‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 516 sur 556 · CAVEAU · texte numérisé non relu

CAVEAU

se donnant entre eux sur leurs ouvrages des conseils utiles, francs et désintéressés. Bernard refit presque en entier, d'après leurs avis, son opéra de Castor et Pollux, Labruère son Dardanus, Lanoue le cinquième acte de son Mahomet second; Piron, enfin, y recueillit plusieurs des meilleurs traits dela Méfromanie. Toutefois, ces habitudes amicales n’empêchaient pas les convives de se lancer de temps en temps de spirituelles épigrammes. La société était juge des coups. Si le trait avait son approbation, le patient devait boire rasade à la santé du censeur ; si, an contraire, il paraissait mal dirigé ou passant les bornes, ce dernier était condamné à boire un verre d’eau, tandis que tous les autres sablaient, en l'honneur de l’auteur vengé, le nectar bourguignon. Crébillon fils étaitun des principaux tenants de ces joûteslittéraires : naturellement caustique, il lui fallait toujours une victime; et Favart repoussa un jour ses attaques avec une maligne bonhomie, qui mit les rieurs de son côté. Dans un autre diner, uue discussion de ce genre s’éleva entre les deux Crébillon, et devint bientôt beaucoup trop vive. La s0ciété pensa que les torts étaient réciproques, et ordonna pour tous deux le verre d’eau correctionnel. Le fils se soumit à cet arrêt, mais le père se retira en se refusant à l’exécution, etnerevint plus au Caveau. Du reste, cette joyeuse réunion savait, dans l’occasion, punir plus sérieusement des torts plus graves : Gallet, quoiqu’un de ses fondateurs, fit l'épreuve de cette sévérité. L'esprit épicurien s’alliait chez lui à l'esprit commercial. Tout en recevant chez lui autrefois comme confrères en Momus, Collé et Piron, il y trouvait en même temps son profit, parce que les commerçants qu'il avait soin d'inviter avec eux, charmés de leurs saillies, devenaient beaucoup plus coulants en affaires avec le maître de la maison. Aussi-le malin Piron, qui s’était aperçu de ce manège, dit-il un jour à l’oreille de Collé : « Je crois vraiment qu'il nous préle sur gages. » Dès ce temps, en effet, l’épicier-chansonnier exerçait en secret cette fructueuse industrie. Plustard, quelques éclats scandaleux n’ayant plus permis d'incertitude à cet égard, la société prononça son exclusion, et Crébillon fils se chargea de la lui notifier par le petit billet suivant : « M. Gallet est prié de diner les dimanches partout ailleurs qu’au Caveau. »

C'était effectivement le premier dimanche de chaque mois que la réunion avait lieu dans l’origine. 11 y en eut ensuite deux, fixées au premier et au seize, mais seulement pendant l'automne et l'hiver. Ces séances gastronomico-l:ttéraires, commencées en 1729, eurent leurs cours pendant dix années. Diverses causes, vers la fin de 1739, contribuèrent à leur cessation. D'abord, des seigneurs de la cour, ayant demandé à être introduits durant un des diners, refusèrent, par une ridicule hauteur, les siéges qu’on leur offrait, craignant, sans doute, d'être confondus avec des auteurs, quand ils ne venaient qu’assister à une sorte de spectacle. Leur dédain fut puni par un silence général; mais cette aventure désagréable éloigna des réunions divers membres de la société. Plusieurs autres , tels que Labruère, secrétaire d’ambassade à Rome, Bernard, nommé secrétaire général des dragons, furent appelés par leurs fonctions hors de la capitale. Les membres du Caveau se trouvèrent donc en partie dispersés, et tous cessèrent de se réunir. Collé n’en continua pas moins à faire des chansons , et Piron des épigrammes.

Vingt ans après, en 1759, se forma un second Caveau, où l’on vit reparaître plusieurs de ceux qui avaient illustré le premier, Son origine fut un diner que le fermier général Pelletier donnait le mercredi de chaque semaine à quatre auteurs de ce temps, Marmontel, Boissy, Suard et Lanoue. Bientôt, sur leur demande, l'amphitryon y invita également Crébillon fils, Helvétius, Bernard, Collé et Laujon, le plus jeune alors de ces épieuriens du siècle dernier, Ils formèrent une société, moins féconde en chansons, où la gaieté toutefois présidait comme dans la précédente, mais

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