‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 538 sur 556 · CÉLIBAT DES PRÊTRES — CELLAMARE · texte numérisé non relu

CÉLIBAT DES PRÊTRES — CELLAMARE

sintéressement, d'abnégalion, que la religion recommande à ses ministres ? Le culte catholique, chargé d'œuvres, de cérémonies, de rituels, de chants, de détails infinis, de sacrements à distribuer, de pauvres à aumôner, d’infirmes et de malades à visiter et à consoler, est, en quelque sorte, condamné au célibat. N’a-t-on pas à craindre qu'un prêtre n’abuse de la confession et de Pinfluence qu’il a sur les mourants, pour en obtenir des legs déguisés et pour enrichir indirectement sa famille adoptive? Il est certain que vous allérez profondément le caractère du prêtre catholique, les conditions de sa discipline et l'esprit de son culte. Peut-on permettre qu’un prêtre soit père, et ne pas permettre qu'il soit mari? D'une conséquence ne va-t-on pas à l’autre? Aussi a-t-il fallu les coactions extérieures de la puissance exécutive pour empêcher les maires de passer outre au mariage des prêtres. Tôt ou tard on en viendra à, et l'arrêt de la cour de cassation y conduit tout droit. Les mauvais principes ont une force latente qui, sous l'influence de certains excitants, se développe avec furie. Le corps marche, et, comme il en a les apparences, il semble posséder toutes les conditions de la vie. Mais l’homme intérieur est miné par une plaie qui le ronge, et tout à coup il tombe, et ce n’est plus qu’un cadavre. Timo.

CELICOLES (cæœlicolæ, c’est-à-dire adorateurs du ciel), nom d’une secte dont l’hérésie tenait à la fois du judaïsme et du paganisme, et qui s’étail propagée surtout en Afrique. Ils pervertissaient le baptême comme les donatistes. Honorius ( 408) fit ou confirma beaucoup de lois contre eux, et ils figurent dans le Code théodosien, sous le titre des Juifs. 1ls appelaient leurs supérieurs majeurs.

CELLA, CELLARIUM, mots latins, d’où ont été formés les mots français celie, cellier, cellule. Le premier s’appliquait chez les Romains à différentes pièces des appartements, dont la diversité d'emploi et de destination s’exprimait par l’épithète qu’on y joignait : on appelait, par exemple, cella caldaria, cella frigidaria, la chambre chaude ou la chambre froide des thermes ou bains; cella olearia était le grenier ou la chambre aux grains; cella vinaria, le cellier ou la pièce où se conservaient les vins et en général les liquides. Ce/la employé sans aucune épithète s’entendait spécialement de cette partie intérieure des temples qui correspondait chez les anciens à ce que nous appelons tantôt la nef, tantôt le sanctuaire. Lorsqu'on honorait plusieurs divinités dans une même enceinte, elles avaient chacune une cella particulière. C’est ainsi que le temple de Jupiter capitolin avait deux nefs ou cela, consacrées l’une à Junon et l’autre à Minerve.

Quant au mot cellarium, c'était le nom générique des greniers, celliers, garde-robes, etc., dans les maisons des grands. |

CELLAMARE (ANTOINE-GIUDICE , duc DE GIOVE- NAZZO, prince ne), grand d’Espagne , né à Naples, en 1657, fut élevé à la cour de Charles 11, fit ensuite plusieurs campagnes, et accompagna, en 1702, Philippe V, petit-fils de Louis XIV, quand il alla défendre le royaume de Naples contre les Impériaux. 11 signala son courage, la même année, à la bataille de Luzzara, fut fait maréchal de camp, servit en cette qualité au siége de Gaète, en 1707, y demeura prisonnier des Impériaux, fut transféré au château de Milan, et y resta détenu jusqu’en 1712, époque de son échange. De retour en Espagne, il fut nommé miuistre du cabinet, et, en 1715, ambassadeur extraordinaire à la cour de France, pendant la régence de Philippe d'Orléans.

On a donné son nom au fameux complot qu'il eût été plus exact et plus vrai d'appeler conjuration de la duchesse du Maine ; car le plan en avait été conçu et arrêté dans Je conseil de cette princesse. Tous les éléments en avaient

été combinés par elle et ses amis intimes, quand, pour en assurer le succès par l'intervention puissante du roi d’Espagne , on crut nécessaire d’en révéler le secret et le

but à l’envoyé de cette couronne. Cellamare, plus homme de plaisir qu'homme d’État, n’aurait pu concevoir et moins encore diriger une conspiration aussi vaste, aussi compliquée, qui avait pour but d'enlever le régent et le jeune roi, de faire annuler par les états généraux ou le parlement de Paris l'acte de renonciation des Bourbons d’Espagne au trône de France, et de réunir cette couronne à celle d’'Espagne. Ce projet ne pouvait réussir; mais la duchesse da Maine, humiliée, désespérée de lPannulation du testament de Louis XIV en faveur des princes légitimés, ne voyait l'avenir qu’à travers le prisme de la passion. La nation n’était pour rien dans ce conflit d'intérêts dynastiques. Cette conjuration, si follement conçue, fut comprimée aussitôt que découverte. On en a trop parlé pour que nous puissions nous dispenser d'en dire ici quelques mots.

La duchesse avait résolu de perdre le régent, et de rallier autour d’elle tous les ennemis de ce prince. Elle s'était liguée dans ce but d’abord avec le chef des jésuites, puis avec quelques nobles bretons, et notamment avec le jeune comte de Laval et toute l’ancienne cour. Le duc de Richelieu fut entrainé dans ce parti, mais sans y prendre une part active. On y comptait aussi les autres princes légitimés et même la duchesse d'Orléans ; le comte de Toulouse seul avait gardé une prudente neutralité. Le duc du Maine devait avoir provisoirement le titre et l’autorité ae lieutenant général du royaume. Des courriers avaient été expédiés au père Daubenton, confesseur du roi d’Espagne, et au cardinal A 1beroni, son premier ministre. Tout réussit d’abord au gré de la duchesse. Le prince de Cellamare fut chargé par sa cour de se mettre en rapport avec elle et avec son conseil, et d'informer exactement le cabinet de Madrid de l’état des affaires. Ses entrevues devaient être couvertes du plus profond mystère, et, pour éviter la plus légère indiscrétion, Pambassadeur, homme fort remarquable par son excessif embonpoint, ne se rendait chez la duchesse que la nuit dans un carrosse particulier, et le jeune comte de Laval lui servait de cocher.

Ces entrevues mystérieuses se tenaient à l’Arsenal, où la duchesse demeurait quand elle venait à Paris. Elle faisait sa résidence habituelle à Sceaux. Cette princesse avait une cour nombreuse, et tous les beaux esprits de la capitale se réunissaient chez elle; tout lui était bon pour arriver à son but, et bientôt Paris et les provinces furent inondés, chaque jour, de pamphlets violents, de satires audacieuses contre le régent. Alors parurent les fameuses Philippiques de Lagrange-Chancel. Le comte de Laval avait initié au complot vingt-deux colonels; il avait une imprimerie cachée dans des caves : les typographes n’en pouvaient sortir ; 11s y avaient été conduits les yeux bandés. C’était là que s’imprimaient tous les écrits contre le régent. Le marquis de Pompadour, attaché autrefois au grand dauphin et frondeur impitoyable de tous les actes de la régence; l’abbé Brigaud, partisan fanatique de l’ancienne administration ; le chevalier Dumesnil, son ami; Malezieu, homme de lettres, chancelier de Dombes; Davisard, avocat général au parlement de Toulouse; le P. Tourneminé jésuite breton; et le cardinal de Polignac, composdient le comilé directeur. L'abbé Brigaud remplissait les fonctions de secrétaire et d’archiviste. Leur plan était arrêté et les moyens d’exécution convenus ; déjà ils comptaient de nombreux et puissants partisans dans la famille royale, le clergé, Parmée et la magistrature, avant que le conseil de régence eût connu l’existence même du complot. Cellamare, du reste, ne prenait aucun souci de cacher ses relations avec les mécontents.

Alberoni, convaincu de la nécessité de s'assurer, avant tout, de la personne du régent, avait, pour en préparer le succès, accepté les offres de service d'un colonel réfugié en Espagne, irrité contre le régent, qui lui avait refusé des pensions et de l'emploi, Alberoni se hâta de le renvoyer à Paris, avec d’autres Français retirés également en Espagne,

CPE

et dont la plupart n'avaient quitté leur patrie que pour se soustraire aux poursuites de leurs créanciers ou de la justice. L'argent leur fut prodigué. Cette bande d’aventuriers passa les Pyrénées et s’abattit sans encombre sur Paris. Leur chef seul correspondait avec Alberoni. Chaque soir ils se réunissaient dans un lieu convenu , et tous attendaient l'ordre d’agir. Le chef devait se concerter avec Cellamare, recevoir ses instructions et les fonds nécessaires aux gens qu'il commandait. L’ambassadeur lui indiqua les endroits où le régent se promenait ordinairement avec sa fille, la duchesse de Berry. Une partie des aventuriers s’embusquèrent au bois de Boulogne; leur chef ignorait le nom du personnage qu'il devait enlever ; on ne lui en avait donné que le signalement. Il aperçut, un jour, au bois de Boulogne, le régent, il fit àses gens un signe du doigt; ceux-ci arrêtèrent un seigneur qui se trouvait à cinquante pas plus loin. Le chef, honteux de ce quiproquo, s’excusa; il n'avait voulu que faire une plaisanterie, il demanda au seigneur arrêté pardon de sa méprise, il avait été trompé par sa ressemblance avec un de ses amis intimes. Mais cet événement eut de l'éclat, et fixa l'attention du conseil de régence. Le chef de la bande, tremblant d’être arrêté, partit brusquement pour les Pays-. Bas, après avoir congédié sa compagnie; mais les conjurés ne renoncèrent pas pour cela à leur projet d'enlèvement, et le régent, sans égard pour les avertissements de son conseil, continua d'aller, chaque soir, souper avec M"° de Parabère et ses roués ; il revenait à Paris pendant la nuit. Il aurait infailliblement été enlevé si le cardinal de Pulignac n’eût exigé des délais à l'effet de prendre de nouvelles mesures pour agir à coup sûr.

La mère du régent, mieux inspirée, après avoir inutilement tenté de retenir son fils à Paris, ajouta que puisqu'il aimait M" de Parabère jusqu’à aller avec elle à Saint- Cloud, au risque d’être enlevé et peut-être assassiné, elle ne trouverait pas mauvais que sa maîtresse vint s'établir au Palais-Royal. Si les princes et princesses, les cardinaux de Polignac, de Rohan, de Bissy, et les autres grands seigneurs à la tête de la conjuration, n'étaient pas gens de résolution et d'action, ni capables d’un dévouement tels qu'ils exposassent leur personne pour un coup de main, ils n’en continuèrent pas moins, après l'échec de l’échauffourée du bois de Boulogne, de soudoyer diverses bandes, composées d'hommes perdus de réputation et de débauches, une, entre autres, la plus nombreuse de toutes , formée de trois cents contrebandiers.

Cependant les investigations de Dubois et du lieutenant général de police n’obtenaient aucun résultat ; le cardinal, qui n'avait que des doutes, continuait à tout prix d’environner le château de la duchesse à Sceaux et son hôtel de Paris, d’une foule d’espions ; d'autres princes et seigneurs étaient également observés dans toutes leurs démarches. Rien ne transpirait toutefois, lorsqu'une imprudence du prince de Cellamare amena une révélation complète et tout à fait imprévue. Cet ambassadeur avait attaché à son cabinet un employé en sous-ordre de la Bibliothèque du roi, nommé Buvat, qui savait l'espagnol; il l'avait chargé de traduire les pièces qu’il adressait à sa cour. Alberoni, qui ne partageait pas les illusions des conjurés, et qui prévoyait les obstacles que leur opposeraient l'opinion publique et les forces dont le régent pouvait disposer, avait insisté pour obtenir des renseignements positifs sur le nombre et les qualités des conspirateurs, sur leur position sociale, leur caractère et leur influence politique. Et Buvat et d’autres copistes avaient été employés à copier ces renseignements. Or, Buvat tenait à son modeste emploi à la Bibliothèque du Roi; c'était sa principale ressource pour vivre. Epouvanté par la lecture des pièces , il alla tout révéler à Dubois, qui lui ordonna de continuer son travail auprès de l'ambassadeur et de lui rendre compte, en outre, chaque jour, de tout ce qui viendrait à sa connaissance, des personnes qui se pré-

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