BURNOUF — BURNS
diocre de Lhomond. Depuis longtemps les philosephes ont reconnu que dans toutes les sciences les livres élémentaires sont ce qu’il y a de plus difficile à faire. Si donc M. Burnouf a si complétement réussidans cette tâche délicate, c’est qu’en effet il réunissait les conditions requises pour une telle œuvre : jugement sûr, sagacité, analyse pénétrante, érudition vaste et variée. '
Au milieu de ces occupations continues, il trouva encore du temps pour d’autres travaux, qui devaient étendre sa réputation d’habile philologue. 11 donna, pour la grande collection des classiques latins de Lemaire, l'édition du Salluste, qui est sans contredit un des volumes les plus estimés de cette collection. Il publia, de 1828 à 1833, la traduction des œuvres complètes de Tacite, travail qui révéla en lui un écrivain digne de lutter avec un modèle si redoutable. Les notes | Surtout contiennent le commentaire le plus remarquable qui ait été fait sur cet auteur ; les idées de Tacite y sont souvent éclaircies par d’heureux rapprochements qu’y fait le traducteur avec des passages de Montesquieu et d’autres publicistes ou orateurs modernes. M. Burnouf a donné encore, en 1834, le Panégyrique de Trajan, en collationnant le texte sur | les manuscrits de la Bibliothèque Nationale; et lorsque la | mort l'a surpris, le 8 mai 1844, il achevait la traduction du traité de Officiis, de Cicéron.
Tant d’utiles travaux avaient mérité à M. Burnouf d’être adopté par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. En 1830 il avait été nommé inspecteur-général des études, et dans ces importantes fozctions il rendit de nouveaux services à l’université, soit en propageant les saines méthodes dans les colléges des départements , Soit en dirigeant comme président les concours de l'agrégation pour les classes de grammaire. En 1840 il prit sa retraite comme inspecteur général, et fut nommé bibliothécaire de l’université.
BURNOUF (Eucène), fils du précédent, naquit à Paris, le 12 avril 1801. Après de brillantes études, faites sous la direction de son père, il se livra d’abord à l'étude du droit,
et en 1824 il produisit pour sa licence une thèse remarquable, De Re Judicata, dans laquelle il exposait l’histoire de la procédure usitée dans les tribunaux romains, depuis la loi des Douze Tables jusqu’à Dioclétien, et même jusqu’à Justinien. Mais bientôt entraîné par un goût irrésistible vers l'étude des langues orientales , il s’y adonna tout entier , sous la direction de MM. de Chézy et Abel Rémusat, et ne tarda pas à faire dans cette nouvelle carrière des découvertes qui, malgré sa jeunesse, illustrèrent son nom, et le placèrent, presque dès les premiers pas, parmi les mattres de la science. 11 publia d’abord, en 1826, un Essai sur le Pali ou langue sacrée de la presqu'ile au delà du Gange, et, l’année suivante, des Observations grammaticales sur quelques passages de l’Essai sur le Pali. En même temps il poursuivait de profondes recherches de linguistique sur le sanscrit, et il en consignait les résultats dans de nombreux articles du Journal Asiatique et du Journal | des Savants.
Mais ce qui a placé M. Eugène Burnouf au premier rang des orientalistes, c’est l’admirable effort de sagacité et de pénétration par lequel il a retrouvé l'intelligence de la langue zende, dont la clef était perdue. Anquetil Duperron, le traaucteur du Zend-Avesta, u’avait fait sa version que sur une autre traduction déjà faite dans un idiome populaire dans YInde, et non d’après la langue sacrée et originale; mais il avait rapporté de ses curieux voyages de précieux manuscrits de cette langue inconnue, et les avait déposés à la Bi- | bliothèque Nationale, où ils restaient enfouis comme une ) lettre morte : ce sont ces manuscrits que M. Burnouf entreprit de déchiffrer, et l'on conçoit quelle gloire devait couronner le succès d’une tâche si difficile. 11 commença par | faire lithographier textuellement, d'après le manuscrit, tout le Vendidad-Sadé, l'un des livresde Zoroastre (Paris, 1830, | in-fol.), comprenant les trois livres intitulés : Vendidad
Isechné et Vispered , accompagné de la glose sanscrite 11 publia successivement, dans le Journal Asiatique, plusieurs comptes rendus de l’état de son grand travail , et des résultats qu'il obtenait. Enfin en 1834 parut le premier volume du Commentaire sur Le Yaçna, l'un des livres liturgiques des Parses, publication qui, pour la première fois, à rendu possible la connaissance non-seulement des dogmes, mais de la langue de Zoroastre; Bhdgavata Puräna, ou Histoire poétique de Krichna, texte sanscrit publié pour la première fois, et traduit en français (3 vol., 1840-1847 ) , Mémoire sur deux inscriptions cunéiformes, qui font partie des papiers du docteur Schulz (1836). M. Burnouf imprima ensuite une Zntroduction à l'Hisloire du Bouddhismetndien (1844, in-4°), et des Études sur la Langueet sur les Textes zends (1845-52, 2 vol.), dont il corrigeait les dernières épreuves lorsque la mort vint l’enlever, le 28 mai 1852. Il était membre de l’Académie des inscriptions qui venait de le choisir pour secrétaire perpétuel, professeur de sanscrit au Collège de France, et inspecteur général de l’enseignement supérieur. ARTAUD,
Un neveu de J.-L. Burnouf, Émile-Louis Bunnour, né en 1821, s’est aussi appliqué à l’étude des langües orientales et a publié quelques bons ouvrages.
BURNOUS ou BOURNOUS, nom arabe d’un vêtement particulier aux Orientaux, mais qui n’est plus en usage aujourd’hui qu’au nord de l'Afrique, à Alger et au Maroc. C’est une espèce de manteau blanc, que l’on jette par dessus le vêtement ordinaire; on le confectionne avec une épaisse étoffe de laine, et il est surmonté d’un capuchon qui se tire sur la tête par les temps de pluie. Le burnous est généralement blanc; cependant les gens de distinction en portent aussi de bleus, de verts, de rouges, etc. Comme vêtement parfaitement convenable pour garantir des intempéries de l'air, le burnous se propagea aussi parmi les Espagnols sous le nom d’A/bornoz. La conquête d’Alger par les Français a eu pour résultat d'introduire en France et de là dans le reste de l’Europe l’usage du burnous, dont la fornre originelle a subi depuis de nombreuses modifications.
BURNS (Roserr), l’un des poëtes les plus remarquables de l'Écosse, naquit le 25 janvier 1759, dans la ville d’Ayr, près de l’église d’Alloway, qu’il a rendue célèbre par son poëme Tam O’Shanter. Son père était un bon fermier du comté de Kincardin, en Écosse. Il destinait son fils à l'aider et ensuite à lui succéder dans la double fonction de fermier et de jardinier, qu’il remplissait chez M. Fergusson, propriétaire du domaine de Doonholm. Dès l’âge de six ans , Robert fut envoyé à l’école de Alloway-Mill , petit village voisin, pour y recevoir l'éducation que l’on donnait alors aux fils de fermiers, c’est-à-dire pour apprendre à lire, écrire et compter. Il eut le bonheur d’être confié aux soins d’un brave magister, nommé Murdoch, qui, reconnaissant dans son jeune disciple des dispositions naturelles , s’appliqua à s’en faire aimer et à lui inspirer le goût de l’étude. Sous ses auspices, Robert et son frère Gilbert apprirent la langue anglaise, qui pour un Écossais était alors la langue classique.
Les moyens d'instruction lui manquaïent. Son père ayant affermé le domaine de Mount-Oléphant, Burns dut s’éloigner de son instituteur. Cependant il mettait à profit chaque année le temps de repos qui suit les moissons, pour aller le retrouver et apprendre avec lui la langue française, Ses progrès furent tellement rapides, qu’il fut bientôt en état de comprendre non - seulement Télémaque, mais encore tous les classiques français , Prose ou vers. La connaissance de cette langue, alors fort à la mode en Écosse, le fit recevoir dans les familles les plus recommandables d’Ayr. Mais ses tentatives pour apprendre la langue latine furent moins heureuses ; il ne put jamais, quelque effort qu’il fit,-surmonter les premiers dégoûts de cette étude et aller au delà des conjugaisons. Une fois de retour dans la ferme de son père, Robert laissait là ses plumes et ses livres pour
prendre en main le hoyau ou la charrue, qu’il conduisait trèshabilement : bien dur était alors son genre de vie! Le sol que son père avait entrepris d'exploiter, était le plus ingrat de l'Écosse ; il fallait l’arroser de sueur pour en tirer quelque chétif produit, qui suffisait à peine à procurér à la famille une nourriture. grossière. Cette,existence; de privation et de travail, si contraire aux goûts 'instinctifs de Robert, eut une influence marquée sur son caractère. Elle fut cause, malgré la force primitive de son: tempérament , de cette mélancolie profonde dont tous ses écrits sont empreints,.et surtout de zette humeur sauvage que le contact de la société ne put Jamais entièrement adoucir.
Burns pérdit sen père en 1784. C’est vers ce temps que se développa dans son âme cette passion qui ne pardonne guère à la jeunesse des poëtes, l'amour. Burns en connut tous les orages, toutes les émotions : les écarts qu’elle lui occasionna ne sont malheureusement excusés ni par le mérite ni par la beauté des femmes dont il fit choix, bien: que son imagination se soit plu à les revêtir des, plus brillantes couleurs, des formes les plus délicates. « L'idée et le goût de la poésie ne me vinrent, dit-il, que lorsque je fus sérieusement amoureux. Le rhythmeet la chanson furent alors, en quelque sorte, le langage naturel de mon âme. » N'ayant plus son père , il songea d’abord à se retirer à Irving, pour y exercer la profession de cordier; maïs ilseravisa. Apprenant que l'on avait organisé un club littéraire dans la vilte d’Ayr, il entreprit. d’en formerun sur le mêmeplan dans le village de Tarbolton, et y réussit au delà de ses espérances : son club eut bientôt un grand succès. I a écrit l’histoire de’ ce club. Plus tard, s'étant fixé à Manchline, aux environs de Tarbolton, il y institua une société semblable, qui lui survécut. Ces réunions ne contribuèrent pas: peu à former le goût littéraire de Burns. !
Pour les -poëtes le mariage est une faute: : c’est un joug sous lequel. l’indépendance naturelle: de leur âme se courbe difficilement. Burns ne la commit que pour en dissimuler une qui l'avait précédée. .Ses liaisons avec miss Jeanne Armour, d’abord secrètes, devinrent bientôt si apparentes, que le mariage pouvait seul les excuser aux yéux de lasociété ; mais la position de notre. poëte: était tellement : précaire, que les parents,de la demoïselle aimaient mieux encore lui donner quittance que de! lui: permettre de réparer ainsi la brèche faite à l'honneur de leur fille. Burns persista, et obtint enfin Ja main.de celle qu’il aimait, maïs à la condition qu’il irait chercher fortune à la Jamaïque : c'était un moyen commeun autre de s’en débarrasser. Plusieurs de ses chants font allusion aux -chagrins que lui suscitèrent dans cette circonstance ses: démélés avec ‘les parents de sa femme ; mais il ne partit point. Toutefois, son existence littéraire ne date réellement-que de 1789 époque de son premier voyage à Édimbourg ,-où sa-renommiée comme ‘poëté chansonuier. l'avait précédé. Mackensie avait, peu de temps auparavant, publié dans un de ses numéros du Rédeur un article remarquable où il appréciait convenablement les poésies du jeune laboureur; grâce-à la protection du célèbre professeur de philosophie Stewart, ilieut bientôt accès auprès de toutes les notabilités littéraires. et scientifiques de la capitale de l'Écosse. 11 connut, en l’allant remercier, Mackensie, le célèbre romancier, dont les ouvrages avaient fait les délices de sa jeunesse; puis Blair, l'arbitre du bou goût; l’ historien Robertson, Frazer-Tyler et d’autres personnages célèbres, sur le compte desquels il a laissé des notes biographiques extrêmement curieuses. vin |
Au reste, Burns ne se trouva ni déplacé ni intimidé au mihien de ce mondesnouveau. Il eut bientôt pris cet à-plomb, celte assurance qu'il puisait dans la conscience de son mérite et quilui permettaient de faire usage de’tous ses moyens. On fut étonné de la haute portée de son esprit, de l'à-propos deses reparties, del’habileté avec laquelle ce rustiqueparvenu maniait le sarcasme et la plaisanterie, Des honneurs dé tout