‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 59 sur 556 · BUSSY — BUSSY -LECLERC · texte numérisé non relu

BUSSY — BUSSY -LECLERC

auquel on adjoignit de nouveaux noms; on y ajouta aussi des appendices, et le miroir fut si bien élargi, que chacun put s’y voir, depuis le grand Alcandre, prêtant ses mains royales à l’accouchement de La Vallière, jusqu’au fermier Béchameil, prenant à bail la maréchale de La Ferté. Certes, ce n'est pas l'esprit, la gaieté, l'ironie légère, l'expression nette des portraits, le piquant des anecdotes, qui manquent à ce je ne sais quoi, histoire ou roman, écrit avec le style d’un homme de qualité, comme disait la marquise de Sévigné, et ce laïsser-aller de la conversation, qui semble ouvrir aux lecteurs les portes d'un salon. Bussy eut l’imprudence de prêter son manuscrit pendant vingt-quatre heures : on lui en déroba une copie, qui devint l'original de beaucoup d’autres. Bientôt le manuscrit se multiplia sous la presse : L'Histoire amoureuse des Gaules (Liége, sans date, in-12, édition originale, qui fait collection avec les Elzévirs ), fut lue partout, et Louis reçut l’auteur avec un visage glacial. Bussy sentit combien était amer le métier de courtisan et d'écrivain satirique. Occupé tout entier de sa disgrâce, implorant avec des larmes un regard de son maître, il faisait un arsenal de son carrosse, et quatre hommes l'accompagnaient à cheval, s’ilmarchait la nuit. Enfin, il obtint Ja place que Perrot d’Ablancourt laissa vacante à l’Académie Française, faible consolation pour un homme plus ambitieux des faveurs de la cour.

” Cinq semaines après, il fut arrêté et conduit à la Bastille. Personne ne supporta une captivité avec plus d’impatience : il insistait par des lettres et des placets, dont telle phrase n’eût pas été déplacée dans une oraison (23 mars 1666 ); il s’humiliait sous la verge, il baisait la main qui l'avait châtié.Iloccupait les loisirs de sa prison à composerunehistoirede Louis XIV; mais l'adulation toute nue avait taillé sa plume, dans lunique dessein d’inaugurer une idole. Il paraît que son maître y fut peu sensible, car huit jours après il lui fit demander sa démission, et le duc de Coislin fut reconnu mestre-de-camp général de la cavalerie légère. Enfin, le désespoir ayant mis sa vie en danger, il obtint son élargissement, et fut porté chez Dalancé, fameux chirurgien, où la visite de sa belle cousine lui aida à oublier treize mois de captivité. Exilé dans sa terre de Chaseu, en Bourgogne, il allégea sa disgrâce par les secours de la religion, de la philosophie, de sa gaieté naturelle, et des illusions d’un retour en faveur. Quoiqu’il paraisse avoir su apprécier les avantages d’une vie tranquille % néanmoins à chaque promotion de maréchaux et de chevaliers des ordres on voit percer la vanité jalouse à travers le manteau du philosophe, et l’homme se consoler de n’être pas un des dignitaires, en comparant son mérite à leur indignité; car il était plein d’estime pour lui-même et d’une franchise étonnante à cet égard. Il avait repris son dessein d'écrire une vie de Louis XIV ; aucun génie, dans son idée, n’était plus capable d’un tel ouvrage, et du haut de ses magnifiques promesses il laissait tomber son dédain sur Pellisson, Racine et Boileau. Bussy mourut à Autun, en 1693. Sur la fin de sa vie, il avait obtenu des grâces, une pension de 4,000 livres pour lui-même, une autre pour son fils aîné, qui suivait Ja carrière des armes, un prieuré pour le cadet, qui fut évêque de Luçon et l’éditeur des Lettres de Madame de Sévigné.

Outre les ouvrages dont nous avons parlé, on possède de Bussy : 1° un recueil de ses Lettres avec les réponses (Paris, 1711, 5 vol. in-12); 2° une Histoire de Louis XIII, roi de France et de Navarre (manuscrit in-4°) ; 3° une Histoire abrégée de Louis XIV (in-4°); 4° un Discours à ses enfants sur le bon usage des adversités (Paris, 1694, in-12); 5° Diverses histoires amoureuses, contenant l’histoire de M®° de l’Échelle, de M‘l* de Romorantin, de M®"* de Fontaines, de la cousine de la marquise de Nesle, de la comtesse de Moulins ou la comtesse de Busset ( manuscrit in-4°) ; 6° une carte géographique de Ja cour et autres galanteries (Cologne, 1668, in-12). 11 faut y ajouter

ce qu’on appelle son Livre d’Heures , qui doit une assez grande célébrité à ces vers de Boileau :

Quoi! j'irais épouser une femme coquette !

J’irais, par ma constance aux affronts endurci, Me mettre au rang des saints qu’a célébrés Bussy ,

On croit généralement, sur la foi du poëte et des annotateurs, que c’était une parodie impie des Heures catholiques, où l’auteur, ayant substitué aux images des saints les portraits des maris Les plus marris de la cour, avait remplacé les dévotes oraisons par des prières ironiques, accommodées au sujet. Mais ni Boileau ni sans doute les personnes d’où lui était venue l’anecdote n’avaient feuilleté ce livre, et l’on avait jugé le fruit que portait l'arbre sur la couleur de son écorce. C’est un volume in-16, relié en maroquin citron doré, avec dentelles, et doublé en maroquin rouge. Au dos, il est étiqueté : Prières. Il contient quarante feuillets en vélin, ornés d’un filet d’or, et la plupart en blanc. Aux recto et verso des feuillets 15 et 19, on trouve les vestiges de vingt-quatre lignes sur l’un et de dix-sept sur l’autre, effacées au grattoir, mais où l’on entrevoit encore quelques mots; par exemple : empeschent point d'aymer toute ma vie ce que je ne saurrois assez aymer, et plus bas : Dieu que j'auray si bien servy. Ainsi soit-il. Aux verso des feuillets 12, 16, 20, 23, 26, 29, 32 et 35, les reclo en blanc, sont représentées sainte Cécile, sainte Dorothée, sainte Catherine et sainte Agnès, entremélées aux images de saint Sébastien, saint Jean- Baptiste, saint Georges, et, avant celui-ci, saint Louis, sous Ja figure de Louis XIII. Ce livre, qui fut acheté 100 louis à la vente de la bibliothèque La Vallière, comme un objet curieux, et par les vers de Boileau, et par le chef. d'œuvre des miniatures, et par ces portraits véritables des plus jolies femmes de la cour au beau siècle, est moins une invention de Bussy qu’une imitation des Heures galantes des courtisans de Henri III, dont aucune n’est parvenue jusqu’à nous. H. Faucue.

BUSSY D’AMBOISE (Louis ne CLERMONT pe }, né vers le milieu du seizième siècle, se signala par sa cruauté dans les massacres de la Saint-Barthélemy. Plaidant pour le marquisat de Renel contre Antoine de Clermont, son parent, il profita du désordre de ce jour fatal pour l’assassiner, n'ayant, dit l'historien de Thou, d’autre motif de le | haïr que le procès qui les divisait. Quelque temps après, le parlement donna gain de cause à Bussy, qui ne jouit pas longtemps de sa victoire : en vertu de l’édit accordé aux huguenots, l'arrêt qu’il avait obtenu fut cassé. Bussy, s'étant attaché au duc d'Anjou, obtint le commandement du ch4teau d'Angers, et se rendit universellement odieux par son caractère fier et turbulent. Ayant entrepris de séduire la femme de Charles de Chambes, comte de Montsoreau, des lettres dans lesquelles il parlait de cette intrigue au duc d'Anjou furent communiquées à Charles IX par le duc luimême, et le roi les montra au comte, en lui faisant entendre qu’il était de son honneur d’en tirer vengeance. Montsoreau, de retour chez lui, força sa femme d'écrire à Bussy pour lui donner rendez-vous au château de Coustancières, où Bussy, arrivant avec un intime, trouva, non la dame du lieu, mais son mari et quelques hommes armés, qui se jetèrent sur lui. Malgré sa bonne contenance, il succomba enfin sous le nombre, « et toute la province en fut charmée, dit de Thou, ainsi que le duc d’Anjou lui-même; » ce qui n’empêcha pas Brantôme de faire, selon son usage, l'éloge du défunt,

BUSSY-LECLERC (Jean), d'abord maître en fait d'armes, puis procureur au parlement, fut l’un des chefs de la faction des Seize pendant la Ligue. Le duc de Guise avait fait gouverneur de la Bastille, et en 1589 il y enferma le parlement, qui avait refusé de se joindre au chef du parti opposé à la maison royale. Comme il fit jeûner les magistrats au pain et à l’eau, on l'appela le grand pénitencier

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n'avait pu accomplir.

BUSSY-LECLERC — BUSTUAIRES

du parlement. 1 poussa l’exagération du fanatisme à un tel point, qu’il disait pendant le siége de Paris : « Je n’ai qu'un enfant; je le mangerais plutôt à belles dents que de me rendre jamais. J'ai, disait-il encore, une épée tranchante, avec laquelle je mettrai en quartiers celui qui parlera de paix. » En effet, il désigna à la fureur des Seize plusieurs membres du parlement de Paris, entre autres Brisson, Larcher, Tardif, Duru, qu'ils firent périr. 1 fallut que le duc de Mayenne lui-même, auquel ces fanatiques s'étaient rendus redoutables, délivrât Paris de leur tyrannie, en 1591. Il en fit pendre plusieurs; Bussy échappa au supplice en rendant Ja Bastille à la première sommation ; il se retira à Bruxelles, où il vécut pauvrement de son premier métier. On dit qu’il vivait encore en 1634, ayant toujours un chapelet au cou, parlant peu, mais avec emphase, des grands projets qu’il Auguste SAVAGNER.

BUSTAMENTE (Anasrasio ), l’un des généraux ct des hommes d’État les plus honorables de ancienne Amérique espagnole, est né en 1790, dans les environs de

| Queretaro, au Mexique, d’un père riche planteur et pro-

priétaire de mines. Se trouvant pour affaires dans la Cosombie, en 1827, il prit part à un mouvement qui éclata dans ce pays en faveur de l'indépendance menacée, fut proclamé général par les troupes , propagea l'insurrection vic- | torieuse à Guayaquil et dans le Pérou, et disparut de la scène en 1528, quand la paix eut été conclue entre le Pérou et la Colombie. Cherchant un élément à son activité, il rentra dans sa patrie, où la réputation qu’il s'était acquise dans ’Amérique du Sud lui valut un brillant accueil. Aussi, dès ‘© 26 janvier de l’année suivante, le congrès, livré à l'in- | fluence du parti conservateur des Æscocesos, s’empressait-il cel'élire président de la confédération mexicaine ; mais à peu de temps de À, le parti contraire, la faction démocratique | des Yorkinos, provoquait dans la capitale une émeute dont 1e résultat était de faire annuler l'élection précédente, et d’ap- | peler à la présidence le général Guer rero, avec Bustamente pour vice-président. Le gouvernement cherchait à | meftre à profit ces luttes intestines pour rétablir sa prépondérance, lorsque le 27 juillet 1829 un corps d’armée expéditionnaire espagnol débarqua sur la côte mexicaine; et tout aussitôt Guerrero prit les mesures les plus énergiques | pour combattre l'invasion. Mais tandis qu’une armée se réuaissait à Jalapa, sous le commandement de Bustamente, le général Santa-Anna, agissant sous sa propre responsabilité, attaquait les Espagnols sans attendre les ordres du | gouvernement central, les forçait à se rembarquer, et sauvait la république.

Guerrero fut déposé, par suite du mécontentement général, et on confia provisoirement ( 1°’ janvier 1830) l'exercice du pouvoir suprême au vice-président Bustamente. Celui-ci, après avoir comprimé dans le courant de l’année 1830 di- | verses insurrections militaires, eut à combattre en 1832, à la Vera-Cruz, une révolte plus sérieuse, qui y avait éclaté le 3 janvier. Il fit marcher sur cette place un corps de troupes, qui remporta sur les insurgés une victoire complète, mais inutile, puisqu'elle ne lui ouvrit point les portes de la ville. | Ilessaya alors de négocier; enfin, les pourparlers étant | demeurés infructueux, il marcha contre les révoltés dans | Pété de 1833, à la tête de l’armée nationale. La chance des | armes lui fut d’abord favorable; battu plus tard, au mois d’oc-

tobre, par Santa-Anna sous les murs de Pucbla, il finit | par consentir à ce qu’on rappelät de l'exil l’ancien prési- | dent Pedrazza, qui reprit en conséquence le pouvoir en

| janvier 1833, mais pour le céder dès l’année suivante à

| Santa-Anna.

Quand lesTexiens firent Santa-Anna prisonnier (1836), Bus-

| famente revint à Mexico, et remplit de nouveau les fonctions | présidentielles de 1837 à 1841. Mais cette fois encore il eut constamment à lutter contre des révoltes ct des troubles intérieurs. C’est ainsi que les provinces du nord essayèrent DICT DE LA CONVERS — T, IV.

de se former en république indépendante, et qu’au sein de la capitale elle-même le parti fédéraliste ne craignit point de relever la tête. Cette tentative ne fut réprimée qu’au prix des plus grands efforts (15-27 juillet 1840). La position de Bustamente devint encore plus critique à la suite des diffcultés survenues avec le gouvernement français et de la mise en état de blocus par celui-ci de tous les ports mexicains de la côte orientale de l'océan Atlantique; mesure dont les effets se prolongèrent du 13 avril 1838 au 9 mars 1839, et qui porta le plus rude coup au commerce et à l’industrie du pays. Ilessaya vainement de remédier à la pénurie toujours croissante des finances en établissant un impôt de consommation, qui acheva de le rendre impopulaire. Dans l'été de 1841 éclata contre lui un nouveau mouvement insurrectionnel, auquel Santa-Anna ne tarda point à se joindre. Tandis que Bustamente abandonnaiït la capitale pour marcher contre les révoltés, la capitale à son tour se soulevait contre lui; de sorte que le 30 septembre 1841 il se voyait forcé de déposer le pouvoir, qui passait entre les mains de Sanfa-Anna. Depuis il n’a plus joué qu’un rôle secondaire dans les affaires du Mexique. C’est un homme instruit, couragenx, de mœurs douces, mais qui n’a peut-être pas toute l'énergie nécessaire au gouvernement d’un pays sans cesse agité par des commotions nouvelles. Il est mort en 1853, à Querefaro.

BUSTE. Cette expression sert à désigner la représentation de la partie supérieure du corps humain, c’est-à-dire la tête, le cou, les épaules et une partie de la poitrine. On emploie ce mot spécialement en sculpture; ainsi on dit : un buste en marbre, en bronze; un buste antique; faire le buste de quelqu'un ; tandis que dans la peinture il ne sert que de complément, et dans cette phrase seulement, ur portrait en buste. On pense que les plus anciens peuples n'avaient pas de bustes, on du moins les portraits qu'ils faisaient ainsi étaient simplement de profil et en bas-reliefs ; ils doivent donc être compris sous la désignation de snédaillons. Ce n’est que du temps d'Alexandre que l’usage des bustes de ronde bosse a été mis en pratique; il s’est considérablement étendu chez les Romains, au temps des empereurs. Le droit qu’avaient les nobles d'exposer les portraits de leurs ancêtres dans le vestibule de leur habitation donna naissance à un grand nombre de bustes, qui étaient renfermés dans des niches que l’on ouvrait les jours de fête, afin que par la vue de ces grands citoyens les descendants cherchassent à se renûre dignes de leurs ancêtres. I] paraît que d’abord ces portraits furent faits en cire colorée, et qu’ils étaient couverts d’habits et de bijoux, comme ceux que l'on expose maintenant à la curiosité du peuple. Plus tard, des bustes d’une matière plus solide furent employés à décorer les tombeaux, et c’est sans doute de là qu'est venu le nom de busle, parce que de telles images se plaçaient sur les fombeaux, et que le mot latin busfum est souvent employé pour désigner ce qui se rapporte aux funérailles.

Le nom du personnage représenté dans un buste est écrit quelquefois sur le cou, sur la poitrine ou sur la base; mais il arrive aussi que de telles inscriptions sont fausses, ayant été faites par une main plus moderne que le buste lui-même, ou bien encore une tête inconnue ayant été placée sur une base dont la tête avait été brisée, et sur laquelle on lisait le nom d’un personnage connu. C’est en comparant ces monuments avec des médailles que l’on parvient à rectifier les erreurs. Visconti a restitué ainsi beaucoup de personnages dont on ne pensait pas avoir d’image authentique. On a publié plusieurs recueils de bustes antiques. Ducnesne ainé.

BUSTROPHE ou BUSTROPHÉDON. Voyez Boustro- PHÉDON.

BUSTUAIRES (en latin bustuarii, dérivé de bustum, bûcher). C'était le nom que l’on donnait à Rome aux gladiateurs qui se baltaient près du bûcher d'un mort, à la cérémonie de ses obsèques. Ce fut d’abord la coutume de sacrifier des captifs sur le tombeau ou en face du bûcher

des guerriers. On en voit des exemples dans Homère, aux funérailles de Patrocle, et dans les tragiques grecs. On croyait que leur sang apaisait les dieux infernaux et les rendait propices aux mânes du mort. Dans la suite cette coutume parut trop barbare, et au lieu d’égorger des victimes humaines on fit combattre des gladiateurs. Au rapport de Valère-Maxime et de Florus, Marcus et Décius, fils de Brutus, furentles premiers qui honorèrent à Rome les funérailles de leur père par ce spectacle. On croit que les Romains empruntèrent cet usage cruél aux Étrusques, qui peutêtre l'avaient pris eux-mêmes des Grecs. Suétone, dans la vie de Tibère, dit que cet empereur fit combattre des bustuaires en mémoire de son père et de son aïeul Drusus, en divers temps, en divers lieux ; et l’on n’en usait pas seulement de ja sorte aux obsèques des personnes de qualité, on suivait encore la même pratique pour les funérailles des particuliers, à ce qu’assure Tertullien. Il y en avait même qui, au lit dela mort, ordonnaient par leur testament qu'on leur rendit cet honneur. Dans la suite, ces jeux sanglants, qui ne s2 célébraient d’abord qu’auprès des büchers, passèrent Gans ‘e cirque et aux amphithéätres.

BUT ( dans la basse latinité buffum ), mot par lequel on désigne, at propre comme au figuré, le point que lon vise ou celui que l'on se propose d'atteindre. Les honnêtes gens ont coutume d’aller au but par -la ligne droite, qu'ils regardent avec raison comme la plus courte et la plus sûre. Mais ce principe, vrai en physique et en mathématiques, admet par malheur de trop fréquentes exceptions, nous ne dirons pas en morale, pour ne point profaner ce mot, mais dans la conduite ordinaire des choses de la vie; et l’on voit trop souvent le fripon et l’intrigant, partis après l’honnête homme, le dépasser rapidement et arriver au but avant lui par des voies secrètes et détournées.

Le mot but est entré dans plusieurs façons de parler; on dit jouer but à but, pour dire jouer à chances égales; troquer but à but, pour dire troquer sans donner ni recevoir de retour; étre but à but, pour être quitte. On dit aussi attaquer quelqu'un de but en blanc, pour l'attaquer directement, sans ménagement, sans prendre de biais. Le mot but ne diffère de ses synonymes dessein, projet, vues, que par des nuances, qu'il est utile de saisir: le buf a quelque chose de plus fixe, les vues sont plus vagues, et le projet a quelque chose de moins arrêté; le dessein annonce une résolution prise avec fermeté; on se propose un bué, on à des vues, on forme un dessein, un projet. Quant à l'accœæption philosophique du mot but, pris pour Jin, nous devons renvoyer à ce mot. Voyez Fin.

BUTE, bailliage ( stewartry) de l'Écosse méridionale , qui sur une superficie d'environ 577 kilomètres carrés compte une population de 16,977 habitants s’occupant d’agriculture, de pêche et de commerce. I] se compose des cinq iles Arran, Bute, Inchmarnock, la Grande et la Petile Cumbræ. Arran est la plus grande de toutes. L'ile de Bute, qui donne son nor au bailliage tout entier, et n’a guère que 121 kilomètres carrés de superficie, est séparée par un étroit canal ( Kyles of Bute) du comté d’argyle, situé en face. Longue et étroite, elle est assez fertile à l’intérieur, quoique humide et un peu sablonneuse, et produit notamment beaucoup d’avoine et de pommes de terre. Le climat d’ailleurs en est sain et tempéré. On y voit encore les ruines d’un temple druidique, et elle a donné son nom à une branche de la famille des Stuarts, aux comtes de Bute. C’est du cheflieu de cette île, Rothsay, ville de 5,500 âmes, pourvue d’un bon port, avec d'importants bains de mer, que le prince de Galles prend en même temps le titre de duc de Rothsay.

BUTE (Jonx STUART, comte pe), homme d'État anglais, né en 1713, en Écosse, d’une famille alliée aux anciens rois du pays, ne s'était encore occupé que fort peu de politique lorsqu’en 1737 il fut élu membre du parlement en remplacement d’un pair écossais décédé, et il combattit alors sans

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