‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 542 sur 556 · CELLERIER · texte numérisé non relu

CELLERIER

ce non à leurs procureurs et à leurs agents. Les auteurs de la viede saint Césaire, dans le recueil des bollandistes, disent qu’il fut cellerier ou procureur du couvent de Luxeuil. Philippe de Savoie, malgré son illustre naissance, était cellerier de l'archevêque de Vienne en 1243. Le cellerier était alors proprement un officier chargé du soin des provisions de bouche : Qui cellæ vinariæ et escariæ præest. Son office était de faire recueillir les grains du seigneur et de les serrer dans les greniers; ses droits consistaient en une certaine quantité de grains prise sur ceux qui le recueillaient, pour le seigneur ; de plus, en un habit avec sa fourrure, La part qu’il devait prendre sur la recette était également réglée et paraît, du reste, avoir été exorbitante, s’il est vrai, comme le constatent d’anciens titres, qu’elle était du treizième. Les celleriers ont aussi porté les noms de mistral et de baïle ou bayle; mais ce dernier s’appliquait surtout à ceux qui avaient l’intendance du trésor des princes, et desquels dépendaient les châtelains et les autres celleriers.

Cellerière ( cellaria) était aussi le nom d’une dignité ou d’un office semblable, exercé dans les communautés de femmes par des religieuses chargées du soin de l’administration temporelle de la maison; elles partageaient plusieurs droits et quelques seigneuries par indivis avec l’abbesse, et étaient tenues, par forme de reconnaissance et d'obligation envers le chapitre, de distribuer, à certains jours, de l'huile, du vin et d’autres provisions à toutes les chanoinesses.

CELLES (A.-C.-Fiacre, comte DE VISHER pe), homme d'État qui a joué un rôle assez équivoque dans l’histoire récente de la Belgique, naquit à Bruxelles, en 1779, d’une famille noble du Brabant et reçut une éducation distinguée, tant à Bruxelles que dans des universités étrangères. Fils d'un des notables de sa province, il fit partie de la première députation que le Brabant envoya à Bonaparte, et, devenu le beau-frère du général Gérard, il acquit sous l’empire, grâce à cette alliance, un grand crédit à Paris. 11 ne tarda donc pas à être fait membre du conseil municipal de Bruxelles, et fut nommé en 1806 auditeur au Conseil d'État, puis maître des requêtes, et enfin préfet du département de la Loire-Inférieure:; fonctions dans l’exercice desquelles il ne laissa pas que de bien mériter dela ville de Nantes ; et le titre de comte, qui lui fut accordé en 1808, fut la récompense des services qu'il rendit en cette qualité. Transféré en 1810 à la préfecture du Zuiderzée, dont le chef-lieu était Amsterdam, il s’y fit des ennemis aussi nombreux qu’acharnés par l’arbitraire et le despotisme de son administration , outrant encore à plaisir les rigueurs des instructions impériales en ce qui touchait exécution de la bi relative à la conscription. Aussi, lorsque la population d'Amsterdam, lasse de son despotisme et du joug français, se révolta, sa vie fut-elle un instant en danger.

Dès que les premiers détachements de l’armée russe envahirent la Hollande, le comte de Celles s’enfuit à Paris où une nouvelle carrière sembla un instant s’ouvrir à son zèle ; mais la chute de Napoléon anéantit toutes ses espérances, Quelques années après la constitution du royaume des Pays- Bas, il fut nommé membre des étais provinciaux du Brabant , et acquit bientôt une influence considérable sur cette assemblée. En 1821 il fut élu député à la seconde charnbre des états généraux , où il vota en général avec l'opposition, sans toutefois suivre un système politique bien arrêté. Quand la question du concordat fut mise sur le tapis, il sut si bien faire valoir son habileté diplomatique, que le roi Guillaume, au grand regret de toute la partie septentrionale des Pays- Bas, et malgre l'avis de ses plus fidèles conseillers; l’envoya à Rome traiter cette importante affaire avec le pape. M. de Celles, qui déjà, dit-on, s'était fait affilier d’une manière assez peu honorable au parti apostolique belge, conclut avec la cour de Romele plus déplorable concordat des teinps modernes, et le roi le sanctionna. A son retour, il fut accueilli avec tous les signes du plus profond mécontentement,

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tant par le parti libéral que par le parti ministériel ; toutefois, grâce à la coalition qui se forma à peu près vers cette époque entre le parti prêtre et les libéraux, il réussit si bien à donner lechange à l'opinion publique, qu'on le compta bientôt de nouveau au nombre des coryphées des patriotes belges. En 1829, il ne craignit même pas de viser avec Lehon et Brouckère à un portefeuille.

Quand éclata la révolution belge, il joua un rôle si indécis, qu’on peut le considérer comme ayant alors été le chet du parti qui voulait la réunion de la Belgique à la France. Comme membre du congrès national, où il vota pour l’exclusion du roi Guillaume et de la maison de Nassau-Orange, il fut appelé à faire partie du comité diplomatique de Bruxelles et chargé de diverses missions à Paris. Il continua de résider dans cette capitale, même quand il eut été remplacé comme ambassadeur par M. Lehon. Au commencement de 1833, il se fit naturaliser Français, fut nommé plus tard conseiller d’État, et mourut à Paris, le 3 novembre 1841, au moment où l'on annonçait sa prochaine promotion à la pairie. Il a laissé deux filles, la comtesse de L’Aigle et la comtesse Caumont-Laforce.

CELLIER , lieu destiné aux mêmes usages que lacave, mais qui en diffère en ce que celle-ci est souterraine, tandis que le cellier est situé au rez-de-chaussée. Les variations atmosphériques, dont l’action sur les vins est souvent nuisible, sont nécessairement beaucoup plus sensibles dans les celliers que dans les caves; aussi un cellier ne doit-il être considéré que comme une cave supplémentaire ou provisoire, dans laquelle on dépose les vins pour l'usage courant dn commerce ou d’une grande maison, mais rarément pour les y conserver pendant un long espace de temps Cependant, lorsque, faute de cave, on est réduit à se contenter d’un cellier, il faut le choisir de manière à ce que le vin, les liqueurs et les fruits que l’on y dépose se conservent le mieux et le plus longtemps possible : pour cela, le cellier devra être exposé au nord et à l’abri de l’humidité et des excès de froid, de chaleur et de lumière.

CELLINI (Benvenuro), sculpteur, graveur, ciseleur et orfévre, naquit à Florence, en 1500. Son père, pauvre musicien, lui fit d’abord étudier son art, pour lequel l’enfant annonçait à la fois des dispositions remarquables et une antipathie prononcée. Las de lutter contre la volonté paternelle, il prit enfin le parti de s’enfuir. Après avoir passé quelques années à Pise dans l'atelier d’un orfévre, Benvenuto, devenu habile ciseleur, se rendit à Rome, où son talentet son esprit lui valurent la protection d’une grande dame, Lucrezia Chigi, qui le mit à la mode; il reçut dès lors plus de commandes qu’il n’en pouvait exécuter ; et il se vit enfin au comble de ses vœux quand le pape lui eut confié la direction de sa monnaie et l'exécution de plusieurs médailles qui augmentèrent sa réputation. Cet homme étrange, amoureux passionné de l'art, avare de ses œuvres, jaloux de ceux qui les lui achetaient, ne connaissait aucun maître, ni roi, ni pape, ni dame, ni la raison, ni la faim, et ne comptait pour se venger de ses ennemis que sur sa force et son adresse. Pour cette âme implacable une offense était nne plaie que le temps ne faisait qu’envenimer ; sa santé dépérissait alors; l'amour de Part l’abandonnaït, le sommeil le fuyait; il se peint lui-même dans une autobiographie qu’il a laissée, errant à la chute du jour, aux environs de la demeure de son ennemi ou le :suivant de loin pour se repaître d’une vue qui irrite et raffermit son ressentiment ; puis, quand le jour de la vengeance était arrivé, il exerçaitses sanglantes représailles sans craintes et sans remords. Il se réfugiait ensuite chez un deses amis ou de ses protecteurs; quelques cardinaux sollicitaient sa grâce, et, admis de nouveau auprès du pape ,-il n’en recevait d’autre châtiment qu’un regard sévère et ces mots : « Benvenuto, tu as fait bien de l'ouvrage en peu de temps; or ça! puisque te voilà guéri, tâche de vivre sagement. »

Quand le connétable de Bourbon vint faire le siége de

Rome, ce fut Benvenuto, qui, s’il faut l’en croire, le tua d’un coup d’arquebuse, au milieu de son triomphe. Après la prise de la ville, il se retira dans le château Saint-Ange, où s'était jeté Clément VII; et là, devenu homme de guerre, l'artiste dirigea une défense qui se borna après tout à quelques coups de bombardes. ]1 prétend encore que ce fut lui qui pointa la pièce dont la décharge blessa le prince d’Orange. Après plusieurs voyages à Naples , à Florence et à Mantoue, où il rencontra son ami Jules Romain, qui le présenta au due, il revint à Rome travailler sous les yeux de Michel-Ange. Quand Charles-Quint fit son entrée triomphale dans Rome, le saint-père lui envoya des présents magnifiques, entre autres un missel enrichi des ciselures de Benvenuto, et, suivant l’usage du temps, il fit en même temps cadeau à l’empereur de l'œuvre et de l'artiste. Mais celui-ci se lassa bientôt d’appartenir à un maître qui préférait un grand homme de guerre à un grand sculpteur, et aussitôt il partit pour la France, dans le dessein de s’offrir à François 1°. Par une circonstance fortuite il ne put joindre le roi; et, perdant patience, il s’en revint à Rome. Toujours mécontent de ses protecteurs, il lassa par ses bizarreries la patience du pape Paul III, qui le fit enfermer comme prévenu d’avoir détourné une partie des joyaux de la tiare pontificale, qu'il avait été chargé de démonter et de fondre pendant le sidge de Rome. Bien qu'il se fût pleinement justifié de cette accusation, il ne sortit de prison que sur les instances de François 1°", qui l’invita à venir se fixer dans ses États. Benvenuto avait alors quarante ans. Accueilli avec distinction par le roi, qui lui assigna la tour de Nesles pour demeure, il y établit ses ateliers, et put enfin se livrer à la sculpture, unique but de ses longs travaux. Cette époque de sa vie est cependant celle où il a le moins produit. Mauvais courtisan, Benvenuto ne put se maintenir longtemps en faveur. Il offensa la duchesse d'Étampes, et la toute-puissante favorite usa de l'empire qu’elle avait sur l'esprit du roi pour perdre l’orgueilleux artiste qui n’avait pas daigné capter sa bienveillance. Il faut dire qu’elle fut activement servie dans sa vengeance par Benvenuto lui-même, qui, à n’en juger que par ses propres aveux, s’aliéna toute la cour de France.

11 était surtout vivement blessé de la faveur dont jouissaient ses compatriotes Rosso et Primatice. Ce dernier avait obtenu, par la faveur de la duchesse d'Étampes, les travaux de sculpture de la fontaine du château de Fontainebleau, que le roi avait déjà accordés à Benvenuto Cellini. L'orfévre florentin n’était pas d'humeur à supporter un tel affront. A peine a-t-il connaissance de l'injustice qu’on veut lui faire, qu'il s’en vatrouver le Primatice ; et, sans s’arrèter à ses courloisies lombardes, il réclame les travaux que celui-ci veut lui enlever. Le peintre de Bologne se défend par d’assez mauvaises raisons. « Chacun cherche, dit-il, à faire ses affaires par tous les moyens possibles. D’ailleurs si le roi le veut ainsi, qu'avez-vous à dire ? — J’ai à dire que si vous me volez cet ouvrage qui est à moi, je vous tuerai comme un chien, » Et il était homme à le faire! Aussi Primatice vint-il le lendemain faire ses excuses à cet incommode compagnon et quelque temps après, pour plus de sûreté, il partit chargé d’une mission artistique en Italie. Cependant la duchesse d’Étampes ne négligeait aucune occasion pour abreuver de dégoûts l’homme qu’elle avait pris en aversion, Un jour Benvenuto fit porter à Fontainebleau une statue en argent réprésentant Jupiter, et qu’il avait exécutée pour le roi, En la disposant dans la galerie de François 1°’, il fut très-surpris d'y trouver déjà rangés les antiques rapportés d'Italie par le Primatice. Cette concurrence inattendue ébranla un instantsa présomption naturelle, De plus, madame d'Étampes lui joua le mauvais tour de retenir le roi jusqu’à la nuit. Mais Cellini, ne se déconcertant pas, cacha adroitement une bougie allumée au milieu de la foudre que le Jupiter portait dans sa main droite élevée au-dessus de sa tête.

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