‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 534 sur 556 · CEINTURE — CEINTURE DE VIRGINITÉ · texte numérisé non relu

CEINTURE — CEINTURE DE VIRGINITÉ

gymnastique et que les pompiers mettent une ceinture de sauvetage.

N'oublions pas que ce mot s'emploie aussi dans une foule de locutions qui se rapportent, soit aux sciences médicales et naturelles, soit aux objets d’art et d'architecture.

On appelle ainsi, par exemple, dans cette dernière science V'orle ou l'anneau du bas comme du haut d’une colonne (celui d'en haut reçoit aussi le nom de colarin ou collier, et celui du bas s’est appelé autrefois escape). Dans le chapiteau ionique, l’ourlet du côté du profil ou balustre, ou le listel du parement de la volute, que Vitruve nommait balteus (baudrier), s'appelle aujourd’hui ceinture ou écharpe. On donne aussi le nom de ceinture de colonne à certains rangs de feuilles de refend en métal, posées sur un astragale en manière de couronne, qui servent autant pour séparer, sur une colonne torse , la partie cannelée d'avec celle qui est ornée, que pour cacher les joints des jets d’une colonne de bronze, comme à celles du baldaquin de Saint-Pierre de Rome, ou les tronçons d’une colonne de marbre, comme à celles du Val-de-Grâce à Paris. Enfin, on appelait autrefois ceinture funèbre (ou litre) un droit honorifique, qui consistait pour les patrons des églises à faire peindre ou tendre en dedans ou en dehors de ces monuments une bande noire, et pour les seigneurs haut justiciers à en charger le blason de leurs armes, pour propager leur mémoire.

Les boulangers et pâtissiers appellent ceinture de leur four le tour intérieur de sa cavité où la chapelle et l’âtre s'unissent.

Ceinture se prend encore dans le sens d’enceinte , une ceinture de murailles, de haies, de fossés. Telles sont en astronomie les bandes, cercles et zones, considérés comme les ceintures du ciel; et en topographie l'eau, la mer, les fleuves , les rivières et les ruisseaux, considérés comme autant de ceintures de la terre. Edme HÉREau.

Le mot ceinture, emprunté au langage usuel, est usité en anatomie comparée pour grouper sous une appellation commune les pièces osseuses des épaules et des hanches, qui ceignent le tronc de l’homme et d’un grand nombre d’animaux vertébrés. Les pièces solides (os, cartilages, organes fibreux et ligamenteux) qui constituent cet entourage protecteur partent de chaque côté de la colonne vertébrale, pour se rapprocher ou se réunir avec ou sans intermédiaire sur la ligne médiane ventrale ou sternale, et il en résulte deux ceintures osseuses, l’une antérieure , supérieure chez VPhomme, ou scapulaire, c’est-à-dire des épaules, l’autre postérieure chez les animaux, inférieure dans le squelette humain, qui est à la fois coxale, parce qu’elle forme les hanches (coxæ) et pelvienne, en raison de ce qu’elle fait partie du bassin (pelvis). Ces ceintures ont été aussi appelées racines des membres, et ce sont ces parties qui persistent le plus. En effet, si l’on observe tous les squelettes des animaux vertébrés pourvus de membres, depuis lPhomme jusqu'aux derniers poissons, on voit disparaître d’abord le bras et l’avant-bras et la cuisse avee la jambe, ensuite les pieds; et pendant qu’à l’intérieur on n’aperçoit aucune trace des membres de derrière, on trouve encore dans les chairs les vestiges des pièces osseuses qui forment la ceinture ou racine de ce membre. Les ceintures osseuses sont disposées merveilleusement; 1° pour fournir un point d'appui centre des mouvements du principal levier (humérus et fémur) de chaque membre; 2° pour donner insertion à la fois aux muscles qui les meuvent elles-mêmes et à une partie de ceux qui portent en divers sens le bras et la cuisse, et 3° pour protéger efficacement les parties renfermées dans leur enceinte. Un fait curieux s’observe dans le squelette des grenouilles : on y voit les épaules réunies au sternum former un véritable bassin antérieur qui protége les vis-

cères de la poitrine, et remplacer dans cette fonction les

côtes, qui sont excessivement courtes.

En chirurgie, plusieurs bandages qui entourent le tronc portent le nom de ceintures.

En pathologie, on emploie quelquefois ce mot comme synonyme de zona, qui signifie une sorte d’exanthème ou inflammation de la peau, disposée circulairement autour du ventre; et on dit dans ce sens, ceinture érysipélateuse, dartreuse, etc. L. LAURENT.

CEINTURE (Histoire naturelle). Certains poissons à queue très-grèle, dont le corps est très-allongé et aplati comme un ruban, ont été appelés ceintures à cause de leur forme. L'espèce la plus remarquable est la ceinture d'argent. En ornithologie, on entend par ceintures, des bandes circulaires dont la couleur tranche avec celle du plumage, On s’en est servi pour distinguer des espèces (exemp'es : ceinture noire, alouette des neiges; ceinture de prélre, variété de l’alouette hausse-col).

CEINTURE DE VENUS. Les poëtes attribuent à Vénus une espèce de ceinture que les anciens appellent ceste, et à laquelle ils attachent le pouvoir d’inspirer de l’amour et de charmer les cœurs; c’est une des créations de l’imagination ingénieuse des Grecs les plus délicates et les plus zracieuses. Homère a peint ce ceste mystérieux avec les couleurs les plus riches, ce qui a fait dire de lui par Boileau :

On dirait que pour plaire, instruit par la nature, Homère ait à Vénus dérobé sa ceinture.

Dans le poëte grec, Vénus, remettant cette ceinture à Junon, lui dit : « Recevez ce tissu et cachez-le dans votre sein; tout ce que vous pouvez désirer s’y trouve; et par un charme secret qu’on ne peut expliquer, il vous fera réussir dans toutes vos entreprises. » Voici comment Aignan paraphrase ce passage :

Cythérée, à ces mots, d’une main complaisante, Détachant sa ceinture, à Junon la préseute.

Dans les plis onduleux voltigent enfermés

Tous les puissants attraits, les désirs enflammés, L'amour, ses doux refus, sa ravissante ivresse,

Et les discours pressants, vainqueurs de la sagesse,

Par imitation, M. Baour-Lormian décrit ainsi la ceinture d'Armide dans sa traduction de la Jérusalem délivrée :

Mais l’art et la nature, unissant leurs prodiges, De sariche ceinture ont tissu les prestiges : Soumis aux lois d’Armide et servant ses projets, Ils ont su rassembler d’invisibles objets, Donner des traits à l’äme, un corps à la pensée. On y voit la pudeur craintive et menacée,

D'un cœur novice encor les battements coufus, Les dépits simulés, les attrayants refus,

Les langueurs du plaisir, ses larmes, son sourire, Le calme de l’amour et son fougueux délire.

CEINTURE DE VIRGINITÉ. Homère, dans son Odyssée, parle d’une ceinture virginale (napbevmv Cwvnv), dont la coutume des Grecs et des Romains voulait que les jeunes filles nubiles fussent munies, et que le mari dénouât lui-même le soir de ses noces. Ce n’est là ni une fable ni une allégorie ; car un écrivain du cinquième siècle, Festus, rapporte que cette ceintureétait de laine de brebis. Il ajoute qu’elle était nouée d’une façon toute particulière, appelée nœud d'Hercule, que le mari défaisait comme un présage lui promettant autant de rejetons qu'Hercule en avait laissé en mourant. Or, il ne s’agissait pas moins que d’une lignée ou postérité de soixante-dix enfants, nombre divin, qui a été bien surpassé depuis par de simples mortels, puisqu’on a vu certains pachas, et des chahs de Perse en compter plusieurs centaines. On sait que la ceinture de Brunehild et la manière dont elle fut dénouée dans la nuit des noces forment le sujet du grand poëme des Niebelungen.On trouve chez différents peuples anciens et modernes des traces du même usage. Quoi qu’il en soit de cette ceinture chez les anciens, qui paraissent, du reste, ne l’avoir jamais employée qu'avant le mariage, usage qui a passé, dit-on, dans quelques con-

rées modernes de l’Asie, telles que la Circassie et la Géorgie, il n’est que trop malheureusement certain et trop fàcheux pour la gloire des hommes et pour l'honneur des femmes, que plus d’un mari jaloux s’est cru obligé d’y avoir recours après le mariage. On assure que cette précaution si injurieuse pour le sexe fut pratiquée pour la première fois par les Italiens ; mais ceux qui ont lu Voltaire savent que ce n’est pas le seul peuple qui l'ait adoptée. E. HÉREAU.

CEINTURON, espèce de ceinture faite ordinairement de peau, de cuir, de maroquin, de buffle, de soie, de fil, et qui a des barres ou pendants auxquels on peut attacher un sabre, une sabretache, une épée, un couteau de chasse, une giberne , etc. etc. Le ceinturon militaire des Hébreux leur entourait les reins, ce que témoignent ces expressions: Gladio erat accinctus renes, accinctos balteis renes. XI était souvent d'un grand prix et on le donnait quelquefois en récompense aux soldats qui s'étaient distingués. Les Grecs, qui en empruntèrent l'usage aux Hébreux, l’attachèrent à l'épaule et le firent pendre, d’où vint plus tard le baudrier. Le ceinturon dont parle Homère dans l’Iliade bordaïit le bas de la cuirasse, qu'il maintenait au moyen d’une boucle. C’est à cet emploi du ceinturon que Minerve devait son surnom de Zwctnpia sous lequel elle était adorée en Béotie et chez les Locriens. La cuirasse des anciens ne descendait pas assez bas pour protéger les parties inférieures du tronc, recouvertes par une espèce de cotte qui pendait attachée à la ceinture. Pour remédier à ce défant, on employait un ceinturon de métal, bordé de cuir et garni de laine, qu'on nommait Mitra.

A Rome, le ceinturon était la marquela plus honorable du service militaire. On dégradait un soldat en lui ôtant son ceinturon. Le maître de la cavalerie avait un ceinturon de cuir rouge, brodé à l’aiguille et assujetti au moyen d’une boucle d'or, d’un riche travail.

Au moyen âge et tant que durèrent les usages dela chevalerie, le ceinturon était également la partie la plus honorable de armure. Un chevalier félon faisait amende honorable la tête nue et sans ceinturon. Sous Louis XIV, où la ceinture fut remplacée par l’écharpe, qui devint un signe distinctif attaché aux hauts grades militaires, la ceinture, devenue ceinturon, ne servit plus qu’à soutenir l'épée. M"° de Sévigné, parlant du duc de Guiche, prétendait qu’il était ceinturé comme son esprit. Elle eût mieux fait de dire ceinturonné. C’est à peu près dans le même sens qu’on dit aujourd’hui d’un homme discret outre mesure qu'il est boutonné jusqu'au menton.

Depuis longtemps la cavalerie française porte généralement le sabre suspendu à un ceinturon de buffleterie blanche. Jusqu’à ses dernières années l'infanterie avait son fourniment en croix. La gendarmerie et le génie l'ont presque seuls conservé ainsi. Le reste de nos troupes à pied porte aujourd’hui le ceinturon de cuir noir, auquel sont attachés la giberne et le sabre-baïonnette. Le ceinturon de la garde nationale était en buffle blanc.

CELADON. Quoique ce nom signifie en grecle bruyant, l’aarmonieux, amant de renommée (de xéaos, le bruit), il n’a aucune célébrité dans la mythologie ; Ovide est à peu près le seul qui ait ressuscité deux Céladons, l'un guerrier, tué par Persée le jour de son mariage avec Andromède, l'autre Lapithe, tué par Amycus. Maïs un Céladon fameux dont la langue française et l’étranger même ont enrichi leurs tropes, dont ils ont fait, depuis deux siècles, le type des beaux, des jolis-cœurs, des damerets, des damoiseaux , et particulièrement des amants bergers , c’est Je héros de l'Astrée, roman d'Honoré d'Urfé.

Pour êtreun vrai Céladon, il faut imiter en tout point celui de l’Asérée; il est devenu type, comme le Phénicien Adonis, comme le Narcisse des poëtes. Céladon se précipita dans les ondes du Lignon, désespéré de la prétendue froideur de sa bergère. Sauvé par trois nymphes, trans-

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