CAVEAU
où l’épigramme était moins vive, car ici les gens de lettres n'étaient pas tout à fait chez eux, quoique Pelletier ft de son mieux pour les mettre à leur aise. Ce nouveau Caveau reçut ausst parfois la visite d'hommes distingués. Sterne, Garrick et Wilkes y furent présentés par Crébillon fils lors de leur voyage en France. Marmontel, qui a consigné ces détails dans ses Mémoires, y raconte aussi l'aventure qui mit fin à ces réunions. Le fermier général ne se borna pas à s’éprendre d’une aventurière , qui lui persuada qu’elle était fille de Louis XV ; il fit la sottise de l’épouser, ce qui loïigna de sa maison les auteurs qui la fréquentaient et tous les gens honnêtes. Pelletier, au surplus, paya cher cette folie : par suite des chagrins que lui donna cet hymen ridicule, il devint tout à fait fou, et mourut à Charenton. Les chants avaient donc cessé pour la seconde fois dans le cours du dix-huitième siècle, ou du moins les chansonniers avaient cessé de se réunir, lorsqu’à la fin de 1796, les auteurs du vaudeville renouvelèrent ce joyeux usage. C'était, en quelque sorte, un corollaire de l'établissement de leur théâtre, et un supplément à leurs pièces. Le moment d’ailleurs était favorable pour inspirer des couplets. La Terreur avait disparu, le calme renaissait à l’intérieur, et la victoire continuait de couronner nos armes. Les fondateurs de ces diners dits du Vaudeville, furent Barré, Radet, Desfontaines, Piis, Deschamps, Després, les deux Ségur, Bourgueil , Prévôt d’Iray, Demautort , Despréaux, Chéron, Léger, Rosière, ancien acteur de la comédie italienne, et deux administrateurs du Vaudeville, Monnier et ‘Chambon, membres de la société chantante seulement ad honores. Depuis, y furent successivement admis Philippon de la Madeleine, Emmanuel Dupaty, Chazet, Goulard, Dieu-la-Foy, Laujon, Armand Gouffé, Maurice Séguier et Philippe de Ségur. Le diner, fixé au 2 de chaque mois (républicain) et à deux heures et demie, car les gens de bon appétit soupaient encore alors, eut lieu d’abord à frais communs, mais bientôt la vente du recueil lyrique de la société pourvut amplement à ces frais. En effet, à chaque diner, tous les convives devaient payer leur tribut par une chanson sur un mot tiré au sort dans le banquet précédent. Plus tard, on sentit l'inconvénient de renfermer une muse fantasque dans un cercle si étroit, et les genres seulement que l’on devait traiter, furent déterminés par le sort. Le réglement en couplets, adopté par la société dans sa première séance, portait que ces chansons ne devaient s'occuper
EC jamais de politique, Jamais de religion, Ni de murliton , etc.
Cette dernière condition ne fut pas, comme on le pense bien, la plus rigoureusement remplie.
Les Diners du Vaudeville donnèrent naissance à plusieurs de nos plus jolies chansons modernes, parmi lesquelles on peut citer le Corbillard, d’Armand Gouffé, La Chaumière, de Ségur aîné, et le Voyage de l'Amour et du Temps, par son frère. C’est pour ces dîners que Piis composa sa grande ronde à boire , d’une si bizarre originalité. La société chanta aussi en commun plusieurs des grands événements de cette époque, et Bonaparte y trouva des Tyrtées pour célébrer
finit par des chansons », les chansons aussi finissent dans ce pays d’inconstance, après cinq années de ces séances chantantes , la ferveur se relâcha, et les dîners finirent faute de dîneurs satisfaisant à la première obligation imposée par la charte en couplets. La clôture de ces repas eut lieu le 2 nivose an X. La collection des Diners du Vaudeville forme neuf petits volumes, devenus assez rares. Il en a eté publié un Choix en 2 vol. in-18. h
Peu d'années après, en 1806, se forma la société gastronomique et lyrique, qui devait donner au nom du Caveau une nouvelle illustration. Armand Gouffé et le libraire Ca-
pelle, qui cultivait en amateur la littérature légère, en furent les fondateurs. Ses premiers membres furent les chansonniers Antignac, Brazier, Chazet, Désaugiers, Moreau, Francis, Philippon de la Madeleine, Piis, Ségur aîné, Demautort, Despréaux, Dupaty, Ducray-Duménil et Cadet- Gassicourt, qui, sous le nom de Charles Sartrouville, se délassait de ses travaux scientifiques par d’agréables couplets et des facéties spirituelles. Deux hommes de lettres, seulement prosateurs, en firent aussi partie : c'était l’auteur fameux de l'Almanach des Gourmands, Grimod de la Reynière, membre tout à fait spécial d'une pareille société, et le docteur Marie de Saint-Ursin, qui faisait moins de cures que d’articles de médecine galante et littéraire. Tous deux furent les principaux rédacteurs de la publication mensuelle que fit pendant plusieurs années la société, sous le titre de Journal des Gourmands et des Belles, et qui contenait le procès-verbal de ses dîners et de ses travaux.
Ces diners , qui avaient lieu le 20 de chaque mois, firent la réputation et la fortune du Rocher de Cancale, établissement tenu par le restaurateur Balaïne , dans la rue Montorgueil. Les convives choisirent pour leur président le chansonnier émérite Laujon, et cette distinction flatteuse, en le rappelant à la génération présente, contribua peut-être à lui faire obtenir plus tard la faveur de passer par l'académie, suivant l’heureuse expression de Delille , avant de terminer sa longue carrière. Les chansons apportées à chaque diner formaient au bout de l’année un volume qui se vendait à un très-grand nombre d'exemplaires, car on chantait encore en France à cette époque. Nos départements avaient même alors beaucoup de sociétés épicuriennes affiliées à celle du Caveau moderne, et jamais, d’après le principe du cardinal Mazarin, les impôts ne durent être plus facilement perçus. Lorsque Laujon, âgé de quatre-vingt-cinq ans, alla retrouver les Piron et les Collé, ses anciens confrères, ses nouveaux collègues composèrent et firent représenter en son honneur un fort joli acte au théâtre du Vaudeville. Jamais De profundis ne fut plus gai, ni oraison funèbre moins ennuyeuse. Ils élurent ensuite à leur présidence le joyeux Désaugiers. Ajoutons que ce fut pour les dîners du Caveau qu'il laissa tomber de sa plume ses meilleurs chansons, /a Vestale, M. et MF® Denis, les divers Cadet Buteux, la Treille de sincérité, etc., etc.
Le Caveau fut encore plus utile aux intérêts littéraires de notre chansonnier-poëte de Béranger. On peut dire que son admission dans cette société, en 1813, fut le premier échelon de sa renommée, Quelques gens de lettres, quelques amateurs seulement connaissaient alors ses jolis couplets d'opposition anti-impériale, Le Roi d’Ivetot ; on remarqua bientôt ses chansons dans le recueil du Caveau, où commença leur popularité. Pendant les douze années de sa
| durée, les autres auteurs et chansonniers qui vinrent suc-
cessivement prendre place aux dîners du Rocher de Cancale furent Jouy, Lonchamps , Rougemont, Eusèbe Salverte,
| Gentil, Révelière, Théaulon, Ourry, Tournay, Coupart et , Jacquelin. Un art allié naturel de la poésie des couplets avait | aussi des représentants dans cette assemblée : Frédéric Du-
: | vernoy, Mozm, Doche, Alexandre Piccini, et, plus tard, ses premières victoires. Cependant, attendu que si « tout |
Lafont et Romagnési, firent partie du Caveau comme musiciens. Baptiste et Chenard y firent plus d’une fois en-
| tendre les airs composés par les premiers pour quelques-unes
des productions de la société. Parfois aussi, des hommes célèbres à divers titres furent invités à ses banquets, où l'on
| vit s’asseoir tour à tour Delille, Mercier, Regnaud de Saint-
, Jean-d’Angély, Boufflers, le gastronome d’Aigrefeuille et le docteur Gall.
Depuis près de douze années, les auteurs du Caveau moderne dinaient et chantaient en paix. Ce ne fut pas une poule qui survint, les convives l’auraient gaiement partagée, mais bien la politique, sœur de la discorde et ennemie
née des chansons. Elle amena des discussions, des divisions fâcheuses parmi des hommes de lettres dont l'amour-propre même n’avait pu troubler l'union, Diners et couplets cessèrent en 1817. Le recueil du Caveau moderne, qui se termine à cette année, forme onze volumes in-18.
Une succursale du temple consacré aux chants et à la gatté s’étabKt, en 1813, sous le titre Soupers de Momus, chez le restaurateur Beauvilliers. Plusieurs membres du Caveau, dont la verve et l'appétit leur permettaient de cumuler, s'inscrivirent au nombre des convives de cette seconde société; elle en acquit d’autres encore lorsque la première se sépara. Parmi les chansonniers qui y furent admis pendant ses quinze ans d'existence, nous citerons, Frédéric de Courcy, Justin Gensoul, Martainville, Jouslin de la Salle, Armand Dartois, Carmouche, Jacinthe Leclerc et Félix. Son président fut Dusaulchoy, homme de lettres, qui avait eu des succès dans la carrière du journalisme. La société des Soupers de Momus résista plus long temps que son ainée aux divers dissolvants qui devaient amener la dispersion de ces réunions épicuriennes : elle finit par y céderen 1828. Le recueil de ses chansons forme quinze volumes in-18.
Un mot, en finissant, sur une foule d’autres sociétés du même genre. La plus ancienne était celle des Bergers de Syracuse, qui, moins pastorale que son titre ne l’annonçait, tenait ses séances à l’Zle d'Amour, guinguette fameuse de Belleville. Paris a possédé aussi, sans qu’un grand nombre de ses habitants s’en soient douté, les sociétés des Soirées de Momus , des Sans-Soucis, des Joyeux, des Lapins du Nord et des Lapins du Midi, du Gigot, des Francs Gaillards, des Amis de l’Entonnoir, des Vrais Français, des Enfants de la Gloire, de la Lice Chansonnière, etc., etc., Le Béranger de ces réunions était Émile Debraux, l'auteur des chansons populaires Za Colonne, Fanfan la Tulipe et de plusieurs autres non moins connues. Quelques-unes de ces réunions ont existé jusque dans ces derniers temps parmi les artisans et les ouvriers. Il ne paraît guère probable qu’il s’en forme de nouvelles dans la classe moyenne et celle des gens de lettres : outre la division des opinions, plusieurs autres causes, et particulièrement les progrès du dilettantisme, s’opposeraient à leur prospérité. La romance sentimentale, les nocturnes vaporeux, ont remplacé la joyeuse et franche chanson de nos pères ; Collé et Piron ne seraient pas moins perruques aujourd'hui que Corneille et Racine. Ourry.
En dépit de cette prédiction , un dernier Caveau a essayé de se lever tout récemment sur l'horizon parisien, sous la présidence de M. Albert Montémont, flanqué de quelques autres célébrités contemporaines ejusdem farinæ. La nouvelle société chantante, à supposer qu’elle existe.encore, est une honnête fille qui vit à l’écart et fait peu parler d'elle,
CAVECON ou CAVESSON, espèce de bride, qui se compose d’une bande de fer tournée en arc, ayant un anneau au milieu, montée de têtière et de sous-gorge, que l’on attache à la bouche du cheval lorsqu'on veut le dresser. M. Baucher blâme cette pratique, d’où résulte, dit-il, une foule d'inconvénients, par les efforts violents qu’elle provoque chez l'animal ; selon lui, le caveçon ne devrait être employé qu’à modérer l’action d’un cheval trop fougueux : encore ne faudrait-il, même dans ce cas, y avoir recours qu'après avoir épuisé tous les autres modes de répression. On à dit autrefois cabeçon.
CAVEDONE (Giacomo), peintre italien, né en 1577 à Sassuolo, fut élève de son père, Pellegrino, et plus lard des Carrache, dont il réussit à imiter le style, surtout celui
de Ludovico, de manière à s’y méprendre, Il ne fut pas
moins heureux dans ses efforts pour lutter avec les coloristes vénitiens, ainsi qu’on peut le voir dans quelques-uns de ses tableaux à San-Paolo de Bologne. Son Saint Étienne,
dans l'une des églises d’Imola, jouit d'une réputation toute