‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 539 sur 556 · CELLAMARE · texte numérisé non relu

CELLAMARE

senteraient à l'hôtel de l'ambassade, de l'heure et de la durée de chaque visite, et spécialement des moindres démarcnes de la duchesse du Maine. C’est ainsi que Dubois fut informé qu’elle se rendait souvent et pendant la nuit chez l’ambassadeur. Buvat remplit sa commission avec la plus fidèle exactitude. Le cardinal et le régent, instruits par le journal de l'employé, suivaient tous les mouvements des conjurés , et n’attendaient pour agir que des preuves positives, incontestables ; ils voulaient prendre les conspirateurs sur le fait. Enfin Buvat leur fit savoir, un soir, qu'il avait copié en entier le plan de la conjuration et de nombreux mémoires qu'il avait eu la précaution d’analyser. Il ajoutait que toutes ces pièces devaient être portées à la cour d’Espagne par l’abbé Porto-Carrero, neveu du cardinal de ce nom, et un jeune gentilhomme espagnol du nom de Monte-Leone.

Dubois laissa partir sans difliculté les deux voyageurs. Mais tout avait été prévu pour les saisir en chemin. Ils furent arrêtés à Poitiers , et leurs dépèches enlevées et transmises immédiatement au cardinal. Cellamare ne tarda pas à être informé de cette double arrestation. Porto-Carrero et Monte- Leone prétendirent ignorer l'importance des dépêches dont ils étaient porteurs. Cellamare se rendit en toute hâte au ministère des affaires étrangères, et, affectant une entière sécurité, pria le ministre Le Blanc de lui remettre son dernier paquet, pour y ajouter de nouvelles notes. Mais le ministre, lui dit : « Monsieur l'ambassadeur, votre billet est déjà déchiffré, et vos dépêches saisies entre les mains de Porto-Carrero sont connues du régent et de son conseil; suivez-moi dans votre voiture ; j'ai ordre de faire la visite de votre hôtel, en présence de Monseigneur le cardinal que voilà, et dedivers officiers. Si vous obéissez de bonne grâce, il ne vous sera pas fait de mal ; mais, si vous résistez, de plus grandes forces sont toutes prêtes pour vous soumettre à la volonté du roi. » Cellamare invoqua les priviléges , les prérogatives de sa charge, le droit des gens... Le ministre lui répliqua qu’il ne devait pas invoquer le droit des gens, qu'il avait indignement violé; et qu’il avait perdu tout droit aux priviléges des ambassadeurs, en conspirant contre le gouvernement auprès duquel il était accrédité. Cellamare n’osa plus insister, et se rendit avec les deux ministres à l'hôte) de l'ambassade, déjà investi par un fort détachement de mousquetaires. Pendant l’exploration de ses papiers, il jouait la dignité, répétait à chaque incident de vaines et orgueilleuses protestations; mais il devint furieux lorsqu'il vit ouvrir une cassette pleine de billets-doux : « Ce ne sont plus là, dit-il aux ministres, des affaires diplomatiques. Laissez cette cassette à l'abbé Dubois! elle ne contient que des billets de filles ; je la lui donne très-volontiers. » Tous les papiers trouvés dans l'hôtel furent saisis, mis en paquets, scellés du sceau du régent et de celui de Cellamare. Les deux ministres se retirèrent avec les liasses , laissant l'ambassadeur et les gens à son service sous la garde de Dulibois, gentilhomme ordinaire du roi, et d’un détachement de mousquetaires, et se hâtèrent d’aller rendre compte au régent de leur expédition.

Le lendemain, Dubois écrivit aux ambassadeurs étrangers et à tous les agents diplomatiques résidant à Paris , pour leur faire connaître les motifs de la saisie des papiers de l'ambassadeur d’Espagne , et des précautions prises par le régent et les ministres pour comprimer la conjuration. Il écrivit en même temps aux archevêques, évêques, aux présidents des cours de justice et aux gouverneurs des provinces; on ne pouvait ignorer que la conjuration avait des ramifications dans presque toutes les parties de la France. Le régent ne se borna point à justifier sa conduite dans l'opinion des Français et des cours étrangères ; il donna la plus grande publicité à deux lettres du prince de Cellamare, trouvées dans le paquet saisi sur l'abbé Porto-Carrero , toutes deux adressées au cardinal Alberoni.

On a attribué la découverte de la conjuration à d’autres

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