‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 524 sur 556 · CAVOUR — CAXTON · texte numérisé non relu

CAVOUR — CAXTON

le concours de la France. C’est dans ce but qu'après l’attentat d'Orsini (janvier 1858) il présenta au parlement un projet de loi pour faciliter la répression des tentatives contre les souverains étrangers. Victor-Emmanuel, uni d’intentions avec son ministre, lui laissa exercer une vérilable dictature, surtout depuis la retraite de M. Rattazzi. L’entrevue qui eut lieu au mois de septembre à Plombières entre Napoléon III et Cavour lia plus intimement les deux souverains alliés, el fut accompagnée de stipulations encore peu connues, mais dont la conséquence était une guerre prochaine avec l'Autriche.

Cavour s’y prépara avec une activité dévorante : il fortifia Alexandrie et Casal, réunit les troupes, emprunta 50 millions; et la guerre une fois déclarée, il fit accorder de pleins pouvoirs au roi, joignit aux départements des affaires étrangères et de l’intérieur dont il était déjà titulaire ceux de la guerre et de la marine, et appela à lui Garibaldi, en le chargeant d'organiser les volontaires. Sa politique eut pour résultat presque immédiat l’union au Piémont de tous les Etats de l'Italie du nord et du centre; mais cette formation si rapide d’un grand royaume italien au moyen d’annexions ouvertement provoquées donna probablement à réfléchir à Napoléon, qui s’empressa de faire la paix sans consulter son allié. Cette paix jeta Cavour dans un violent désespoir; il donna aussitôt sa démission qui fut acceptée (15 juillet 1859), et alla chercher un peu de calme auprès de ses amis de Genève. 11 n’en était pas moins resté l’homme de la situation, et bientôt il reprit la présidence du conseil avec le portefeuille des affaires étrangères ( 20 janvier 1860). Il s’occupa aussitôt des élections générales, régularisa par un nouveau vote les annexions de la Toscane et des Romagnes, et conclut le traité du 24 mars 1860 qui cédait à la France Nice et la Savoie.

Ce dernier acte hâta la rupture du ministère avec le parti radical, qui voyait échapper l’occasion de consommer l'unification de la péninsule italienne. Garibaldi, de concert avec Mazzini, prépara ouvertement l'invasion des Etats de l'Eglise ; arrêté par Cavour dès les premiers pas, il donna sa démission de général et organisa en dehors des pouvoirs officiels l’expédition de Sicile. Jusqu'à quel point le gouvernement sarde fut-il le complice de cette entreprise fameuse qui devait amener l’annexion de toute l’Italie méridionale, c’est ce qui est demeuré obscur jusqu’à présent. Quant au tout-puissant ministre il assurait les cabinets étrangers de sa neutralité et renouvelait à tout propos sa protestation de maintenir le s{atu quo. Après l'occupation de Naples il fit entrer les troupes piémontaises sur le territoire papal, afin, disait-il, d'empêcher toute collision entre les volontaires et l’armée française, puis il leur fit achever, à la bataille de Volturne et à Gaète, la conquête du royaume de Naples. Le 2 octobre 1860 il formula ouvertement son programme : annexion des provinces du centre et du midi, accord avec la France au sujet de Rome. Après avoir feint de se retirer, il déclara que l’œuvre de Vunité ne serait accomplie qu’à Rome, capitale légitime de l'Italie. Peu après il prononça sa célèbre maxime : « l’Église libre dans l’État libre ».

L'année 1861 fut consacrée à constituer le nouvel État sur des bases solides. Tout en revendiquant hautement Venise et Rome, Cavour ne dissimulait pas qu’il fallait laisser au temps le soin de s’assurer ces dernières conquêtes. Cette politique prudente fut vivement attaquée dans les chambres ; il y eut à soutenir des luttes violentes, où sa santé, depuis longtemps surmenée par l’excès du travail, acheva de se ruiner. Atteint d’une congestion cérébrale dans la nuit du 30 mai, il fut pris ensuite d’un délire intense et succomba au mal le 6 juin 1861. On lui fit des obsèques magnifiques. Plusieurs villes élevèrent des monuments en son honneur : Turin et Milan, des statues; Florence, un mausolée entre ceux de Machiavel et de Dante. ( Consul-

tez Œuvres parlementaires du comte de Cavour, réunies par M. Artom, son secrétaire; M. de Cavour, par M. de La Rive; Florence et Turin, par Daniel Stern; l'Italie sous Victor-Bmmanuel (1865), par Arrivabene.)

CA WNPORE (prononcez Canpour ), ville de l'Inde anglaise, sur la rive droite du Gange, à 85 kilomètres sudouest de Lucknow, est le chef-lieu d'un district du même nom dans les provinces du Nord-Ouest; la ville avant 1857 comptait environ 60,000 âmes et le district un million. L'importance de cette place y fit établir dès 1801 par les Anglais une station militaire. Elle est reliée aujourd’hui à Calcutta par un chemin de fer. Lorsqu’éclata la révolte des cipayes, le général Wheeler qui commandait à Cawnpore se retira hors de la ville à l'abri de retranchements qu'il fit élever avec 250 soldats et quelques centaines d’Anglais résidents et leurs familles. Dans cette position il fut assiégé et bombardé par un grand nombre de rebelles sous les ordres de Nana-Saïb. Ce dernier leur ayant offert la vie sauve et le droit de se retirer à Allahabad, les assiégés que vingt jours de luttes et de privations avaient réduits à la dernière extrémité, acceptèrent ces conditions. Mais à peine Wheeler, mortellement blessé, s'embarquait-il sur le Gange avec ses compagnons (27 juin 1857), qu’ils étaient assaillis à l'improviste. Les hommes furent fusillés, les femmes et les enfants massacrés. Un certain nombre de femmes, 150 environ, transférées dans la résidence de Nana-Saïb, y subirent une douloureuse captivité et furent victimes, le 12 juillet suivant, d’un massacre dont le récit a épouvanté l'Europe. Cawnpore fut pris quelques jours après, le 17, par le général Havelock, occupé de nouveau par les rebelles, et repris sur eux, le 7 décembre suivant, par lord Clyde.

CAXAMARCA, l’une des provinces formant l’extrémité nord-ouest du Pérou, présente une superficie de 950 myriamètres carrés. On peut évaluer sa population à environ 100,000 habitants, parmi lesquels domine la race indienne. La chaîne des Andes, qui la traverse, contribue à y produire sur les plateaux un froid piquant alors que règne dans les vallées une chaleur étouffante. La culture du sol n’y est pas moins productive que l’exploitation des mines d’or et d'argent. Le coton y réussit admirablement et est transformé en étoffes très-recherchées par la consommation.

À 18 myriamètres du grand Océan, et à 74 de Lima, est située Caxamarca, chef-lieu de la province, dans une belle vallée du Marañon, sur les bords du Llaucan, à 2,968 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une contrée un peu sauvage, mais très-salubre. Parmi ses édifices publics on remarque surtout ses églises et ses couvents. Ses habitants, dont le chiffre s’élève aujourd’hui à 9,000, passent pour travailler l’or et l’argent avec habileté; ce qui ne les empêche pas de fabriquer aussi une foule d’objets en fer et en acier, et des étoffes de laine, notamment des couvertures et des flanelles dont il se fait un grand commerce d'exportation.

Caxamarca occupe une place importante dans l’histoire du Pérou. On trouve dans cette ville et ses environs de nombreux débris de monuments péruviens : il fant surtout mentionner le palais des incas, dont une partie est aujourd’hui en ruines et l’autre utilisée comme hôpital.

CAXTON (Wiuaw), célèbre pour avoir introduit Yart

| de l'imprimerie en Angleterre, était un simple marchand

de Londres ; mais il avait passé la plus grande partie de sa vie dans les Pays-Bas, où, en 1464, Édouard IV l'avait

| employé pour la négociation d’un traité de commerce. I] se

familiarisa si bien dans cette contrée avec la connaissance de la langue et de la littérature françaises, qu’il traduisit en anglais plusieurs de leurs meilleurs ouvrages; et, pour leur assurer une circulation plus grande dans sa patrie, il apprit l’art typographique à Cologne eu plutôt à Bruzes.

C'est ainsi qu'à la demande de Marguerite, sœur d’Édouard IV et épouse de Charles le Téméraire, il traduisit le Recueil des histoires de Troyes, du chapelain Raoul Lefèvre, qu'il imprima d’abord en français, sans indication de lieu, de nom ni de date, puis en anglais, en se servant à cet effet des mêmes caractères, et avec une note indiquant qu’il a commencé la traduction et l'impression à Bruges en 1468 et qu’il les a terminées en 1471 à Cologne. Quelques auteurs pensent que la seconde de ces dates est celle qui se rapporte au travail typographique. D’autres prétendent que cet ouvrage ne fut imprimé que quelques années plus tard, et en Angleterre. Ils se fondent sur ce que les types sont identiquement pareils à ceux qui ont servi pour l'impression du Traité du jeu d'échecs de Cessoli, qu'il imprima en 1474. Un fait certain, c’est que ce sont là les deux premiers ouvrages sortis de ses presses, et que le Recueil est le premier livre en langue anglaise qui ait élé imprimé. Il avait établi son imprimerie dans l’abbaye de Westminster même.

Caxton mourut en 1491. Dans ces derniers temps ses éditions sont devenues extrêmement recherchées en Angle- {erre, les unes parce que ce sont les premières productions de l’art typographique dans ce pays, les autres à titre d'anciens monuments de la langue, et aussi à cause de leur contenu, la plupart ayant trait à la littérature romantique, ou bien reproduisant les œuvres de vieux écrivains nationaux , tels que Gower et Chaucer; pourtant elles ne brillent ni par la beauté de leurs caractères gothiques (les seuls que cet imprimeur ait jamais employés), ni par leurs gravures sur bois. Les membres de Roxburgh-club, antiquaires et bibliographes passionnés, ont fait élever un monument à Caxton dans l’église de Westminster.

CAYENNE, chef-lieu administratif et politique de la Guyane française, est située à l'extrémité nord-ouest de l'ile du même nom , à l'embouchure du Cay, fleuve large en cet endroit d'environ 10 kilomètres, et de l'Oyague, dans une contrée assez insalubre. Elle se partage en vieille ville et ville neuve. La première, la moins étendue, renferme l'hôtel du gouvernement, l’ancien collège des jésuites, el le fort Louis, château qui domine l'entrée du port, autrefois assez bien fortifié, mais aujourd'hui en très-mauvais état. La seconde se distingue par la construction généralement meilleure de ses maisons, et on y remarque une belle église. Une belle place d'armes, plantée d’orangers, sépare ces deux quartiers. La population, forte de 8,000 âmes et composée en grande partie de nègres , s’occupe surtout de commerce. Le port est à la vérité vaseux, maïs c’est encore le meilleur de toute la côte, et il offre assez de profondeur pour être accessible aux bâtiments d’un médiocre tonnage ; ceux de dimensions plus grandes doivent jeter l’ancre à l'embouchure de l’'Oyague, et les vaisseaux de guerre devant l’île de !’Enfant perdu, rocher situé à 15 kilomètres de Cayenne.

Les exportations pour la France consistent en produits du pays, tels que épices, rhum, poivre, coton, laine, peaux apprêlées, etc. Les transactions en cafés ont depuis longtemps singulièrement diminué; mais, en revanche, les demandes de sucre, de bois de teinture, de cacao et de coton ont toujours été dans une progression marquée. Les exportations de France à la Guyane par Cayenne ont pris dans ces dernières années une grande extension, notamment en ce qui est des vins, des farines, des poissons secs et du fer ouvré; mais les affaires en laine et en métaux autres que le fer y ont décru.

La ville de Cayenne doit son origine à un premier établissement Lenté en l’année 1626 par des armateurs de Rouen, et que suivirent d’autres expéditions parties de la Bême ville en 1630 et 1633. Elle prit de notables développements à la suite des émigrations provoquées par des troubles politiques à l'ile Saint-Christophe en 1639, lors de

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