‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 520 sur 556 · CAVERNES · texte numérisé non relu

CAVERNES

se demande comment des gaz assez puissants pour former de pareilles ampoules n'ont pas détruit l’horizontalité des couches qui enserrent la cavité; comment ils ont pu exercer leur force expansive sur une grande étendue horizontale, par exemple dans les cavernes de la Franconie et de la Carniole, quand le plafond de la caverne n’est souvent séparé de l'atmosphère que par une couche peu épaisse et facile par conséquent à briser ? Cette hypothèse des gaz à subi la même transformation que celle des eaux; de mécanique, elle est devenue chimique. On a pensé récemment que des gaz acides, tels que les acides fluorique, muriatique, sulfurique et carbonique, avaient creusé ces cavités. Les gaz, s’échappant par des fissures du sol, auraient rongé les roches jusqu’à ce qu'ils aient trouvé une issue. On s’est appuyé sur ce que, dans les lieux où les phénomènes ignés de l’intérieur de la terre se trouvent en communication avec l’atmosphère, les roches sont fortement attaquées par des vapeurs acides. Mais cette action est bien lente, et n’a rien produit depuis les temps historiques qui ressemblât à une caverne. Cependant, peut-être pourrait-on se servir de l’action des gaz, Surtout du gaz acide carbonique, combinée avec celle des eaux, pour rendre raison d’un grand nombre de dégradations à la surface de la terre.

Avant de terminer, nous ferons une observation à l’usage des chercheurs de théories : c’est que toutes les théories précédentes reposent implicitement sur cette condition, que la formation des cavernes est de beaucoup postérieure au dépôt et à la consolidation des roches qui les contiennent, et pourtant cette condition n’est rien moins que prouvée. Peut-être la formation de ces cavités a-t-elle été plus d’une fois contemporaine de celle de leur enveloppe solide, peut- Mais je m’arrête, car je ne dois faire ici que de l’histoire, et je commençais un roman.

CAYERNES A OSSEMENTS. Le dépôt meuble introduit dans les cavernes est généralement composé d'argile et de sable, quelquefois séparés, plus souvent unis en un limon rougeätre. Dans ce limon sont ordinairement empâtés des ossements d'animaux et des débris de roches, soit anguleux, soit arrondis. Ces ossements ne sont presque jamais réunis en un squelette entier; leur dispersion prouve qu’ils ont été remués par des causes postérieures à la mort des animaux auxquels ils appartenaient. Cependant, ils sont rarement usés par le frottement, et leur fraîcheur est telle parfois qu’on les dirait ensevelis de la veille, si leur état de fossilisation , c’est-à-dire la perte de la matière animale qu’ils ont dù renfermer, ne témoignait de leur long séjour au sein du limon. Ce qu’il y a de singulièrement remarquable, c’est que la plupart de ces débris sont ceux d’espèces animales complétement perdues, soit pour la création entière, soit pour notre Europe. Si des hommes ont été, comme quelques-uns le pensent, contemporains de ces animaux, un tel voisinage devait être pour eux un sujet continuel de danger et d’effroi. C’étaient en effet des pachydermes gigantesques, des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames ; c’étaient de nombreux carnassiers de toute taille, des ours et des lions, des tigres et des panthères, des hyènes, des loups, des renards, des chats, des belettes, des putois et des martes. Ces bêtes féroces faisaient la guerre à une nombreuse et paisible population de pachydermes, de ruminants et de rongeurs, chevaux, bœufs et aurochs, cerfs aux bois élevés, daims de haute taille, lièvres et lapins, rats d’eau et souris. Une partie de ces animaux trouvés dans les cavernes de l'Europe habitent aujourd’hui la zone torride, et tout nous porte à croire qu’un climat plus chaud que notre climat actuel régnait alors dans l’Europe moyenne. Cependant, on a trouvé dans une caverne de France un squelette de rhinocéros étendu à côté de celui d’un renne. Or, la première de ces espèces appartient aux régions équatoriales, et la seconde est confinée dans les climats les plus glacés du nord. On a également rencontré dans les brèches osseuses de

Corse et de Sardaigne une espèce de lagomys, petit animal de la classe des rongegrs , assez semblable au lagomys des hautes montagnes de la Sibérie; enfin le glouton, dont les débris gisent dans les cavernes jurassiques de la Franconie, n’a plus maintenant d’autre patrie que la froide Laponie. Mais peut-être le parcage actuel de quelques espèces d’animaux dans des climats peu habités est-il le résultat de la multiplication de l'espèce humaine. La plupart des espèces fossiles des cavernes, quoique rapprochées des espèces vivantes, en diffèrent cependant par des caractères essentiels. Ainsi, l'ours des cavernes a le front plus bombé et la taille plus haute qu'aucun des ours vivants ; l’hyène est voisine de l’hyène tachetée du Cap, mais en diffère par quelques détails de ses dents et des formes de sa tête. On estime que la moitié des dépôts d’ossements observés dans les cavernes appartiennent à des ours, le tiers à des hyènes et un sixième seulement aux autres animaux. Mais il faut, pour ne pas donner une fausse idée du règne animal dont quelques débris ont éte accumulés dans les cavernes, rappeler que dans les dépôts meubles des plaines on a trouvé les débris d'innombrables troupeaux de chevaux, de cerfs, de gazelles. Et en effet, à tant d’ours et d’hyènes , habitants des cavernes , il fallait bien des victimes à dévorer. Tout se tient et s’enchaîne dans la nature. Ainsi, n’existät-il pas un seul débris de la flore de cette époque, on n’en pourrait pas moins assurer qu’une riche végétation couvrait la surface du sol , puisque tant d'énormes pachydermes , puisque des armées de ruminants , trouvaient à vivre et à se perpétuer.

Il est naturel de se demander comment ces grands amas d’ossements (il en est de 80 et même de 150 mètres cubes) ont été introduits dans les cavernes. Pour les grands carnassiers, comme l'ours et l’hyène, et pour les petits rongeurs, tels que le rat, la réponse est facile. Les cavernes leur ont servi de demeure, comme le prouvent leurs excréments fossiles épars dans le sol. Ils y ont pendant des siècles laissé leur dépouille, puis des inondations sont venues, qui ont enfoui ces dépouilles sous une ou plusieurs couches de limon. Le phénomène de l’habitation et de l’enfouissement a pu se répéter plusieurs fois. Mais on a rencontré mêlés à ces ossements, quoique en petite quantité, des ossements d'animaux herbivores habitués à vivre dans les plaines, des chevaux, des bœuf, des cerfs, des antilopes. On a parfaitement constaté deux modes d'introduction pour ces débris; soit que ces animaux fussent victimes de la férocité des carnassiers, soit que leur mort fit de leurs cadavres une pâture facile, des lambeaux de leurs corps étaient emportés par les carnassiers dans leurs repaires, où ils les dévoraient à loisir. C’est ainsi sans doute que des ossements d'oiseaux se trouvent dans les cavernes à hyènes. Et qu’on ne croïe pas que c’est là une supposition purement gratuite : on reconnaît encore très-bien la trace des dents de l’ours ou de l’hyène sur les ossements des herbivores. Les plus gros de ces ossements sont seuls entiers: les plus petits ont été brisés par les carnassiers avides d’en sucer la moelle. L'autre cause du mélange dans les cavernes des ossements de carnassiers et d’herbivores, c’est le transport de ces ossements pêle-mêle par les eaux dans des creyasses ou des cheminées par lesquelles ils sont tombés sur le plancher des cavernes, Ce mode de transport et de remplissage a donné naissance à des brèches osseuses, lorsque, au lieu d’une caverne, les eaux ne rencontraient qu’une simple fente, et que des infiltrations calcaires sont venues peu à peu lier et consolider ces dépôts. Il est à remarquer que, dans les cavités ainsi remplies, il y a peu d’ossements de carnassiers, beaucoup au contraire de ruminants, et que ceux-ci ne portent pas l’empreinte des dents lanières des hyènes.

Quelques géologues, ardents souteneurs du déluge mosaique, ont prétendu que cette seule et vaste inondation avait transporté ces amas d’ossements si divers dans les cæ

vernés; mais rien n’est moins philosophique que ces opinions arrêtées a priori, qui veulent à toute force encadrer dans une théorie, souvent peu scientifique , tous les faits qui se présentent. Il est vrai assurément que beaucoup de cavernes ont été remplies par une cause violente et générale ; mais il faut reconnattre aussi que d’autres l'ont élé pendant une période de tranquillité et à plusieurs reprises; surtout il faut admettre que l’état actuel des dépôts peut différer beaucoup de ce qu'il était primitivement. Bien des causes ont pu les modifier : ainsi l'introduction dans les cavernes déjà en partie comblées d'animaux vivants qui y seront morts , ainsi le passage intermittent d’eaux courantes. C’est surtout en géologie qu'il faut rejeter les idées absolues, et user d’éclectisme.

Les plus célèbres cavernes à ossements sont celles de V’Angleterre, de la Franconie , de la Bavière, de la Hongrie, de l'est et du midi de la France. On en a également découvert dans la Nouvelle-Hollande. Elles contiennent des restes d’animaux dont les espèces sont encore vivantes dans le pays, mélés à ceux d’espèces anciennes et inconnues , dont quelques-unes sont au moins de la taille de l’hippopotame. Le remplissage des cavernes n’a pas été assurément simultané sur toute la surface terrestre, mais partout il fait partie de la période que les géologues nomment quaternaire, et qui précède immédiatement les temps historiques.

J'ai isolé à dessein de l'histoire des cavernes à ossements un fait qui n’est certes pas le moins curieux qu’elles présentent, mais qui est un vif sujet de débats entre les géologues. Je véux parler des ossements humains trouvés, dans Île limon de plusieurs cavernes et dans certaines brèches ossifères, avec des débris de poteries, des figurines, des armes en silex, au milieu des ossements d’animaux dont il vient d’être question. Tous ces ossements sont-ils contemporains, ou bien ont-ils été introduits à des époques très-éloignées les unes des autres, puis remaniés et mêlés par quelques inondations locales? Tel est le problème à résoudre. Les géologues du midi de la France soutiennent avec fermeté la première opinion, dont la conséquence est de faire remonter . l'existence de l’homme bien au delà de la dernière révolution qui a donné au continent européen son niveau et son relief actuels. Ils se fondent sur ce que le mélange de ces ossements porte tous les caractères d’un dépôt simultané, et sur ce qu’ils sont tous dans le même état de fossilisation. On objecterait à tort que les espèces animales de cette époque sont pour la plupart perdues ou étrangères à nos climats ; car le cerf à bois gigantesque et l’aurochs ont sans aucun doute disparu de notre sol depuis les temps historiques. Les rennes habitaient la Germanie, les lions parcouraient la Grèce. C’est la présence de l’homme qui a détruit ou chassé ces espèces et d’autres encore.

Parmi les fragments osseux des cavernes, on retrouve les restes des générations sauvages qui se sont succédé sur le sol de l'Europe avant les temps historiques. C'étaient des races caucasiques, usant de poteries mal cuites, d'armes en silex, d’épingles en os. Si l'ère historique n’a commencé que depuis deux cents ans seulement pour PAmérique du nord, tandis qu'elle date d’au moins huit mille ans pour l'Égypte, il se peut que des tribus sauvages aient erré dans les forêts et habité les cavernes de l’Europe pendant une longue suite de siècles, sans que la civilisation ait pris naissance parmi elles, et l’on est en droit de donner à l'espèce humaine quarante mille ans d'existence. Cuvier, qui n’accordait que quatre ou cinq mille ans d’antiquitéau continent européen, s’est prononcé nécessairement contre la contemporanéité de l’homme et des espèces d'animaux perdues. Beaucoup d’autres géologues ont adopté la même opinion par divers motifs. Et d’abord, il est rare que le mélange des ossements humains et des ossements d'animaux soit complet ; les premiers sont ordinairement superposés aux seconds. Mais alors même qe le mélange serait évident , il faudrait prouver que les ossements ont été ap-

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