BUSE — BUSSY
les types. On dit proverbialement d’un homme à Pesprit bouché : C’est une buse.
J'ai oui, ce n’est d’huy ni d'hier, Dire qu'on ne peut espervier En nul temps faire d'un buysart.
Ces vers, tirés du Roman de la Rose, prouvent que ce n’est pas d'aujourd'hui que date le dicton : On ne saurait faire d’une buse un épervier, c’est-à-dire d’un ignorant un habile homme, d’un fat un homme de mérite, d’un poltron un brave. On emploie aussi cette locution dans le sens affirmatif, pour exprimer qu’on a fait d'un laquais un financier, d’un écolier un général, d’un commis un ministre.
La buse a le regard fixe, hébété, les mouvements lents; on ne peut la dresser à la chasse. C’est donc particulièrement aux enfants qui ne peuvent rien apprendre, aux gens ineptes et d’une intelligence bornée, que cette injure s'applique.
Buse, en terme de mineurs, est un tuyau de bois ou de plomb qui sert de communication entre les puits des mines, et qui y conduit l'air. Buse, enfin, est le nom qu’on donne au bout des soufllets, en bois, en fer, en cuivre ou en argent.
BUSEMBAUM (Hermann), jésuite fameux par les subtilités de sa morale, naquit en 1600, à Nottelen, en West- | phalie, fut plus tard recteur du collége des jésuites à Muns- | ter, et mourut dans cette ville, le 31 janvier 1668, confesseur | de l’évêque Bernard de Galen, de belliqueuse mémoire, | dont il était en outre l’ami et le favori.
Son ouvrage intitulé Medulla Theologiæ moralis, ex
variis probatisque auctoribus concinnata, ne tarda pas a être adopté comme livre classique dans tous les sémi- | naires et colléges tenus par les jésuites. Quoiqu’un grand nombre des propositions qu’il développe dans ce traité de théologie aient été solennellement condamnées par les papes
et l'aient fait interdire dans plusieurs pays catholiques, il en a déjà été fait plus de cinquante éditions (la première parut, en 1645, à Munster; la plus récente a été publiée en 1848 à Louvain, en 2 vol. ). A l’origine, le livre du Père Busembaum ne formait qu’un petit volume ïin-12; mais en 1707 un autre jésuite, le P. Lacroix, trouva moyen d’en faire, à l’aide de commentaires, deux. volumes in-folio, que le P. Montansan publia à Lyon, en 1729. Le jésuite Alfonso de Lisorio en fitencore paraître une édition pluscomplète à Rome (1757, 3 vol. ). C’est à cette époque qu’on y découvrit pour la première fois une théorie du meurtre, d’après laquelle le régicide même était déclaré chose licite; et les étranges principes qui y étaient, développés à ce propos parurent d’autant plus dangereux , que cette découverte coincida avec la tentative d’assassinat commise par Damiens (1757) sur la personne de Louis XV. Le parlement de Toulouse fit brûler publiquement l'ouvrage de Busembaum, et cita les supérieurs des jésuites à sa barre. Ceux-ci désavouèrent les principes contenus dans la Medulla theologiæ moralis déclarèrent n’en pas connaître l’auteur , et nièrent même qu'un jésuite eût pris part à la rédaction de l'ouvrage. Le parlement de Paris se contenta de condamner le livre.
BUSSANG , bourg de France (Vosges), près des sources de la Moselle, à 33 kilom, de Remiremont, avec 2,086 âmes, possède des eaux minérales froides, ferruyineuses, toniques , et qui ne s’emploient qu’en boisson; l’usage en est recommandé dans les maladies de l'estomac et du foie et les dérangements d’entrailles. On en expédie plus de 400,000 bouteilles par an.
BUSSY (Rocer DE RABUTIN, comte pe), naquit à Epiry, en Nivernais (1618), d’une famille dont il ne vantait pas à tort l’ancienneté, car Mayeul de Rabutin, le premier sur l'arbre généalogique de sa maison, figurait dès 1118 parmi les grands seigneurs du Mäconnais. Bussy étudia d’abord chez les jésuites d’Autun, ensuite au collége de Clermont à Pans, d’où il fut retiré, pendant son cours de physique,
pour commander au siége de La Motte le régiment de son père. 11 commença donc à seize ans une carrière qu'il devait suivre avec distinction, Un an après avoir épousé Gabrielle de Toulongeon ( 1643), qui, par sa fin prématurée, céda sa place, avec trois filles, à Louise de Rouville, il acheta la lieutenance des chevau-légers d'ordonnance du prince de Condé, et succéda même à son père comme lieutenant de roi dans la province du Nivernais. Plus tard, Condé ayant donné sa faveur à Guitaud, cornette de Ja compagnie, songeait à obtenir la démission de Bussy, quand il fut arrêté avec Longueville et Conti. Rabutin, malgré de justes motifs de mécontentement , ne laissa pas d’embrasser la vengeance des princes. Mais Condé, à sa sortie de prison, ayant mêlé aux remercfments la même proposition de céder sa lieutenance à Guitaud, Bussy se trouva forcé d’abandonner sa cause pour celle du roi, qui lui donna son agrément pour acheter du comte de Palnau la charge de mestre-de-camp général de la cavalerie légère.
Cousin germain de M"€ de Sévigné, il fut en correspondance avec elle; mais l'intérêt vint se mettre de la partie. La campagne de 1658 allait s'ouvrir, et Bussy, ayant besoin d’argent, pria sa cousine de lui avancer 12 ou 15 milliers de francs, sur les 10 mille écus qui Jui révenaient dans la succession de l’évêque de Châlons. Malheureusement, M°®° de Sévigné n'avait pas la somme à sa disposition, et l’abbé de Coulanges lui refusait sa caution si l’arrangement du cousin n’était consenti par Neuchèse, nouvel évêque de Châlons. Ces formalités exigeaient des pourparlers, des missives en Bourgogne, des réponses ; le temps pressait, et Bussy, n'ayant vu dans ces lenteurs qu’un refus déguisé, mit ses diamants en gage, et rejoignit l’armée, où il arriva Ja veille d’une bataille, circonstance qui accrut son dépit, comme s’il n'avait pas tenu à sa cousine que le nom de Rabutin eût manqué à la journée des Dunes.
La guerre étant terminée, Bussy compromit les espérances que pouvait lui donner le résultat de sa brillante campagne dans une débauche où Vivonne l’invita avec de Guiche et Manicamp. On était dans la semaine sainte, la nuit du samedi ; nos jeunes étourdis, ayant impatience de revoir les viandes sur la table, font une media-noche, et, pressés de chanter l’alleluia, composent la plus obscène des chansons, où les grands noms de la cour sont immolés à la moquerie, avec ceux de Louis XIV, de la reine-mère et de Mazarin. Bussy aimait à dessiner des personnages contemporains. Il s’avisa d’encadrer dans un narré de cette débauche un por trait où certains linéaments bien saisis font illusion sur le reste de la figure. C'était sa belle cousine, qu’il appelait avant sa rupture Za plus jolie femme de France. Les cent bouches de la médisance eurent bientôt révélé le secret, et le portrait même arriva dans les mains mal taillées de la froide Sévigné. Elle en fut douloureusement affectée, et son commerce de lettres en fut même suspendu jusqu’à la disgrâce de Fouquet. Bussy, qui n'avait pas attendu si longtemps pour condamner sa faute, croyant l’occasion favorable pour essayer d’expier ses torts, se fit, en cette circonstance, le défenseur ardent de sa cousine, que la malignité affectait de confondre parmi les maîtresses du surintendant. Quant aux couplets, Bussy en fait sa confession dans une lettre, où il adresse à Sévigné une traduction de la prose O jilii, en expiation des vers licencieux qu’il a composés jadis sur le même chant. Cependant, il les a reniés dans ses Mémoires, non content d'avoir signé à Louis XIV un désaveu conçu dans les termes les plus énergiques. Ces Mémoires, imprimés en 2 vol. in-4° (Paris 1696), et pleins de choses inutiles, ont perdu de l'intérêt en sortant de sa famille,
Pendant son exil dans sa terre de Bourgogne, Bussy employa le temps de sa disgrâce à retracer les aventures £alantes de M°* d'Olonne et de Chastillon, ouvrage qui s’augmenta graduellement des prouesses d’autres héroïnes, et