‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 548 sur 556 · CENDRES · texte numérisé non relu

CENDRES

Les cendres lessivées servent encore à la fabrication de divers instruments de chimie et des fourneaux pour lexphoitation des mines. Mêlées avec du mortier, elles le rendent moins susceptible de se fendiller.

Quant aux cendres des substances animales, elles contiennent des phosphates alcalins et terreux unis à un peu de prussiale de chaux ; le phosphate de chaux domine dans les cendres provenant de la combustion des os, et c’est de la décomposition de ce phosphate ainsi obtenu qu'on retire l'acide phosphorique et le phosphore.

On a donné le nom de cendres volcaniques à des matières pulvérulentes que rejettent les volcans dans certaines circonstances, et qui n’ont du reste, à ce qui parait, aucun rapport avec les cendres. On a donné fort improprement ce nom , dit Bory de Saint-Vincent, à des parcelles de matières volcaniques, réduites à la plus grande ténuité, qui, la plupart du Lemps, s’élevant des points en éruption parmi des torrents d’épaisse fumée, retombent en pluie jusqu’à de grandes distances , quand la force qui les tenait en suspension vient à cesser. Ainsi, l’on a vu de ces prétendues cendres volcaniques vomies par lEtna arriver jusqu'à Malte, celles du Vésuve parvenir en Grèce, celles de l'Hécla tomber en mer à près de cent lieues des côtes d’Islande, et de pareilles éjections des monts ignivomes des Canaries passer d’une ile à l’autre. Ces pluies ont été souvent si considérables, qu’elles ont déposé sur le sol où elles tombaient des couches d’un pied d'épaisseur sur plusieurs lieues d'étendue. Mais ces débris cinériformes, promenés dans les airs et tombant ensuite sur la terre, ne sont pas des cendres ; les volcans n’en produisent pas plus que de véritables flammes. « Nous avons été à portée, ajoute ce savant naturaliste, de les examiner de près , et nous avons, en déterminant leur véritable nature, expliqué @æns notre Voyage dans quatre îles des mers d'Afrique la manière dont elles se forment. Ce sont des fragments de laves diverses réduites à la consistance de gravois par le brisement; il s’y mêle quelquefois du sable , dont l’origine est fort différente. C’est ainsi que s'explique l’existence des pluies de cendres dont tant d'auteurs ont parlé, et que d’autres avaient voulu révoquer en doute; il est vrai que la matière volcanique dont il est question ici ne ressemblait en rien à la cendre. L'expression pluie de cendres n’en reste pas moins inexacte, à moins qu'on ne veuille parler de cendres provenant d’un feu violent, et que la force du vent pousserait loin du théâtre d'un incendie. » Quoi qu’il en soit, les cendres volcaniques, comme celles qui proviennent de la combustion, paraissent jouir d’une grande puissance fertilisante.

Le mot cendre employé dans le sens de poussière (pulvis) se trouve souvent cité dans l’Écriture : Je ne suis que poussièreet cendre, dit Abraham au Seigneur; Dieu menace son peuple de faire tomber de la cendre sur ses terres an lieu de pluie , afin de les rendre stériles, parce que la poussière est un signe de sécheresse. Thamar, après l’outrage que lui fit Amon, son frère, se couvrit la tête de cendres. Le roi prophète, dans sa douleur, dit, par métaphore ou byperbole, qu’il se nourrit de cendre au lieu de pain, qu’il est assis sur la cendre, qu’il a jeté de la cendre sur sa tête, que sa nourriture, que son pain est gâté par cette cendre dont ilest tout couvert. Jérémie, dans ses Zamentations , fait dire à Jérusalem que le Seigneur l’a nourrie de cendre. Job dit, après la Genèse, que l’homme, qui n’est que cendre, doit retourner en cendre.

Dans l’antiquité, on avait pour habitude de se couvrir la tête de cendres en signe de deuil et d’affliction : on en trouve de fréquents exemples dans la Bible. A originedu christianisme, lorsqu'on imposait la pénitence publique, on versait de la cendre sur la tête de ceux qui y étaient condamnés , au milieu des supplications et des gémissements des fidèles, La pénitence publique fut supprimée, mais l’Église en a conservé le souvenir däns la cérémonie du mercredi des cendres,

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jour que les Pères appellent caput jejunii, parce qu’il commence le carèême. Ce n’est pas que l'Église attache quelque grâce particulière à l’imposition des cendres ; mais elle la juge propre à faire naître des pensées salutaires. En général, on prèche ce jour-là sur le néant de la vie, et cet usage à inspiré à Massillon un de ses plus beaux sermons.

On composait chez les anciens une espèce de lessive ou d’eau lustrale avec la cendre d’une génisse rousse, qu’on immolait au jour de l’expiation solennelle. On se servait de cette eau pour se purifier lorsqu'on avait touché un mort ou assisté à des funérailles, Les anciens connaissaient aussi un supplice de la cendre, particulier à la Perse, et dont ellenese servait que pour ses grands criminels. On remplissait de cendre, jusqu’à une certaine hauteur, une tour des plus élevées ; puis de la cime on jetait le criminel dans l’intérieur, la tête la première, et l’on remuait sans cesse avec une roue celte cendre autour de lui jusqu’à ce qu’elle l’étouffat.

Les cendres humaines, ou restes des corps brûlés, étaient recueillies chez les Grecs et les Romains dans des urnes appelées delà cinéraires. On rapportait dans leur paysles cendres de ceux qui mouraient au loin , et il n’était pas rare de voir enfermer les cendres de plusieurs personnes dans une même urne. Pour séparer les cendres du corps de celles du bûcher, il est probable, dit Bernard de Montfaucon, qu’on se servait d’une toile d'amiante. On en trouva une dans une grande urne de marbre découverte à Rome, en 1702, dans une vigne, à un mille de la Porte Majeure; cette toile était usee et sale comme une vieilie nappe de cuisine, mais plus douce à manier, et plus pliable qu’une étoffe de soie. Il y avait dans ce tissu des ossements et un crâne à demi brûlés. Dès qu’on le jeta dans le feu , il resta lungtemps sans être brûlé ni endommagé.

Cet usagedes anciens a fait employer figurément et poétiquement (quoiqu’on ne brûle plus les corps), le mot cendre pour désigner ce qui reste de nous après notre mort, et comme synonyme de dépouilles terrestres. L'expression métaphorique renaître de ses cendres, employée pour dire que l’on revit après sa mort dans la pensée des siens ou de la postérité, par ses œuvres ou par ses actions, que l’on acquiert par sa mort une renommée plus grande que celle dont on jouissait même de son vivant, est empruntée à la fable du Phénix.

CENDRES (Laveur de). Voyez CENDRES D’ORFÈVRE.

CENDRES (Mercredi des). C’est le premier jour du carême. On cherche les vieux rameaux bénits, les linges qui ne peuvent plus servir à l’autel ; on les brûle, et on en recueille la cendre avec soin. Avant la célébration des saints mystères, le prêtre, paré des ornements du deuil, debout sur les marches saintes, récite de lugubres prières, et bénit encore cette cendre déjà consacrée. Alors tous les fidèles s’'approchent et se prosternent. Le célébrant, prenant des cendres avec les deux doigts, trace une croix sur le front de tous ceux qui se présentent, et à chaque fois il répète ces paroles si tristes, mais si pleines de vérité: Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris (Homme, souviens-toi que tu n’es que poussière, et que tu retourneras en poussière). C'est le texte de l’anathème qu’A dam entendit prononcer sur lui après son péché. Après avoir entendu la sentence de mort, chacun s’en retourne religieusement à sa place. Le silence, le recueillement, la tristesse peinte sur tous les visages, la sombre monotonie des paroles sacrées donnent à cette grave cérémonie une mélancolie indéfinissable. On croit qu’elle remonte jusqu’au berceau du christianisme, et qu’elle n’est qu'une continuation de cet antique usage où étaient les pénitents dans les premiers siècles de se présenter, le premier jour du carême , à la porte de l’église, vêtus de cilices et couverts de cendres. « Mais, dit Bergier, quel rapport y a-t-il entre la cendre et la pénitence? C’est un monument des anciennes mœurs : Se laver le corps et les habits, se parfumer la tête, était le symbole de la joie et de la, rospérité ; au con-

traire, la marque d’une douleur profonde était de se rouler dans la poussière et d’y demeurer couché. Cela se voit encore quelquefois parmi le peuple des campagnes, qui se livre violemment aux impulsions de la nature. Un homme qui se montrait avec le corps, les cheveux et les habits couverts de poussière, annonçait par cet extérieur négligé le deuil et l'affiction. Les exemples en sont fréquents dans l'Écriture Sainte : Job, les Rois, les Prophètes, l'Évangile même en parlent. David, pour exprimer une douleur amère, dit qu'il mangeait la cendre comme le pain (Ps., CI, 10). Comme les anciens cuisaient leur pain sousla cendre, ne pas se donner la peine de secouer la cendre dont le pain était couvert était une marque d’affliction. »

Quoi qu’il en soit, si quelqu'un pouvait douter de l’opposition qui existe entre l'esprit du monde et l'esprit de l’Évangile , il n’aurait qu’à visiter Paris le mardi gras et le mercredi des cendres. Après avoir vu les héros du Carnaval promener dans les rues leur bruyante folie, les avoir suivis aux étourdissantes orgies du soir, et, sans interruption, avoir couru, en grande hâte, à la Courtille pour voir la fameuse descente, il entrerait en revenant dans une église où aurait lieu la cérémonie des cendres. Autant il aurait vu au dehors de dévergondage et de délire, de joies folles et sans réalité, autant il verrait ici de recueillement, de sagesse et de modestie. S'il pouvait ensuite pénétrer, ce jour-là même, dans l’intérieur de toutes les familles, que de contrastes frappants et instructifs! Mais, sans sortir de l'église, il recevrait un grande leçon d'égalité. 11 verrait le prêtre se prosterner sur les degrés de l’autel et recevoir le premier sur la tête la cendre prophétique, puis le peuple s’agenouiller à ses pieds et recueillir de sà bouche le lugubre avertissement qu’il a reçu lui-même, tous les fronts marqués de la même poussière, tous les orgueils humiliés, tous les rangs confondus, tous se reconnaissant pétris du même limon et devant retourner à la même poussière. Certes, il y a là un spectacle bien triste pour l’homme qui pense, et, sans être mélancolique, il est difficile de ne pas se sentir attristé. Qu'elle est effrayante de vérité pour le vieillard, cette cendre qui se colle et ne se dessine plus sur sa peau terreuse et plissée! Qu’elles sont dures les paroles du prêtre pour ceux qui s’élancent pleins d’ardeur dans les voies de la vie! Et puis, cette triste ouverture des jours de pénitence et de deuil, cette croix tracée sur toutes les figures, oh! voilà bien le christianisme avec ses tristesses et ses douleurs ! Loi sévère, loi impitoyable, qu’il faut pourtant reconnaitre comme la véritable loi de l'humanité. L'abbé J. BARTHÉLEMY.

CENDRES BLEUES. On donne ce nom à une couleur bleue employée en très-grande quantité pour la fabrication des papiers peints, au moyen de laquelle on a cherché à imiter la couleur naturelle de l'espèce de carbonate de cuivre connue sous le nom de bleu de montagne. Depuis très-longtemps les Anglais sont en possession de préparer cette couleur, ayant une composition semblable à celle de la nature; et jusque ici on n’a pu l'obtenir en France, quoiqu’un très-grand nombre de recherches aient été faites pour y parvenir. Toutes les fois en effet que l’on précipite par une dissolution de carbonate de soude ou de potasse un sel de cuivre, on obtient un carbonate verdâtre ; le précipité que fournirait une dissolution de potasse ou de soude caustique serait bleu, mais il changerait presque immédiatement par la dessiccation, et passerait au brun. Ce ne serait d’ailleurs pas un carbonate, mais un composé d’eau et de deutoxide de cuivre, qui porte le nom d’Aydrale.

L'impossibilité où l’on a été jusqu’à présent de produire artificiellement un carbonate de cuivre blen a obligé à chercher un procédé an moyen duquel on pôt obtenir une couleur bleue plus où moins analogue. Pelletier le père a indiqué il y a déjà longtemps l'action de la chaux sur le nitrate de cuivre, mais évidemment les cendres bleues obteques par ce procédé renferment de la chaux que ne con-

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