‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 52 sur 556 · BURGRAVE — BURIN · texte numérisé non relu

BURGRAVE — BURIN

bourg, de Meissen, etc., qui réussirent avec le temps à acquérir une plus grande autorité et une position plus élevée, en rendant peu à peu cès burgraviats héréditaires dans leurs familles et en y adjoïignant d'importantes possessions territoriales.

Le titre de burgrave finit également par devenir héréditaire, et existe encore aujourd’hui dans quelques familles nobles de l'Allemagne. Dans beaucoup de localités , notamment en Hesse, on le donne aussi aux inspecteurs de bàtiments attachés aux domaines de l’État.

Le terme de burgrave fut introduit en 1850 dans le langage de la politique comme un sobriquet dont on affubla alors les meneurs d'une coalition politique qui s'établit tant dans l’Assemblée nationale qu’au dehors.

Après l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la république, les deux partis dynastiques, les légitimistes et les orléanistes, s’emparèrent du président, dont ils avaient appuyé la candidature. Leurs chefs s’eflorcèrent de l’entourer, et lui il sembla prêter assez volontiers les mains à ce manége. Or il arriva au commencement de 1850 qu'après avoir nommé trois candidats socialistes pour remplacer les représentants éliminés par la condamnation de la haute cour, Paris eut encore à nommer un représentant à la suite de l'option faite par un des candidats élus : M. Sue fut choisi. La peur du socialisme gagna alors tous les esprits. Le président appela aussitôt les chefs des partis qui formaient la majorité dans l’Assemblée, pour aviser. Un arrêté ministériel du 2 mai chargea MM. Benoît d’Azy, Berryer, Beugnot, de Broglie, Buffet, de Chasseloup-Laubat, Daru, Léon Faucher, Jules de Lasteyrie, Molé, Montalembert, de Montebello, Piscatory, de Sèze, de Saint-Priest, Thiers et de Vatimesnil, de préparer des lois capables de mettre un frein au débordement socialiste qui menaçait de tout envahir. Cette commission imagina de restreindre le suffrage universel, et elle prépara la loi dite du 3t mai, que M. Baroche, ministre de l’intérieur, présenta à l Assemblée ; cette loi fut adoptée d'urgence, et promulguée sans la moindre objection de la part du pouvoir exécutif. Les chefs des partis royalistes purent se croire sûrs de ramener la monarchie, Ils étaient maîtres de l’Assemblée, on les chargeaït de diriger la politique du nouveau gouvernement : ils n'avaient plus qu’à s'entendre sur les résultats : mais là reparut l’antagonisme; et malgré les tentatives de fusion, aucun des deux partis royalistes n’abandonna son drapeau, comme le prouva la discussion de la proposition Creton sur le rappel des lois qui proscrivaient les Bourbons. D’un autre côté, le pouvoir ne resta pas non plus longtemps d’accord avec la majorité de l'Assemblée. Le ministère, qui avait la confiance de cette majorité, fut renvoyé, et le général Changarnier destitué; la majorité s’en vengea en refusant la dotation supplémentaire du président. Enfin la révision de la constitution n’ayant pu obtenir la majorité légale, le président résolut d’en revenir au suffrage universel, et le coup d'État du 2 décembre détruisit la loi du 34 mai, qui, a ditun publiciste, fut à l’acte du 2 décembre ce que l'œuf est à l'aigle. En voulant l’écraser, la commission du 2 mai l'avait couvé et fait éclore.

Les petits journaux, toujours en quête de mots nouveaux pour définir brièvement les situations nouvelles, avaient imaginé de désigner les membres de cette commission, les chefs de file de l’orléanisme et du légitimisme, par cette épithète de burgraves, empruntée aux souvenirs laissés par un drame romantique de M. Victor Hugo , et qui ridiculisait d’une manière facile à saisir par la foule ces invalides politiques oubliant les uns et les autres qu’ils avaient perdu les princes dont ils prétendaient imposer de nouveau le règne à la France, traitant et considérant le pays comme leur propriété et en disposant en idée comme les seigneurs suzerains du moyen âge pouvaient faire de leurs terres et deleurs manants.

BURIDAN (JEAN), était natif de Béthune en Artois. Il vint à Paris, y professa la philosophie avec un grand éclat,

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et composa divers ouvrages longtemps fort estimés, et qui, suivant le goût de l'époque, avaient pour objet l’interprétation des livres d’Aristote. Quelques-uns disent qu'il était recteur de l’université de Paris en 1320; ile ajoutent qu’il fut député à la cour de Rome. Il fleurit surtout de 1348 à 1358. Voilà ce qu’on sait de positif sur ce célèbre professeur.

L'âne de Buridan est une espèce de proverbe et d'exemple, qui a été longtemps en vogue dans les écoles. On dit que ce rhéteur supposait un âne ayant faim , et placé à égale distance de deux picotins d'avoine, ou bien ayant également faim et soif et mis entre un boïsseau d'avoine et un seau d’eau, et qu'il prétendait que dans une telle position l’âne mourrait de faim, étant également attiré des deux parts, et demeurant par conséquent immobile, Quel est le sens de cette proposition? où tendait-elle? quelle doctrine voulait en tirer son auteur? Le fait même est-il vrai, et rapporte-t-on fidèlement l'énoncé de Buridan? C’est ce qui ne vaut pas la peine d’être discuté. Ceux qui voudront y perdre leur temps pourront lire l’article Buridan dans le Dictionnaire de Bayle, avec la remarque critique qu’on y a jointe dans l’édition de Hollande de 1720.

Mais il est une tradition plus curieuse dans laquelle figure le nom de Buridan,; cette tradition a été mise sur la scène par les auteurs de la Tour de Nesle. L'historien Gaguin, qui écrivait au quinzième siècle, après avoir parlé des débauches des trois princesses épouses des trois fils de Philippe le Bel, et de leur châtiment, ajoute que ces désordres et leur suite épouvantable donnèrent naissance à une tradition injurieuse à la mémoire de Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le Bel. Suivant cette tradition, cette princesse était d’un tempérament si lubrique que quand elle voyait un homme de bonne mine, elle le faisait monter dans son appartement, d’où il ne sortait que pour être précipité dans la Seine, ‘afin qu’il ne révélät pas ses débordements. Un écolier, que l’on n'avait pas bien attaché, se sauva à la nage, et découvrit tout. C'était Jean Buridan; c’est pourquoi il publia ce sophisme : « Ne craignez pas de tuer une reine, si cela est nécessaire. » Gaguin ne conteste pas le fait, mais il se plaint de ce qu’on l’attribue à Jeanne de Navarre, qui ne vivait pas du temps dé Buridan. La reine coupable de tels excès était plutôt Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe le Long, morte en 1329. Du reste, la tradition qui fait jouer à Buridan un rôle dans ces infamies est encore indiqnée par Villon , dans les vers suivants de la ballade des Dames du temps jadis :

Semblablement ou est la reine Qui commanda que Buridan Füût jeté en un sac en Seine,

11 y a encore moins de certitude dans ce que Bayle répète, d’après Aventin, sur un prétendu exil de Buridan, quidisciple de Guillaume Occam, et attaché à la secte des n0minaux , fut, dit-on, chassé de Paris par les réalistes, et s'étant réfugié à Vienne en Autriche, y ouvrit une école publique pour subsister. 11 n’existe dans les monuments aucun vestige de ce fait. Auguste SAVAGNER.

BURIN, barre d'acier trempée, à laquelle on donne différentes dimensions et des formes variées, suivant les usages auxquels on la destine. L'acception la plus usitée est celle par laquelle on désigne l’outil que l’on emploie pour graver sur cuivre : dans ce cas, le burin est une petite barre quadrangulaire, d'environ douze centimètres de longueur, avec un manche fort court en bois, ayant la figure de la moitié d’une pomme d’api. L’angle que l’on pose sur la planche lorsque l’on s’en sert se nomme le ventre du burin, et le bout auquel on donne le nom de nez est taillé en biseau; il présente une pointe plus où moins aiguë , suivant le goût du graveur ou le travail qu'il veut exécuter. Cet outil étant celui qui sert le plus dans la gravure, on emploie l’expression gravure au burin pour la distinguer des autres

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