‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 540 sur 556 · CELLAMARE · texte numérisé non relu

CELLAMARE

qu'à Buvat. On à prétendu qu’à l'époque où celui-ci faisait à Dubois son importante révélation, la dame Saint-Edme , veuve Baron, directrice d’un spectacle de danseuses de corde et d'une maison de prostitution où Covelles , écuyer de Cellamare, était venu souper, avait informé Dubois ( qu'elle appelait son compère), que cet écuyer, dans un accès divresse, avait dit que les affaires du royaume changeraient bientôt, et qu’il fallait s’en réjouir. Le régent avait aussi des renseignements de l'Angleterre. On l’avertissait du complot tramé contre lui. D’autres font honneur de la découverte à la Fillon, fameuse entremetteuse de l’époque; elle aurait appris toute la trame par Buvat. La version la plus vraisemblable est celle que nous avons rapportée plus haut,

Le nombre des conspirateurs s'élevait à soixante, sans y comprendre les vingt-deux colonels qui avaient pris l’engagement d'arrêter le régent et de le conduire à Tolède. Tous les coupables étaient connus. Deux compagnies de mousquetaires avaient reçu l’ordre de se tenir prêtes à monter à cheval. Leurs investigations durèrent quinze jours, et produisirent plus de deux cents arrestations. Il avait été ordonné aux gouverneurs de la Bastille et de Vincennes de préparer tous les logements disponibles. On y vit bientôt arriver le marquis et la marquise de Pompadour, les marquis de Saint- Genest, de Courcillon et de Bois d'Avis, la comtesse de Noyon, le chevalier de Gavaudan, l'abbé Le Camus, etc. L'abbé Brigaud , secrétaire et archiviste de la conjuration, croyant mieux assurer sa fuite, s'était déguisé en femme ; il fut arrêté à Nemours et embastillé. Il avait, avant son départ, confié à sa servante sa cassette et ses papiers, et celle-ci, par son ordre , avait remis le tout au chevalier Dumesnil. L'abbé Brigaud , interrogé par d’Argenson et Dubois, apprit d'eux que tous ses papiers avaient été lus, et que sa servante et Dumesnil étaient arrêtés : « En ce cas, avait-il répondu, vous savez toute l'affaire; il n’y a rien de plus. » Le cardinal de Polignac , l’un des chefs les plus actifs, les plus influents de la conspiration, ne fut point emprisonné, mais exilé à son abbaye d’Anchin, sous la garde d’un gentil-homme. M£l'e de Montauban, sa maîtresse, fille d'honneur de la duchesse du Maine, fut arrêtée; mais on ne découvrit chez elle que des billets doux du maréchal de Villars, et quelques notes manuscrites sur la conspiration.

Le 22 décembre 1718 on apprit à Paris que le duc de Saint-Aignan, ambassadeur de France à Madrid, y allait être arrêté par représailles. Alberoni envoya, il est vrai, à sa poursuite ; mais le duc, déguisé en laquais, et son épouse, en femme de chambre, s'étaient fait remplacer dans leur voiture par deux domestiques avec lesquels ils avaient changé d'habits. Ceux-ci furent, en effet, suivis en route, mais les maîtres parvinrent sans encombre à la frontière. Le 28, le régent tint un conseil secret, composé du duc de Saint-Simon, du lieutenant général de police, et des ministres Dubois et Leblanc; et le lendemain , le duc de Béthune et Labillarderie arrêtèrent la duchesse du Maine à Paris et le duc à Sceaux. La duchesse avait eu tout le temps nécessaire pour faire disparaître les papiers qui auraient pu la compromettre. Si le duc avait suivi ses avis, il se serait éloigné, mais il croyait n'avoir rien à craindre, attendu, disait-il, que n'ayant rien écrit, on ne pourrait rien prouver contre lui, et qu’en s’enfuyant, il s’accuserait lui-même, La duchesse fut mise dans un mauvais carrosse de louage. Deux de ses femmes, M”° de Chambonas et sa confidente M‘! de Launay, depuis M°* de Staal, l’accompagnèrent; ses autres filles d'honneur, deux valets de chambre, quatre valets de pied et deux frotteurs furent arrêtés. Des vingt-deux colonels compromis, un seul fut emprisonné. Le prince de Conti et d’autres conjurés s'étaient barricadés dans son hôtel, déterminés à une vigoureuse résistance. 11 s'étaient approvisionnés de vivres et de femmes, et menaient une Joyeuse vie en attendant les mousquetaires. Le régent et son conseil fermèrent les yeux sur les manœuvres du maréchal

de Villeroi et de sa coterie, composée de tous les débris de l’ancienne cour. A la nouvelle de l’insuccès de la conspiration, M“* de Maintenon, éperdue de surprise et de douleur, alla se prosterner devant le saint-sacrement. Là, elle fut saisie d’une fièvre violente, on la porta dans son lit, et elle mourut peu de temps après.

Le duc deRichelieu, homme d’intrigue et de plaisir, ne pouvait être étranger à cette conjuration, où les femmes jouaient le principal rôle. J1 s'était gravement compromis : l'amour le sauva. Prévenu à temps par les filles du régent, il sut écarter tout ce qui pouvait l’exposer ; il n’échappa pas à la Bastille, mais les princesses, dont il était l'amant, vinrent l'y consoler, et réussirent enfin à lui en faire ouvrir les portes. Le duc du Maine avait-été conduit par le lieutenant des gardes du corps Labillarderie au château de Dourlens, et la duchesse, par le marquis d’Ancenis, capitaine des gardes du corps, au château de Dijon. Leurs fils, les princes de Dombes et le comte d’Eu, furent exilés à Eu : ils avaient la ville pour prison. M'° du Maine, leur fille, se retira chez la princesse de Conti. Le régent se montra très-indulgent à l'égard des principaux conjurés; il ne témoigna pas même de ressentiment contre le comte de Laval, le plus hardi, le plus actif des conspirateurs. Cellamare avait été arrêté le 9 décembre 1718 et enfermé au château de Blois. Il devait être immédiatement conduit à la frontière, mais il resta dans ce château jusqu’au 6 mars. Les menaces d’Alberoni ne se réalisèrent pas. Seulement de nombreux émissaires furent répandus dans la capitale et les provinces de France, surtout en Bretagne, pour y fomenter des troubles. Les nobles de cette province s’insurgèrent et s’opposèrent au recouvrement de l’impôt. Toutefois cette agitation dura peu. Les chefs du complot se trouvaient au pouvoir de Dubois. Leur culpabilité sautait aux yeux; mais le duc du Maine était le beau-frère du régent; la duchesse, une Bourbon-Condé; Polignac, un cardinal; Richelieu, le favori déclaré des filles du régent : ils en furent quittes pour un exil ou une détention plus ou moins prolongés. L'orage passé, le duc et la duchesse du Maine, le cardinal de Polignac, le duc de Richelieu, les autres grands seigneurs et les grandes dames reparurent à la cour. Aucune procédure ne fut instruite contre leurs complices de Paris. Le parlement garda le silence. 11 en fut autrement pour les nobles bretons que le conte de Laval avait attirés dans la conjuration. Ils avaient été trompés indignement et ce fut cependant sur eux que s’appesantit la colère du conseil. L'impunité aux chefs, l’échafaud et l’infamie aux crédules provinciaux qu’ils avaient égarés et séduits par de fallacieuses espérances, par de mensongères considérations d'intérêt public!

Abandonné à ses propres inspirations, le régent n’eût pas hésité à accorder une amnistie générale. Il s’était montré plus qu’indulgent pourles chefs, il devait traiter de même les autres ; c’eût été justice. Maïs le conseil et le principal ministre l’entraînèrent dans un système de terreur et de sang. Une espèce de chambre ardente, une véritable cour prévôtale fut établie à Nantes. Elle se composait de treize commissaires, présidés par le marquis de Château-Neuf et par de Castagnières, conseiller d’État. Cette commission s’entoura du plus effrayant appareil, et plusieurs bourreaux étrangers à la Bretagne l’accompagnèrent. Une armée devait protéger ses arrêts. L'assemblée des états envoya une dépntation au régent pour implorer sa clémence, et lui représenta, dans les termes les plus respectueux, que la province entière ne devait pas être solidaire de la faute de quelques individus. La commission n’en commença pas moins ses opérations. De nombreuses arrestations avaient eu lieu dans plusieurs parties de la Bretagne, et le chiffre des accusés s'élevait à cent quarante-huit. Par arrêt du 26 mars 1720, quatre furent condamnés à mort et décapités le même jour sur la place du Bouffay. Le lendemain 27, seize autres gentils-hommes furent condamnés par contumace et exécutés en effigie

Quelques-uns furent amnistiés depuis, et ceux qui d’abord avaient été exceptés de cette faveur obtinrent plus tard des grâces individuelles. Le 14 avril 1720, la chambre royale séant à Nantes fut transférée à l’Arsenal de Paris pour y juger d’autres accusés non amnistiés et les condamnés qui voudraient purger leur contumace. Ceux-ci devaient préalablement se constituer prisonniers au For-l'Évêque. Le 3 avril 1791, sur la demande de l'assemblée des états de Bretagne, tous les biens confisqués en exécution de l'arrêt du 26 mars 1720 furent donnés par le roi aux héritiers des condamnés. La commission royale termina sa session en 1724. Elle n’avait prononcé depuis sa translation à Paris aue des arrêts d’acquittement.

La commission tint la Bretagne en émoi pendant près de deux ans; or, circonstance remarquable, dans les procédures instruites à Nantes et à Paris, les principaux accusés avouèrent tout. Les hommes, en général, montrèrent peu d’habileté et de courage; les femmes, au contraire, persistèrent dans un système de dénégation dont la crainte des tortures, l’adresse des commissaires interrogateurs et même toutes les ruses des ministres Dubois et d’Argenson ne purent les faire se départir.

Cette conspiration amena entre la France, l'Espagne et leurs alliés, une longue guerre, à la suite de laquelle Philippe V fut réduit à demander humblement la paix et à adhérer au traité de la quadruple alliance. Il dut renoncer en outre, de la manière la plus solennelle et la plus absolue, à toute prétention au trône de France pour lui et ses successeurs. Vainement il avait prodigué l'or pour provoquer et alimenter la guerre civile. L'apparition de sa flotte dans les parages de la Bretagne ne fut qu’une dispendieuse et inutile démonstration : nulle part la population bretonne ne répondit à ses signaux et à ses appels. Cette conjuration devait finir ainsi. Il était impossible qu’elle réussit. Les conjurés, réduits à eux-mêmes, et sans autre appui que l'intervention étrangère, reculèrent devant le moindre des obstacles qu'ils auraient dû prévoir.

Quant à Cellamare , nommé capitaine-général de la Vieille- Castille aussitôt après son retour en Espagne, il mourut à Séville, le 16 mai 1733, conservant, jusqu’à son dernier jour, la faveur de son souverain. Durex (de l'Yonne),

CELLARIES (dulatin cella, loge).On désigne plus spécialement sous ce nom les polypiers dont les cellules sont disposées de manière à former des tiges branchues, assez semblables à des sertulaires, mais sans tube de communication dans l’axe. Parmi les cellariés on distingue les crisies, dont les cellules, sur deux rangs, ordinairement alternes, s'ouvrent du même côté ; les acamarchis, disposées de même, et offrant une vésicule à chaque ouverture; les loricules, où chaque articulation sé compose de deux cellules adossées, dont les orificés opposés s’élargissent éti haut; les eucratées, où l’on voît à chaque articulation une seule céllule à ouverture oblique, ét les électres, qui présentent à chaque articulation une sorte de verticille de cellulés disposées en annéau. E. Le GuiLLou.

CELLARIUS ( Cunisropus ), l’un des plus infatigables érudits du dix-septième siècle, né le 22 novembre 1638, à Smalkalde, professa à l’âge de trente ans la philosophie morale et les lañgues orientales à Weïssenfels. En 1673 il fut nommé recteur à Weimar, én 1676 à Zeitz, en 1688 à Mersebourg, et enfin en 1693 professeur d’éloquence et d'histoire à Halle, où il mourut le 4 juin 1707.

II à donné une longue série d'éditions d'auteurs latins, mais Son ouvrage capital, celui qui, par le bonheur du cadre et du sujet, lui a valu une réputation durable, est sa Notitia Orbis antiqui publiée à Leipzig en 1701-1706, et après la mort de l’auteur, en 1731, enfin en 1773 avéc les additions de Schwartz. C’est le prémiér traité général de geographie ancienne, le seul avant celui de Mannert; ce repertoire est à la fois fort utile et fort défectueux. Son défaut éapital est de

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