CEDRE — CEINTURE
tinguer de celui du pin sauvage. Il est sujet à se fendre par l'effet de la dessiccation, ce qui fait qu’il tient mal les clous, comme l'avaient remarqué les anciens, Quant à Pincorruptibilité qu’ils lui attribuaient , et qui les déterminait à l’employer pour les statues des dieux, c’est une propriété que les modernes sont bien loin de lui reconnaitre, et plusieurs regardent même le bois de cèdre comme inférieur en qualité à celui de sapin. Cependant, moins pesant que ce dernier, le bois de cèdre est compacte, solide, résineux, odoriférant, rougeâtre, ou d’un jaune tendre un peu fauve, veiné et moiré de rouge, parsemé de nœuds très-résineux et très-durs, qui, ainsi que ceux du sapin, semblent comme des chevilles qui auraient été implantées dans l'arbre sur pied. 11 a le grain fin et reçoit un beau poli. Il est employé dans lébénisterie et la marqueterie, et peut servir aux grandes constructions, comme le prouve la description du temple de Salomon. I] se vend chez nous assez généralement en billes et quelquefois en planches.
Le cèdre de l'Atlas, cèdre Afrique ou cèdre argenté (cedrus argentea, Renou), que quelques botanistes ne regardent que comme une variété du cèdre du Liban, est au moins aussi vigoureux et aussi rustique que ce dernier, dont il diffère par l'aspect de son feuillage un peu glauque et beaucoup moins sombre que celui du cèdre d'Orient. I forme les sept dixièmes environ du peuplement de la forèt de Mouzaïa, près de Blidah. Son bois , d’un blanc nuancé de jaune, est moins pesant encore que celui de l’espèce précédente.
Le cèdre Deodara, cèdre de l'Inde ou cèdre des monts Himalaya (cedrus Deodara, Roxburgh), à feuillage tout à fait glauque et blanchâtre, à rameaux plus flexibles et plus inclinés que ceux du cèdre du Liban , croît spontanément au nord de l'Inde, dans le Népaul et sur les montagnes indotatares , où on le trouve quelquefois vers 3,600 mètres audessus du niveau de la mer.
On a donné à tort le nom de cèdre à différents arbres, surtout à des cyprès et des gené vriers; ainsi l’on a appelé : cèdre blanc, le cupressus thuyoïdes ; cèdre de Busaco, le cupressus pendula; cèdre d’encens et cèdre d'Espagne, le juniperus thurifera; cèdre de Lycie, le juniperus phænicea ; cèdre des Bermudes, le juniperus bermudiana ; cèdre rouge, cèdre de la Caroline et cèdre de Virginie, le juniperus virginiana ; cenom de cèdre rouge a aussi été donné à l’irica allissima; enfin on a appelé cèdre acajou et cèdre mahogoni le swietenia mahogoni (voyez Acasou ) et le cedrelu odorala (voyez CéÉvrer).
CEDREL, grand et bel arbre de l'Amérique méridionale, qui forme un genre dans la famille des méliacées, de la pentandrie monogynie, et que l’on nomme vulgairement l’acajou à planches. Le cedrela odorata sert à la construction des pirogues et des boiseries, et offre cette particularité, que son odeur aromatique et peut-être aussi sa saveur amère éloignent les insectes.
CEDRENUS (Grorcss), compilateur sans goût et sans discernement, qui a écrit une chronique depuis le commencement du monde jusqu’à Isaac Comnène, en 1057. Ce personnage a fort embarrassé les biographes , parce qu’on n’a aucun détail sur sa vie. Seulement Xylander, son éditeur, a conjecturé, d’après plusieurs passages de son livre, qu’il était prêtre ou même moine. Cédrénus a copié surtout Georges Syncelle jusqu’à Dioclétien, puis Théophane ct Jean Tzetzès. Ce fatras a été imprimé à Bâle en 1566 et à Paris en 1647, avec la version de Xylander, les notes de Jacques Goar et le glossaire de Charles-Annibal Fabrot. Dans son Cours d'histoire, Daunou l’appelle Ze crédule Cédrénus. Son ouvrage fait partie de la collection des histoires byzantines; il a été imprimé souvent avec ceux de Jean Scylitzès. P. DE GOLBÉRY.
CEDULE (du grec oéôn, feuille de papier, de parchemin qu d’écorce d'arbre). C’est un acte qui est donné par le juge
de paix dans les cas urgents, et en toutes matières de sa compétence, pour abréger le délai des assignations et permettre de citer même dans le jour et à l'heure indiqués. (Art. 6 du Code de Procédure civile). L'article 146 du Code d’Instruction criminelle contient le même principe pour les tribunaux de police. Le juge de paix délivre encore une cédule pour appeler les experts, en exécution du jugement qui ordonne une opération des gens de l'art (Art. 29 du Code de Procédure civile ).
On appelle également de ce nom Pécrit ou le billet sous signature privée par lequel on reconnaît devoir une somme ; aussi l’article 2,274 du Code Napoléon fait-il du mot cédut le synonyme d'obligation.
CEÉFALU, le Xephalædis ou Cephalodium des anciens; est situé à environ 6 myriamètres de Palerme, sur la côte septentrionale de la Sicile, dans le Val di Demona (intendance de Palerme), sur un promontoire qui s’avance fort avant dans la mer, d’où le nom grec donné à cette ville, qui est assez régulièrement bâtie et renferme environ 9,000 labitants. Cette population se livre avec beaucoup d'activité à la pêche et au commerce. Céfalu est le siége d’un évêché, et on y a tout récemment créé une école de navigation. Un château, construit sur une hauteur qui domine la ville, peut au besoin servir à la défendre. En fait d’édifices publics, on cite la cathédrale, ornée d’une belle façade,
CEINTRE ( Architecture). Voyez Cintre.
CEINTRE, CEINTRER. En marine, on nomme ceintre une sorte de bourrelet fait avec un vieux bout de cordage, et qui sert à être mis en ceinture tout autour de certaines embarcations qui doivent souvent accoster un quai ou le côté d’un bâtiment; le ceintre préserve ces embarcations d’un frottement nuisible.
Ceintrer, c’est l’action de contenir, de rapprocher autant qu’on le peut avec des cordages , les côtés d’un navire quand ils menaçent de s’écarter ou de se disjoindre. Cette opération n’a lieu qu’à la mer, et dans une extrémité fâcheuse; elle se fait avec de forts cordages appelés grelins ou des câbles, que l’on passe à plusieurs tours par-dessous le bâtiment, de manière à l’embrasser tout entier; puis, au moyen du cabestan, cette sorte de ligature est serrée le plu possible. Mais on doit aisément se représenter le piteux état d’un navire ceintré, dont le désastre augmente si le mauvais temps vient l’assaillir. Sa marche est notablement retardée par cet appareil de cordages qui fait saillie sous sa carène; ses dispositions militaires sont très-gênées par ces mêmes cordages, qui croisent sa batterie et embarrassent plusieurs embrasures.
On dit aussi d’un navire au mouillage qu'il est ceintré par son câble, lorsque, dans ses mouvements au-dessus de son ancre, il passe sur le câble et s’en trouve arrêté; cette situation ne laisse pas que de le compromettre, si le vént et la marée concourent à le charger dans un sens, tandis que le câble arrêté et tendu sous la quille agit dans le sens contraire. On s’empresse, dans ce cas, à filer le câble ceintré, pour que, débarrassé, il puisse se tendre sur l'avant du navire et le retenir convenablement. Jules LECOM&E,
CEINTURE, cordon, ruban, bande ou lisière de soie, de fil, de laine, de cuir ou d’autres matières, dont on se ceint, dont on s’entoure les reins, et qui sert à la fois d’ornement et d'attache pour les vêtements, principalement pour ceux qui sont amples et flottants. L'usage en est très-ancien et remonte très-hant, puisque dans l’Apocalypse le Sauveur se montre à saint Jean avec une ceinture d'or. Dans le même livre, les sept anges qui sortent du temple sont vêtus de lin et portent également des ceintures d’or. Elles devaient donc être et furent, en effet, en grand honneur chez les Hébreux, qui n’en portèrent point d’abord, dit-on, dans les habitudes ordinaires de la vie, mais qui s’en revêtaient lorsqu’ils mangeaient l'agneau pascal. Dieu ordonna au grandprêtre d’en porter une, Quoi qu’il en soit, l'utilité des cein-
tures pour relever et retenir le vêtement, qui consistait alors en une longue robe, ne tarda pas à en rendre l'usage plus commun. En général, on y employait une matière précieuse, mais les prophètes et ceux qui faisaient pénitence, ou qui par état affichaient le mépris des choses de ce monde, en portaient de peau ou de cuir, et dans le deuil on prenait des ceintures de corde pour marquer la douleur et l’humiliation : telle est l'origine du cordon ou de la ceinture de la plupart de nos ordres monastiques, qui consistait souvent en une simple corde. Le prophète Isaïe menace les filles de Sion, qui avaient offensé ses yeux par leurs parures, de les réduire à porter le éilice et la ceinture de corde.
Au reste, l'usage des ceintures ne pouvait manquer de devenir général chez les Grecs, chez les Romains et chez tous les peuples orientaux, dont le vêtement ordinaire était une robe plus ou moins longue et large, qui, sans cette précaution, eût gêné la marche et les mouvements, Dès ce temps elle servait aussi de bourse. Ceux qui se disputaient la palme des jeux olympiques se ceignaient ; mais, vers la 34€ olympiade, la ceinture leur fut interdite et ils se dépouillèrent pour courir. Les femmes mettaient une espèce de recherche et de coquetterie dans la manière dont elles disposaient la leur, ayant soin de la faire servir à fixer d’une manière gracieuse les plis de leur robe et à la relever assez du côté droit pour faire voir une jambe fine et bien tournée. La statuaire grecque nous en a laissé de nombreux modèles. C'était une marque de négligence outrée chez les hommes de n’avoir point de ceinture et de laisser trainer les bords de la tunique; de là les expressions différentes de discinctus et de altè cinctus, dont les Latins se servaient pour distinguer un homme indolent d’un homme dispos et alerte. « Gardez-vous, disait Sylla en parlant de César, d'un homme dont la ceinture est trop lâche! »
La ceinture, chez les Grecs et chez les Romains, portait les noms de évn, Gworip, zona, cingulum. Comme beaucoup d’autres parties du costume, elle affectait des dénomivations différentes, selon le sexe auquel elle servait : appelée en grec &wotñe, quand il s'agissait d’une ceinture d'homme, elle se nommait &wwov, quand elle faisait partie de la toilette d’une femme, Les plus belles ceintures étaient faites en tissu maillé ou en filet. L’ouvrier qui les fabriquait, s'appelait JuworA640ç. Les jeunes filles se ceignaient habituellement la taille, même quand elles ne relevaient pas leurs tuniques, et quittaient le jour de leur mariage cette ceinture, appelée pour cette raison Govn napreux. La Flore du musée de Naples est ainsi vêtue, 11 y avait chez les Celtes une ceinture qui servait de mesure publique de la taille des hommes. Comme l’État veillait à ce qu’ils fussent alertes, il punissait ceux qui ne pouvaient la porter.
Plus tard, les hommes ayant cessé de porter des vêtements longs pour adopter le justaucorps et le manteau, la ceinture fut réservée aux femmes, aux militaires, aux magistrats et aux ecclésiastiques. Chez ces derniers, la ceinture de fil ou de soie dont ils serraient leur aube autour de leurs reins était regardée comme un symbole de chasteté. Ils en avaient fait aussi la sauvegarde et le témoignage de l'honneur des femmes ; car on les vit à plusieurs époques lonner dans la chaire contre l'abandon qu'elles en faisaient, ct qui, selon eux, avait pour motif de cacher les suites de coupables déportements. On sait que, par un arrêt du parlement de Paris, rendu sous Charles VI, en l’année 1420, il avait été défendu aux femmes folles de leur corps de porter la robe à collet renversé, la queue, les boutonnières et la ceinture dorée ; mais elles ne s’astreignirent pas longtemps à garder cette ligne de démarcation; et, malgré les peines portées contre les contraventions, la ceinture dorée ne put rester le signe distinetif des femmes honnêtes, ce qui tit créer le proverbe : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.
On avait attaché une autre idée à la privation de la ceinture; et, comme elle était une marque d'honneur chez les
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magistrats, le prince usait souvent du droit de la leur enlever pour les punir lorsqu'ils avaient prévariqué dans leurs charges. Plus tard, les banqueroutiers et autres débiteurs insolvables furent contraints aussi de la quitter, en même temps qu'ils durent prendre le bonnet vert. La raison de cette interdiction est tirée aussi, dit-on, de ce que, nos ancôtres attachant à leur ceinture une bourse, des clés, etc., elle était par cela même un symbole d’état et de cordition, dont a privation de cette partie du vêtement indiquait qu’on était déchu. L'histoire rapporte que la veuve de Philippe 1°’, duc de Bourgogne, renonça au droit qu’elle avait à la succession de ce prince en quittant sa ceinture sur le tombeau du duc.
Au septième siècle, saint Éloi, argentier du roi Dagobert, en portait une couverte d’or et de pierreries. On y pendait généralement l’aumonière, qui contenait la menue monnaie qu’on distribuait aux mendiants. Le roi saint Louis, au rapport de Guillaume de Nangis, y tenait enfermée, dans une boursette d'ivoire, la chaîne de fer à cinq branches avec laquelle il se faisait fustiger par son confesseur. Quand on conférait à un gentilhomme l’ordre de la chevalerie, on lui ceignait les reins d’une ceinture blanche; et, quand les chevaliers, quittant leur armure, revêtaient leurs habits de fête pour prendre part aux banquets qui suivaient les tournois, ils assujettissaient autour d’eux leurs robes trainantes au moyen d’une riche ceinture. Sous Louis XIV la ceinture fut remplacée par l’écharpe, qui devint une décoration attachée aux hauts grades militaires. La ceinture prit alors le nom de ceinturon, et ne servit plus qu’à porter l'épée. Pendant la révolution de 1789, les représentants du peuple, plus tard les membres du Directoire et des Conseils, et après eux, les consuls portèrent, ainsi que plusieurs fonctionnaires, la ceinture comme insigne de leur dignité. Aujourd’hui, les membres des cours et tribunaux, les officiers généraux, les préfets, sous-préfets, les commissaires de police, officiers de paix, etc., la portent dans les cérémonies publiques ou dans l'exercice de leurs fonctions. Cette ceinture n’est pas pour tous la même; celle des magistrats consiste en un large ruban noir aux deux bouts tombants, garnis d’un effilé; celle des fonctionnaires de l’ordre administratit est une large bande d’étoffe de soie aux couleurs nationales, etc.
Par extension, on a transporté le nom de ceinture à la partie même du corps que cet ornement sert à entourer.
Il a existé anciennement sous le nom de ceinture de la reine un droit qui se levait à Paris pour l'entretien de la maison de la reine, et qui était de trois deniers par chaque muid de vin; il fut plus tard étendu à d’autres denrées et
. connu sous le nom de {aille du pain et du vin, comme
on le voit par les registres de la chambre des comptes de l'an 1339. Il faut sans doute chercher le motif de la première appellation de cet impôt dans l’analogie qui existe entre une bourse etles premières ceintures qui en tenaient lieu. Quant à l’origine de l'impôt en lui-même, il serait d’une haute antiquité, puisqu’au rapport de Vigénère, qui vivait dans le seizième siècle, ii avait existé en Perse, il y a plus de deux mille ans, un tribut pareil, sous le mème nom, comme le témoignent Platon dans l'Alcibiade , Cicéron après lui, et Athénée dans les Deipnosophisles.
Il a existé aussi anciennement un ordre de la ceinture. Les religieuses qui en faisaient partie étaient plus généralement connues sous le nom de cordelières.
Bien auparavant, Motavahkek, ou Molaraekkel, dixième khalife de la maison des Abassides, ayant obligé les chrétiens et les juifs (Van 235 de l'hégire, 856 de J.-C.) à por-
. ter une large ceinture, les chrétiens d'Asie, et principale-
ment ceux de la Syrie et de la Mésopotamie, presque tous nestoriens ou jacobites, s'appelèrent les chrétiens de la ceinture.
On sait que la ceinture reparaît dans les exercices de