CÉLERI — CÉLESTIN
Le céleri-rave, soumis à l'analyse chimique par M. Payen, a donné, entre autres produits que nous négligerons ici, une quantité de man nite telle, que ce chimiste pense qu’il serait désormais plus économique d'extraire cette substance du céleri-rave que de la manne; et, à cette occasion, il propose la culture du céleri-rave en grand pour en obtenir la mannite, matière sucrée alimentaire, dont on connaît les propriétés béchiques et pectorales. C. TorLarp ainé,
CELEÉRITE (du latin celeritas ). D'Alembert définissait la célérité, au propre : « la vitesse d’un corps en mouvement ; » mais il avouait que ce mot n'avait guère d'usage qu’au figuré ; et c’est dans ce sens seulement que l’a admis l’Académie dans son Dictionnaire. A s’en rapporter au Dictionnaire de Tr'évoux ce serait le P. Catrou qui l'aurait le premier employé en français dans la préface de son Histoire romaine publiée en 1737.
En droit, lorsqu'une cause demande célérité, on peut obtenir l’autorisation d'abréger les délais exigés par la procédure.
CELESTE. L'homme est né avec la certitude d’un avenir qui le récompencsera de toutes les misères de la vie présente; à côté, ou, pour mieux dire, au-dessus de l’instinet social, il possède l'instinct religieux ; il compare donc tout ce qui lui semble beau, pur, grand et accompli, au ciel, séjour de la Divinité. De là vient l’adjectif céleste. C'est le plus haut degré de louange qu'il nous soit possible d'accorder ici bas. Dire qu’une jeune fille a un air ou des traits célestes , c’est exprimer plus que la beauté ordinaire, test surpasser même cet idéal auquel, après les plus grands efforts, peut atteindre le génie du peintre ou du sculpteur. Dans une société comme la nôtre , où les intérêts usurpent une place si considérable, il est heureux qu’il y ait quelques âmes d'élite qui s’abandonnent tout entières à des pensées célestes. Cette préoccupation continuelle répand autour d’elles tant de calme et de dignité qu’elles captivent l’attention générale; et mettre ainsi en relief sous les yeux de l’homme le spectacle de la vertu, c’est lui inculquer un commencement d'amélioration. Il y a eu à toutes les époques de ces âmes d’élite; elles ont purifié la civilisation : les sciences l’ont agrandie. Le dix-neuvième siècle est en proie à deux grandes maladies ; l'ambition politique et la soif des jouissances matérielles : tout y est élévation prodigieuse et chute rapide. Cette instabilité est si instructive qu’elle reporte à des pensées célestes; on se prend de mépris pour des espérances qui sont si mensongères. SAINT-PROSPER.
CELESTIN. On connaît cinq papes et un antipape de ce nom.
CÉLESTIN 1°, que l’Église a placé au rang de ses saints, était Romain et fils de Priscus; il fut élu évêque de Rome en novembre 422, et succéda à Boniface I. Il occupa le saint-siége neuf ans et dix mois, et mourut en avril 432. Il eut pour successeur Sixte III. Les doctrines de Nestorius, patriarche de Constantinople, et de son antagoniste Cyrille, patriarche d'Alexandrie, divisaient alors les églises chrétiennes. Le pape Célestin favorisait ce dernier ; il correspondait avec lui, et ne répondait point aux lettres de Nestorius. Il convoqua un synode au mois d'août 430. La doctrine de Nestorius y fut condamnée, Nestorius fut déposé et alla mourir misérablement dans une oasis de la Lybie, L'empereur Théodose, pour mettre fin à ce conflit, convoqua un concile général à Ephèse. Il adressa directement ses lettres aux patriarches, primats et métropolitains d'Orient , et au pape pour tous les prélats d'Occident. Cette circonstance est remarquable : elle atteste la suprématie de l’autorité temporelle des empereurs. Le pape Célestin se conforma sans nulle difficulté aux ordres de Théodose, et envoya deux légats an concile général, avec le mandat exprès de se prononcer contre la doctrine de Nestorius. Les légats n’arrivèrent à Éphèse qu’à la tro1sième session du concile : ils approuvèrent les décisions
déjà prises. Nestorius fut condamné par le concile comme il l'avait été par le synode, Un autre fait important est prouvé par une lettre de Célestin 1° aux évêques de Vienne et de Narbonne : c’est qu’à cette époque, les prêtres de tous les grades n'étaient point distingués des autres citoyens par leur habillement. Dans cette lettre, datée de 428, il blâme les ecclésiastiques qui adoptent pour habillement le manteau et la ceinture. Il censure par la même missive les évêques de France, qui refusent la pénitence à ceux qui la demandent à l’article de la mort. Célestin honora son pontificat par sa tolérance, ainsi que par ses efforts pour maintenir la paix dans l'Église et la pureté des mœurs; il joignait l'exemple au précepte. 11 introduisit l’usage de chanter les cent cinquante psaumes de David. Jusqu’alors, les offices se bornaient au saint sacrifice et à la lecture de l’Évangile et des épitres de saint Paul. Il fit construire la belle basilique de Jules.
CÉLESTIN, antipape, élu le 20 décembre 1124, après la mort de Calixte II, n’occupa le saint-siége que vingtquatre heures et le céda aussitôt sans contestation à Honoréou Honorius II. D'autres auteurs appellent Calixte. Il se nommait Thibaud avant son élection.
CÉLESTIN LI ( Guy pe CasrELLo ), dut son nom à ce qu'il était né à Tifferne dite Città di Castillo. Y\ étudia sous le célèbre P. Abélard. Le pape Honoré II l'avait institué prèêtre-cardinal du titre de Saint-Marc en 1128. Promu au souverain pontificat le 25 septembre 1143, il mourut le 8 mars 1144. 11 avait levé l’interdit jeté sur la France par son prédécesseur Innocent Il, à cause de l'affaire de l'arche: vèché de Bourges.
CÉLESTIN JIX (HyacivTue BOBOCARDI), fait car dinal-diacre en 1145 par Eugène III, avait été chargé de plusieurs missions en Allemagne et en Espagne. Élu pape le 30 mars 1191, il mourut le8 janvier 1198, âgé de quatrevingt-deux ans. Innocent III lui succéda. Célestin obtin de l’empereur le village de Tusculum qu’il livra aux Ro: mains. li connaissait leur implacable haine pour les habitants de ce lieu; ileût pu et dû en prévoir les funestes effets. Les Romains brülèrent le village, et toute la population périt. L’historien Roger de Hobeden affirme que Célestin, lors de la cérémonie du couronnement de l’empereur, renversa d’un coup de pied la couronne impériale, afin qu'un cardinal, après lavoir ramassée, la donnât au roi des Romains. Ce trait, rapporté par un écrivain anglais, a été révoqué en doute. Célestin excommunia l’empereur Léopold, et mit ses États en interdit, parce qu’il avait emprisonné Richard, roi d'Angleterre, à son retour de la Palestine. Il excommunia également l’empereur Henri VI pour la même cause. Ce prince mourut peu de temps après. Le pape Célestin IL défendit qu'on l’inhumät en terre sainte. Il ne révoqua cette défense qu’après que l’on eut restitué au roi Richard tout ce qu'il avait payé pour sa rançon, ef, en outre, mille marcs d’argent pour le trésor papal et les cardinaux. .
CÉLESTIN IV (Gon£rrot pe CAsTIGLIONE ), né à Milan, fut successivement chancelier de l'église de sa ville natale, moine de l’ordre de Citeaux, cardinal et évêque de Sabine. Il fut élu pape le 22 septembre 1241 par dix cardinaux seulement, un mois après la mort de Grégoire IX. La plupart des membres du sacré collége, détenus prisonniers par Frédéric IT, n'avaient pu assister au conclave. Célestin IV mourut dix-huit jours après son élection et avant d’avoir été consacré. On a accusé Romain , cardinal de Saint-Ange, évèque de Porto, qui avait été son compétiteur à la tiare, de Pavoir fait empoisonner. L'Église n'eut pas de chef visible pendant vingt et un mois, l'empereur Frédéric ayant continué à retenir les cardinaux prisonniers.
CÉLESTIN V (PIERRE DE iMoron), né à Isernia dans V'Abbruze en 1215, fut élu pape en 1294 en remplacement de Nicolas IV. Le sant-siége était vacant depuis plus de
deux ans. P. de Moron avait consacré sa vie à la solitude et à la pénitence, et vivait dans une tranquille obscurité au monastère de Majella qu’il avait fondé. A peine assis sur le trône pontifical, ïl regretta son désert, et témoigna le désir d’abdiquer. Le cardinal Cajetan, qui s’est rendu fameux sous le nom de Boniface VIII, l'entretint dans cette résolution, maïs à peine eut-il été choisi pour lui succéder, qu’il le fit emprisonner dans le château de Fumona, où il mourut le 19 mai 1296. Il fut canonisé en 1313 par Clément V. Les religieux du monastère qu’il avait fondé sur le mont Majella, prirent le nom de Célestins, lorsque leur fondateur fut nommé pape. Durex (de l'Yonne).
CÉLESTINE, nom qu’on donne, en minéralogie, à un composé naturel d’acide sulfurique et de strontiane, à cause de la teinte généralement bleuâtre de ses cristaux. La Sicile fournit depuis longtemps aux collections des groupes de ces cristaux, remarquables par leur volume, leur transparence et leur netteté. Ce sont des prismes rhomboïdaux, dont la pesanteur spécifique est de quatre fois celle de l’eau. La France possède cette substance sur divers points de son territoire, notamment dans les Cévennes, où elle se présente en masses fibreuses, et dans les environs de Paris, à Montmartre et à Menilmontant, où elle est disséminée en rognons aplatis dans une marne qui alterne par couches avec le gypse. Elle sert dans les laboratoires de chimie à préparer la strontiane et les divers composés de strontiane.
A A. DES GENEVEZ.
CELESTINS, communauté religieuse fondée par Pierre de Moron, depuis pape sous le nom de Célestin V, dans le treizième siècle. Son premier nom lui était venu de ce qu’à peine adolescent, ïl s'était spontanément retiré sur la montagne de Moron dans le royaume de Naples, pour y vivre dans un isolement absolu, consacrant tous ses instants à la prière et à la pénitence la plus rigoureuse; mais un jour on abattit les arbres de sa solitude et alors il alia s'établir sur le mont Majella. D’autres solitaires s’y réunirent à lui, et en 1254 il forma une communauté qui prit successivement les noms de Monastère de Sainte-Marie de Majella et de religieux de Saint-Damien, enfin de Cé- Lestins, lorsque leur pieux fondateur eut été élu pape sous ce nom. Cette communauté fut confirmée au deuxième concile de Lyon en 1274. Dix ans auparavant, elle avait été incorporée à l’ordre de Saint-Benoît par le pape Urbain IV. Philippe le Bel les introduisit en France en 1300. II avait fait venir du royaume de Naples douze célestins, qui s’établirent partie dans la forêt d'Orléans, partie dans celle de Compiègne.
En 1417, les célestins possédaient-en France vingt-trois monastères; ils .composaient une congrégation spéciale, appelée Congrégation de France. Leur monastère le plus important et le plus riche était celui de Paris, fondé par Charles V à l’entrée des cours de l’Arsenal et près du quai Morland. C’était la maison chef d'ordre des célestins de France. De nouvelles constitutions de 1462 ordonnèrent que les chapitres de la Congrégalion de France seraient convoqués tous les trois ans dans la maison conventuelle de Paris. Le provincial y était élu à cette époque. L'église de ce monastère était une des plus remarquables de Paris par ses monuments tumulaires, par le nombre et la qualité des personnages célèbres qui y étaient inhumés. Voisine de l’hôtel Saint-Paul, alors résidence de la cour, elle avait une large part à ses libéralités. C'était un richie musée décoré des chefs-d’œuvre de toutes les célébrités artistiques de l’époque, On y remarquait le lutrin, la balustrade du sanctuaire, les figures de la Vierge et de Gabriel par Germain Pilon, placées sur le maïitre-autel, les tombeaux de Léon de Lusignan, roi d'Arménie, de Louis de la Trémoille, de Jeanne de Bourbon, reine de France, épouse de Charles V, de Jeanne de Bourgogne, épouse de Jean, duc de Bedfort, végent de France, et la chapelle de la famille d'Orléans, au
CÉLESTIN -—— CÊLIA
milieu de laquelle s'élevait un grand sépulcre de marbre blanc, chef-d'œuvre de Jean Goujon, dont le pourtour était orné des statues des douze apôtres, et sur lequel étaient couchées celles du fondateur de cette chapelle, Louis d’Orléans, frère de Charles VI, de Valentine de Milan, son épouse, et de ses deux fils. IL y avait là aussi les cœurs d’Anne de Montmorency, du comte de Brissac, de Catherine de Médicis, de Henri II, de François 11 et de Charles IX. Le cloître des célestins était un des plus beaux de Paris; le jardin longeait les murs de l’Arsenal. La bibliothèque était riche en livres rares et précieux, dont la plus grande partie a été transférée à la bibliothèque de l’Arsenal.
Les célestins excellaient dans la gastronomie : on citait particulièrement avec éloge les omelettes à la célestine. Mais le désordre qui régnait chez eux était tel, que Louis XV leur ordonna, en 1768, de se réformer. D’après le refus unanime qu’ils firent dans leur chapitre de 1770, tenu à Limoylès-Mantes, de se soumettre à l’édit du roi, ils furent sécularisés par-un bref de Clément XIV et par des brefs particuliers de Pie VI. Leurs biens furent mis en séquestre, et leurs maisons supprimées. Les vastes bâtiments de celle de Paris devaient être occupés par les cordeliers. Ils reçurent une autre destination. Une partie fut abandonnée en 1785 aux deux écoles des sourds-muets et des aveugles, qui n’y restèrent pas longtemps; une autre partie devint une caserne qu’occupe encore un détachement de Za garde de Paris; le reste a été vendu à divers particuliers. Durex {de l'Yonne),
CÉLESYRIE (en latin Cœlesyria), c’est-à-dire Syrie creuse (de xoïlos, creux). C'était la partie de la Syrie comprise entre le Liban et l’Anti-Liban à peu près au centre de toute la contrée. Elle se compose de trois vallées très-fertiles en blé, en coton, en mûriers et en oliviers; les côteaux sont recouverts de vignes et les montagnes de bois : le Léonte la traverse. Damas était sa capitale; là s'élevait aussi jadis Héliopolis ou Baalbek. Le nom de Célésyrie ne paraît pas avoir été employé avant Antiochus, roi de Syrie, qui la conquit (217 avant J.-C.) sur les Ptolémées d'Égypte. En 112 avant J.-C., la Célésyrie forma sous l’autorité d’Antiochus de Cyzique un état particulier. Les Romains étendirent cette dénomination à la partie de la Palestine située au delà du Jourdain; sous les empereurs, elle disparut devant celle de’ Phénicie libanienne. La Célésyrie fait aujourd’hui partie de l’éyalet de Cham.
CÉLÉUS, fils de Pharus et petit-fils de Cranaüs, était roi d’Éleusis. Cérès, pour lui témoigner sa reconnaissance du bon accueil qu’elle en avait reçu lorsqu’elle était à la recherche de Proserpine, voulait douer son fils Démophon du don de l’immortalité. A cet effet, elle le jeta une nuit dans le feu, pour anéantir ce qu’il y avait de périssable en lui; mais la mère de Démophon étant survenue et ayant poussé à celte vue un cri d’effroi, le malheureux enfant brüla vif. Alors Cérès se fit connaître, et doua de l’immortalité le second fils de Céléus, Triptolème. Quant à Céléus, il devint prêtre de Cérès, et ses filles furent également prôtresse de cette déesse.
CÉLIA (Loi). Dans les assemblées, les citoyens romains donnaient anciennement leur opinion de vive voix. Mais dans les derniers temps, époque de la plus grande liberté pour les suffrages, différentes lois déterminèrent que les votes seraient donnés par bulletins. Ce nouveau mode fut d’abord employé dans l’acte qui décernait les honneurs, d’après la loi Gabinia, faite l’an de Rome 614. Deux ans après, la loi Cassia le fit adopter dans tous les jugements, excepté ceux de trahison ; la loi Papiria l’étendit à l’admission des lois, Enfin la loi Célia (l'an de Rome 630) l'introduisit dans les procès de frahison, cas expressément réservé par la loi Cassia, Cet acte, fait sur la proposition du tribun Cælius, avait pour but de diminuer la puissance des patriciens, Auguste SAVAGNER,