, par une ordonnance du 23 mars 1815, avait déjà licencié l'armée, par celle du 16 juillet de la même année, en reconstitua une nouvelle : la cavalerie dut être composée alors d’un régiment de carabiniers, 6 régiments de cuirassiers, 10 régiments de dragons, 24 régiments de chasseurs et 6 régiments de hussards. Chaque régiment fut composé de 4 escadrons, chaque escadron ne formant plus qu’une seule compagnie, d’après le système souvent proposé, et qui jusqu’alors avait éprouvé de nombreuses contradictions. Le 30 août 1815, la cavalerie fut décidément organisée dans le but d'obtenir un effectif de 2,846 chevaux d'officiers et 22,842 chevaux de troupes; mais pendant longtemps les régiments de la cavalerie ne furent que sur le papier. On se donnait autant de peine en France pour détruire une belle armée qu'ailleurs on s’en serait donné pour l’organiser. Le dernier escadron de chaque régiment de chasseurs fut armé de lances . et devint une nouvelle espèce de compagnie d'élite, seulement elle était passée de la droite à la gauche. Le complet des régiments de cavalerie ne tala pas à être changé par ordonnance du 9 octobre 1819. Les régiments de grosse cavalerie furent constitués à 300 hommes et ceux de dragons, chasseurs et hussards à 480 ; effectif complet : 20,300 chevaux. Le 26 février, la cavalerie fut augmentée de 60 escadrons; les dragons et les chasseurs furent portés de 4 escadrons à 6. Enfin l’ordonnance du 27 février 1825 porta le nombre des régiments de cavalerie à 56, y compris les 8 régiments de la garde; et chaque régiment de ligne dut être porté à 6 escadrons de l'effectif suivant : sur le pied de paix,

la grosse cavalerie devait avoir 73 chevaux par escadron, et 124 en temps de guerre, et la cavalerie légère le même effectif ; ce qui portait les 48 régiments de cavalerie de ligne à 34,944 chevaux, officiers compris, en temps de paix, et

Sous le règne de Louis-Philippe, la cavalerie française, sans compter les trois régiments de chasseurs d'Afrique, fut composée de 2 régiments de carabiniers, 10 de cuirassiers, 12 de dragons, 6 de lanciers, 14 de chasseurs et 6 de hussards, en tout 50 régiments ; ils étaient tous de 6 escadrons ; en 1834, les économies du budget forcèrent de les réduire à 5. Pendant la Restauration on finit par considérer les dragons comme cavalerie légère, et on les arma comme celle-ci de mousquetons courts. Le maréchal Soult leur rendit le fusil.

Pendant la Restauration, on chercha les moyens de perfectionner l'instruction, l'armement et l'équipement de ka cavalerie; des comités, réunis annuellement, s’occupèrent de menus détails : on Ôta le pistolet droit à toute la cavalerie; on le remplaça d’abord par une hache, puis par une sacoche. Les pantalons et schabraques garance furent substitués aux anciens qui étaient bleu ou vert. On essaya plusieurs modèles de selles à la Montilger, à la d’Houdetot, à la Rochefort, et l’on en revint au point de départ, à la selle de l'artillerie. En 1621, parut un petit règlement pour la cavalerie légère, qui eut du succès, qui fut suivi avec exactitude et qu'on changea ensuite pour le plaisir de changer. On fit pendant plusieurs années, pour essayer tous ces changements, un camp de cavalerie à Lunéville. Mais, au lieu de simplifier, on compliqua ; au lieu d’accélérer les mouvements, on les ralentit ; on fit beaucoup d'évolutions et peu de manœuvres. En 1829, parut une nouvelle ordonnance, chèrement et longuement élaborée. On y trouvait des règles pour l'escrime à cheval, mais rien pour l’usage du pistolet à cheval. L'école de Saumur, notre Vatican militaire, dont l’infaillibilité ne saurait être contestée , avait rédigé les principaux articles de détail.

Ce serait peut-être ici le lieu de parler des grands généraux de cavalerie qui ont illustré les armées françaises. Mais ne trouvera-t-on pas ce qui les concerne aux articles spéciaux qui leur seront consacrés dans ce dictionnaire? Je ne saurais toutefois laisser échapper cette occasion de nommer au moins le duc de Valmy, considéré à juste titre comme le premier officier de cavalerie de l’Europe : sa charge aux environs de Provins et celle de Waterloo suffraient à elles seules pour l’immortaliser.

Nous résumerons en peu de mots les préceptes de tactique épars dans ce tableau rapide et abrégé de la cavalerie, dans lequel toutefois nous ne croyons avoir omis rien d’important. Il ne faut pas se méprendre sur la nature des troupes à cheval : elles ne sont propres, et elles ne doivent étre employées, autant que possible, qu’à l’action, et à l’action du moment. C’est à l'inspiration qu’il appartient de savoir décider ce moment et dele mettre à profit. Aussi ne craignonsnous point de faire une comparaison trop ambitieuse, en disant que la cavalerie est à l’infanterie ce que la poésie est à la prose.

Gal C'° pe LA ROCHE-AYMON , ancien pair de France.

En 1840, la France augmentant l'effectif de son armée accru le nombre de ses régiments de cavalerie. Après la révolution de Février, on rétablit le corps des guides. Au début de 1870, la cavalerie française se composait de 14 régiments de cavalerie de réserve (2 de carabiniers et 12 de cuirassiers); de 22 de cavalerie de ligne (13 de dragons et 8 de lanciers); de 25 de cavalerie légère (13 de chasseurs, 8 de hussards, 1 de guides et 3 de chasseurs d'Afrique); de 3 régiments de spahis, de 4 compagnies de cavaliers vétérans, en tout 62,698 hommes, sans compter les 26 légions de gendarmerie et les 2 escadrons de la garde de Paris. La guerre a beaucoup modifié les cadres de la cavalerie et nécessilé des réformes nombreuses dans cette arme,

La cavalerie russe se divise en cavalerie réguiière et cavalerie irrégulière. Suivant l’Almanach de Gotha, la première se compose de corps attachées à l'infanterie (32 régiments formant 268 escadrons); de 3 corps de cavalerie de réserve (28 régiments ou 202 escadrons); de 52 escadrons de réserve; de 73 escadrons colonisés; de 7 escadrons modèles d'instruction ; d’un régiment de gendarmerie, fort de 13 escadrons. La seconde se compose de 126 régiments de cosaques, formant 765 escadrons ; de 13 districts de Baschkirs; de 4 seconds districts de Meschtekeriades ; de 5 régiments de Tonguses et Bouriates, formant 29 escadrons; de 2 régiments, soit 9 escadrons, de cosaques de ligne, musulmans, montagnards , etc., total général : 1,568 escadrons.

La Prusse compte 56 régiments de cavalerie dans son armée active, savoir : 1 régiment de gardes du corps, 7 de la garde, dont 2 de landwehr; 8 de cuirassiers, 16 de dragons, 16 de hussards, 16 de hulans, plus 104 escadrons de cavalerie de landwehr du 1°" ban.

L’Autriche, outre la garde, a 12 régiments de cuirassiers, à 60 escadrons, 2 de dragons, 44 escadrons; 12 de hussards, 96 escadrons; 12 de hulans, 88 escadrons; plus 1 escadron de dragons d'état-major.

La Grande-Bretagne : 2 régiments de gardes du corps ( Life-Guards) et 1 de gardes à cheval dits les bleus, ensemble 1,308 hommes ; 7 de dragons de la garde, 2,833; 3 de dragons et 4 de dragons légers, ensemble 3519; 5 de hussards, 2,743 : 4 de lanciers, 1952; { de chasseurs à cheval du Cap; total 12,355 hommes.

CAVALERIE (École de ). La fondation des premières écoles de cavalerie appartient au duc de Choiseul. Cet habile ministre avait compris de bonne heure la nécessité de pourvoir par de bons établissements à l'instruction des troupes à cheval, trop longtemps négligée en France. Il fit done signer au roi, le 21 août 1764, une ordonnance portant création de quatre écoles d'équitation, placées sous la direction d’un oflicier général, et établies à Metz, Douai, Besançon et Angers. Une école centrale devait recevoir à Paris, après un temps déterminé d'instruction, les meilleurs élèves des quatre établissements secondaires. Ce premier essai ne fut pas heureux : dès l’année 1767, ces écoles avaient presque cessé d’exister ; mais elles avaient eu, au moins, l’avantage de fixer l'attention des officiers de cavalerie, et elles amenèrent, plus tard, les améliorations quise font remarquer dans l'instruction des corps. En 1771, on revint à ce système d'instruction, et l’on créa l’école de Saumur : elle reçutles débris de celles qui avaient été établies septans auparavant. Chaque colonel de cavalerie fut autorisé à y envoyer

4 officiers, et 4 sous-officiers, pris parmi ceux dont les dispositions paraissaient devoir seconder les vues du gouvernement. Les fonds mis à la disposition du ministre de la guerre pour l'entretien de l’école ayant été supprimés en 1790, il fallut abandonner encore une fois cet utile projet. Mais le zèle de ses partisans ne s’attiédit pas. Une nouvelle école fut créée à Versailles, le 2 septembre 1796, sous le titre d’'école nationale d'instruction des troupes à cheval, etun arrêté du 9 septembre 1799 en établit, sous la même dénomination deux autres à Lunéville et à Angers. On affecta à l'entretien du personnel de ces trois établissements un fonds annuel de 148,537 francs,

La seule école de Versailles subsistait encore en 1809, lorsqu'un décret impérial du 8 mars vint la supprimer, et créer sur ses débris l’école spéciale de cavalerie de Saint- Germain. Toutefois on n’admit dans cette dernière que des élèves sortant de l’École militaire, et l’on en exclut les officiers et les sous-officiers des corps. L'école de Saint-Germain se maintint jusqu’à la restauration : supprimée à son tour par ordonnance du 30 juillet 1814, le gouvernement royal, pour la remplacer, créa à Saumur une nouvelle école d'instruction des troupes à cheval, destinée, comme la première, à recevoir des ofliciers et des sous-officiers de diffé-

CAV ALERIE

rents corps de cavalerie. Elle était placée dans le beau b4timent servant autrefois de caserne aux carabiniers, Mise sous la direction d’un officier général d’un mérite reconnu, elle obtenait déjà de brillants succès, lorsque les événements politiques dont Saumur fut le théâtre en 1822 en fit opérer la dissolution. Rétablie de nouveau à Versailles, le 5 novembre 1823, dans le bâtiment appelé les écuries d'Artois, elle ne fut plus destinée, comme celle de Saint- Germain, qu’à recevoir les élèves de l'École militaire qui se destinaient au service des troupes à cheval. Il fallait, pour y être admis, avoir passé deux ans à l’école de Saint- Cyr, et avoir été nommé sous-lieutenant de cavalerie. L’instruction de ce nouvel établissement embrassaïit la con. naissance théorique et pratique des exercices et des manœuvres des troupes à cheval, un cours élémentaire d’hippiatrique, des principes d'équitation, la théorie du commandement, le soin et la conduite des chevaux, l'escrime à: pied et à cheval, le tir des armes à feu, la natation. Les professeurs de l’école de Sainf-Cyr y continuaient des cours d’administration, d’artet d’histoire militaires, d'allemand etde dessin.

Cette nouvelle organisation de l’école de cavalerie n’était pas encore en harmonie avec les besoins du service. L'expérience avait démontré l’impérieuse nécessité de former de bons sous-officiers, de rendre l'instruction uniforme, et d’assurer un avenir à la cavalerie. Ces considérations déterminèrent le gouvernement à donner plus d'extension à cet établissement et à l’asseoir sur des bases beaucoup plus larges. Transférée de Versailles à Saumur, par ordonnance du 11 novembre 1824, cette école reçut, le 10 mars de l’année suivante, une nouvelle organisation.

D’après l'ordonnance, modifiée en 1860, du 7 novembre 1845, elle est instituée pour perfectionner les officiers de troupes à cheval, dans toutes les connaissances nécessaires à l'officier de cavalerie, et spécialement dans les principes de l'équitation; pour donner aux sous-lieutenants de cavalerie, sortant de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, l'instruction particulière au service de l’arme; pour former des instructeurs, appelés à reporter dans les régiments un mode d'instruction uniforme, et pour créer, dans le même but, une pépinière de sous-officiers instructeurs. Elle est également destinée à former des maréchaux-ferrants pour les corps de troupes à cheval.

Sont admissibles à l’école de cavalerie : 1° un lieutenant ou sous-lieutenant par régiment de cavalerie, d'artillerie, ou escadron du train des parcs et des équipages militaires : ces officiers, désignés pour recevoir cette destination à l’époque des inspections générales, sont tenus de suivre pendant 42 mois les cours de l’école, et y prennent, durant leur séjour, la dénomination de lieutenants-instructeurs ; 29 les élèves sortant de l'école spéciale militaire et destinés au service de la cavalerie, ainsi que les lientenants et sous-lieutenants d'infanterie, passés par permutation dans la cavalerie et qui n’auraient pas déjà servi deux ans dans cette dernière arme : ils prennent la dénomination de souslieutenants d'instruction.

Telles sont les deux divisions d’études de l’école, réorganisée en 1860, sur le rapport du maréchal Randon. Chaque régiment de cavalerie envoie à Saumur, comme le faisaient les régiments d’artillerie, des maréchaux-des-logis en qualité de sous-officiers d'instruction. Un brigadier par régiment est en outre envoyé à l'école. Enfin elle peut recevoir, sous certaines conditions d'aptitude, des enrôlés volontaires, qui prennent le titre de cavaliersélèves.

Tous les ans, les pensionnaires de l’école de cavalerie prennent part aux fêtes de la ville, qui consistent en courses et carrousels.

Le personnel de l'école se compose actuellement d'un général de brigade commandant supérieur , d’un colonel commandant en second, d'un lieutenant-colonel, de douze

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