‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 514 sur 556 · CAVÉ · texte numérisé non relu

CAVÉ

f'administration de Cavé, firent maintes fois penser que les ministres sur qui en retombait la responsabilité se décideraient à le frapper de destitution; mais toujours une toutepuissante et invisible influence le maintint en fonctions. I] se considérait lui-même comme tellement indispensable, que le lendemain de la révolution de Février, il se présenta au ministère de l’intérieur pour y faire son service comme à l'ordinaire. Mais sa place fut donnée à M. Charles Blanc, qui l'occupa de nouveau en 1870,

Après le coup d’État du 2 décembre 1851, Cavé s’empressa d'offrir son concours au pouvoir nouveau. Celui-ci s’empressa de récompenser ce rallié par un emploi à la secrétairie d'État, analogue à celui qu'il avait occupé au ministèredel'intérieur, Une attaque d’apoplexie foudroyante mit fin, dans les premiers jours de mai 1852, à la nouvelle carrière d’honneurs qui s'ouvrait devant Cavé.

Sa femme, Marie-Élisabeth BLavot, née vers 1810 à Paris, épousa en premières noces le peintre Clément Boulanger, qui la laissa veuve en 1842. Peu de temps après elle se remaria à M. Cavé, directeur des beaux-arts. Élève de Camille Roqueplan et de son premier mari, elle exposa des aquarelles aux salons de 1835 et de 1836, et obtint à celui de 1839 une médaille de seconde classe. Plusieurs de ses tableaux ont été acquis par l'État. On lui doit une Héthode pour apprendre le dessin sans maître (1850), d’après laquelle un calque transparent du modèle est mis eutre les mains de l’élève de manière qu’en l’appliquant de temps en temps sur son propre dessin il puisse reconnaître ui-même ses fautes et les corriger jusqu’à ce qu'il soit à même de répéter le modèle de mémoire.

CAVÉ (François), constructeur de machines à Paris, est né, le 12 septembre 1794, dans un petit village de Pi» cardie. Fils d’artisan, il apprit dans son village l’état de menuisier ; et, son apprentissage une fois terminé, il obtint de ses parents qu’ils l’envoyassent se perfectionner dans la grand’ville. Le maître chez qui on l'avait placé étant né dans son village, cette circonstance avait paru aux parents du jeune Cavé une garantie certaine que leur fils serait traité par lui paternellement. Mais l’avarice excessive de cet homme réservait l'existence la plus rude, les privations les plus pénibles, à l'enfant de seize ans. En échange de tout son temps, en payement d’un travail forcé auquel ni dimanches ni fêtes n’apportaient jamais la moindre interruption, il lui donnait par jour trois quarts de kilogramme d’un pain grossier, et tous les trois mois une paire de souliers d'occasion , achetée au Temple!

On finit par apprendre au village l’excès de misère auquel était réduit le pauvre François, et aussitôt la tendresse paternelle, alarmée, de le convier à venir reprendre sa place au foyer et à la table domestiques; mais l'enfant refusa obstinément de quitter son maître, dans l’unique espoir de pouvoir, au prix de tant de souffrances et de privations, continuer à se perfectionner dans l'écriture, le calcul et le dessin, aux rares heures qu'il réussissait à dérober à son avare patron.

Son séjour dans l'atelier de son premier maître dura dix-huit mois, puis ce patron impitoyable mourut tout à coup, et voilà le pauvre François obligé de chercher ailleurs du pain et de l'ouvrage. Enfin arriva le moment de satisfaire à la loi de la conscription; et François dut aller rejoindre un régiment, avec lequel il fit la campagne de 1813 et celle de 1814, apportant au service ce dévouement patient et zélé qui fait les bons soldats. Nos malheurs publics de 1815 le ramenèrent aux lieux qui l'avaient vu naître. Après avoir retrempé son cœur aux douces et saintes émotions de la famille , il partit encore une fois pour Paris, peut-être un peu contre le gré de son honnête homme de père, qui aurait souhaité pour son fils la vie tranquille et humble du village, tandis que lui il ne rêvait qu’au bonheur et à la gloire de parvenir à exécuter fout seul un de ces escaliers

en spirale pour la confection desquels le charpentier et je menuisier unissent d'ordinaire leurs talents.

Les hommes de cette trempe ont bientôt trouvé l'emploi de ce besoin d'activité qui les tourmente. A peine arrivé à Paris, il obtint de l'ouvrage dans les ateliers d’un entrepreneur appelé Collier, où l’on construisait des machines, et la vue de tous ces mécanismes ingénieux, à l'aide desquels l’homme réussit à décupler, à centupler ses forces, eut bientôt éveillé et développé chez François Cavé ce génie de la mécanique auquel il devait être redevable plus tard de la position aussi honorable que brillante dont il jouit aujourd’hui dans les rangs de la haute industrie française. Cependant il n’était point encore au bout des longues épreuves qu'il avait à subir. Une crise commerciale amena la fermeture des ateliers de son patron; mais il fut assez heureux pour entrer à quelque temps de là comme menuisier-mécanicien dans la filature de M. Hindenlang, l’un de nos manufacturiers qui ont le plus contribué à porter presqu’à la perfection la fabrication des tissus-cachemire , et à rendre les pays étrangers tributaires de cette belle industrie toute française. A cette époque, M. Hindenlang commençait ses essais; sa surprise fut grande quand son nouveau mécanicien lui proposa de construire, pour ce genre spécial de fabrication, des machines nouvelles en remplacement des anciennes, dont il avait tout aussitôt aperçu les divers inconvénients. M. Cavé renouvela tout l'outillage de M. Hindenlang, contribuant ainsi à assurer la supériorité de ses produits, et en même temps à faire sa fortune. Toutefois, comme en industrie on ne peut demeurer s{ationnaire, et que c’est surtout là que tout change, que tout marche incessamment vers le progrès, M. Hindenlang, en 1823 , comprit qu’il n’avait point encore assez fait en perfectionriant ses procédés de fabrication, et que désormais , pour lutter avantageusement contre la concurrence des étrangers, il devait se servir des moteurs à la fois les plus puissants et les plus économiques. En conséquence, il annonça un jour sa détermination d'employer désormais la vapeur comme force motrice. Cette déclaration inattendue provoqua aussitôt, de la part de M. Cavé, l'offre de construire la machine dont son patron allait avoir besoin. Celui-ci hésita un instant ; il lui semblait impossible que son mécanicien, jusque alors étranger à ce genre de construction, réussit dans un premier essai. La tentative réussit pourtant admirablement; et la machine de M. Hindenlang, construite dans ses ateliers mêmes, avec un outillage évidemment insuffisant, put soutenir avantageusement la comparaison avec les meiïlleures machines de ce genre fabriquées en Angleterre et importées chez nous à grands frais. Enhardi par ce succès si décisif, M. Cavé prit alors la résolution de louer des ateliers et d’y fonder un établissement de construction de machines. Toutes les ressources dont il pouvait alors disposer se composaient d’un capital de 5,000 francs, fruit de ses économies et de son travail. Les frais bruts de la première machine dont la construction lui fut confiée s’élevèrent à plus de 2,000 francs... qu’il perdit complétement dans la banqueroute de l'industriel qui avait eu reeours à lui. Les trois autres mille francs qu’il possédait avaient été absorbés par les premières dépenses d’outillage. Tout autre que M. Cavé eût été ébranlé dans sa résolution par un désastre si complet, si irréparable. Il ne perdit cependant pas courage; et, puisant dans la nécessité une nouvelle énergie, il se mit à travailler avec plus d'ardeur que jamais, servi d’ailleurs par des circonstances plus heureuses et par les ressources que lui fournirent diverses machines nouvelles de son invention, entre autres les machines à percer, à double levier, si utiles et si profitables dans la chaudronnerie.

Le rapide essor que prit bientôt dans nos diverses usines l'emploi de la vapeur comme force motrice favorisa la noble persévérance de M. Cavé. Durant près de vingt années plus

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