‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 550 sur 556 · CENDRES D'ORFÈVRE — CÈNE · texte numérisé non relu

CENDRES D'ORFÈVRE — CÈNE

de linge qui plonge dans un vase rempli d’eau, et on chauffe la cornue jusqu’au rouge : le mercure se distille, et on obtient l’or et l'argent pour résidu.

Le mercure qui a passé à la distillation renferme encore une petite quantité d’or et d'argent; on le fait servir à de nouvelles opérations. Les cendres /ournées, c'est-à-dire épuisées par le mercure, renferment encore une assez grande proportion d’or et d'argent pour qu’il soit profitable de les traiter. On les fond alors avec du plomb dans des fourneaux convenables : l’or et Pargent qu’elles renferment s’allient au plomb, que l’on afline ensuite par les procédés ordinaires. On pourrait aussi fondre directement les cendres non fournées avec des sels de soude et de la litharge, et on obtiendrait ainsi directement et en une seule opération tous les métaux précieux qu'elles renferment : ce procédé, exécuté dans des creusets, offrirait un avantage très-considérable si les vases n'étaient exposés à se briser, ce qui occasionne des pertes que sont loin de contre-balancer les autres conditions favorables de l'opération. H. GAULTIER DE CLAUBRY.

CENDRES GRAVELÉES. Dans lorigine on ne connaissait que les cendres gravelées fabriquées en brülant sur la sole de fours à réverbère la lie de vin desséchée ; mais aujourd’hui la même dénomination s'étend au produit de Vincinération des mares de raisin, des grattures de tonneaux , des vinasses desséchées, ete., où le sous-carbonate de potasse domine. Souvent les cendres gravelées du eommerce sont sophistiquées, notamment avec de la brique pilée. Si l’on se bornait à prendre de la lie de vin pour la fabrication des cendres gravelées , elles seraient toujours de très-bonne qualité, parce que les matières qui avec le tartre font partie de la lie de vin se détruisent par la chaleur pour la plupart; mais il n’en est pas de même quand on ajoute à ces lies, comme cela se pratique ordinairement aujourd’hui , des rafles, des pepins, des grabeaux (fragments) de tartre. C’est bien s'éloigner du but que de fabriquer ainsi les cendres gravelées. Autrefois on en recommandait l’emploi dans la teinture, la chapellerie et dans beaucoup d’autres arts, dans l'intention de se servir de l’alcali le plus pur et le plus constant dans ses effets, tandis qu’actuellement c’est presque toujours le plus mauvais de tous; mais cependant on continue de s’en servir, parce qu’elles sont recommandées dans les anciennes recettes, et parce que la plupart des personnes qui en font usage ignorent qu'elles peuvent être remplacées avec plus davantage et de sûreté par de bonne potasse.

La cendre gravelée bien préparée doit être presque entièrement soluble, et ne donner, d’après Chaptal, qu’un seizième environ de résidu, composé pour les trois quarts de carbonate terreux, et d’un quart à peu près de sulfate de potasse. Essayée à lalcalimètre de Descroïzilles, elle doit donner de 70 à 75°. Lorsqu'on en sature la solution par un acide , il ne doit se former aucun précipité. Enfin, les nitrates d'argent et de baryte n’y produisent qu’un louche à peine sensible. Pour que la cendre gravelée soit propre à la plupart des usages auxquels on la destine, et surtout pour les couleurs brillantes de la teinture, il faut aussi que sa solution dans l’eau soit totalement incolore, c’est-à-dire que toute la matière combustible ait été brûlée , sans quoi l’extractif et les matières colorantes de la cendre gravelée s’ajouteraient à la couleur vraie qu’on veut obtenir et la souilleraient. PELOUZE père.

CENDRIER, partie d’un fourneau située en contrebas de la grille qui reçoit le combustible, et dans laquelle tombent les cendres. La grandeur du cendrier doit dépendre de celle du fourneau , et de l’afflux d’air plus ou moins considérable qu’on veut se procurer, et par conséquent de la nature du combustible dont on fait usage. Ordinairement, pour pouvoir modérer à volonté l'entrée de Pair ambiant, on garnit l'ouverture du cendrier d’une pu:.e en tôle, dans laquelle est pratiquée, vers le bas, une petite ouverture, qui

ferme au moyen d'une plaque à coulisse, ou qu’on laisse libre, à volonté. PELOUZE père.

Dans les usages domestiques, on appelle cendrier une petite boîte, ordinairement en tôle ou en cuivre, destinée à recevoir les cendres qui tombent d’un poêle.

CENE (du latin cœna, et du grec xouvès, repas en commun ). On sait que les anciens ne faisaient qu'un repas, sur le soir, et que l'heure en était ordinairement marquée par le coucher du soleil. Jusque-là leurs affaires les occupaient tout entiers ; seulement chacun prenait de quoi soutenir ses forces à l’heure qui pouvait le mieux lui convenir, et selon qu’il sentait le besoin s’éveiller en lui. C'était le prandium , le repas du matin ou du milieu du jour, tandis que pour le repas du soir toute la famille était réunie dans le cénacle, ou la salle des festins; les amis y étaient invités, et les hôtes y trouvaient leur place d'honneur, Voilà pourquoi il était appelé cana, parce que c'était le repas de

Jamille, le repas en commun. Comme il avait lieu sur la

fin du jour, ce même mot cœna a été employé pour désigner lesouper dans les temps plus modernes; et ce repas, dans nos campagnes , représente assez bien la cène antique.

Le mot Cène s'emploie spécialement pour désigner le repas mystérieux que Jésus-Christ fitavec ses apôtres la veille de la Passion. Le matin il avait dit à deux de ses disciples : Allez... el cet homme vous montrera un vaste cénacle tout préparé; c’est là que vous disposerez pour nous les préparatifs de la Pâque (S. Marc, XIV). Les disciples exécutèrent ponctuellement les ordres de leur maître, et lorsque le jour toucha à sa fin, il alla les rejoindre avec ses apôtres. Avant de suivre le Sauveur dans le drame sanglant de la passion, on aime toujours, en lisant l'Évangile, à s’arréter à cette scène touchante où, environné de ses disciples, qu’il va bientôt quitter, il leur fait ce testament divin par lequel il se lègue lui-même. Le repas touchait à sa fin. Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses apôtres en leur disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps, qui sera livré pour vous; faites ceei en mémoire de moi. » Et prenant le calice, il rendit grâce, et le leur présenta en disant : « Buvez-en tous, car C’est mon sang, le sang de la nouvelle et éternelle alliance, qui sera répandu pour vous. »

(S. Matth., XXN1; S. Luc, XXII. ) Voilà la nouvelle Pâque,

le nouvel agneau. Banquet mystérieux, scène mystique, angélique festin, dans lequel un Dieu se distribue de ses propres mains, et veut servir de nourriture à ses enfants!

Les protestants nomment sainte cène la communion L ou leucharistie. C’est une grave question entre eux et les catholiques de savoir comment doivent être entendues les paroles de la cène de Jésus-Christ. Ici comme ailleurs les protestants sont toujours pour la figure; ils ont tant d'amour pour les sens figurés! Ceci Esr Mox Corps, ceci EST MON SANG. Puisque ni par leur nature, ni par aucune convention, ni par aucun usage, le pain n’est la figure du corps, ni le vin la figure du sang, et puisque Jésus-Christ avait pris soin d’avertir ses apôtres que désormais i{ ne Leur parleraitplus en figures (S.Jean, XVI, 25), les catholiques ont cru qu'ils ne devaient pas chercher la lumière lorsqu'ils voyaient un grand jour, et 1ls ont entendu ces paroles dans leur sens propre et littéral. Ils croient donc qu'après la consécration, le pain est rée!lement changé au corps de Jésus- Christ et le vin en son sang. « Lorsque les protestants, dit Bergier, ont donné le nom de cène à la manière dont ils célèbrent l'institution de l'eucharistie , ils se sont écartés de l'ancien usage de l’Église, et ont abusé du terme par nécessité de système. Ils ont voulu donner à entendre que toute Pessence du sacrement consiste dans fe repas religieux que les fidèles font en communiant ; mais toute l'antiquité dépose contre eux. Dès le premier siècle de l’Église, l'usage a été de nommer eucharistiel'action de consacrer le pain et le vin, et d'en faire le corps et le sang du Seigneur. Aucun des anciens Pères ne s’est avisé d'appeler cette action la cène, ou le souper

du Seigneur, La cène était finie lorsque Jésus-Christ consacra les deux espèces pour la donner à ses apôtres. 11 est absurde de regarder l’action des apôtres, et non celle de Jésus- Christ, comme la partie essentielle et principale de la cérémonie. »

On appelle aussi faire La cène laver les pieds à douze pauvres, et les servir à table, pour imiter Jésus-Christ, qui avant de faire la cène avec ses diciples voulut leur laver Les pieds et les essuyer de sa main. Cette cérémonie a lieu le jeudi saint dans l’Église latine, ainsi que chez les Grecs et les Syriens. Les empereurs de Constantinoplela faisaient dans leur palais avant la célébration des saints mystères ; aujourd’hui on a coutume de la faire après. Autrefois, notre vieux Louvre était témoin de cette touchante et majestueuse cérémonie. Après l’absoute, faite par un évêque, et un sermon dans lequel le prédicateur lançait de sévères paroles, le roi, d’une part, accompagné des princes du sang et des grands officiers de la couronne, la reine, de l’autre, suivie de ses dames d’honneur et de sa brillante cour, se rendaient, chacun de son côté, dans une salle préparée d'avance. Là ils trouvaient douze pauvres de leur sexe, qui leur présentaient leurs pieds à laver : ces pauvres étaient assis, et les deux majestés, debout, s’inclinaient et faisaient couler l'eau sur ces pieds nus qui leur étaient présentés ; elles les touchaïent de leurs royales mains, et, pour s’humilier encore davantage, elles en approchaient leurs lèvres et leur imprimaient un baiser! Qu’elle était belle cette royauté ainsi humiliée! qu’elle était sublime cette beauté couronnée qui s’inclinait ainsi devant le malheur! Alors s’ouvrait la salle du festin, et ceux dont les augustes mains s'étaient prêtées au plus humble de tous les ministères servaient encore à table ces mêmes pauvres, leurs frères, leurs égaux, leurs amis; car ils devaient les aimer, et reconnaître qu’un jour ils pourraient bien les surpasser en grandeur dans cette autre patrie où tous sont appelés à ceindre des couronnes. Ils ne les quittaient qu'après leur avoir prodigué les marques les plus touchantes d'intérêt et de bonté, et leur avoir fait à chacun une abondante aumône. Tandis que ces choses se passaient dans le palais de nos rois, le pontife romain déposait sa tiare au Vatican, se ceignait d’un linge comme le plus humble des valets, et, suivi de tout le sacré collége, lavait aussi les pieds à douze pauvres voyageurs, et le premier des cardinaux, car c’est toujours le plus grand qui doit s’humilier davantage, les essuyait respectueusement. Puis ces mêmes pauvres, assis à une fable splendide , recevaient encore des mains du chef suprême de l'Église le premier plat et la première coupe, Le pontife leur parlait avec bonté, et, après les avoir bénis, il les quittait en leur donnant à chacun une médaille d’or. Et ces scènes attendrissantes qui se passaient sous les fresques enchantées du Louvre et du Vatican, se répétaient en même temps dans toute la chrétienté, L'évèque dans sa métropole, le curé dans son église, étaient aussi humiliés devant les pauvres, enfants bien aimés du père, parce qu'ils ont plus besoin d’être aimés, leur lavaient les pieds, et les servaient de leurs mains. Aujourd’hui la cérémonie du lavement des pieds se pratique encore à Rome et dans toutes les églises. Quant aux rois, on dit que la plupart sont devenus philosophes : les pauvres n’y gagneront rien. L'abbé J. BARTHÉLENY.

CENIS (Mont), Monte Cenisio, Cetle montagne, qui torme le nœud des Alpes Cottiennes et des Alpes Grecques, est située sur la limite de la France et de l'Italie, Comme fous les autres passages des Alpes, elle présente un abais= serment considérable de cette chaine. Son point culminant, la Roche Michel, élevé de 3,493 mètres au-dessus de la mer, et dominé par des sommets presque toujours entou= rés de nuages et couverts de neige, forme un plateau couvert de prairies et de pâlurages , au milieu duquel on rencontre un petit lac d’une profondeur extrême et dont les teaux, alimentées par les torrents et les infiltrations des

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