CENNINO CENNINI — CÉNOBITE
L’inauguration du tunnel du mont Cenis eut lieu le 17 septembre 1871. Le passage des trains s'opère en trois quarts d'heure. P. Louisy,
CENOBITE ( du gree xowvès, commun, et Bios, vie ), religieux qui vit en communauté, et qui diffère par cela mème de l’'anachorète ou moine, qui vit retiré, solitaire, et de l’ermite, ou habitant du désert. L'abbé Piammon, parlant des anciens solitaires de la Thébaïde ou de la Haute-Égypte, en distingue de trois sortes : les cénobites, qui vivaient en communauté; les anachorèles, qui habitaient des cellules isolées; et les sarabaites, qui menaient une vie errante, et qui étaient regardés comme de faux moines. Il fait remonter jusqu'aux apôtres linstitution des cénobites, et la regarde, d’après Cassien, comme un reste ou une imitation de la vie si parfaite des premiers chrétiens. On sait qu’à Jérusalem les premiers fidèles metaient leurs biens en commun , mangeaient ensemble et vivaient dans une grande union. C’est à leur imitation que les premiers cénobites se rassemblèrent pour vivre en communauté; seulement ils renonçaient au monde et gardaient le célibat, tandis que les fidèles dont ils étaient les imitateurs restaient dans le siècle, et étaient pour la plupart engagés dans les liens du mariage. Le code Théodosien appelle les cénobites synedilæ, terme qui a le même sens, et qui ne veut pas dire les domestiques des religieux, comme l'ont prétendu certains glossateurs.
C’est à la fameuse cellule de Tabène (dans le diocèse de Tentyra en Égypte) qu’il faut remonter pour trouver la véritable origine de ces congrégations sans nombre qui ont rempli le monde de leurs établissements et de leurs noms. Quoi qu’en dise le P. Hélyot, on doit se ranger à l'avis de Tillemont, qui regarde saint Pacôme, ce rude élève du vieux Palémon, comme le premier instituteur de la vie cénobitique en Orient, parce qu’il est le premier qui ait formé des communautés, et qui ait écrit une règle monastique. Avant lui il n’y avait que des anachorètes ou s0litaires. Le célèbre monastère de Phaïum ( Fayoum), fondé vingt ans auparavant par saint Antoine, et ceux de saint Ammon dans la partie de l'Égypte appelée Nitrée, n'étaient composés que de cellules éparses, et n'avaient rien qui ressemblât aux cou vents tels quenous les connaissons. Les disciples de saint Pacôme vivaient ensemble, au nombre de 30 ou40 dans chaque maison, et 30 ou 40 de ces maisons formaient un monastère, qui était par conséquent habité par 1200 ou 1600 cénobites. Tous les dimanches ilsse réunissaient pour prier dans l’oratoire commun, et chaque année ils venaient célébrer la Pâque avec le chef suprême, qui en voyait quelquefois jusqu’à 50,000 autour de lui, tous sortis des monastères de Tabène ; car ceux de Secté, d’Oxyrinque, de Nitrée et de Maréote reconnaissaient d’autres chefs et s’assemblaient à part. Un seul homme dirigeait donc tous les monastères, mais chacun d’eux, en outre, avait un abbé qui le gouvernait, chaque maison un supérieur ou prévôt ( præposilus ), chaque centaine de moines un surveillant (centenarius), et chaque dizaine un doyen ( decennarius ).
Saint Hilarion, disciple de saint Antoine, établit en Palestine des monastères à peu près semblables, et bientôt il y en eut dans toute la Syrie. Ceux de l’Arménie et de la Paphlagonie reconnaissaient pour fondateur Sébaste, évêque de ces provinces. Saint Basile, qui, à l'exemple des anciens philosophes, était allé s’instruire en Égypte, plus certain d’y trouver la véritable sagesse, établit dans le Pont et la Cappadoce plusieurs couvents d'hommes et de femmes. La vie cénobitique s’étendit avec rapidité dans tout l'Orient : on la vit pénétrer en Éthiopie, dans la Perse , sur les bords du Gange, et jusqu’au fond des Indes. Dès l'an 340, saint Athanas e ayant apporté à Rome la vie de saint Antoine, qu’il venait de composer, avait exhorté les chrétiens dJalie à embrasser ce genre de vie, et l’on vit dès lors des religieux ef des vierges se rassembler en foule autour des
évêques. Tandis que saint Ambroise et saint Eusèbs de Verceil fäisaient bâtir des monastères dans le voisinage de leurs villes épiscopales, le grand évêque d’Hippone, saint Augustin, formait de nouveaux ascètes sur le rivage africain. Un peu plus tard, saint Benoit posait sur le mont Cassin le berceau de cet ordre immense qui devait jeter un si grand éclat. En peu de temps les petites îles des côtes d'Italie et de Dalmatie furent peuplées de saints solitaires, et la ville de Lérins, en Provence, vit s'élever dans ses murs le premier et l'un des plus beaux monastères de France, Saint Martin est cependant regardé comme Île premier fondateur de la vie cénobitique dans les Gaules. Peu aprés elle passa dans les îles Britanniques, et elle y était déjà établie lorsque saint Augustin y fut envoyé par le pape saint Grégoire.
Quoiqu’eu Occident la discipline ait été généralement moins sévère qu’en Orient, quoique le relâchement se soit quelquefois glissé à travers les grilles et les barreaux du clottre, cependant on a toujours pu reconnaître les communautés religieuses au portrait que nous a laissé saint Athanase des monastères de la Thébaïde : « Les monastères, comme autant de temples, sont remplis de personnes dont la vie se passe à chanter des psaumes , à lire, à prier, à jeûner, à veiller, qui mettent toutes leurs espérances dans les biens à venir, sont unis par les liens d’une charité admirable, et travaillent moins pour leur propre entretien que pour celui des pauvres : c'est comme une vaste région, absolument séparée du monde, et dont les habitants n’ont d’autre soin que celui de s'exercer dans la justice et dans la piété. » Voici ce qu’à son tour, malgré ses préventions , ses erreurs et ses préjugés, pensait des monastères un des plus célèbres philosophes du dernier siècle , Pauteur de l’Essai sur l’Histoire générale : « On ne peut nier qu’il y ait dans les cloîtres de grandes vertus : il n’est guère encore de monastères qui ne renferment des âmes admirables, qui font honneur à la nature humaine. Trop d'écrivains se sont plu à rechercher les désordres et les vices dont furent souillés quelquefois ces asiles de la piété. Il est certain que la vie séculière a toujours été plus vicieuse, que les grands crimes n'ont pas été commis dans les monastères , mais ils ont été plus remarqués, par leur contraste avec la règle, »
Les paroles ébrantent, mais les exemples entrainent. Ce principe incontestable devient d’une vérité plus rigoureuse encore en présence d’une réunion d'hommes sages vivant assujettis aux mêmes règles et aux mêmes devoirs. L’exemple alors acquiert une puissance irrésistible. 1 faudrait être bien pervers pour ne pas se sentir porté à la sagesse lorsque toutes les impressions qu’on reçoit, tout ce qu’on voit, tout ce qu’on entend, toutes les pensées, toutes les occupations de la vie y ramènent de concert. Il est facile à l’habitant du cloitre d’être bon, même sans effort. La retraite, le silence, la solitude, l'éloignement de toutes les occasions, une vie laborieuse et toujours occupée, une nourriture frugale, une couche dure et froide, un sommeil court et sans insomnie, les veilles de la nuit, les jeûnes, les privations de tout genre, la méditation habituelle, les lectures pieuses, les chants sacrés, les longues prières, toutes les pratiques saintes , la ferveur des âmes ardentes, le recueillement général, la solennité imprimée à tous les actes par le nombre et l'harmonie, ces vêtements de deuil, ces fronts austères, celte atmosphère pieuse, qui à.mesure qu’on la respire semble calmer et enchaîner les passions, tout cela produit un entrainement auquel il est impossible de résister, Ajoutezy les longues et dures épreuves du noviciat, lorsque l’âme est encore neuve et le cœur jeune et tendre, les confessions fréquentes, les retraites, les exhortations qui raniment sans cesse l’éuncelle sacrée, l’âme toujours attentive sur ellemême, et aucun fait intérieur m’échappant à son regard: que sais-je encore? Vraiment un cénobite qui n’est pas un scélérat consommé ne peut pas tre un méchant homme,
11 doit avoir une âme de fer pour ne pas devenir vertueux, au moins par habitude.
Il faudrait écrire l’histoire de quinze siècles pour dire tous les services que les cénobites ont rendus à la société, Ce sont eux qui ont sauvé le vieux monde de la corruption et de la barbarie, et lorsqu'un monde nouveau fut trouvé pardelà les mers, ce furent eux encore qui y portèrent les premiers germes de la civilisation. On les a vus, ces hommes de prière et de travail, la cognée et la bêche à la main, s'en aller à travers les nations, défrichant les landes in-
cultes, desséchant les marais, et, à force de sueurs, fécondant
les terres les plus arides et les plus sauvages. Lorsqu'ils avaient ainsi posé leur demeure bien avant dans la solitude, loin de l'air contagieux des vices et de la corruption des cités, ils en sortaient comme d’autres Moïses, pour annoncer aux peuples les paroles de la loi. Le barbare les entendait; leur douceur et leurs vertus adoucissaient ses mœurs sanvages, et par respect pour ces hommes de Dieu, il déposait ses flèches et sa massue, Sans eux, où seraient aujourd’hui les sciences dont nous sommes si fiers ? Il les ont sauvées en leur donnant un asile, et c’est de leurs cellules qu’elles sont sorties avec la plupart des arts et des inventions utiles. Libre de tous les soins de la vie, sans inquiétude sur son avenir, sans embarras, sans distraction aucune , le religieux peut se livrer aux travaux de la pensée avec bien plus de succès que l'homme du monde; et le concours de toutes les volontés, le concert de tous les efforts pour atteindre un but unique, donneront toujours aux communautés religieuses une puissance que n'auront jamais nos modernes académies. Une seule congrégation, celle des bénédictins, a produit plus de grands ouvrages que toutes nos sociétés savantes. C’est que là l’homme n’était pas réduit à sa faiblesse et à ses courtes journées, et il y avait force, parce qu’il y avait union. L'œuvre des vieux cénobites . à qui la vie n'avait point suffi ne périssait point avec eux : les jeunes novices avaient recueilli leur pensée, ils s'étaient pénétrés de leur esprit; la grande œuvre marchait toujours, et après un siècle on la voyait apparaître enfin , colossale, immense et presque effrayante par sa grandeur même. E L'abbé J. BARTHÉLEMY.
CENOTAPHE (du grec xouwès, vide, et régos, tombeau) est le nom donné au tombeau vide que l’on élevait à un citoyen, mort à la guerre, sur mer, ou dans une contrée lointaine, et qui n'avait pas reçu les honneurs de la sépulture. Ce genre de monument funèbre lui était consacré avec des cérémonies réglées par les lois : ordinairement on appelait trois fois son âme pour qu’elle vint en prendré possession. Les Romains instituèrent cet usage pour empêcher que l'ombre du corps qui n’avait pas reçu la sépulture fût exposée à errer pendant un siècle avant d’être reçue dans les Champs Élysées. Les cénotaphes portaient les mêmes ornements que les sarcophages et les tombeaux, Un cénotaphe n'était donc qu'un monument commémoratif d’un mort, élevé par sa famille, ou au nom de ses courtisans, pour honorer sa mémoire. Chez les Grecs on appelait Céramique le quartier de la ville d'Athènes où l’on faisait, aux frais du peuple, les funérailles et les oraisons funèbres de ceux qui avatent péri dans la guerre. On élevait en leur honneur des colonnes où l’on gravait leurs noms, le lieu de leur mort et leurs epliaphes. Parmi les cénotaphes antiques, les plus célèbres furent ceux de Pise, Ils ont été décrits en 1681 par le cardinal de Noris.
CitAMPOLLION-FIGEAC,
CENS, On appelait census chez les Romains les listes ou les tableaux de recensement que l'on dressait plus ou moins régulièrement tous les cinq ans par les soins des consuls après l'expulsion des rois et ensuite par ceux des censeurs. Un chapitre (caput) était ouvert à chaque père de famille, qui était tenu d'y faire inscrire tous les membres de sa famille et les biens de tonte nature sur lesquels il avait le