CAZALÈS
la substitution du principe électif au principe héréditaire; et quoique la majorité de la noblesse, cédant successivement à l'exemple du clergé et aux conseils mêmes de Louis XVI, se fût réunie au troisième ordre , il partit et reprit le chemin de sa province.
Arrêté à Caussade, il demanda sa liberté à l’Assemblée, qui lut enjoignit de rentrer dans son sein. Dès ce jour, sa vie fut une lutte de tous les moments. Jamais sa parole, sensée, chaleureuse et, facile, ne manqua à la défense d’une cause désespérée. Ne pouvant sauver la vieille monarchie, il en fit l’oraison funèbre ; il s’inclinait avec respect devant ses débris, il invoquait et les gloires du passé et les terreurs d’un sombre avenir. Cazalès abordait rarement la tribune sans que des allusions aux ordres abolis, aux provinces, aux anciennes circonscriptions et aux vieux usages, à la souveraine puissance d’une royauté indestructible , ou à la gloire de Ja noblesse française, ne provoquassent dans l’assemblée des explosions de murmures , des trépignements de colère. Au milieu de ces interruptions vives et fréquentes, Cazalès savait s’'échauffer sans cesser d’être maître de lui. Son éloquence , qui‘h’a rien d’abrupte et de superbe, commé celle de Mirabeau, rien de travaillé et de subtil, comme celle de Maury, rien d’agressif, comme celle de Barnave, est remarquable surtout par cette faculté de sé posséder soimême, qui n’excluait pas chez lui l’entraînément d’une sympathique chaleur. Ne pouvant défendre avec espoir de succès aucun des grands intérêts aristocratiques et religieux de son parti, il ne s’occupait plus guère que de sauver le pouvoir royal. C'était en rappelant aux députés leurs engagements et les vœux unanimes des baïlliages qu’il luttait contre une majorité dont sa voix arrêta rarement les invasions successives.
Cazalès est de tous les orateurs de la droite à l'Assemblée constituante et depuis , celui qui a été le plus heureusement inspiré par l’esprit nobiliaire et par les affections monarchiques. 11 représente son parti dans ce qu'il a d’exclusif, mais en même temps dans ce qu’il a de généreux ; il le représente comme Barnave représenté là bourgeoisie, alors confiante et audacieuse. Cazalès, noble et militaire, Barnave avocat et plébéien, sont les types d’existences entre lesquelles aucune transaction n’était possible. Ces deux hommes étaient presque toujours aux prises, et les traits acérés qu'ils se décochaient l’un à l’autre provoquèrent entre eux une rencontre dont l’un des témoins, M. Alexandre de Lameth, aimait à raconterales circonstances, comme un piquant souvenir de jeunesse. Les deux adversaires, avec cette politesse dont l’âcreté des luttes politiques a effacé les traditions, préludaient au combat par des traitstheureux et de bon goût. « En vérité, monsieur Barnave, s’écriait Cazalès, en préparant son arme, je serais au désespoir de vous tuer, car je perdrais le plaisir de vous entendre, Quant à moi, Monsieur, répliquait Barnave, en ajustant son'pistolet , je regretterais encore davantage de vous mettre sur le carreau : si vous me tuez, j'aurai au moins des successeurs à la tribune; mais si je vous tue, ce sera à mourir d’ennui lorsqu'il faudra écouter quelqu'un des vôtres. 5 Ces paroles étaient à peine échangées que Cazalès tomba frappé d’une balle à la tête, et Barnave se repentait déjà du mauvais service qu'il avait rendu à l’assemblée; mais la blessure était légère, et Cazalès fut promptement rétabli,
Nous ne retracerons pas dans cette courte notice la vie politique de Cazalès, mêlée à tous les travaux de l’Assemblée constituante ; il faudrait rappeler les grandes discussions sur le veto, sur le droit de paix et de guerre, que l’on contestait au roi et que Mirabeau défendait avec Cazalès ; les débats sur les traitements ecclésiastiques, sur la constitution du clergé, sur les troubles de Montauban , de Nancy, de Nismes , de Donay, Cazalès s'occupa beaucoup aussi des questions financières, qu'il exposait avec une lucidité per coinmune ; et on a de lui un travail sur le droit de succes
CAZALES — CAZOTTE
sion, travail fort remarquable, inspiré par la loi romaine et par les idées de Montesquieu. Ces discours ont été recueillis et publiés en 1821.
Après l'évasion de Varennes et la suspension de la royauté, Cazalès vit bien qu'il n’y avait plus rien à faire à l'assemblée pour la cause à laquelle il avait dévoué sa vie. Il se retira auprès des princes, alors à Coblentz, qui lui avaient témoigré le désir de s’éclairer de ses conseils. Mais en arrivant daus cette triste cour, en se rencontrant face à face avec Pé- Migration, qu’il avait plusieurs fois blâmée du haut de la tibune, il comprit quel allait être son isolement au sein d'un parti dont il ne partageait pas les folles espérances, et dont il était séparé par l'élévation de sa pensée comme par l'indépendance de son caractère. Cazalès fut froidement reçu et ne fut jamais écouté; et l’'émigration fit un garde-noble de celui dont elle aurait dà faire son premier ministre.
Depuis la campagne de 1792, Cazalès se décida à se fixer en Angleterre, qu’il quitta cependant bientôt après pour monter comme commissaire général royaliste à bord de l’escadre anglaise , destinée à seconder le mouvement insurrectionnèl et contre-révolutionnaire de Toulon. Après cette expédition, Cazalès, las de la vie publique et toujours insensible à des intérêts personnels, refusa les lucratives fonctions que le gouvernement anglais voulut lui conférer dans les Antilles. Il n'avait plus au monde qu’une ambition, qu’une pensée : il voulait couronner sa vie par la défense de Louis XVI. Lorsqu’il ne fut plus possible d'ignorer quel sort la rage des factions réservait à l’auguste captif du Temple, Cazaks écrivit à Péthion, maire de Paris, et à la Convention nationale, deux lettres admirables de dévouement, de mesure et de convenance , pour solliciter l'autorisation de défendre la vie de celui qui avait été leur roi et qui était toujours le sien. Dans la lettre qu’il écrivit à Louis XVI pour implorer de lui cette suprême faveur, il se rend le témoignage « qu’il a défendu les droits du trône, sans que nul ait osé le soupçonner de ne pas aimer la liberté, et que dans les temps de malheur et de haine, où des serviteurs restés fidèles à la monarchie de leurs pères ont été livrés à toutes sortes d’outrages et de diffamation , il est le seul contre lequel aucune haine publique ou particulière n'ait été dirigée, et qu’à ce titre il peut peut-être défendre le roi avec quelque succès. »
L'autorisation ayant été refusée, Cazalès publia à Londres un mémoire pour Louis XVI. Bien que ce mémoire ne soit composé que sur le premier rapport de Mailhe, et qu’il soit antérieur à la découverte des papiers de l'armoire de fer, il est impossible d'établir d’une manière plus éclatante et l’iniquité de l'accusation et l’inconstitutionnalité de la procédure.
Monsieur, depuis Louis XVIII, arracha plusieurs fois Cazalès à son repos et à sa paisible vie de Londres, embellie par l'amitié d’'Edmond Burke, qu’une manière de penser et de sentir si profondément sympathique à celle de Cazalès aftacha bientôt à lui par les liens de la plus étroite intimité. Après le 18 fructidor, Cazalès fut chargé d'établir des rapports avec les principales victimes de cette journée, et il put se convaincre dans ses relations avec eux, et surtout avec Carnot, réfugié en Suisse, de l'impossibilité d’organiser alors en France une contre-révolution. 11 rentra en . France en 1803, et résista à tous les efforts que fit Napoléon pour l’attirer auprès de sa personne et le rattacher à son gouvernement. Ce refus lui parut une conséquence toute naturelle et toute simple de sa vie; et si M€ de Staël avait été moins vivement blessée d’un discours où Cazalès dévouait, avec trop d’amertume peut-être, M. Necker au mépris de la postérité, pour avoir déserté son poste au jour du péril, et d’un parallèle entre ce ministre et Strafford, elle se fût gardée de disputer l'honneur de ce désintéressement à la mémoire de Cazalès. Cet illustre proscrit ne dut à Napoléon que le bonheur de fouler encore la terre natale, ct d’y vivre dans une condition voisine de la pauvreté. Un fils
lui naquit dans sa retraite, et Burke voulut mettre sous le patronage de sa renommée l'avenir de l'enfant de son ami, en lui donnant son nom. Une maladie violente enleva Cazalès le 25 novembre 1805. L. DE CARNÉ.
CAZALÈS (Eomoxp be ), fils du précédent, né le 31 août 1804 , à Grenade sur Garonne, fut juge auditeur à Provins de 1827 à 1829, puis professeur à l’université catholique de Louvain en Belgique de 1835 à 1837. En 1843 il prit les ordres, et fut alors nommé vicaire général et directeur du séminaire à Montauban. En 1848 les électeurs du département de Tarn-et-Garonne l’envoyèrent siéger à l’assemblée nationale constituante, où il se rattacha à la fraction de la rue de Poitiers; ils lui renouvelèrent encore leur mandat pour l'assemblée législative où il vota avec la droite.
L'abbé de Cazalès s’est distingué par ses efforts pour ranimer les vicilles croyances catholiques. II à été l’un des collaborateurs actifs des Annales de la philosophie chrétienne, du Correspondant, de l'Univers religieux, de la Revue européenne et de la Revue des Deux-Mondes. I] a traduit de l'allemand La Passion de Notre-Seigneur (1842, in-12 ; 10° édit., 1855) et la Vie de la Vierge (1854, in-12), d’après les méditations de la sœur Catherine Emmerich, et publié des Études sur l'Allemagne (1853, in-18).
CAZOTTE (Jacques), naquit à Dijon en 1720. Un greffier des états de Bourgogne fut son père; les jésuites de sa ville natale furent ses précepteurs. Ses études achevées, un de ses frères, grand-vicaire de M. de Choiseul , évéque de Châlons-sur-Marne, l’appela à Paris pour y perfectionner son éducation. Cazotte entra ensuite dans l'administration de la marine; il parvint, en 1747, au grade de commissaire et partit pour la Martinique, pourvu de la charge de contrôleur des îles du Vent et d'excellentes lettres de recommandation de ses anciens maîtres pour le P. Lavalette, supérieur des missions de la colonie. La connaissance de ce jésuite devait lui coûter cher. Cazotte avait toujours eu du goût pour la poésie, et les rapports qu’il avait entretenus à Paris avecles l'ttérateurs les plus célèbres de cette époque avaient allumé son amour pour les lettres. Il avait composé quelques fables, l’air et les paroles de quelques chansons et un livre, Les Mille et une Fadaises, dont il fit peu de cas dans la suite. De retour en France avec un congé, il se rendit à Paris, où il trouva une Dijonnaise, son amie d’enfance, M°° Poissonier, qui venait d’être choisie pour nourrice du duc de Bourgogne. Le sommeil des fils de rois n’est pas aussi facile que celui des enfants du peuple : il fallait endormir le jeune duc et l’on demandait des chansons. Le contrôleur de la Martinique composa la fameuse romance Tout au beau milieu des Ardennes et la chanson grivoise Commère, il faut chauffer le lit. Alors , ainsi qu'aujourd'hui, la censure n’avait pas ses entrées aux Tuileries, et les productions destinées aux princes échappaient sans peine à l’estampille des douaniers de la pensée,
Les couplets de Cazotte furent goûtés à la cour et à la ville. On trouva qu'ils pouvaient faire le sujet d'un poëme ou d’un roman plus étendu. L'auteur prêta l'oreille à ce conseil, et, durant sa traversée pour revenir à la Martinique, il commença Ollivier, qu'il acheva quelque temps après son arrivée dans la colonie. Lorsqu’en 1759 les Anglais attaquè rent le fort Saint-Pierre, Cazotte contribua puissamment par son zèle et son activité à rendre leurs efforts inutiles. II fut un des sauveurs de l’île. Cependant le climat des Antilles n'était point favorable à sa santé : elle s’affaiblissait journellement. Il sollicita un nouveau congé, et débarqua en France au moment même où son frère venait de rendre le dernier soupir, en lui léguant une fortune considérable. Les honneurs avaient peu d’attraits pour Cazotte : une modeste aisance était ce qu’il avait toujours ambitionné. Ses vœux étaient plus que comblés. 11 demanda sa retraite , et l'obtint avec le grade de commissaire général de marine. Avant de quitter la Martinique, il avait vendu ses plantations
et ses nègres à son ami le P. Lavalette, contre des lettres de change tirées par le jésuite sur la compagnie. L'acheteur ne tarda pas à provoquer la destruction de son ordre par la plus scandaleuse banqueroute. Les traites dont Cazotte était porteur, furent protestées. Il se vit obligé d’intenter un procès à la compagnie, dont il avait été un des plus fervents disciples, et pour laquelle il conservait beaucoup d’amitié : sa confiance dans les bons pères lui coûta 50,000 fr.
Après avoir fait la triste expérience de l'attachement des jésuites, Cazotte, qui avait épousé Élisabeth Roïgnon, fille d'un de ses amis, juge principal de la Martinique, renonça entièrement aux affaires, et partagea son temps entre la société de Paris et le séjour d’une campagne que son frère lui avait léguée à Pierry, près d'Épernai. Sa conversation était vive et piquante, son esprit ardent, son cœur plein de loyauté et de bonhomie, Sa réputation franchit bientôt le cercle de ses amis. Ils tirèrent Ollivier de son portefeuille et le livrèrent au public. Le succès de cet ouvrage encouragea Cazotte et donna naissance au Diable amoureux, fiction originale, que l'Anglais Lewis a développée avec bonheur dans le roman du Moine, et au Lord impromptu, l'imbroglio peut-être le plus attachant qui existe. Ces productions furent lues avec avidité. Cazotte, poursuivant sa carrière, lia connaissance avec dom Chavis, moine d'Orient, à l’aide duquel iltraduisit quatre volumes de contes arabes, qu’on trouve dans le recueil connu sous le titre de Cabinet des Fées, et qui font suite aux Milleet une Nuits. C’est dans l’un de ces contes que l’auteur du Calife de Bagdad a pris le sujet de ce charmant opéra. Dom Chavis, dans un jargon moitié français, moitié italien, expliquait à Cazotte, le plan de la nouvelle; et Cazotte, au sortir des cercles de la capitale, se mettait au travaïl souvent après minuit, et ne quittait ordinairement la plume qu’à quatre ou cinq heures du matin. II avait alors soixantedix ans,
Sa facilité était vraiment prodigieuse. Un de ses beauxfrères vantait un jour les comédies à ariettes, qui étaient alots dans leur nouveauté, « Donnez-moi donc un mot, s'écria Cazotte, et si sur ce mot je ne fais pas d'ici à demain une pièce de ce genre qui soit supportable, vos éloges seront mérités. » Un villageois entrait à l'instant avec ses sabots. « Eh bien! sabots! » s’écria le beau-frère. Cazotle accepte, congédie toute la société, à l'exception de Rameau, neveu du célèbre musicien, et la nuit leur suffit pour composer les paroles et la musique d’un opéra. La pièce, envoyée à M" Bertin, fut jouée sur son petit théâtre. Des acteurs de la Comédie-Italienne la virent et la demandèrent à Cazotte, qui la leur accorda sans difficulté. On retoucha quelques scènes et quelques airs, et Cazotte eut ses entrées aux Italiens ; mais jamais la pièce ne porta d'autre nom que ceux de Duny et de Sédaine, auteurs des corrections. On lisait dans une société les derniers chants arrivés du poëme de La Guerre de Genève, par Voltaire : « Vous n’avez encore que ceux-ci! dit Cazotte, vous êtes bien en retard; il y en a d’autres. » Il rentre chez lui, fait un septième chant, où il saisit parfaitement le genre et le style de Voltaire, et amuse pendant plus de huit jours la cour et la ville par cette mystification. Quelque temps auparavant, il avait publié, sous le voile de anonyme, un conte en vers, intitulé La Brunette anglaise, que le public s'obstinait à attribuer à Voltaire, et que celui-ci ne désavouait pas. Les fables de Cazotte sont plus bizarres que naïves. Parmi ses nouvelles on remarque L'honneur perdu et retrouvé; La palle du chal; Les mille et une fadaises ; La guerre de l'Opéra. On lui doit enfin des Observations sur la Lettre de Rousseau au sujet de la musique française.
Tout annonçait au spirituel vieillard un biver exempt de douleurs et une mort douce et tranquille : cet espoir ne se réalisa point. Cazotte, dès le commencement de la révolution, s'était rangé parmi les ennemis les plus ardents de ses doctrines, 11 s’en expliquait franchement dans ses lettres à
CAZOTTE — CÉAN-BERMUDEZ
son ami Ponteau, employé dans les bureaux de la liste
civile. Cette correspondance fut saisie chez l'intendant Laporte, dans la journée du 10 août. Cazotte et sa fille Élisabeth,
qui lui avait servi de secrétaire, furent arrêtés à Pierry, conduits dans la capitale et enfermés dans la prison de
l'Abbaye. Un dévouement héroïque sauva l’auteur d’Ollivier à l'époque du massacre des prisons. Il allait être impitoyablement sacrifié comme ses compagnons d’infortune,
quand Élisabeth, alors âgée de seize à dix-sept ans, se jeta à son cou, et lui faisant un bouclier de son corps : « Non,
non, s’écria-t-elle, vous n’arriverez au cœur de mon père qu'après avoir percé le mien! » Les meurtriers s'arrêtent
stupéfaits, le poignard s’échappe de leurs mains sanglantes,
Cazotte et sa fille sont portés chez eux en triomphe. Cepen-
dant le vieillard est arrêté de nouveau, transféré à la Conciergerie et traduit devant le tribunal révolutionnaire, institué pour juger tout ce qui avait rapport aux crimes du 10 août. Il ÿ subit un interrogatoire de trente-six heures, pendant lequel sa sérénité et sa présence d’esprit ne se démentirent pas un instant. Sa correspondance sert de preuves contre lui. « Pourquoi, dit l’accusateur public, faut-il que j'aie à vous trouver coupable après soixante-douze ans de vertu?
11 ne suffit pas d’être bon fils, bon époux, bon père, il faut encore être bon citoyen. » Cazotte est condamné au dernier supplice. « Vieïllard, dit le président d’une voix émue, envisage la mort sans crainte; songe qu’elle n’a pas le droit de
tétonner. Ce n’est pas un pareil moment qui doit effrayer
un homme tel que toi. v Près de marcher à l’échafaud,
Cazotte demande une plume, du papier, et écrit à sa famille :
« O ma femme, mes enfants! ne me pleurez pas..…., ne m'oubliez pas, mais souvenez-vous de ne jamais offenser Dieu! » Il s’avance avec calme et résignation; sa taille est imposante, ses yeux bleus ont encore toute leur expression ; ses cheveux blancs, descendant en boucles sur ses épaules, donnent à toute sa personne un air patriarcal. Il monte Vescalier d’un pas assuré, et reçoit le coup de la mort le 25 septembre 1792. Son fils, Jacques Scévole CAZOTTE, est mort en juin 1853, âgé de quatre-vingt-neuf ans,
Cazotte avait plus d'enthousiasme que de prudence, et plus d’esprit que de jugement. La raison fut trop rarement le guide de sa conduite et la règle de ses opinions. Partisan des idées cabalistiques , il avait été entratné à son insu dans cette doctrine monstrueuse, reproduite à différentes époques par des charlatans et adoptée par des dupes.
Eug. nE MONGLAYE.
CÉAN-BERMUDEZ (Juax-Acosrino), archéologue espagnol distingué, naquit en 1749 à Gijon, dans les Asturies , fut l’ami intime de Jovellanos, et s’occupa de bonne heure de tout ce qui a trait aux beaux-arts, à la connaissance desquels Raphaël Mengs l'avait initié. 11 fut pendant quelque temps secrétaire du conseil des Indes à Madrid, et se retira plus tard à Séville, où il fonda une académie des beaux-arts, et où il se livra tout entier à l'étude de l'histoire de l’art. Les académies royales de l’histoire et des beaux: arts de Madrid l'élurent au nombre de leurs membres, et il mourut en 1829. Les ouvrages les plus remarquables qu'il ait publiés sont : Diccionario historico de los mas illustres professores de las Bellas-Artes en España ( 6 vol., Madrid, 1800); Descripcion artistica de la catedral de Sevilla (Séville, 1804); Descripcion artistica del hospital del Sangre de Sevilla ( Valence 1804 ) ; Carta sobre el estilo y gusto en la pintura de la escuela Sevillana (Cadix, 1806 ); et Noticias de los arquiteclos y arquitectura de España (Madrid, 4 vol. in-4°, 1829). Nous devons encore faire mention de ses Memorias para la vida del G. M. de Jovellanos (Madrid , 1814), ef son Dialogo sobre el arte de la Pintura (Séville, 1819 ). C'est seulement après sp mort qu'a paru son Sumario de las antiguedades romanas que hay en España, en especial las pertenecientes a las bellas-artes, ouvrage d'une si haute importance pour h
CÉAN-BERMUDEZ — CÉBRION
géographie et l'archéologie de l'Espagne, et qui fut imprimé par ordre du roi ( Madrid, 1832, in-fol ).
CÉANOTHE, genre de plantes de la famille des rhamnacées et de la pentandrie monogynie, qui renferme des arbrisseaux d'Amérique et de la Nouvelle-Hollande , dont plusieurs espèces, cultivées dans nos serres et transportées dans nos jardins, contribuent aujourd’hui à leur ornement. Leur tige à 0,60 ou un mètre d’élévation ; leurs fleurs, disposées en grappes légères ou en panicules arrondis, sont blanches, jaunes, ou azurées. Ces plantes se multiplient de boutures et demandent une terre légère. On ignore d’où elles ont pris le nom de céanothe ; on sait seulement que Théophraste appelait ainsi (xsævw0os ) une espèce de chardon.
CÉANS, vieux mot français , fait, dit-on, du latin ic intus, adverbe démonstratif du lieu où l’on est, où lon se trouve, Ce mot, qui est peu usité aujourd'hui, et qui a toujours été d’ailleurs du style familier depuis qu’on l'a fait passer du barreau dans le monde, a été fréquemment employé autrefois, surtout par nos auteurs comiques, jusqu'au temps de Voltaire, qui dit quelque part :
. .. . Dès demain je prétends Que l’ami du logis déniche de céans.
CEARA ou CIARA, l’unedesdix-huit provinces du Brésil, sur la côte nord-est, bornée au nord par l'océan Atlantique, à l’ouest par la province de Piauby, au sud par celle de Pernambuco, à l’est par celle de Rio grande del Norte, compte une population de plus de 540,000 âmes répartie sur une superficie de 1,100 myriamètres carrés. Sur la côte, ce pays paraît extrêmement plat et manquer de tout soulèvement du sol de quelque importance. Les seuls points un peu élevés qu’on y rencontre sont quelques contre-forts de la Serra do Mar et le pic de Mararanguape, qui sert à signaler aux navigateurs le port du chef-lieu. Mais quand on pénètre dans l'intérieur, on voit le sol s'élever sensiblement. Sa partie orientale est traversée par la large Serra Guamane. Au sud règne la Serra Borborema, qui s’étend jusqu’à Pernambuco ; à l’ouest, dans la direction de la province de Piauhi, la Serra Ibiapaba ; et à l’intérieur, la Serra do Botarite, qui se prolonge entre celles-ci et la Serra Guamane, située plus à l'est. Les côtes plates de cette province manquent de baies et de bons ancrages; ses meilleurs ports sont encore ceux d’Aracaty, à l'embouchure du Jaguarybe, et celui de Sumacas, à l'embouchure du Camucim.
Le sol est en général sec et sablonneux. Il devient trèsfertile au voisinage des rivières et aussi quand on pénètre davantage dans l’intérieur. La fécondité des districts de Villa-Viçosa, dans la Serra Ibiapaba, et de Villa-Nova del Rey, dans la Serra dos Cocos, embranchement de la Serra Borborema, est extrême. Le climat est très-chaud , et on y souffre souvent de grandes sécheresses (Seccas) et d’absences complètes de pluie, comme il arriva, par exemple, en 1825, où presque toutes les bêtes à cornes et presque toutes les bêtes de somme périrent, et où environ 30,000 individus trouvèrent la mort. Les cours d’eau, au nombre de seize, coulent tous dans la direction de la côte, et sont trop peu importants pour suffisamment arroser le sol. Le Jaguarybe est le plus remarquable de tous. En ce qui touche le règne minéral, la Ceara n’est point aussi favorisée que d’autres provinces du Brésil. En fait de pierres précieuses, l’améthyste est celle qu’on y rencontre le plus fréquemment ; après cela, iln’y a plus que l'extraction de l’alun des mines de San-Jo4o do Principe qui offre de l’importance.
L'agriculture exploite les Campos, que les inondations des rivières rendent quelquefois très-fertiles. Le maïs y réussit parfaitement, de même que le riz et les fèves. La culture du coton y prend chaque jour une extension nouvelle, et l’exportation s’en fait surtout de Sumacas. La canne à sucre y est aussi cultivée par-ci par-là ; il en est de même du manioc et du tabac. Les melons d’eau (melancia), dont il se fait une
grande consommation, s’y rencontrent partout en abondance. De toutes les variétés d'arbres si nombreuses au Brésil, la province de Ceara ne possède guère que des palmiers, encore en assez petit nombre d'espèces ; la plus belle et la plus utile est celle du palmier de Carnahuba, qui forme de vastes et épaisses forêts. Après l’agriculture, c’est surtout à l'élève des bôtes à cornes, des moutons et des chèvres qu’on se livre dans les Campos, qu’arrosent le Jaguarybe et ses affluents. Le coton forme ensuite le principal objet de commerce. La population est assez civilisée. Les tribus indiennes indigènes, auxquelles le christianisme a enlevé leur nationalité, font preuve d’une grande moralité, tandis que l'ignorance et la corruption dominent parmi le clergé, qui, par suite, n’a pu réussir à fonder des couvents dans le pays.
La province est divisée en deux comarcas. Le chef-lieu porte également le nom de Ceara ; mais on lui donne aussi ceux de Fortaleza'ou de Villa-do-Forte ou de Nuestra-Senhora d'Assumpçao, et il est situé à l'embouchure du Ceara, dans une contrée pauvre et sablonneuse. On y compte 29,000 habitants. Son port, dont de fréquents brouillards rendent l'accès difficile, est protégé par une rangée d’écueils à fleur d’eau, mais va toujours s’ensablant davantage, de sorte que le principal entrepôt du commerce de la province se trouve à Aracaty, ville et port de mer situé plus à l’est et dont la population s'élève à 25,000 âmes. Parmi les autres localités d’une certaine importance, il faut mentionner co, au mileu d'une contrée où l’agriculture et l'élève du bétail donnent d’abondants produits. Les premiers établissements des Porfugais datent ici du commencement du seizième siècle. En 1637, les Hollandais, secondés par les Indiens, surtout par les Potiguaras , réussirent aussi à y fonder quelques comptoirs; mais ils négligèrent peu à peu ces possessions, qui dès lors partagèrent les destinées du Brésil.
CÉBES, philosophe thébain, disciple de Socrate, et dont Platon, dans le Phédon, fait mention comme étant de ceux qui assistèrent à la mort de l’illustre philosophe. Cébès est l’auteur de trois dialogues intitulés Hcbdomé, Phryni- . chus, et Pinax, ou le Tableau. Ce dernier seul a survéen à la destruction, si toutefois ce n’est pas l’ouvrage d’un autre Cébès de Cyzique , ayant vécu au siècle de Marc-Aurèle, ainsi que Lucien et Athénée. Mais la question peut être fort controversée, et, parmi les arguments dont on se sert pour contester l’origine de ce dialogue, il en est de bien mauvais. On se fonde, par exemple, sur ce que, dans un passage de Suidas , il serait dit que Le Tableau était l'exposition de ce qui se passe aux enfers, tandis que l’ouvrage que nous possédons est une image de la vie humaine ; mais on ne fait pas attention que cet argument repose sur une faute de copiste, comme l'ont fait remarquer plusieurs philologues. Quoi qu’il en soit, ce Tableau est un excellent ouvrage allégorique et philosophique dans l’esprit de la doctrine de Socrate, qui excita un grand enthousiasme quand il revit le jour à la fin du quinzième sièele, Les éditions les plus estimées sont celles de Gronove ( Amsterdam, 1689), de Heyne ( Varsovie, 1770), de Schweighæuser ( Strasbourg, 1806 ), et de Koraïs (Paris, 1826 ). Il a été imprimé souvent avec le Manuel d'Épictète, avec les fragments de Théognis et de Pythagore. On en a plusieurs traductions françaises ; la meilleure est celle de Thurot, P. pe GoLréRv.
CEBIENS (de cebus, nom latin du genre sajou), grande tribu de singes qui, dans la classification de M. Jsid. Geoffroy Saint-Hilaire, renferme un nombre considérable de ces animaux. Ce sont les singes américains de Buffon, moins les ouistitis, qui s’en distinguent par le nombre de dents, et par des ongles en griffes. Les cébiens comprennent les dix genres saimiri, callitriche, nyctlipithèque, Ssajou, lagotriche, ériode, atèle, hurleur,saki et brachyure.
CEBRION, genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des malacodermes, tribu des cébrionites. Ces
insectes sont remarquables par les différences énormes qui existent entre les deux sexes. Le mâle a des antennes très-
longues , les pattes grèles , les élytres longues , amincies et
recouvrant l'extrémité de l'abdomen ; il est aîlé. La femelle a les antennes très-courtes, les pattes renflées, les élytres courtes , écartées et laissant à découvert l'extrémité de l’ab-
domen, qui se termine par une longue tarière; elle est
aptère.
CÉCIDOMYIE (de xnxiç, galle, excroissance, et pviæ, 5 ouche), genre de diptères némocères , famille des tipulaires, tribu des gallicoles, ainsi caractérisé : Tête hémis-
phérique; antennes de la longueur du corps, ordinairement
de vingt-quatre articles dans les mâles, de quatorze dans les femelles , les deux premiers courts et nus ; pieds allongés,
ayant le premier article des tarses très-court et le deuxième
très-long ; ailes frangées, à trois nervures longitudinales. Les femelles sont munies d’un oviducte rétractile, en forme de tarière, qui leur sert à percer certaines plantes pour y déposer leurs œufs. 11 se forme, à l'endroit de la blessure,
une espèce de galle qui prend un grand accroissement; cette
galle renferme la larve, qui y trouve à la fois l'abri et la nourriture, et qui n’en sort qu’à l’état d’insecte parfait. Les excroissances occasionnées par la piqûre des cécidomyies
acquièrent quelquefois des dimensions considérables, et ont
des formes très-variables. On les rencontre le plus souvent sur les pins, les genévriers, le lotier, la vesce, le genêt commun, etc. On connaît plus de vingt espèces de ce genre; presque toutes habitent l’Europe et même les environs de Paris. 11 faut en excepter la cécidomyie destructive, qui fait beaucoup de tort aux blés de l'Amérique septentrionale. Les Américains l’appellent mouche de Hesse, parce qu'ils croient qu'elle leur a été importée dans la paille que les Hessois faisant partie de l’armée anglaise apportèrent avec eux lors de la guerre de l'Indépendance.
CECIL (Wizuram ), lord BURLEIGH ou BURGHLEY, secrétaire d'État sous les règnes d'Édouard Viet de la reine Élisabeth, plus tard grand trésorier dela couronne, naquit en 1520 à Bourne, dans le comté de Lincoln, étudia le droità Cambridge et à Londres, et suivant l’usage et les besoins de cette époque acquit également une remarquable habileté dans les sciences théologiques. Ce fut là ce qui lui valut l'amitié de Henri VII et lui ouvrit la carrière politique. Après la mort de ce monarque, lorsque le duc de Somerset, nommé protecteur pendant la minorité d'Édouard VI, appela les protestants à prendre part à l'administration. Cécil, à l’époque de la campagne d'Écosse, fut nommé maitre des requêtes ; et il s’acquitta si bien de ces fonctions qu’en 1548 le protecteur l’éleva au poste de secrétaire d’État. Lors de la chute du protecteur (15 octobre 1549), Cecil, lui aussi, fut mis à la Tour; mais, tandis que le duc de Somerset portait sa tête sur l’échafaud , il était trois mois plus tard rendu à la liberté et même réintégré dans l’exercice de sa charge, parce que le due de Northumberland, qui s’élait emparé des rênes de l'administration , comprit de quelle utilité Cécil pouvait lui être. Quand, peu de temps avant la mort du maladif monarque, le duc lui fit signer un acte en vertu duquel les deux sœurs du roi, Marie et Élisabeth, étaient écartées de la succession au trône au profit de la princesse Jeanne Grey, Cécil ne consentit à le contre-signer qu’à titre de {émoin ; précaution qui lui sauva la liberté et la vie lors de l’avénement à la couronne de Marie. Mais en sa qualité de protestant zélé, il renonça sous ce règne à ses fonctions de ministre, et fit en toute circonstance preuve d’un grand attachement pour la princesse Élisabeth. Celle-ci ne fut pas plus tôt montée sur le trône (1558), qw’elle nomma Cécil secrétaire d'État ; et jusqu'à la mort de cette souveraine il conserva sa plus entière confiance.
Dans cette longue carrière ministérielle, il brilla moins par une politique ingénieuse que par son activité ot sa
CÉBRION — CÉCILE
prudence. 11 consolida la nouvelle église, travailla à rendre le pouvoir absolu, et s’efforça de soumettre l'Écosse et de débarasser Élisabeth de Marie-Stuart. L'influence qu'il réussit à exercer sur les élections amena, au mois de janvier 1559, la réunion d’un parlement favorable au protestantisme, qui confirma la légitimité de la reine Élisabeth, et par une série de bills institua l'Église protestante en même temps qu'il établit des évêques indépendants du siége de Rome et ne relevantquede la couronne d'Angleterre. Comme les catholiques plaçaient maintenant tout leur espoir dans l'Écosse et lareine Marie, mariée au roi de France, François II, qu’ils considéraient comme la seule reine légitime de l’Angleterre, cette situation éveilla toute la sollicitude de Cécil. Il représenta à Élisabeth ce que pouvait avoir de dangereux pour elle-même et pour l'Angleterre la réunion sur la même tôte des couronnes de France et d'Écosse. En 1560, il la détermina à traiter avec les protestants d'Écosse, et même à faire marcher une armée à leur secours. La convention d'Édimbourg, à la conclusion de laquélle Cécil contribua personnellement, donna une complète victoire à sa politique et à celle d’Élisabeth. Quand Marie revint en Écosse, il réussit par ses intrigues à faire échouer tous les plans qu’elle avait conçus pour soutenir le catholicisme, et à rendre de plus en plus tranchée la scission entre elle et les protestants. Les événements survenus en Écosse ayant contraint Marie, en 1568, à chercher un refuge en Angleterre, Cécil conseilla à Élisabeth de retenir, sous divers prétextes, sa rivale prisonnière au château de Carlisle. Cette conduite odieuse provoqua en faveur de la victime, d’abord des menées et des conspirations, puis des insurrections , dont la vigilance seule de Cécil put triompher; et Élisabeth; l'en récompensa en l’élevant à la dignité de lord et de pair du royaume. Il enlança alors de plus en plus la malheureuse Marie dans un réseau d’espionnage et de trahisons, et profita des intrigues de ses adhérents pour l’envoyer enfin à l’échafaud.
Après le supplice de Marie-Stuart, Cécil parut avoir perdu la faveur d’Élisabeth ; mais il lui avait rendu des services trop essentiels pour que cetle disgrâce pût être de longue durée. Son habileté parvint à mettre Élisabeth en mesure d’annihiler complétement le pouvoir du parlement, et de faire désormais de la suprématie en matières spirituelles l'une des prérogatives de la couronne. Quand en 1588 la guerre éclata avec l'Espagne, Cécil organisa son emprunt forcé, également réparti entre toutes les classes de citoyens, et rendit de la sorte le trésor royal indépendant des volontés de la chambre des communes. Des considérations financières le déterminèrent de même à instituer une cour suprême (court for the correction of all abuses) chargée, disait-on, de porter remède à tous les abus existant soit dans l'administration dela justice, soit dans le gouvernement. L'un des derniers services qu'il rendit à son pays fut un traité avantageux à l'Angleterre, qu’il conclutavec l'Espagne, et dans la négociation duquel il eut à lutter coutre l'opposition du comte d’Essex.
Cécil mourut le 4 août 1598, après awoir dirigé les affaires de l'Angleterre pendant quarante années, Son caractère privé fut irréprochable. Consultez Memoirs of the life and administration of William Cecil, lord Burghley (3 vol. Londres, 1828-1832). Son fils, Robert Cécrx,, comte de Salisbury, après avoir été ambassadeur près de la cour de France , fut élevé, en 1596, par la reine Élisabeth, au poste de secrétaire d'État ; et, de même queson père, il posséda la confiance de sa souveraine jusqu'à sa mort. Jacques 1°, qu’il avait contribué en secret à faire arriver au trône, le créa comte de Salisbury, quoique ce At la politique plutôt qu'une affection personnelle qui l'attachât à ce prince. 11 mourut en 1612.
CÉCILE ( Sainte), vierge et martyre, issue d'une noble faille romaine, fut élevée dans le christianisme au sein