CAYLA — CAYLUS
devait en avoir sa part. Mais, outre les grâces et l'esprit, elle possédait encore cette ingénuité gaturelle de narrer qui fait si bien ressortir la vérité dans ses eauseries imprimées, et leur donne un avantage inappréciable sur toutes les richesses et les combinaisons du style des écrivains prétentieux. Elle laissa aller sa plume en même temps que sa mémoire, et ses Souvenirs se trouvèrent tracés; elle leur doit le plus beau côté de son nom; c’est un mélange d’anecdotes, d’agréables accessoires à l’histoire de son siècle, sur lesquels Voltaire s'est plu à semer quelques notes. L'éclat que M”° de Caylus jeta à la cour fut un éclat paisible. Dans ses Souvenirs, où elle se souvient si peu d’elle, sa plume si franche nous a communiqué le trait le plus important de sa vie : il a rapport à son mariage avec J.-A. de Tubières, marquis de Caylus ; laissons-la parler :
« Je me mariai en quatre-vingt-six. On fit M. de Caylus . menin de Monseigneur, et comme j'étais extrêmement jeune, puisque je n’avais pas encore tout à fait treize ans, M"° de Maintenon ne voulut pas que je fusse encore établie à la cour; je vins donc demeurer à Paris chez ma bellemère ; mais on me donna en quatre-vingt-sept un appartement à Versailles, et M"° de Maintenon pria M°° de Montchevreuil, son amie, de veiller sur ma conduite. Je m’attachai, malgré les remontrances de M°° de Maintenon, à Me Ja duchesse : elle eut beau me dire qu’il ne fallait rendre à ces gens-là que des respects et ne s’y jamais attacher ; que les fautes que M”° la duchesse ferait, retomberaient sur moi, et que les choses raisonnables qu'on trouverait dans sa conduite, ne seraient attribuées qu’à elle ; je ne crus pas M°° de Maintenon; mon goût l'emporta, je me livrai tout entière à M®° la duchesse, et je m'en trouvai mal. »
En vérité, voilà un je m'en trouvai mal bien naïf et fait pour désarmer le mari le plus susceptible; là-dessus, Volfaire dit plus naïvement encore : « Ce fut alors que sa liaison avec le duc de Villeroy éclata; mais cet amant était un homme plein de vertus, bienfaisant, modeste, et le meilleur choix que M®° de Caylus pût faire. » Ce qui est très-flatteur pour M. le marquis de Tubières. Ajoutez à cela deux yeux charmants dont était douée M®° de Caylus, pour l'amour desquels le marquis de La Fare, dans un madrigal qu’il lui adressa , se fait dire à lui-même par Cupidon :
Je te promets un regard de Caylus,
et vous avez à peu de choses près tout l'historique de la vie de cette dame, à laquelle cependant la malignité donna encore pour amant monsieur le dauphin. On sait aussi que le roi, ne la dotant que d’une très-modique pension , lui fit cadeau d’un collier de noces en perles fines du prix de dix mille écus.
Racine, enchanté du talent avec lequel elle récitait les vers d’Esther, dont elle jouait successivement les rôles sur le théâtre de Saint-Cyr, à mesure qu'une des actrices se trouvait incommodée, composa exprès pour elle le prologue de cette tragédie. « M®° de Caylus, dit Voltaire, est la dernière qui ait conservé la déclamation de Racine ; elle récitait admirablement bien la première scène d'Esther, »
Me de Caylus, devenue veuve à trente-deux ans, ne
-se remaria pas. Elle mourut le 15 avril 1729, à l’âge de
cinquante-six ans, peu de temps après avoir abandonné ses Souvenirs, qui ne sont point achevés. Voltaire en fut le premier éditeur. L’Académicien Auger en a donné une nouvelle édition, avec une notice sur l’auteur. La plus belle qui en ait été faite est celle de Renouard, avec la même notice, la préface et les notes de Voltaire, et quatre portraits. La Boucle de cheveux enlevée, de Pope, traduction publiée sous le nom de l'abbé Desfontaines, lui est attribuée par quelques bibliographes. DENNE-BARON.
CAYLUS (ANNE-CLAUDE-PIILIPPE DE TUBIÈRES, ne GRIMOARD, pe PESTELS, »£ LÉVI, comte pe), marquis d'Esternay, baron de Bransac, conseiller d'honneur