‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 513 sur 556 · CAVE — CAVÉ · texte numérisé non relu

CAVE — CAVÉ

« dernier, Le Globe réveilla la pudeur des vaudevillistes, et « aucuns retirèrent déjà leur main tendue au salaire, Ces « mêmes gens qui nous mutilaient hier (les censeurs drama- « tiques ) avec une si stupide insolence, sont ceux qui tien- « nent les cordons de la bourse, dignes distributeurs de pa- « reilles grâces. Personne n'ira demander sa part; ilsn’au- « ront pas la joie de se dire : Nous ne sommes pas seuls en « France, voici des compagnons d'infamie ! »

Une fois que Cavé se trouva aux lieu et place de ces mêmes gens qui le mutilaient hier, et qu’il perçutleurs appointements, il estima que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, et soutint le pouvoir issu de la révolution de Juillet avec tout autant de zèle et par l’emploi des mêmes moyens que ces gens là avaient pu défendre le gouvernement légitime ; et, en 1834, sous le ministère de M. Thiers, l’hyper-critique du Globe fut le bras dont la Pensée du règne, comme on disait alors pour désigner la volonté personnelle de Louis-Philippe, se servit pour rétablir la censure dramatique.

Assurément nous ne sommes point de ceux qui confondent la liberté des théâtres avec la liberté de la presse; et nous reconnaissons que, dans une société régulièrement organisée, le pouvoir peut et doit même exercer dans l'intérêt de la morale publique une surveillance préventive sur les pièces destinées à la scène, comme aussi sur la mimique des acteurs pendant le cours des représentations. Nous ne blämerons donc point le gouvernement de Juillet d’être en cela revenu aux errements de ceux qui l'avaient précédé, et d’avoir revendiqué l'exercice d’un droit qui a été conféré au pouvoir dans l'intérêt de tous. Mais nous avouons qu’il était à ce moment au moins bizarre de retrouver précisément dans l’agent chargé de cette revendication un des hommes qui, peu d’années auparavant , élevaient les plus violentes clameurs dans la presse pour faire reconnaître et proclamer le principe contraire, c’est-à-dire celui de la liberté absolue des théâtres.

Ce qui contribua incontestablement le plus à la déconsidération du pouvoir issu des barricades, ce furent les impudents démentis que ses divers agents vinrent ainsi, publiquement et à l’envi, donner aux principes que la veille encore ils s’efforçaient de faire prévaloir.

Ajoutons, d’ailleurs, que jamais notre théâtre n’offrit une tendance plus immorale et plus corruptrice que sous l’administration de Cavé , et que s’il montra de l'indulgence pour une foule de turpitudes bien propres à flétrir l'esprit et le cœur des spectateurs, en revanche il déploya toujours le zèle le plus monarchique pour poursuivre à outrance toutes les pensées généreuses qui, dans un moment donné, pouvaient électriser un auditoire et lui rappeler que les hommes n’ont pas seulement des devoirs à remplir, mais aussi des droits à exercer, A cet égard, c’est justice que de reconnaître qu’il s’acquitta à la satisfaction de ses patrons de la tâche policière qui lui était confiée.

Sous le gouvernement précédent, les fonctions dont était investi Cavé au ministère de l’intérieur rentraient dans les attributions spéciales de la direction générale des Beaux-Arts créée par Charles X en faveur du vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld, Avec la brusquerie habituelle dé ses manières, avec son ton rogue et cassant, Cavé n’élait guère propre à faire oublier aux artistes les relations toujours si pleines de politesse et d’aménité qu’ils avaient pu avoir avec ce gentilhomme aux manières si élégantes , si affables, dont on à bien pu vivement critiquer et même justement ridiculiser les actes, mais dont jamais on n’accusa les intentions, et qui est demeuré pur de tout soupçon de malversation ou de complicité dans les scandaleux tripotages auxquels donne si souvent lieu la répartition entre les destinataires des sommes considérables affectées chaque année par la munificence nationale à l'encouragement des Beaux-Arts,

Les scandales de ce genre qui signalèrent à diverses reprises

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